Cliute de l'empire romain et du paganismie
Rome, frugale, laborieuse, craignant les dieux, avait donné les plus beaux exemples de désintéressement, de bonne foi, de probité, de patriotisme. Mais une fois maîtresse des peuples et des trésors de Tunivers, elle s'énerva dans la mollesse et n'eut plus d'autres pensées que la bonne chère et les spectacles. Spectacles impudiques et sanglants, où des milliers de malheureux expiraient dans l'arène sous le glaive des gladiateurs ou sous la dent des bêtes féroces, aux yeux avides de spectateurs des deux sexes. Dépouillé de tous les droits de l'humanité, l'esclave n'était qu'un animal, qu'une chose, dont le Romain corrompu et cruel pouvait disposer au gré de ses passions. Le sort de la famille n'était guère plus tolérable. Une polygamie honteuse avilissait la femme et livrait l'enfant au contact impur de l'affranchi et de l'eunuque. Les histrions, les cuisiniers et les danseuses étaient les personnes les plus recherchées de cette société livrée entièrement aux plaisirs des sens. Le chef de l'empire, auquel le pouvoir illimité qu'il exerçait eût permis de porter quelque remède aux plaies de l'état social, était souvent choisi parmi les hommes les plus vils de l'empire. Quinze de ces Césars improvisés tombèrent sous le fer même de la soldatesque appelée à les défendre. Les nobles Romains étaient à la fm tellement dégénérés qu'on en vit se couper le pouce pour se faire exempter du service mihtaire.
Un grossier matériaUsme avait remplacé la croyance aux dieux, et Rome entière applaudissait au théâtre ce passage de Senèque : « Après « la mort il n'est rien, et la mort elle-même n'est rien. » Mais les mêmes hommes qu'enivrait la pensée de leur anéantissement total étaient attentifs aux moindres présages, et fouillaient avidement les entrailles de malheureux enfants, victimes d'une superstition cruelle.
Quand une société est descendue à ce point de démorahsation, il faut qu'elle périsse sous les coups de la force brutale, ou qu'elle se renouvelle sous l'empire de doctrines régénératrices. Les deux choses s'accomplirent pour la société romaine. Détruite par les Barbares, elle fut en quelque sorte renouvelée par le christianisme et sous l'action vivifiante d'une race jeune et énergique, étrangère à la civilisation, mais aussi aux excès qui avaient perdu l'empire romain.