‹ Histoire de la confédération suisse (volume 4)Chapitre 10 sur 75 · Le eltristianlsme. — Son introdaction dans les contrées · texte numérisé non relu

Le eltristianlsme. — Son introdaction dans les contrées

situées entre les Alpes et le Jura.

Le christianisme, né à Jérusalem sous l'empereur Auguste, se ré-

pandit promplement dans toutes les parties de Tunivers. L'Église chrétienne à son berceau offre un spectacle unique dans les annales de rhumanité, et forme un contraste admirable avec les crimes et les excès du paganisme. Chastes, humbles, animés du plus saint amour de Dieu et des hommes, les premiers chrétiens vivaient en frères, mettaient leur bien en commun et supportaient avec résignation les outrages et les supplices. « Les chrétiens, » disait Âthénagore^ « ne « frappent point ceux qui les frappent, et ne font point de procès à « personne. Si on leur donne un soufflet, |ils tendent encore l'autre « joue. Les personnes âgées sont parmi eux entourées de respect. Dans « Tespérance d'une autre vie, ils méprisent la vie présente. »

Leurs seuls divertissements étaient les agapes ou repas communs, auxquels tous étaient admis sans distinction de pauvres et de riches. Leurs lieux de réunions étaient les forêts, les cimetières et les catacombes, qui leur servaient de temples. Une lampe d'étain, un autel en bois orné de fleurs avec quelques vases également en bois ou en verre, telle était la primitive Église. Les pasteurs étaient dignes du troupeau. « Les évoques, les diacres et les prêtres, dont les noms signifiaient « président, serviteur et vieillard, ne se distinguaient pas par leurs « habits du reste de la foule — S'ils étaient mariés, ils devaient « n'avoir qu'une femme; ils devaient être en réputation de bonnes « mœurs, de pères de famille exemplaires, d'une renommée sans tache « même parmi les païens \ »

Le peuple, réuni au clergé, choisissait lui-même ses pasteurs et les prenait dans tous les rangs de la société. On vit des évêques laboureurs, bergers, charbonniers. L'assemblée des fidèles, c'est-à-dire le peuple entier, formait l'Église, véritable répubUque fédérative.

Les vertus des premiers chrétiens ne les empêchèrent pas d'avoir des ennemis implacables parmi ceux que leurs préjugés ou leurs vices attachaient au paganisme et parmi ceux encore que leur athéisme rendait hostiles à toute morale sévère, à toute croyance profonde. La politique vint en aide aux ennemis du christianisme, et ne voulut voir dans l'Église naissante qu'une faction dangereuse pour le repos de l'État. Aussi plusieurs empereurs romains persécutèrent-ils avec fureur les premiers chrétiens et épuisèrent-ils contre eux toutes les formes de la persécution et des supplices. Des milliers et des milliers de chrétiens de tout âge et de tout sexe préférèrent la mort la plus cruelle à l'apostasie. Plusieurs dès premiers papes ou ' évêques de Rome échangèrent leur houlette pastorale contre la couronne du martyre.

^ Chateaubriand, Études historiques.

Malheureusement le fanatisme, un ascétisme révoltant et Tintolérance religieuse se mêlèrent de bonne heure aux croyances chrétiennes et vinrent gâter ce qu'il y avait d'admirable dans cet esprit de sacrifice et de renoncement. Un empereur célèbre par ses victoires, Constantin le Grand (306-337), avait mis fin aux persécutions et embrassé le christianisme. Mais ce prince, plus politique que religieux et peu fidèle à l'esprit de la nouvelle doctrine, persécuta les païens comme ceux-ci avaient persécuté les chrétiens. En dotant TEglise de grands biens et en donnant aux évêques le gouvernement temporel des villes de leur résidence, il contribua beaucoup à altérer la pureté évangélique de la primitive Église. Les religions d'État commencent à cette époque. On ne peut nier néanmoins que Taulorité des évêques n'ait eu des résultaUi heureux pour les peuples soumis à leur gouvernement, surtout au moment de Tinvasion des peuples du Nord. « Souvent la voix « d'un évêque, » dit un éminent historien, « parvint à inspirer des « sentiments humains aux Barbares*. » — « L'humanité, » dit un « autre écrivain, peu suspect de complaisance pour tout ce qui touche aux croyances religieuses, « est une conquête presque exclusivement « due aux siècles chrétiens'. »

Le règne de Constantin voit aussi commencer les Conciles, ces Etats- Généraux de la chrétienté, comme les appelle M. Guizot. Le premier concile général, réuni à Nicée (325), analhématisa l'hérésie d'Arius qui niait que Jésus-Ch. fût consubstantiel et égal à son père. L'arianisme ne s'en répandit pas moins dans une partie de l'Empire et fit des prosélytes parmi les peuples germaniques à leur apparition sur le territoire romain.

Le concile de Nicée vit aussi se fixer la hiérarchie ecclésiastique. L'évêque de la ville était subordonné à celui de la province ou métropolitain ; celui de la province aux patriarches, au nombre de trois d'abord : Rome, Alexandrie et Antioche; puis de cinq : les trois précédents, plus ceux de Constantinople et de Jérusalem. Le clergé, dans les premiers siècles, était formé de plusieurs ordres qui allaient du clerc au diacre et du diacre au prêtre. Ce dernier seul remplissait les fonctions pastorales. Le diacre était chargé du soin des pauvres et des aumônes. Les clercs servaient à l'autel et assistaient le prêtre dans ses divers offices.

Le christianisme pénétra en Helvétie presque en même temps que dans les Gaules. De Lyon, de Vienne en Dauphiné, le christianisme remonta le Rhône jusqu'aux bords du Léman ; de Milan, il fut apporté dans les Alpes vallaisannes. Dès le III™® siècle, probablement, de petites

' Cibrario, DeW Economia poîitica deî medio evo. 4« édition, 1854, p. 22. ' HeUwald, Cuîturgeschichte. Augsburg, 1875, 9.

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communautés fleurirent à Avenches, à Genève, Augusta Rauracorum, Vindonissa, Nyon, Octodure, Sien ou Sedunum, Coire ou Curia qui sort de l'obscurité où elle avait vécu dans les premiers temps de la domination romaine*. L'existence de ces sociétés chrétiennes au IV"»« siècle est attestée par la présence dans les tombeaux et sur les monuments, de monogrammes, d'emblèmes chrétiens et de la croix en particulier, symbole de la foi nouvelle.

Mais en Helvétie, comme ailleurs, la persécution s'appesantit sur les premiers disciples et les confesseurs du Christ. Les martyrologes et les actes légendaires du IX'"^ siècle parlent de tourments endurés au château- de Zurich (Castrum Turicum)par un missionnaire chrétien nommé Félix et par sa sœur, appelée Régula. Des récits plus anciens encore nous font connaître le martyre de la légion thébéenne ' égorgée en Vallais sous le règne de l'empereur Maximien, associé à l'empire par Dioclétien, le plus cruel persécuteur qu'ait eu le christianisme (22 septembre 285 ou 302) '. Ours et Victor, deux officiers appartenant au même corps, furent martyrisés à Salodurum (Soleure).

Les soldats de cette légion, intrépides comme ils étaient, eussent aisément pu se défendre ; mais les lions se laissèrent égorger comme des agneaux : « Nous aimons mieux mourir, » disaient-ils, « que de tuer. »

Les premiers évêques authentiquement connus datent du IV""* siècle ap. J.-C. Justinien, le plus ancien évoque d'Augusta souscrit les actes du concile de Cologne (346). Théodore, premier évêque d'Octodure, fonde, à Agaunela première église en l'honneur des saints martyrs thébéens et assiste au concile d'x\quilée (381). Un siècle après, Abondio, évêque de Côme, signait les actes du concile de Chalcédoine (451) pour son frère Asimon, évêque de Coire. D'après la liste la plus ancienne des évêques de Genève, le premier aurait été Diogène, qui prit part au concile d'Aquilée avec Théodore d'Octodure (381).

Un curieux monument de la propagation de la foi chrétienne dans les Alpes, c'est l'édifice élevé en 377 k Sion par le gouverneur ou préteur de celte contrée, Ponce Asclépiodote, avec le monogramme du Christ et l'inscription suivante : « Inspiré par la piété, le préteur Ponce

* Curia ou Coire, cependant, figure déjà dans l'Itinéraire d'Antonin et dans la carte de Pentinger, ces deux documents géographiques du III*"' siècle. Les monnaies' découTertes en cet endroit sont du même siècle et du suivant auquel appartient peutêtre également la Tour-Carrée appelée Marsoeil. Keller, Die rômiscJien Ansieddungen in der Ostschioeiz, — Voir aussi la carte archéologique de Keller, et Geschichie von Currhœtien de Moor.

* La légion XXII»-.

' Il y a controverse sur ces deux dates. Voir Gremaud, Documents sur Vhistoire du Voilais j p. 1.

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« a rebâti ce temple et beaucoup plus beau qu'il n'était aupara- « vaut. Puisse la République trouver toujours de tels hommes. » Ce monument dont on avait contesté le caractère religieux est considéré aujourd'hui cx3mme l'irréfragable témoignage de l'ancienneté relative du christianisme dans le Vallais et les pays voisins, puisqu'il y est question d'églises reconstruites *.

7* InTaBlon des Barbares. — I^enr établItiBeinent en HelTétIe (200 à 400 ap. J.-C).

Trois ans après la soumission des Helvètes, César avait transporté les aigles romaines au delà du Rhin et réduit en province romaine toute la Germanie méridionale. Mais les Germains du Nord, race indomptable, avaient résisté à tous les efforts des empereurs. Bientôt même, prenant l^offensive, ils attaquent les provinces les plus éloignées de l'empire et deviennent plus entreprenants à mesure que l'empire va s'affaiblissant davantage.

Notre pays, pays limitrophe des Germains, eut beaucoup à souffrir des invasions de ces peuples : Allemannes, Huns, Burgundes, Goths, Suèves, Vandales, Francs. Les villes de l'Helvétie sont en grande partie saccagées et détruites. Aventicum, l'ancienne reine du pays, devenue une petite ville (Aventiculum), est brûlée par les Allemannes (260). Ses ruines majestueuses frappaient au siècle suivant les regards de l'historien Ammien Marcellin, secrétaire de l'empereur Julien, qui traversa la contrée à cette époque (356).

Quelques empereurs énergiques essayèrent de repousser l'invasion.

^ < Devotione vigens augustas Pontius œdes restituit.... » Mommsen, Inscr. 10. — M. G. (le Wyss a prouvé le caractère religieux de ce monument contre le savant cardinal Mai qui l'avait révoqué en doute. Le célèbre archéologue romain Rossi le considère comme un monument unique en son genre du christianisme primitif. Pour les commencements du christianisme, nous suivons la savante Histoire critique de V Église en Suistfe {.en allemand), par M. Gelpke. Berne, 1856. Voir aussi VHeîve^ tia sacra de M. de Miilinen, les Recueils de Trouillat (pour Pévéché de Bàle), Schmidt, Dey et Gremaud (pour l'évêché de Lausanne), Moor (pour l'évêché de Coire), d'Edouard Mallet (sur les évéques de Genève), de Gremaud encore pour Pévéchè de Sion, dans le XXIX"« vol. des Mémoires de la Société romande. — Gelpke donne pour fondateurs à la commimauté chrétienne de Genève Paracodua et Denis, prêtres de Vienne en Dauphiné vers 201. Le même auteur nomme saint Valentin comme l'apôtre de la Rhétie (474). Un autre apôtre de la Rhétie paraît avoir été le Breton Lucius, dont le couvent et l'église de ce nom tirent leur nom, ainsi que le Luciensteig où il aurait fait sa demeure pendant quelque temps. Le premier évêque de Vindonissa, Bubulcus, ne paraît qu'en 517. Des évêques d'Avenches, antérieurs à Marins, un seul est connu ; c'est Salutaris, qui signa au concile d'Épaone (517).

Septime Sévère expulse une première fois les Germains. Dioclétien relève les murs de l'ancien fort de Vitudurum (Ober-Winterthour).

Un monarque non moins vaillant, Julien T Apostat, proclamé empereur à Paris (360), défait une troisième fois les AUemannes ; Valentinien leur oppose une nouvelle ville fortifiée, la cité royale de Bâle (Basilia), à la place où s'élevait auparavant le fort nommé Robur par les habitants (374)*. Toute la ligne du Rhin est fortifiée; des camps romains et des postes d'observation s'élèvent de distance en distance ; une flottille romaine stationne sur le lac de Constance V Une flottille aussi mouillait sur le lac de Neuchâtel et avait son centre et son chef ou préfet à Eburodunum (Yverdon), dont le territoire avait fait partie de la Sabaudia (Savoie) '. .

Mais de nouvelles invasions rendent vain tout ce système de défense. Le pays est dévasté de plus belle, la population décimée^ les survivants forcés de se retirer sur les hauteurs. Les AUemannes font surtout la guerre aux villes et aux forteresses. Des dix-sept villes et forts que comptait la carte de l'empire dressée sous les empereurs Dioclétien et Constantin, il n'en reste que six dans la Notice des provinces et villes des Gaules, dont trois villes et trois forteresses *. Ces six villes et forteresses faisaient partie de la province appelée Maxima Sequanorum, instituée peu de temps avant Dioclétien. Le nom des Helvètes disparait insensiblement.

A la fin, les AUemannes se lassèrent de cette existence nomade et aventureuse. On a dit que, battus près de Colmar par les généraux de l'empereur Gratien (379), une partie d'entre eux obtinrent l'autorisation de s'établir au pied des Alpes, des rives de la Birse et du Rhin au lac de Zurich. Cependant ce n'est qu'un siècle après que la nation entière se fixait dans les pays qui s'étendent entre le Neckar, la Saal, TAar et la Reuss, c'est-à-dire dans les contrées connues depuis sous le nom i'AUemannie ou de Souabe.

Ils furent suivis des Burgundes '. Ce peuple, originaire des bords

^ Fechter, BcisiUa et Bobur, dans le Schw. Muséum de Gerlach, Hottinger et Wakernagel, III, 134. — Heossler, Veffaseungsgeschichte der Siadt Baseîj 1 et 2.

* Binding, I, 5, 10. — Bœcking, Notifia cUgmtatum^ U, 1014. — Walckenaer, Géographie ancienne des Gaules, 1839.

' Les établissements militaires des Romains en Helvétie ont été décrits par M. Ferd. Keller et M. Qniquerez, de Delémont, dans les Mittheilungen de Zurich,

^ Civitas Equestrium No?iodunum. — Civitas Elvetiorum Aventicnm. — Civitas Basiliensium.— Castmm Yindonissense. — Castrum Ebrodunense. — CastrumRanracense.

^ Nous disons Burgundes et non Bourguignons. Les Burgundes sont les ancêtres

de la Baltique (dont une île, Bornholm, porte encore le nom), avait consenti à servir sous les drapeaux romains comme auxiliaires. Il obtint, en revanche, une cession de terres près de Worms et sur les bords du Rhin, puis une seconde en Savoie. Enfin, vers 443, un traité formel conclu à l'amiable avec les magistrats romains lui livra d'abord cette partie de la Gaule qui porte le nom des AUobroges et des Helvètes. Attila, roi des Huns, ayant envahi la Gaule, les Burgundes se liguent avec les Romains, les Francs et les Visigoths contre cet exterminateur de peuples et de villes et contribuent à la victoire des nations coaUsées (451). Cinq ans plus tard, les troubles de l'empire favorisèrent l'extension de leur territoire auquel ils joignent successivement le pays des Éduens et des Séquanes (Bourgogne et Franche-Comté, le Dauphiné et une partie de la Provence) .

Dans le pays nommé aujourd'hui la Suisse, la frontière des Burgundes se trouva transportée d'Avenches à l'ancienne Vindonissa. Le Vallais tout entier en faisait partie *.

Un troisième peuple, les Ostrogoths (Goths de l'Est), ayant soumis l'Italie (de 489 à 493), s'empara en môme temps de la Rhétie, considérée déjà par les empereurs romains comme une dépendance de la Péninsule.

La province des Goths s'étendait au delà des confins des Grisons jusqu'au lac de Wallenstadt et dans la vallée de Claris, comprise dans la Rhétie.

De l'arrivée de ces trois peuples et de leur mélange insensible et progressif avec, les débris des populations helvéto-romaines, date une ère nouvelle dans l'histoire de la Suisse et qui correspond à celle du moyen âge dans l'Histoire générale.

germaniques des Bourguignons francisés du X"« siècle. On oppose de la même manière le nom de Francs à celui de Français, Les Allemannes sont les pères des Allemands. Les Burgundes occupèrent ainsi les contrées appelées depuis la Bourgogne (Dijon), la Franche-Comté de Bourgogne (Besançon), le Lyonnais, le Dauphiné, ia Savoie et la Suisse occidentale jusqu'à la Reuss. L'iiistoire des Burgundes, défrichée par Gingins et Ed. Secrétan, a fait l'objet d'un savant ouvrage de M. Binding : Dos burgundisch-ramanische Kônigreich, Leipzig 1868, et d'un ouvrage plus complet en deux volumes de M. Albert Jahn, notre compatriote : Geschickte der Burgundionen und Burgundiens, Ces deux ouvrages ont chacun leur mérite propre, M. Binding écrivant en juriste et M. Jahn en philologue.

' Jahn, n, 324-25.

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