‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 1 sur 72 · Histoire de la confédération suisse · texte numérisé non relu

Histoire de la confédération suisse

Hérodote, le i)ère de riiistoire .urecqiie, [uuiaiit de> l':eoiiieii>, peuple de la Tlirace (aujourd'hui la Kouniélie), eu trarait la description suivante :

« Ils liabileut le lac Prasias. Un pont étroit conduit de la rive à « des planchei's bâtis sur de longs pilotis. Sur ces planchers, chatjue « ménage a sa case; et à l'intérieur des huttes, une liappe s'ouvre (( sur le lac. Ouand la ti;ip[)e est ouverte, on attache les enfants par « un pied à une corde pour les empêcher de toud»cr dans les Ilots'. »

Les découvertes faites depuis vinL't ans par les archéologues révêlent l'existence de constructions et de populations analogues >ur tous les lacs de la Suisse. I^e premier étahlissement de ce genre fut explor»' à Meileu, sur le lac de Zurich (^ lsr)V)\ Aujourd'hui, le ntMnhr»' des sla-

' llnodotc. V, \{\.

■ Par \o président do la Société dos anti(|uairos de Zurirli, M. l'Vrdiiiantl Kellor, ((lie Ton peut api>eler le phr des dutiiiititts Uwustirs de notro pays. Voir ses Mémoiros dans les Mitthcilutnitii de /luieh, et sa carte arrhéolouiquo do la Suisse orientale {Arducohuiiscltt: Kurti (hr Ost-Schuri::^ 1S73), acconipaunée d'un toxto explicatif (pii résume toutes hvs investiiiatious relatives ;\ cet ol>jet. Voir eu outre les ouvraut's de Troyon {Itiihitndons larusdrs), Morlot, Roustetten (Ivciiril (Vantiijtdtés suisses), Dcsor [PnlafitU's du hic <lr .Wuchàtel).

UISTOIHK srissK. 1

2 TEMPS ANTK-HISÏORIQUES.

lions lacustres exploitées dans les diverses parties de la terre helvétique s'élève à 250 environ.

L'étendue de ces colonies lacustres varie beaucoup. Pendant que l'emplacement des pilotis ne mesure en certains endroits que quelques mille pieds carrés, dans d'autres lieux, Morges, par exemple, cet emplacement mesure 160,000 pieds carrés; à Robenhausen, sur le petit lac de Pfaffikon, il est de 1 2,000 pieds carrés.

Les constructions lacustres ne sont d'ailleurs pas exclusivement propres à notre patrie, et aux âges primitifs ; on les retrouve dans tous les temps, dans tous les pays, et dans les Fiords de la Scandinavie, comme dans les eaux du Bosphore et les lacs d'Italie. C'est même aux archéologues danois et suédois qu'on doit la première étude sérieuse qui ait été faite des dépôts formés aux bords des lacs par les objets lacustres (Kjoekkenmoedding en langue danoise) et la lumineuse distinction des trois âges de la pierre, du bronze et du fer.

Outre ces trois âges des antiquaires du Nord, les recherches postérieures sont venues constater l'existence d'un autre âge, de façon qu'on distingue aujourd'hui :

L L'Age du silex ou de la pierre brute (époque paléolithique), où l'homme, véritable sauvage, mais dont l'instinct esthétique et la perfectibilité se manifestent déjà par certaines œuvres, vit dans les cavernes et se trouve être le contemporain du Mammouth, du Renne et d'autres animaux de l'époque glaciaire *.

IL L'Age de la pierre taillée ou polie (néolithique), où l'homme est sorti de l'état sauvage; il se construit des habitations closes et fixes sur les eaux et sur la terre ferme, soumet les animaux à la domestication et possède d'autres rudiments de civilisation, ce qu'attestent son industrie, ses arts et toute sa vie domestique et sociale.

« Les Silex taillés, dit M. Boucher de Perthes, sont nos premiers « trophées et nos premières médailles. »

Avec l'âge de la pierre pohe s'élève dans chaque habitation l'àtre du foyer domestique autour duquel prend place toute la famille et qui sert à la fois de potager pour la cuisson des aliments et d'autel domestique où brille la flamme, symbole adoré de toute la race aryenne. Le foyer domestique voit se réunir les premiers groupes, se conclure les

^ La découverte qui a été faite récemment en France de pierres à feu travaillées de main d'homme dans les couches. miocènes, et celle de clayonnages dans les charbonnièresde AVetzikon, près Zurich, sembleraient assigner à l'homme une existence plus ancienne encore et antérieure à cette époque (M. Messikomer, dans VAusland. Stuttgard, 12 avril 1875).

TKMPS ANTK-HISTORIOUES.

premiers traités et se formuler les premifM-es notions du droit, de la morale et de la religion. A l'âge de la pierre appartiennent probablement les dolmens envisagés non [)lus comme des autels, mais comme des tombeaux.

III. L'Age du bronze, où la civilisation a fait de nouveaux progrès, marqués par le développement qu'ont pris les arts au sein des [)opulations lacustres et leurs relations commerciales avec les pays voisins. Si les dolmens sont les tombeaux de l'âge de la pierre, les tumulus sont sans doute ceux de l'âge du bronze. Selon les archéologues Scandinaves auxquels on doit cette conjecture apj)uyée sur certains faits, on inhumait les morts sous les dolmens, et on les brûlait sous les tumulus.

IV. L'Af/e de fer ou d'une civilisation plus avancée que les antérieures, et qui précède immédiatement ou accompagne la pi'opagation de la culture gréco-romaine en Europe.

Dans l'âge de la pierre, les hommes ignoraient la manière de se servir des métaux; ils ne savaient ni les extraire de la terre ni les façonner à leur usage ou se les procurer par le commerce. Leurs armes, leurs outils, leurs ustensiles de cuisine et leurs objets de luxe étaient en pierre ou en os, en verre ou en bois. On a cru trouver des traces d'anthropophagie dans les Ténevières ou stations de l'âge de la (lierre brute. Le cuivre et l'étain, une fois connus et mis en a'uvre, l'ail de les fondre et d'obtenir du bronze par cet alliage, ne tarda pas à se répandre. On se servait, pour cette opération, d'étain imporl»' de la {Irande-Hretagne ou de TEtrurie et de rOmbrie\ Peut-être aussi faisait-on usage du nickel extrait yV> nuiies de cuivi-i' du Valais. Les ciseaux et les marteaux de guerre, les haches, les épées, les poignards, les lances, les bracelets, les agrafes, les lilndes, les épingles à cheveux se façonnèrent alors en grande |)artie en bronze. A l'âge du bronze, le fer ne se trouve qu'en |)etile (luantitt' dans les situions lacustres, et ne servait qu'aux objets de luxe et de fantaisie. On a du bel âge de bronze des épées éléganunent ouvragées et des bijoux ornés de dessins (jui rappelhuit ceux de ri'^trurit^ *.

La ('('l'aiiiKine ou poterie nous olTri* aussi dt» li'e>-lieau\ >p(''i'imens <'n vases et plats {\(\ plusieurs genr(V< et dt» |>ln<ieiii-> ('ouKMn's. grise. l)ru!ie ei rouge. De cette vaisselle il ne ri'ste sans doiile t|iie de> débris.

' l)(>sor('t l'avrc. Le hclàf/edc hr()n:r. I/;iiittMir ilc V A(je (h' brome (ISG(i). l'riiïvvW ih' UoiiiriMnont. attribut' riiuportation il«' Trlain aux Phruiricns ; mais ces (loniicis s'urr«'tui(Mit aux piuts et romutoirs ilu litttual et lie juMictraioiit pas dans riiitôriiMir du |)ays, so\o\\ l'opiuiou d«' M. I^j'sor.

"^ l)(>S()r et l'a\rt\ Le l>tl àoc de hnm:t\ Neurhàtol, 1>7-1. p. 25.

* Ti:.MPS A.NTÉ-HISTOUIOUES.

« Mais si, » comme le disait un de nos principaux, antiquaires, « la « géologie sait tirer d'un os l'animal complet auquel appartenait ce « débris, on peut tout aussi bien, avec un pot cassé, refaire le vase « entier et remonter à celui qui a fait le vase\ »

L'examen minutieux des objets trouvés sous les pilotis nous fait connaître avec assez de détails le genre de vie et l'industrie des habitants des lacs. La pêche n'était pas, comme on pourrait le croire, leur occupation exclusive. Les ossements des animaux et les autres débris recueillis dans les eaux prouvent que les Lacustres y joignaient la chasse, l'entretien des troupeaux et la culture même des céréales. Leur nourriture se composait de viande, de lait et de fruits sauvages. Leurs vêtements, au moins pendant l'âge de la pierre, consistaient en peaux de bêtes sauvages ou en tissus de lin grossier, tels que ceux qu'on a trouvés à Robenhausen.

Leurs demeures, petites huttes circulaires à un étage et aux toits d'écorce, de chaume, de jonc, étaient formées de planches revêtues d'argile détrempée dans de l'eau, ou, comme disent les antiquaires, de pisé ou de torchis. Des troncs d'arbres creusés leur servaient de canots comme aux tribus sauvages. On ignorait complètement ce que les Lacustres faisaient de leurs morts, lorsque la découverte récente de tombes sur les rives du lac de Neuchâtel, et à une heue de cette ville, est venue révéler l'existence d'un cimetière placé sur terre ferme et en face d'une station lacustre. On n'a pas trouvé trace de monnaies dans les stations des deux âges de la pierre et du bronze.

Les pilotis et les autres objets carbonisés que recèlent les dépôts lacustres ont donné naissance au système qui fait détruire par le feu tous les établissements lacustres. Cette destruction, selon M. Troyon, serait l'œuvre des Helvètes à leur arrivée dans le pays ou le résultat de luttes désespérées avec des peuples inconnus, selon les auteurs du Bel dge de bronze^. Les traces d'incendie, suivant d'autres écrivains, ne seraient pas assez générales pour autoriser cette opinion, k leurs yeux plus ingénieuse que solide.

On ne peut faire non plus que des conjectures sur lés motifs qui poussaient les populations primitives à s'installer sur les eaux plutôt que sur la terre ferme voisine; car la nécessité de se mettre à l'abri des tribus ennemies et de l'attaque des bêtes fauves, l'ours, le sanglier ou l'urus (taureau sauvage), n'explique pas absolument les habitudes amphibies des Lacustres. Quelques antiquaires ont émis l'opinion que

^ Adolphe Morlot, Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles (18G0). ^ Desor et Favre, Le bel âge de bronze, p. 4.

TKMl'S ANTK-HISTORIQLES. ;)

les habitations lacustres n'étaient (jue des dépôts ou magasins, pendant que les véritables habitations des prétendus Lacustres se trouvaient sur terre ferme. Mais cette opinion se trouve en contradiction avec la description que fait Hérodote des iiabitations lacustres des Pa3oniens, et que nous avons citée en tête de ce chapitre.

Aux yeux de M. F. Relier, de Zurich, les habitants des lacs sont des Gaulois comme les Helvètes eux-mêmes. L'observation des crânes découverts dans les stations lacustres de l'à^e (hi ln'onze, est venue confirmer cette opinion par la ressemblance de conformation avec les crânes trouvés dans les tombeaux helveto-,Lralliques\ Selon un archéologue français, xM. Alexandre Bertrand, qui s'appuie sur Polybe, le dernier des grands hisloriens grecs et qui vivait à Rome vers 150, les dénominations de Celtes et de (iaulois ne seraient pas synonymes dans le principe. Par Celtes il faudrait entendre une réunion de peuples très-divers. Ce n'est qu'au temps de César que se serait opérée une certaine identification. Selon le même auteur, la dénomination de (iaulois a été mal à propos appli(juée à des peuples hétérogènes. Les Helvètes seraient aussi étrangers à la race gauloise proprement dite. Mais cette assertion est en contradiction avec les témoignages des auleurs grecs et latins, comme avec tout ce que nous savons de la vie I)olitique et sociale de ce peuple \

Sans données positives sur l'origine et les destinées de populations lacusti'es, nous ne connaissons pas davantage leur lanuue et leur religion, car on ne [)ent regarder comme i\(i<> indices suflisants du culte des astres les nombi-eux ci'oissants ou images du croissant de la lune ti'ouvés II Kberbei'g et à nienne. x La jweniière jeunesse il'un peuple, « <lit Alexandre de iluiidiolilt. ^ ne rouiiail pas d'idoles : le culte [)ri- « milif ne connaît (raijliis Ihmi\ sacri's ([iic les grottes, les vallées et « les bois \ »

* lîi'itiincycr et Ilis, Crnnia llclrctica. Bâlc et (ionrvo (18l»l).

- I/oiiiiiion de M. Bcitraml sur les Ct»ltrs, r«)mliattiu» par M. Kollor, n'était v<;al<Mn('nt «nriiuo liyiiotlit'sc sans baso soliilo aux yt'ux d»» M. Adolpljo Pictet, do (ioin'vc, IcM'clrliic aiitiMir dos (hit/lnrs Intl(t-tur<tin'rinu's. Selon ce savant, les populations ccltiiiucs, niaient» hnir u;raiid(» dispt'i^ion, ont consorvô partout un roniarqiialdt' raractôrc d'unité, lii(MJ (pu» par TrlVi't di» cotte dispersion môme lotir langue l)rimitiv(Mn(M»t une se st)it divisoo «-n tliahutos ooninio pour le irermanique (Lettre tic M. ri(t(>t à l'autour, du '2\\ juillet ISTâ).

•' llundioldt, \'i>if(i(/i's (iii.r rniions t'(ininariakSy I.

Page 1