‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 2 sur 72 · CHAPITRE II TEMPS CELTIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II TEMPS CELTIQUES

1. Origine des HelTètes et des autres populations de la ISuisse primitive.

Avant la conquête romaine, le pays qui porte aujourd'hui le nom de Suisse était habité par un grand nombre de populations de races diverses, mais dont la plupart ont été reconnues appartenir à la race celtique ou gauloise'.

AucuQ lien commun ne reliait toutes ces populations entre elles. La contrée elle-même n'avait aucun nom collectif. Le nom d'Helvétie (Helvetia) n'est jamais em.ployé tout seul pour désigner la partie du territoire occupé par les Helvètes proprement dits ^

Ces derniers cependant (appelés Helvetii par les Romains, Elouetioi par les Grecs) sont la plus connue des populations primitives de la Suisse, mais leur origine est obscure comme celle de tous les peuples primitifs.

Tacite nous dit que les Helvètes avaient occupé la coutrée située entre le Mein, le Rhin et la Forêt hercynienne ^ C'est là, dans la Germanie inférieure, que, selon plusieurs savants, l'invasion des Cimbres (112 ans av. J.-C.) aurait trouvé les Helvètes^ et c'est après leur victoire sur le consul Cassius dans la Gaule, qu'ils seraient venus se

^ Les Helvètes et la plupart de leurs voisins ont été considérés comme des Celtes d'al)ord par tous les auteurs grecs et romains qui en ont parlé, Posidonius, Strabon, Ptoléraée, Tacite, César, Orose, Justin ; en second lieu par la science contemporaine, Das Keltenthum clcr Helceticr ist lieute endlich allgemein anerJcannt, dit M. Wilhelm Gisi, Quellenhuch dcr Sdiivcizergeschichte, p. 9; M. Keller, appelle les Helvètes dos Gaulois (Gallische Helvetier), et toute la période elle-même des Helvètes est intitulée Gaïlo-Helvetische Zeil, dans le savant .commentaire qui précède sa carte archéologique. — Voir aussi Histoire de Jules César, par Napoléon IH, 27, H, et atlas pi. I.

^ Le nom iVBehetia se trouve une seule fois dans César, mais employé adjectivement : Cicitas Helcctia, I, 12.

^ Igitur inter Hercyniam silvam, Rlienumque et Mœnumamnes Helvetii, ulteriora Boii, Gallica utraque gens tenuere {Germania, 28).

fixer sur les bords da Rhin, de la Limmat, de l'Aar, du Léman et de la Broie fde 100 à 70 av. J.-C.;'. Mais cette hypothèse tombe devant le récit de César qui connaissait mieux les Helvètes que Tacite, et qui donne positivement pour cause de l'émi^LTation le fait que ces peuples se trouvaient trop à l'étroit dans leur patrie. I/assertion de Tacite est en contradiction non moins évidente avec l'état de leur civilisation, les douze centres de po[)ulations considérables qu'on y trouvait, les monnaies et les antiquités qui jonchent le sol ^

Dans le pays où César trouva les Helvètes, ce peuple avait pour voisins au nord-ouest les Bauraques, appelés aussi Iiaun'fifies\ Cette peuplade, de race celtique comme les Helvètes, occu[)ait les détilés du Jura et les bords du Rhin, du côté de Bàle et de l'Alsace. La Forèt- Noire abritait probablement les Tulingiens et les Latobriges, dont le territoire n'a pas encore pu être exactement indiqué. Il en est de même des Roïes que Strabon place le long du lac de Constance.

A l'ouest, au delà du Jura, habitaient les Séquanes (ancêtres des Francs-Comtois), dans le pays desijuels conduisait un passage étroit situé entre le Jura et le Rhône. Au sud, dans les vallées pennines ou du Vallais, vivaient plusieurs tribus semi-gauloises et semi-germaniques, selon Tite-Live. Quatre de ces tribus formaient déjà ou formèrent plus tard entre elles une sorte de fédération dont l'existence est attestée par un curieux momiment épigraphiijue. De ces tribus, nous connaissons avec certitude : les Nantuates, les Véragres et les Séduniens.

Les Nantuates, voisins des Helvètes et des Allobroges (ancêtres des Savoyards), avaient pour chef-lieu Tarnaia\ nonnné plus tard Ai/anni' (Saint-Maurice). ScduniDii (^Sion) était h' [)rincipal bourg des Séduniens, (Jctodurum (Martigny) celui {\c> \ rratjres.

I^a (jualrième tribu aurait été, selon queltiues savants et d'après Fline, celle des Vibnrs (habitants des environs de Viége). Mais celte tribu est regardée ceptuidant comme étant d'origine ligurienne, de même (jue les Lépontiens, habitants di» la Levantine. On pla(*e au^si daFis le Valais le lieu connu dans les cartes aiicienno >()u> le nom de I^cnnrlorus (Villeneuve, sui" le Léman) *.

* I>i('rtt'iil);icli, IhiMckcr, Moiihum'ii ont iuldpfc (-('tt)^ oitinitui. roprtuluito par M. (iisi, \). 12.'», Les llclvrtos ue seraient venus lialuttT entre les Alpos et le Jura qu'entre 100 ut 70 av. J.-C.

^ Lettre de M. Fenl. Keller à l'auteur, du IJ jau\ier H7.'>. ^ César les a]>i»ell«' lùturanKcs: IMineet l'toléméo iùiun</*«N, ainsi que les Inscriptions. — Voir Moniins(Mi, Iiufcrifitiones ('onfd'iicratiottis luîrcticfr.

* l'ennelorus est j)larée dans les vallées pennines par Marqiianl, littmischâ Staat'ivenrdltHtiij (p. IJS), et par (iisi. Ce dernier »Mte V Itinéraire d'Antonin, «locu-

Située sur le môme lac, Genève (Genava) était une ville fortifiée ou oppide des Allobroges, peuple soumis aux Romains depuis 1 20 ans avant J.-C. Un pont reliait Genava à la rive helvétique.

A côté de tous ces peuples, il y en avait bon nombre d'autres encore dans les Grisons et qui, à partir de la conquête romaine, sont connus sous le nom général de Rhètes, parce que c'était celui du principal peuple de ces contrées. Nous lui consacrons une étude à part à cause de son importance et de son caractère.

â. Oi*ig:ine des Rhètes ou Rliétiens.

Aucun écrivain latin ou grec n'a connu les Lacustres de l'Helvétie, ou n'a daigné en consacrer le souvenir. ïl n'en est pas de même des Rlîètes, colons primitifs de la Rhétie. Tite-Live le premier, et après lui Pline l'Ancien et Justin ont recueilli la tradition, déjà ancienne de leur temps, qui donnait aux Rhètes une origine étrusque, et aux Étrusques une origine septentrionale.

« L'empire des Etrusques, » dit Tite-Live, « florissait en Italie « avant celui de Rome et s'étendait de l'une à l'autre mer. Mais « Tarquin l'Ancien régnant à Rome, eut lieu une invasion gauloise, « celle de Rellovèse. On avait vu, quatre cents ans auparavant, les « Etrusques descendre du Nord et dépouiller les anciens habitants du « pays. On vit alors les Gaulois dépouiller à leur tour les Étrusques « dont une partie reflua vers les Alpes. Telle est l'origine de la plupart « des populations alpines, et notamment des Rhètes. Mais, rendus « sauvages par les lieux qu'ils habitaient, ils ne conservèrent de la « brillante civilisation de leur patrie que l'accent, et encore bien « altéré *. »

« Chassés de leur patrie, » dit encore l'historien Trogue-Pompée, abrégé par Justin, « les Rhètes fondèrent au sein des Alpes une nation « nouvelle qui prit le nom de Rhœtus, son chef. » Le nom de ce chef des Rhètes se trouve aussi mentionné par Pline ^.

L'origine étrusque des Rhètes a donné lieu à de vives controverses entre les savants dont les uns nient cette provenance et d'autres la

ment qui remonte au règne de Caracalla (211-217 ap. J.-C), et les tables dites de Peutinger qui datent du temps de Dioclétien (280-306 ap. J.-C). — Voir sur les tribus valésiennes le beau Mémoire de M. de Saulcy, Beviie archéologique^ III et IV ; Pline, Histoire naturelle^ III, 20; Thomann, der franzôsische Atlas zu Césars gallischem Krier/e. Zurich, 1868, 1871, 1874.

^ Tite-Live, V, 33.

2 Pline, III, 20.

défendent, pendant qu'une troisième opinion veut que les Etrusques soient les fils et non les pères des Rhètes'. .Mais ce qui n'a pu être révoqué en doute, c'est la physionomie originale des dialectes rhétiques et surtout l'étonnante ressemblance de noms qu'oflVent les bords de rinn et de l'Albula avec ceux de l'Ombrie et de l'ancien Latium. Étrusque ou latine, la Rhélie doit bien certainement son nom et uiie partie de sa population à une colonie italiote égarée au sein des Alpes '. Ces peuplades i-hétiques, d'ailleurs, s'étendaient bien au delà i\L'> bornes actuelles des Grisons. Elles occupaient d'aboid 1l*> contrées voisines de Saint-Gall, d'Appenzell et de Glai"i<, où les r.o:n< dî.s montagnes perpétuent le souvenir de la race il:d()-rlir''ienne. Elles s'étaient rendu maîtresses également de la Valteline et du 1 yrol. Le lac de Côme les séparait des Insubres, ou peuples de la Eombardie. Le lac de Constance, nommé le Grand-Lac, puis lac Vénale et lac Brigantiu (Hregentz), formait une de leurs barrières du cùti' i\r> Helvètes, après l'établissement de ce dernier peuple entre le Jura et les Ali)es. A côté des Rhètes habitaient d'autres peuples d'origine C'itique ou ligurienne, dont on ne connaît guère que les noms '\

ît. <*ivilisaf ion des Helvètes, leur état soeiail et politique.

Comme le peui>le des lacs, les Helvètes ineii.iienl de Iront la chasse, la pèche, l'agricultui'e et la vie i)astoi"ale. Les ti'oupeau\ riuiiiau'iii cependant leurs principales l'essources. « Riches eu trou[teaii\ cl riches

' L'ori^Muc (''tniS(iuo a vtv nirc par le rninciix Niobuhr ( l"'*'(''iliti()ii, I,p. 120). Kilo est au rontrairo soutcmif pur M. Stpub (Miiuich. ISM). M. MoiiiinstMi so raiiprocho de l'opinion do îStoub dan-; le passa;i;o suivant : « Les plus aurions lialiitants dos « (irisons et du Tyrol, les Uhrtos, » dit-il, « ont parlô otrus(|UP au dire des j^re- « niiors historiens, et leur nom no iliiVrro i)as sensildonient de «-elui des Hases. Sans « doute, les lîhôtiens pouvont n'être eux-mêmes que les restes d'une eolonie étrusque « transpadane, un(> i)artio (h» la poi)ulatiou denuMuée dans ses aneiens eantonne* « monts » (IIif<l(>iiryoni(un(\ traduite \mv Alexandre. Paris, \^^V^, I,i)). — Ottfried Muller aihnot l'oriulne ôtrus(pu> de cortainos peuplades eelti(|ues. I,'ori,j;ine des Ktruscpu^s dans les Alpes est ineontestaMe, selon le plus réeent historien des Grisons, Conradin de Moor {(!i.<(lii('ht(' ron (\(nhfr(ini tDid (/cmvincr drci liitnde^ 76. <'oire, ISTO).

■•' Thusis Criisci), l,a\iii ( l,a\ iuiiinii, Arde. (Arlea), Fliisch (Falisci). lîemus. AIhula, Kie/.uns. Kealta, Keauis. Samnaun. Suss, l uiltrail. ete.

•' Sarunetes, Calucones, Mesiales (Misoxl, Siianetes. Veunones, Kuiîuscicns. etc. Quoique i>eu taMualde à l'orii^'ine étru-iine de> liriseus. M. l'enlinand KelNr a constate rexistenee de tondieaux étrusipu's avec inscriptions dans la Valtelin»' et l(> Tessin méridional. l)es tondieaux étrusipies ont ete découverts à Arhetlo et décrits i»ar .).-(. riaula (.bj:cw«r. Indicat. des antiquités suisses. Zurich, avril 1S75).

en or, » -koIvxP'jgol, ainsi les appelle Posidonius, écrivain grec d'une admirable exactitude qui vivait au temps de César.

Mais la vie sédentaire avait moins d'attrait pour eux que la vie de combats et d'aventures. On voyait fréquemment des bandes déjeunes guerriers traverser le Rhin à la nage et faire des incursions sur les terres des Germains. Cec derniers parfois usaient de représailles, mais rarement sans expier leur témérité. « Car les Helvètes » (c'est César qui le dit) « surpassaient en bravoure tous les autres Gallois \ »

La passion des voyages entraînait les artisans comme les guerriers. Si l'on en croit Pline le naturaliste, « un jeune charpentier ou forgeron « helvète, nommé Hélicon, fit un tour de pays jusqu'à Rome. Mais la « ville, ornée d'édifices religieux et civils par Numa et ses successeurs, (( attira moins ses regards que les belles grappes de raisins, les olives « et les autres productions de ce climat délicieux. » Les récits de l'ouvrier, à son retour au foyer, auraient excité les appétits de ses robustes compatriotes et n'auraient pas peu contribué à nourrir l'esprit d'émigration qui se manifesta par la suite. Selon toute probabilité, nous n'avons à faire qu'avec une légende, mais la légende a ici, comme le plus souvent, un fond historique.

L'importance des Helvètes tenait à leur bravoure bien plus qu'à leur nombre. Toute la nation ne se composait que de 2 à 300,000 âmes cantonnées dans 12 villes et 400 villages. Aventicum était la capitale du pays*. Les autres villes ou oppides étaient Yitudurum, Eburodunum, Noviodunum, Solodurum, Lausoua ^ etc. Au reste, les villes ou oppides des Celtes ne se distinguaient le plus souvent des villages que par les fossés et les palissades qui en défendaient les approches. Bien que plus avancés en civilisation que les pauvres habitants du lac qui les avaient précédés, les Helvètes avaient une architecture grossière qui trahit leur manque d'habileté dans les arts mécaniques. Leurs demeures n'étaient, pour la plupart, que des cabanes en bois ou en terre, dont

^ « Reliques Gallos virtute prœcetlunt, » César I. Tacite n'en parJepas avec moins d'éloges : « Helvetii, gallica gens olim armis virisque, mox memoria nominis clara. » Historiarum^ I, 67. — M. Mommsen l'a un peu trop oublié dans son Histoire romaine,où il sacrifie sans preuves les Helvètes aux Germains.

^ Bursian : Aventicum. Mittheilungen. Zurich, 1867 à 1870, p. 3, où il dit: « Schon « vor der Zeit der romischen Herrschaft. ■» J'avais dit la même chose avant Bursian. Mon érudit compatriote Gremaud critiqua cette assertion, attendu « qu'on ne connaissait l'existence de cette ville que depuis la conquête romaine. »

^ C'est-à-dire Winierthur, Yverdon, Nyon, Soleure, Lausanne, etc. Voir l'important ouvrage de M. Marquardt : Rômische Staatsverivaltiing . Leipzig, 1873. Il cite aussi la ville d'Aquae (Bade), mais qui devait avoir alors un nom celtique que nous ne connaissons pas.

la porte d'entrée avait pour ornements des têtes d'animaux tués à la chasse. Ils ignoraient l'art de tremper leurs armes, et le premier coup faisait ployer leurs glaives.

Tout ce qui se rattachait au luxe et à la toilette était travaillé avec beaucoup plus de soin et avec un goût parfois remarquable. Velus de tunirpies bariolées de soie flottante et de chausses nommées braies, ils aimaient à se parer d'agrafes, de bracelets, de colliers en bronze, en or ou en argent, selon leur condition et leur fortune. La monnaie leur était connue; on trouvait chez eux des pièces d'or, d'argent, de cuivre, d'électrum et de potin *. Les unes de ces monnaies étaient des imitations des monnaies grecques de ALarseille et de celles de Philippe de Macédoine; d'autres, des monnaies consulaires de Home. Mais il y en avait aussi de [)urement indigènes et de provenance gallohelvète.

Aventicum était un de leurs ateliers monétaires, et une des plus grandes médailles d'or (jue nous ayons de cette période a été frappée dans la capitale des Helvètes, où l'on a retrouvé les coins qui servaient à la frappe*. L'avers de la monnaie porte ordinairement une tête de déesse ou de chef; le revers a pour type un coq, un sanglier ou un coursier libre, symbole de l'indépendance sauvage. De petites monnaies d'or de frappe grossière, connues en allemand sous le nom de Uegenbogen-Schusselchen, et en français sous celui de petites cou[)es à l'arcen-ciel. ont été trouvées sur h; territoire de plusiem's cantons

De grands honneurs (Haient rendus chez ce peuple au guerrier mort les armes à la main. Il était chanté par les bardes ou poC'tes guerriers de sa tribu, et un tertre fuiuM'aire ou tumulus de forme conique et d'une hauteur parfois de 'M) à iO pieds s'élevait à l'endroit (mi il avait cessé de vivre en cessant de cond)attre.

Vois i'O trrtrc riaiil, (l'iiiie sniiibrc verdure, (l'est Im (riiii cliel" (l(> claii la iinlile si'|iiiltiire^.

Les chefs (|u'ou iidiumait aiii>i ('laicnl cutt'riN's avec leurs armes, leurs bijoux, des vases et i\c> pi"ovi>ions de bouche.

' \.\l(r(rum est un alliajje il'or avec- un ciiuiuième (rarpeiit ; \o iwtin, un alliage (le ciiivrc, ({'rtain et il(> ploml». Henri Mt"\ cm-, (rdlUschc MiiiKtn. — MUthaluiujcn (/<•;• <ifili<iii((nsrh('n ^irscllMlutit. Zurieli.

'' lliMiri Meyer, Indivittcur <iliis(oirc de /.s^v;. — Voir les imiu»Mres îles numismates tVanrais, MM. tl«> LoiimM-rier, de la Saussaye et de Sauley surtout.

•' Ossiaii, .')""• chant. Iii de ees tertres se voit dans la fon-t île Hirmenstort", entre Winiliseh (>t Hado

i'2 TEMPS CELTIQUES.

L'organisation politique des Helvètes paraît avoir été celle des tribus gauloises qui n'avaient pas de roi ou qui avaient aboli la royauté. Ils étaient divisés en une foule de peuplades. Autant de vallées, autant de communautés indépendantes. Plusieurs peuplades formaient une tribu ou clan, et les tribus réunies composaient la Confédération des Helvètes. Ces tribus, au nombre de quatre, étaient celles des Tigorins, des Verbigènes, des Toygènes, et peut-être celle des Ambrons '. L'autorité principale était exercée par des magistrats annuels nommés Vergobrets. Ces chefs, dont le nom veut dire en celtique hommes du jugement, étaient élus sur une pierre et rendaient la justice dans une enceinte de pierres.

Mais le pouvoir de ces magistrats était singulièrement affaibli par €elui des chefs de clans et de factions, dont les intrigues et l'éloquence disposaient à leur gré de la multitude. Dans plus d'une tribu gauloise on vit ces chefs ambitieux essayer de se faire rois, et la peine du feu, prononcée par la loi contre ceux qui aspiraient à la royauté, ne parvenait pas toujours à contenir l'audace des prétendants. Le seul contre-poids réel à l'influence des grands était le crédit extraordinaire des Druides ou ministres de la religion.

Les Druides étaient à la fois les théologiens, les astronomes, les médecins, les secrétaires et les juges de la nation. Ils frappaient d'excommunication les téméraires qui refusaient de se soumettre à leurs sentences. Les Druides ne manquaient pas de connaissances, mais, comme les prêtres de l'Orient, ils cachaient soigneusement leur savoir au vulgaire. Pour la rédaction des actes publics, ils se servaient de l'alphabet grec, introduit dans la Gaule par la colonie phocéenne de Marseille. Quant à la langue que parlaient les Celtes eux-mêmes,

^ César parle de quatre triluis (omnis civitas helvetia in iv pagos divisa est), mais il n'en nomme que deux, les Tigurins ou Tigorins et les Verbigènes. Strabon, qui vivait un siècle environ après César, ajoute les Toygènes. Les Ambrons sont cités avec quelque vraisemblance par les bistoriens modernes. Une grande incertitude règne sur les divers points du territoire occupés par ces quatre Jtribus ; Mommsen les cantonne dans la contrée de Morat et se base sur une mscription romaine dédiée : Genio parji Tigorinorum. Cette inscription se trouve au château de A^illarsles-Moines. Mais une inscription analogue a été retrouvée à Kloten, près de Zurich, et porte le nom des mêmes donateurs : J. Graccius Paternus et Scribonia Lucana, sa femme. Il résulte de là ou que la tribu ou clan (pagus) des Tigorins s'étendait de Zurich à Aventicum, ou que Graccius Paternus et sa femme Scribonia Lucana avaient une dévotion particulière à ce génie et avaient tenu à l'honorer dans les deux villas qu'ils possédaient dans ces deux contrées. La première alternative a été adoptée par ]M. Keller, la seconde par M. George de Wyss, et nous paraît la plus admissible. [Indicateur d'histoire. Zurich. — Keller, Statistik der rômischen Ansiedelangen in der Osi-Schiœiz. Zurich, 1864.)

TEMPS CKLTKJUES. 13

elle ne nous est connue que par quelques noms de villes, de montagnes et de neuves \

La reliaion des Helvètes consistait dans l'adoration des forces de la nature. Les forêts de chênes étaient un de leurs sanctuaires. Les Druides, dont le nom en celliq;ie signilie Iiounnrs ch'.s clit'nes, y célébraient leurs mystères. Clia(|iie année, au sixième jour de la lune de mars, les prêtres, vêtus d'une longue tunique blanche, les pieds nus et la tête couronnée de lierre, allaient couper en grande cérémonie avec une faucille d'or le gui, [>lante sacrée, panacée universelle, épouvantai! des specti'es et de la nioi't.

Les i'ochei"s et les gi-ands cercles de pierre, ap[)elés Cromlech, sei'vaient aussi de tem[)l(is aux peuples celtiques. Vm pierre percée ou fichée en terre (dolmen ou menhir), figurait l'autel. Des sacrifices humains souillaient cette religion ténébreuse. Le sang des prisonniers de gueri'e rougissait les arbres et les pierres druidiques; ce sang, recueilli dans des coupes, servait aux invocations magiques des Druides et des Druidesses. Aux rites sanglants s'alliaient les croyances supei'stitieuses. Chaque combattant, à son départ pour la guerre, recevait des prêtres un chapelet d'ambre en guise de talisman pour détourner les traits de l'ennemi.

C'est aux temps celtiques que remontent les croyances aux tV'es, aux filles de mai, aux dames blanches et rouges, et la coutume d'allumer des feux sur les montagnes à certaines époques de l'année*.

1. l>iviKo. proiiii«^ro éiiiii::i*af ioii des IIelv*^tes (107 uns uv. J.-i'.i.

Les Helvètes paraissent, couuniî nous l'avons dil [>ln» liani, pour la première fois sur la scène de l'histoire ;i r(''poi|ne de la grande invasion (les Cimbi'es et des Teutons en (lanlc et l'ii IlaluMlr I PJ a ln'.)a\. .!.-(!. Les Cimbres on Kinuis ('laieiU oriuinaiivs de la Scamlinavie, réiiion.

' On a piTteiulii ([ne \o coltiiiiio n'avait cuôiv laissé que vinp:t noms dans la laniruo tVan(;ais('. Mais on en trouv(> (irjà plus do vini;t dans les autours do la basso latiuito. < ("ostdans h» bas lutin ot dans los divors patois df la l'ianoo. » dit M. Ad«dplif j'iotot (dans la lettre oitoe plus haut), « ipu' l'on trouverait des restes plus V nonihroux du coltiiiue. ("est là un travail (pii i^st onooro à tain». ^>

Lo nom dt>s AIp«'s (alh), du dura, oolui du Klioue. doivent être d'orijîine relti(|uo. .1//* si«,MHlio hl(im\ ou colticiuo (Alliion, Albis). La tinale dur désignait un cours d'oau, jx nii, une cime ou trto, dmi, un li«Mi fortitio ot non une sim|)le émino!U'i\ selon M. Ad. lMotet,de (ioiu've, le eolèbro lin,i:uiste.

-' lh;uulous ou 'rzafeirus dans le langage populaire de Fribourg et de Vaud.

couverte de glaces pendant une grande partie de l'année. Contraints de quitter leur pays à la suite d'une inondation ou d'une famine, ils émigrèrent au nombre de 300,000, anéantirent une armée romaine dans le Norique ', et s'avancèrent en armes jusqu'aux bords du Rhin.

Avides de butin et d'aventures, une foule de jeunes Helvètes coururent grossir les hordes des Teutons et des Gimbres. Le géographe grec Strabon désigne en particulier les tribus des Tigorins et des Toygènes. Les Tigorins avaient pour chef Diviko, jeune guerrier plein de force et d'audace. S 'étant séparés de leurs alliés, selon le récit de Tite-Live, les Tigorins livrèrent aux Romains une grande bataille et en firent un horrible carnage (107 av. J.-C). Parmi les morts se trouvaient le consul Cassius et son lieutenant Pison, l'aïeul du beau-père de César. L'armée vaincue dut livrer des otages et passer sous le joug, coutume humiliante et barbare en usage aussi chez les Romains. Elle consistait à faire passer les vaincus désarmés et nus sous un gibet formé de lances ou de poutres transversales".

Après cette ovation, Diviko rejoignit les Cimbres occupés à piller les Gaules. Ils se jetèrent ensuite sur l'Italie. Trois armées romaines furent anéanties. Rome trembla devant ces nouveaux barbares. Mais la fortune abandonna enfin les Cimbres et les Teutons. Le fameux consul Marins les tailla en pièces dans deux batailles sanglantes (102 av. J.-C).

Une partie des Helvètes périrent, à ce qu'il paraît, avec les Cimbres et les Teutons. Mais les Tigorins, chargés de défendre les défilés des Alpes noriques, échappèrent au massacre de leurs frères et reprirent sains et saufs sous Diviko le chemin de leur patrie.

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