‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 27 sur 72 · RODOLPHE DE HABSBOURG · texte numérisé non relu

RODOLPHE DE HABSBOURG

de fonder une dynastie puissante. A ses procédés envers plusieurs cités, couvents et seigneurs de la Haute-Allemagne, il est aisé de reconnaître la première idée du plan poursuivi plus tard par son fils Albert, de créer une principauté héréditaire, un duché d'Autriche dans les Alpes. Profitant de la pénurie de son cousin, le comte de Habsbourg- Laufenbourg, il achète la ville de Fribourg en Uechtland, obtient des abbés de Murbach la cession de Lucerne, au mépris de la promesse formelle de ces derniers de ne jamais aliéner cette ville et fait reconnaître ses fils comme avoués de l'abbaye d'Einsiedeln. Outre l'avouerie de Seckingen dans le pays de Glaris que possédait déjà la maison d'Autriche, Rodolphe pai'vient à se faire cédei* la moitié de cette contrée. Il cumule ainsi la haute et basse juridiction dans cette contrée, où à côté des serfs on comptait sous la crosse tutélaire de l'abbesse de Seckingen douze familles libres ou pourvues d'armoiries (Wappengenossen), cent trente-quatre familles de libres censitaires de la maison Dieu ou abbaye, sans parler des nobles proprement dits, les Schwanden, par exemple'.

L'abbé de Saint-Gall, Guillaume de Montfort, persécuté par Rodolphe, voit réduire en cendres son bourg favori de Wyl et une ville autrichienne prendre la place de cette localité dévouée à son prince -. Walter de Ramschwag, le sauveur du roi sur le champ de bataille de Marchfeld en avait obtenu, à titre de récompense, le péage de Lindau et l'avouerie des hommes libres de l'Appenzell. Il n'usa de ses fonctions que pour exercer une véritable tyrannie sur l'abbé, les bourgeois et les paysans fidèles k leur prince. Sept de ces derniers sont mis à mort et les bourgeois de Saint-Gall se voient enlever toule la toile qu'ils avaient étendue pour la blanchir sur les bords de la Steinach ^ L'exemple de Ramschwag trouva des imitateurs dans les nobles du voisinage.

Le joug des Habsbourg pesait aussi aux villes de leurs pays héréditaires. A la faveur des troubles occasionnés en Allemagne, et profitant de l'éloignement du roi, Fribourg cherche k se soustraire au joug de l'Autriche (1285). Cette ville est contrainte de se soumettre. Plus maltraitée encore, Rerne eut k soutenir trois guerres pour son indépendance.

Les Rernois avaient offensé Rodolphe d'abord en [)référant le protectorat des comtes de Savoie k celui de ce prince; ensuite ils n'avaient

^ Blumer, Jahrhuch des liist. Vereins des Kantons Glaris, 99.

2 Schwarzenbacli qui n'est plus aujourd'hui qu'un village du Bas-Toggenbourg.

^ Von Arx, Geschichte von St.-Gallen, 1, 406.

RODOM'Ili; l)K HABSB()UR(J. IW

pris p;ift ni ;ï son couroiineriit'nl ni à la ;iut*rre coidvc Ollukai', lui de Holième. Plus lard, à l'instar de Znricli et de Fribourg, ils avaient suivi, il est vrai, les drapeaux de Rodolphe au siège de Morat, où rciupereur tomba dans le lac et faillit se noyer (1^8)];. Mais ce ne fut qu'à contre-cœur qu'ils combattirent leurs alliés de Savoie, et alors encore secrètement hostiles aux Habsbourg, iîs a[)piiyait,'iit !('< rribourgeois dans leur résistance à l'empereur *.

Irrité au dernier point, Uo(lol[)he vint metti^e le siège devant Herne, avec une armée de )](), ()()() honunes (avril 1288). Obligé bientnl de lever le siège pour arrêt(M" le comte de Montbèliard (]iii ravageait de nouveau l'évêché de Bàle, il le reprit an mr)is d'aonl de la même année. Mais ni les assauts répétés des troij(ies impériales, ni le.-> >lratagèmes des chefs de cette armée ne purent vaincre l'Iiéroïsme iriine ville <^ dont, comme dit la clironi(|ue, les murailles de' bois renfermaient des citoyens d'or. » Contraint de lever une seconde fois le siège, l'empereur laissa des garnisons dans les forts voisins, sous le connnandt'iiu'iil de son tils Uodolphe, (pTil nomma son représentant dan> la Haute Allemagne.

Plus heureux (jiie >on père, le (\\ir Rodolphe parvint à attirer les Bernois dans une embuscade et leur lit éprouver une défaite sanglante à la Schosshalde (27 avril 128^). Vainement la famille des Xemiliaii[it se sacrifia tout entière; vainement le [)reux bei'iiois Haiis de (iiiiyere raj)[)orta la bannière d(! la ville teinte du sang de ceux (jui lavaient enlevée. Les Bernois rentrèrent en désordre chez eux, laissant ••eut morts sur le champ de bataille et cent ciiuiuante prisonniers ^ L'ai- UK'e impi'i'iale avait perdu aussi bien du monde, entre antres le fomte de Homberg et le chevalier de Htiltlingen dont la moil irrita tellenuMil le duc (ju'il fit mourir par repi-èsailles plusieurs bourgeois pii>oiiniers *'.

Hors d^'lat de tenir davantage, Berne .>e vil rt'duite à implorer la clémenci; du roi qui se trouvait à B;ile. i/avover de Biihenberg, l'abbé d(» Krienisberg et six bourgeois niembre^ du ('ohxmI paiiiu les- ((iiels Pierre de Krambourg. allèrent se jeter aux pieil^ du jtrinre et eiii'enl la cliance de voii' appiivei" leiir^ pi'ieit'N [i;ii' le «^t't'ia'taire même du roi. le chanoine Conrad de l)ie»enhi»leii. blaiit'ln au xM'Mt'e

' Kopp, lîiicli IV, 390.— ZooritMler, n*> 885. — G. Stmlor. Ktmlos sur Justinger dans Arcliir. dc.^ Iiistor. Vrrrius von lîcni, V, 5S7.

- ranni les morts liiiurtMit lîoilolplu» d'I-ingi, WtMin r lîruizuM'r, Cmio do llalistottcn, vU'. Clironica do Wcvuo.

^ Watt(Mi\vvI-I)ir>l>n<li, I. i:.:î.

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