RODOLPHE DE HABSBOURG
des Habsboiiro; et dont la famille était bouroeoise de Berthoad'. Honorée pour son courage, Berne demeura ville libre et impériale, avec son gouvernement de bourgeois et de ciievaliers, présidé par cet Ulric de Boubenberg qui, après avoir dirigé avec énergie la république pendant la lutte, avait contribué à la sauver par une démarche qui dut coûter à sa fierté.
Dans sa fureur contre Berne, le duc Rodolphe avait enjoint de démanteler la ville. Le roi eut le bon esprit de donner un contre-ordre \ Il ne se montra pas aussi indulgent envers les Fribourgeois. Bien qu'ils eussent consenti à le suivre dans sa guerre contre Berne, il ne se fit pas scrupule de leur ôter le privilège de nommer leur avoyer et leur curé, qui leur était octroyé par la Handfeste.
La conduite de Rodolphe envers les Waldstsetten présente un caractère différent et qui tenait à ses vues sur une partie de ces vallées. Aux hommes d'Uri qui avaient demandé la confirmation de leurs franchises sitôt après son avènement, le nouveau roi répondit de la manière la plus bienveillante qu'il les maintiendrait sans porter atteinte à leurs franchises, sous la mouvance directe de l'Empire.
Cette charte, datée de Colmar (8 janvier 1274), est adressée au landamman et à toute la communauté de la vallée d'Uri (Ministro et Universitati Vallis Uranie). « C'était, comme le fait observer un judi- « cieux interprète des chartes royales relatives à Uri, Schwyz et Under- « wald, reconnaître en termes clairs et non équivoques la liberté d'Uri. « Rodolphe ne changeait pas la situation du pays et ne faisait que « confirmer les faits accomplis en 1231 et la charte du roi Henri\ » La communauté d'Uri, imitant la conduite de Schwyz envers Einsiedeln, était entrée en conflit avec le cloître d'Engelberg pour la possession de pâturages alpestres. La reine Gertrude, auprès de laquelle l'abbé d'Engelberg avait porté ses doléances, intervint par lettre datée de Brugg, en Argovie, sa résidence, et recommanda au landamman et à tous les hommes d'Uri d'user de ménagement envers le monastère qu'elle prenait sous sa protection et de lui laisser la paisible possession de ses pâturages sur les flancs des surènes *. Rodolphe lui-même, se trouvant à Zurich trois mois après son couronnement, confirme avec menaces
^ Wattenwyl-Diesbach I, 154.
2 Kopp, GescMchte, Buch lY, 408.
^ Wartmann, Die Jcuniglichcn Freibriefe fur Uri, Sclauyz iind TJntenvalden. Archivfûr die schiv. GescMchte, Zurich, 1832, 132.
* Voir le texte de la lettre datée du 10 octobre 1273, dans Kopp, GescMchte, Bucli III, 729. — Th. von Liebenau, Bliclce in die GescMchte Engelhergs, 13.
RODOLI'UK DE HABSIîOUR»;. 1'*:')
pour les contrevenants, tontes les franchises du cloître *. Ainsi, comme « le (lit M. Wartmann, rien de changé en apparence dans la situation « d'Uri dont rindépcndance semblait assurée.» Ge[)endant, comme le fait remarquer un autre sagace investigateur de nos annales, le patrimoine des empereurs de la maison de Hohenstaufen ne touchait pas au territoire de la vallée ; sous les Habsbourg, au contraire, grands propriétaires et comtes du Zurichgau, dont Uri avait jadis fait partie, il y avait toujours danger que le roi ne se souvînt des prétentions de sa maison et ne auettàt l'occasion de faire rentrer Uri sou> hi mouviiuce de sa maison par la confusion des pouvoirs et des juridictions ^. C'est ce que sentaient les habitants d'Uri, et nous les verrons agir en conséquence en 1291.
Envers Schwyz, la manière d'agir de Rodolphe fut tout autre qu'à l'égard d'Uri. Schwyz tenait sa liberté impériale de l'emperein* Frédéric II. Or, un des premiers actes de Rodolphe élu au trône avait été de déclarer qu'il ne reconnaîtrait aucune des mesures de ce prince prises postérieurement à son excommunication. N'étant encore que comte. Rodolphe avait pris la précaution d'acheter de la branclu» (N^Ilatérale de llabsbourg-Laulénbourg les possessions et prétenlion> de cette maison dans la vallée de Schwyz. Aussi, les eflbrts des montagnards pour faire reconnaître leurs libei'tés impériales échouèrent-ils contre le dessein bien arrêté de Rodolph.e de les incorporer insensiblement à ses domaines héréditaires. Ce monarque Ht un j)remier essai dans ce sens en assignant la vallée de Schwyz avec d'aulres domaines pour douaii'e à la fiancée d'un de ses fils et en l'hypothéquanl à la ni» ut de celle-ci à un de ses cousins pour la somme de 10 marcs d'aiiitMit \ C'est par un elïet de ce même système que Rodolphe, en institua ni un juge pour les personnes de condition servile dans le [)ays de Schwyz. avait essayé de le faire accepter par les hoinints librts de la contrée. Mais, attentif à ne pas trop (;lïai"Ouchei" l(*s montagnards, il s'engagea ;i ne jias prendre ce juge parmi les vassaux et ministéi'ianx de ses VAa{< ht'i'tMitaires *. l\ir un acte daté de Renie, et peu de semaine> avant >a nioit. il octi'oyait aux Schwyzois 1(^ privilège, alors enNii», de ne relever en matière de justice (|ue de lin, de ses lils on du juge du loiiité ( Landrii'hter") choisi pal' lin. Mais i('i eiicoia', c'est du i-oiule de Habsbourg ei non du rjiel" de ri'Jnpire (|irt''iiiaiie celle hluTalilt'.
' KoplN (if'scliichte, Hiirli III, "jnC).
-' lîillùM. ()ri(ii)i('s (Ir la ('ofifnln'ution, Vù\.
•' Kopp. Cm.n(7</(7</«', Hiirli 111, ;?;)().
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144 RODOLPHK DE HABSBOURG.
Selon Tschudi, ce privilège aurait été commun aux trois vallées. Mais outre que Uri n'en avait pas besoin, puisqu'il jouissait de la liberté impériale, il est fort douteux qu'il s'étendit à la contrée qui porte plus tard le nom d'Underwald, puisqu'elle ne possédait encore, comme nous l'avons vu plus haut, aucune unité territoriale.
Malgré la situation périlleuse pour leur liberté qui leur était faite par Rodolphe de Habsbourg, les montagnards ne jugèrent pas à propos de se raidir contre le puissant maître qui, à la qualité de comte de TAargau et du Zurichgau, alliait le prestige et la force attachés à ^la qualité de chef de l'Empire et qui venait de donner une sanction redoutable à son autorité par la défaite des Bernois à la Schosshalde. Quelques mois après cette victoire, les Schwyzois consentirent à le suivre dans une grande expédition entreprise par ce prince en Franche-Comté ou Haute-Bourgogne, où le comte palatin Othon refusait l'hommage dû à l'empereur comme suzerain de ce pays. Dans l'armée de 44,000 hommes que Rodolphe conduisit au siège de Besançon le 22 août 1289 figuraient 1200 montagnards dont une chronique du XIV'"® siècle dit « qu'ils contribuèrent beaucoup au succès en se laissant dévaler par les pentes abruptes dans le camp retranché des Bourguignons, comme gens accoutumés à courir dans les montagnes \ »
Le chroniqueur presque contemporain qui raconte ce trait ne parle que de Schwyz. Mais, comme le fait observer un savant historien, le nom de Swicia qui, au siècle suivant, deviendra celui de la Confédération, comprenait, selon toute probabilité, le contingent des trois vallées ^ La bannière pourpre des Schwyzois avait fait merveille à Besançon. Le roi jugea à propos d'embellir cet étendard que ces hommes tenaient sans doute de la faveur de Frédéric II, des images de la passion du Sauveur. A cette époque, Uri avait déjà sans doute aussi sa bannière pourpre avec son taureau de sable à la langue de gueule sur un fond d'or et aux naseaux ornés d'un anneau rouage. L'imas^e du saint patron de Schwyz Saint-Martin se montrait également sur les étendards de cette vallée, de même que l'effigie de Saint-Pierre décorera plus tard celle, de l'Underwald qui reconnaissait le prince des apôtres pour son patron spécial. Un écusson complètement rouge symbolyse dans la science du blason la souveraineté territoriale et les droits régaliens qui y sont attachés ^
^ « Ecce quidam de Suitia quorum rex mille duceiitos habuit, soliti currere in « montibus descendentes montem, irruerunt in castra. » Chronique latine d'Albert de Strasbourg. Kopp, Buch IV, 437.
^ Rilliet, Les origines de la Confédération suisse^ 94.
^ Stanz, Wappen der schweiz. Eidgenossenschaf t. Berne 1867, G93. — Archiv. des
RODCJLI'HK LK IIABSBOUHG. i'i.)
Pendant les derniers temps de son règne, Rodolphe s'occupa beaucou [) des aiïaires de Bourgogne et du royaume d'Arles où il s'elTorçait de rétablir l'autorité de la couronne. Une entrevue eut lieu à ce sujet à Cudretin, sur le lac de Neucliàtel, entre ce monarque et son gendre, le fameux Charles d'Anjou que la bataille de Tagliacozzo avait rendu maître des Deux-Siciles et du malheureux Conradin. La rencontre de ces deux princes, connus l'un et l'autre par leur esprit entreprenant, causa beaucoup d'inquiétude au comte Amédée V de Savoie qui, tout en feignant le respect et en fournissant la table royale de poissons, de chamois et de vins exquis, faisait surveiller leurs agents du haut de la tour de Vevey, multipliait les sentinelles à Chillon, à Genève et envoyait des émissaires partout jusqu'à Cudrefm même. La grande crainte d'Amédée était qu'on ne le troublât dans ses projets de reprendre à la première occasion les villes et les bourgs que les armes de Rodolphe l'avaient contraint de restituer à l'empire. Mais ce n'était point à la Savoie que pensait en ce moment Rodolphe de Habsbourg, usé parles années et les fatigues et qui n'avait plus beaucoup de temps à vivre'. Il mourut en effet le 12 juillet 1291, regretté, malgré son excessive ambition, de tous les fidèles sujets de l'empire, car il avait détruit l'anarchie, restauré Tordre et la justice en Allemagne. Dans cette pensée, il avait fait jurer aux seigneurs, réunis dans plusieurs diètes, la stricte observation du f.nuilfrieden ou paix publique. Le serment n'était point une vaine formalité. Dans la Thuringe seule il avait détruit soixante-dix châteaux, jiarce qu'ils servaient de repaires aux l)rigands armoriés de la contrée. De là le nom de destructeur de doujoiis que lui donne la chronique du moine de Winterthour '.
i< Il n'a [)as la fermeté de Rodolphe. » »< Il n'a pas la probité de Rodolphe. » Ces dictons circulèrent longtemps i)arnu le peuple allemand a[)rès la mort du mouanjue. Ou ne [)eut malheureusenieut y ajouter le renom de clémence et dlninKinité, contre leipicl prolestent quelijues actes de son règne.
A peine avait-il fermé les yeux (juc le conitc Anir-dt'c V dt' Savoie (Ml pi'olilail pour se remettre eu jïossessiou ih's chàtiMux «M \\\\c< (pic la sup('n()i"il('' (les armes alliMuaiuKs Tavail lori'f de restituer à \'r\npii'e. IViverne, Moi'al. l;i 'Yowv Ac la Ih'oie fai>aienl relour l'nri'é à la
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llttSTOIUK f^UlSSK. 10
140 RODOLl'HK DE HABSBOURG.
Savoie \ Il se trouvait encore en armes à Payerne lorsque les députés de Berne vinrent le prier de reprendre le protectorat que les deux comtes précédents, Pierre et Philippe avaient exercé sur leur cité*. Pour indemniser les Bernois des pertes cruelles que leur dévouement k la Savoie leur avait attirées de la part des Habsbourg, Amédée leur accorda 2,000 livres lausannoises (10 août 1291)'.
D'accord avec son frère, Louis de Savoie, auquel il avait consenti à céder une partie du pays de Vaud, le comte Amédée V cherchait à se fortifier également sur les bords du Léman où il entretenait des galères armées*. Il octroyait des libertés aux villes, Nyon et Évian, par exemple. A Genève, il pratiquait la politique insidieuse inaugurée par Pierre de Savoie, usurpait le Vidomnat, espèce d'avouerie exercée précédemment par le comte du Genevois, son vassal, et soutenait les citoyens dans leurs tentatives d'émancipation contre le prince-évêque Guillaume de Conflans. Ces tentatives étaient allées si loin que les bourgeois s'étaient donné une sorte de gouvernement municipal composé de bourgeois et d'artisans, présidé par des recteurs ou syndics, avec un capitaine, un sceau et s'étaient retranchés dans la cathédrale (juillet 1294). Le comte de Savoie jugea alors lui-même opportun d'intervenir en médiateur; il contraignit les citoyens d'ajourner de plusieurs années Y établissement de la commune que l'excommunication épiscopale n'avait pu arrêter, pas plus qu'elle n'empêcha l'occupation du château de l'île du Rhône par les officiers et soldats du comte de Savoie, vidomne épiscopaP. Du vivant même de Rodolphe, le comte de Savoie avait aussi tenté de s'immiscer dans les querelles des bourgeois de Lausanne contre le prince-évêque de cette ville que le roi des Allemands dut couvrir de sa protection par acte daté de Fribourg (1288). Mais après le décès du monarque, l'autorité épiscopale se vit de nouveau en butte aux empiétements du comte Amédée V et de Louis de Savoie; ils ne cessèrent que lorsque le prélat eut fait abandon d'une partie de sa juridiction temporelle.
Maîtresse du Bas-Vallais romand depuis les temps du comte Pierre, la maison de Savoie ne laissait pas de jeter un regard de convoitise sur le Vallais épiscopal et trouvait parmi les turbulents vassaux de l'évê-
^ "Wattenwyl-Diesbach, I, 167.
2 Le même I, 168.
^ Le même I, 161).
* Forel, Bégeste de la Suisse romande, II.
^ Le Fort et Lullin, Bégeste genevois, 344 et suiv. Mémoires de la Société d'histoire de Genève, vol. 14, 165.
UODOLI'Hi; 1)1. HABSBOUR*;. 147
(jue des auxiliaires de sa politique envaliissanle. Mais >outeiiu j^ar les dizains et par son alliance de dix ans avec Berne, l'évêque Cliallant triompha de la coalition (hi<, nobles en 1294, les délit à Louêclie et se retrancha dans le château fort de Tourbillon construit par ses ordres. Une conjuration de la noblesse pour livrer ce château à la Savoie fut découverte, et vingt chefs de la conjuration décapités sur le grand pont de Sion (3 octobre 1300). Thomas de Hai'ogne, vidomne de Sion, fut puni par la confiscation de tous ses biens,, de la part qu'il avait prise à cette trahison \
â. Ktat de la civilisaliou aux XII"' et XIII"" siècles.
Les temps des croisades et des empereurs de la inai>uii de Souabe sont les jours de gloire de la chevalerie. Que de brillants faits d'armes signalent la présence des barons croisés dans la Palestine î Pour fêler leur retour ou la naissance d'un prince, que de carrousels, de tournois, de passes d'armes où les chevaliers, montés ,sur lenis grands destriers, la lance en arrêt, la visière du casque baissée, s'élancent dans la lioe au bruit des fanfares, et cherchent à désarçonner leurs adversaires, |)our recevoir, des mains d'une belle châtelaine, une chaîne d'or ou une écharpe de soie, prix ordinaire de la valeur dans ces combats simulés.
Zurich vit un de ces tournois en 1 105. Soixante-dix-huit ('hain{noii> y paradèrent sous les yeux du duc de Bavière et d'un ('(MU'our> extraordinaire de peuple et de seigneurs, parmi les(iuels des Hallwyl et des Bonsletten. Le chevalier accompli était celui (jui, à la bravoure, unissait] la lidélité envers son prince, la courtoisie envers !•'> dames, un dévouement généreux à la cause des malheureux et de> oppi-iui('s.
Mais, pour un chevalier sans peur (>t^sans reproche, tjue de clicNalieis félons et cruels! Poui" un bienfaiteur du peuple coinnie Pierre de Sa\()i(^ ou les ducs de Z:eringen, (jue d'abominables tyrainieaux ((Uiune ce. sire de MciM'sperg (jui, du haut de son donjon à SchalTlunise, s'amusait à percer de ses llèches les moines de 'rous-lt»>-Saiiil> doiil il l'tail l'avoui'. Bappelons aussi ce comte Henri de iVibourg ([ui. du l'onsenteuieiil de sou neveu BodolpluMle llab^boui-i:, faisait «'cort'liei- vit-; des
• FiimT. (irschivhtc vtiii Wiillis, 1. 117.