‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 49 sur 72 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES GUERRES DE JiOUROOCiXE

A LA GUERRE DE SOUAIiE

(dk 1474 A 1499)

1. \icolas de DiesbiK'li et la trilogie du dur «le Hour^<»<:iie ; Oi'uiidsou, .Moral, \aiiej. — (1171 à 1177.)

Les ducs de Bourgogne, maîtres d'une grande partie du ti*rritoire qui longe la Suisse à l'ouest et qui appartient aujourd'hui à la Fraui'e *. soutenaient depuis longtemps de bons i*appoi-ts avec les confi'dérés. Dix années après la paix d'Ensisheim, Philippe le Bon, duc de Bourp:ogne, prince remarquable par sa maijuificcnci' d siv hlMM-aliliv- puv.'ix les arlistes et les savants, ayani [)assé par Hcnic pour -c ri'iidre eu Allemagne, y avait reçu l'accueil le plus brillant cl Ici ipiOu ueu faisait (ju'aux tètes couronn<'Cs (145i). En I Kw, le même prince s'était allit' par un traité aux cantons de Berne, Zurich, Eribourg, Soleure. Les principaux magisti'ats de ces cantons et leurs fils étaient accueillis à l;i cour de Dijon avec toutes sortes de manjucs d'anutu' cl de déférence. La Bourgogne fournissail aux Suisses le viu, le blé cl le >cl nécessaires à un peuph^ [)asteur et agricole. Ces bons rapports s'alTaiblirciil nu [«eu lorsque Charles le Téméraire ou le Trrrihlr, comme on l'appela d"abord au dii'e des historiens h'ançais V, monta sui- h» Irôiic ducal. Ce prince séri<Mix, aclif, dcvol, lier, cnlreprenant. perliile cl lioiiMblemenl cruel, avec un mélange de grandeur d'âme et de folie, ne se trouvait pas satisfait d()> vastes Etats ipie lui avait légués son [hM'c cl i|ui faisaient dt» lui le souverain de tous I(n pays i|ui s'élendent du Doub> ;i la nu'r du Nord. Il usui[ia la (lucldi(\ la Lorraine, C(Mivoilail h' duché de Mdan et UK'ditail la fondation d'un royaume qui ^i' fùl étendu de l'embouchure <lu Bhiu ;i la .\b''(lilerranée.

* Lo (Inclu'* (le noiiri;(\ixnp comproimit la Kranrho-Comti^ ilo lîourjxoijno et la .Bour<;o;ïiio proiJi-iMiient tlit«\ iwvv los Flanilr«^s (rommo on appelait alors la Belgi- ^IU('), la llollamli», lo Luxombourj?, lo Charolais ot uno parti»» tlo la Tirardio.

" Mi('liol»»t, Histniir <h' Frawr, 17,9.'). — Bonlior ot Charton. Ifistoitr de France

^l'aprrs l(vs ildtMimiMit'^ (H'iirinaux i-t li^> inojuunontN. l*;\ri<. HC.-J. I. ,'21.

342 GUKRRES DE BOURGOGNE.

L'empereur Frédéric III, alléché par la promesse de la main de Marie de Boiii'gogne pour sou fils Maximilien, lui promettait son concours et songeait à tirer parti des armes de son futur gendre pour soumettre les Suisses à sa maison. Mais Charles le Téméraire comptait sans le roi de France, Louis XI, le plus fin et le plus astucieux des monarques qu'il y eût enEurope,à une époque féconde cependant en politiques sans conscience et sans scrupule. Louis XI ne jugea pas à propos de se brouiller ouvertement avec un prince aussi violent que Charles de Bourgogne. Il préféra lui donner pour ennemis ses voisins de la Haute-Allemagne dont il avait expérimenté l'indomptable courage. Il se servit d'abord pour cela du duc Sigismond d'Autriche, que l'état de ses finances mettait dans l'impossibilité d'acquitter la dette de 10,000 florins contractée envers les Confédérés au traité de Waldshout. Ce prince, ayant recouru à Louis XI, ce monarque reconduisit poliment et le renvoya au duc de Bourgogne, qui accueillit très-bien Sigismond et saisit avec empressement cette occasion d'agrandir ses États. Par le traité de Saint-Omer, conclu le 9 mai 1469, Charles se fit hypothéquer l'Alsace, le Brisgau et le Sundgau, la Forêt-Noire et les villes forestières, moyennant un prêt de 50,000 florins et déclara prendre Sigismond sous sa protection contre les Suisses.

Le rapprochement soudain de l'Autriche et de la Bourgogne fit une grande sensation en Suisse. L'émoi des Confédérés redoubla lorsqu'ils reçurent la nouvelle que l'empereur Frédéric III venait d'annuler le traité de Waldshout (25 mai de la même année). Il fut porté au comble, trois mois après, par un décret de l'empereur qui mettait les Confédérés au ban de l'empire (31 août 1469). Le duc de Bourgogne, de son côté, était à peine entré en possession des pays hypothéqués qu'il y envoyait comme bailli le chevalier Pierre de Hagenbach, un des hommes les plus durs et les plus corrompus de ce siècle. Ce gouverneur signala son entrée en fonctions en inquiétant Mulhouse pour la punir de s'être alliée avec Berne et Soleure en 1466, et en faisant traîner en prison à LauffenbourL» des sens de Schenkenbers, dans l'Arçrovie bernoise.

Les alliances étroites que les Confédérés venaient de conclure, la même année, avec de petits souverains comme les comtes de Wurtemberg et l'évêque de Constance, n'étaient pas un rempart assez fort contre Charles de Bourgogne. Les Bernois, en politiques prévoyants, n'avaient pas attendu ce moment pour entrer en relations avec le seul monarque qui pût les aider efficacement contre une coahtion aussi redoutable que celle de l'Autriche et de la Bourgogne, à laquelle on pouvait s'attendre à voir encore se joindre la Savoie qu'un traité unissait à Charles le

GUERRES DE BOURGOGNE. ô ko

Térnéra-ire, depuis le M janvier 1408. Vingt jours après le traité de Samt-Omer, deux magistrats très influents, l'ancien avoyer Nicolas de Dieshach et (iuillaume de Diesbach, son cousin, tous deux chevaliers, s'étaient rendus au[)rès du roi Louis XI pour réclamer son appui contre le duc de Bourgogne. Quelque tem[)s après, un autre ambassadeur était envoyé au Téméraire lui-même, dont on espérait encore adoucir les dispositions hostiles. On avait choisi i)Our cette mission ditlicile l'avoyer Adrien de Houbenbei'g. Honune (rj:ltat habile et guerrier valeureux, RoubcfdxM'g ne devait pas être vu de mauvais œil à la cuur de Bourgogne où il avait passé plusieurs années de sa jeunesse comme page du duc IMiilippe le Bon, i)ère du Téméraire. M;iis loin de réussir dans sa mission, Boubenberg n'en avilit rapj)orté (jue des paroles hautaines dont, en envoyé fidèle, il crut devoir fane jtart à la Diète de Bfde : « Hagenbach, avait dit le duc, n'est pas là pour faire l.i volonté de >ei voisins et de ses administrés, mais poiu- faire ma volonté à moi'. » Et c'était sans doute pour donner plus de force à cette volonté (jue Charles le Téméraire décrétait l'institution d'une armée permanente qui s'organisa en effet l'année suivante (1 17 1 ).

Encoura.L'é par son maître, Hagenbach ne garda plus de mesure. Bésidant alternativement ii Tei'relte ou àBrisach, et cnloui»' d'unie garde étrangère, le Gessler de l'Alsace menaçait de destruction la ville de Mulhouse, rançoiniait indignement les habitant.» soinnis à son joug, faisait [)endre et déca[)iter les récalcitrants et déshonorait sans gêne les lilles de ses administrés. Les Suisses continuaient à êli'i' l'objet de sa haine et de ses sarcasmes : « Si les Suisses ne se tiennent pas \vdi\- ^( ([uilles, disait-il, je ferai écorcher Tours de Berne i>our me faire une « fournu'e de sa peau. »

Beine et FiibnurL: avaient aussi à se plaindra' tle> vexations des olliciers de la diicliessc de Savon; conti'e les inan'haiids des deux villes ijui se rendaient aux foires de (ienève et de Lyon, (hi imputait ces ve\ations au mauvais vouloir de Jactjues d(* Savoie, que son h'ère Améilée IX avait fait baron de Vaiid cl comte de Boinont. Pai* un curieux cont!'a>le, or. voyait a peu de lemp> de la le> pniicqiaux majistratN de Berne et l-Vibourg, Nicolas de Diesbach, Pierre de Wabern. Jean de Praroman et Baoul de Wuippens jouer le rôle de médiateur» a Monlmélian et Chambéry entre la diudiesse régente. Yolande de Savoie »'t se> beau\-lrei-e>. IMiilippe de Bres>e i^t le comte de Bomont, (]ui cherchaient à la lenveiser du ti-ôiie. Wrnw iiilei'Ncnlinn oUicieuso dos deux

' S(>m;,.ss(m\ (•/(/(/. AhschiciU: de HJ1 à 1 177. 4i)ii. l^a ilt'olarfttion do r»oul>onl)erg est (lu in mai inJQ.

villes dans les conflits qui s'élevèrent ensuite entre la Savoie et le Vallais. Aussi la duchesse de Savoie semblait-elle empressée à renouveler l'alliance conclue par Amédée IX avec Berne, et choisissait-elle pour plénipotentiaire un seigneur ami de Berne et Fribourg, le comte François de Gruyère.

En prévision d'une guerre avec la Bourgogne, Louis XI avait conseillé aux Suisses de se réconcilier avec l'Autriche et de signer un traité rédigé par l'évêque de Constance, Hermann de Landenberg, leur allié. Les villes s'y montraient bien disposées ; mais les vallées forestières, qui voyaient dans la maison d'Autriche l'ennemie héréditaire et se souvenaient du rôle de Frédéric III dans la auerre civile de Zurich, avaient bien de la peine à s'y résoudre.

La Diète de Zurich recommanda au roi, comme l'homme capable de ramener les Waldstsetten et d'exercer une utile influence, Jost de Silinen, prévôt de Béromiinster, qui, aux belles manières et à un extérieur imposant, alliait un grand esprit d'intrigue ^ Silinen devient dès lors l'homme de confiance et le premier pensionnaire de Louis XI dans la Suisse centrale, comme Nicolas et Guillaume de Diesbach étaient les agents les plus actifs et les principaux pensionnaires du roi de France dans la Suisse occidentale ^ C'est Berne qui prend alors l'initiative dans les diètes. Bien que rien n'eût été décidé à cet égard, et que Zurich continuât à garder la préséance dans le Conseil de la nation, la ville des Erlach et des Boubenberg avait en quelque sorte remplacé celle des Schœno et des Stûssi, comme Vorort des États confédérés.

Sous l'influence de Berne et des Diesbach, un premier traité d'alliance avait été conclu entre Louis XI et les Ligues suisses à Berne, le 13 août 1470, et avait reçu la ratification du roi à Tours (23 septembre). La politique cauteleuse de Louis XI n'avait pas pu empêcher la guerre d'éclater entre lui et son redoutable rival, le duc de Bourgome dont la cruauté se manifesta surtout à Nesle où il entrait dans l'église tout joyeux de voir tant de cadavres, et se vantait en se signant d'être entouré de bons houchers'\ Le nombre des villes, villages et chà-

^ Jost de Silinen, plus tard fait par le roi évêque ou administrateur du diocèse de Grenoble, recevait 1000 livres de pension, son frère Albin 400, les deux avoj^ers de Lucerne, Henri Hassfurter et Gaspard de Hertenstein, le premier 390, le second 400. Le rôle des pensions pour MM. de Lucerne porte 3000 livres.

2 Nicolas de Diesbach recevait 1000 livres, ainsi que son cousin Guillaume, ancien avoyer. Adrien de Boubenberg lui-même retirait une pension de 360 livres. Le Conseil entier de Berne recevait .4745 livres , celui de Zurich 2000. Restaient 9000 livres à distribuer aux particuliers. Rôle des i-^ensions dressé par Favre, commissaire du roi, et Nicolas Diesbach, avoyer. Segesser, eidg. Ahsehiede, 934.

^ Bordier et Charton, Histoire de France, I, 524.

GUERRRS DE BOURGOGNE. 345

teaux détruits dans cette guerre atroce par Charles de Bourgogne ne s'élevait pas à moins de 207^,

Dans leur zèle pour le service de leur nouveau maître, les Die>bacli voulaient courir sous ses drapeaux. Berne les retint. Les IJgues suisses avaient besoin de tous leurs enfants et la Diète avait sagement interdit le lieislaufm ou service étranger*.

En avril 1473, plusieurs marclian<is suisses qui se rendaient à li foire de Francfort furent enlevés par un gentilhomme autrichien nommé Bilgeri de Ileudorfl'. Mais les Strasbourgeois, en fidèles alliés des Ligues, tombèrent sur les ravisseurs et délivrèrent les [»nMinni»*rs. Les Confédérés ayant fait entendre des menaces, Hagenbach déclara que, si on touchait à l'Autriche, on aurait alTaire à la Bourgogne. Le 5 mai, des ambassadeurs bourguignons se rendaient à Berne et rappelaient avec hauteur ;i la Diète suisse que le duc Sigismond était l<^ conseiller, le serviteur et le protégé de leur souverain. Les magistrats des Ligues répondirent que le duc devait aussi savoir que les Confé<lérés étaient sous la protection de Dieu, et que, de concert avec leurs alliés, ils se défendraient tant qu'ils auraient biens et vie. La Diète décida ensuite que réparation serait demandée à T Autriche, avec des domma^'es intérêts pour l'alTaire IleudorlT. Des ordres furent expédiés de toutes parts pour qu'on se préparât à la guerre et surveillât les opérations de l'ennemi '. L'envahissement de la Gueidre dans les l\ays-Bas par Charles de Bourgogne cl l'annexion de ce pays à ses l'^tats, accompli^ vu juin, n'étaient pas faits pour diminuci" rin(|uiétude rt Ks aj)pi"éhensions des Confédérés. Adrien de BoubenbiM'g fut envoyé le nims suivant à l'empereur dont on espérait encore (juehiue chose, contit* tout e^pou* sembl;nt-il, car Ki'édéric III avait |)ositivt'nn'nl icfusi' I aniu'c pi-écédentc à la Diète de Batisbonne de conlirmer K's rian^-lnMV^ des ContV'dérés comme le lui ileinandaitMil hv^ eiivovis d(\< Suisses, l'avoyer Nicolas ih Schai-naclilal de Berne et le (a)n>eiller IbMU'i (i«t|dh de Zurieh \

\a)> concession^ croissantes de IVi'dt'ri.' III an due d(' BiMir'jivjne ne [)araissaient pas non plus de nalui'e ;i donut'r aux Siuss('> quelque o>poir <1(^ retour. Dans le contrat de mariage entre Marie de Bourgogne et Maximilien. drisse' par l'ambassadeur l)ourguignon Casanova à Vienne, le duc de Bourgogiu^ était reconnu \'iriiiir de l' Eiupivr sur toute la rive (jaurhr ilu lUiin, el ih'v.nl èlrt^ coiuauiiu' en ccll.' qualité à Metz. Le

* Si'irossor, /'/(Z'/. Ahsrhitilr, .'••Jl, r»J7.

» ii)iti., ne.

' ll'i.l., 123.

Vicariat cFempire octroyé au Téméraire embrassant l'archidiocèse métropolitain de Besançon avec les évêchês de Èdle et Lausanne pouvait ainsi facilement englober toute la Suisse occidentale. L'impression produite par cette nouvelle chez les Suisses fut telle qu'ils ordonnèrent un jour de prières générales pour implorer le secours du Tout-Puissant dans ces graves conjonctures. « Que la Confédération, écrivaient les Bernois, « réfléchisse bien à ce mémorable événement et se tienne prête à défen- « dre sa liberté et son indépendance \ »

L'empereur avait manifesté à Boubenberg l'intention de se rendre k Bàle pour entendre les Suisses et se transporta en effet le 3 septembre dans cette ville, où parurent aussi Adrien de Boubenberg, Nicolas de Diesbach et d'autres magistrats des Etats confédérés. L'empereur leur signifia qu'ils eussent k restituer k l'Autriche tous les pays qui lui avaient été indûment enlevés. Nicolas de Diesbach, l'orateur désigné par la Diète répondit en termes fermes et respectueux k Frédéric IIL II ne se gêna pas pour faire le tableau des violences de tous genres commises par les baillis et gouverneurs des ducs d'Autriche dans les pays soumis k leur administration sous le rè^ne d'Albert ¥\ Sans rien rabattre de ses prétentions l'empereur accorda aux Confédérés un délai pour se prononcer, jusqu'k la prochaine diète d'Augsbourg-.

Mais au moment où il semblait que tout était perdu pour les Suisses du côté de l'Autriche et de la Bourooone , un événement imprévu venait détruire complètement l'accord en apparence si complet de ces deux puissances. Le duc de Bourgogne s'était vu fermer au nez les portes de la ville impériale de Metz où il comptait recevoir la couronne des mains de l'empereur (septembre i 473). Ce dernier, il est vrai, avait désigné pour cette cérémonie une autre ville, celle de Trêves. Les deux souverains s'y étaient rendus en novembre et le couronnement devait s'accomplir le 23. Tous les ornements royaux, sceptre, manteau, couronne étaient préparés pour la cérémonie. Mais dans la nuit du 22 au 23, l'empereur mécontent de la pompe orientale que déployait le duc de Bourgogne et du mauvais résultat de leur entrevue qui avait duré trois jours, s'enfuit en bateau par la Moselle, laissant le duc de Bourgogne profondément irrité et plein de projets de vengeance. Les cantons les plus exposés k la colère de ce prince, J3erne, Fribourg et Soleure jugèrent opportun de lui envoyer en janvier 1474, une nouvelle députation composée entre autres des anciens avoyers Scharnachtal et

^ Ochsenbein, Die UrJcunden der Belagerumj und SchlacJit von Miirten. Freyburg, Bielmami, 1870, XIV.

^ Segesser, eidg. Abschiede, 455.

OUKRHES DK BOL'R(JO(JNE. '-VU

Wabern. Arrivés devant Charles, à Eiisislieimen Alsace, ils llécliireiit le genou devant lui, selon le cérémonial d'usage. Leduc les laissa dans celle attitude humiliante sans daigner les relever ni leur répondre, et les traîna à sa suite jusqu'à Dijon d'où ils revinrent sans avoir pu remplir l'objet de leur mission. A Mihu même, dont le souverain GaleasSforza, au mépris du CajiHfilai qui l'unissait aux Suisses depuis liOT, llotlait sans cesse entre ces républicains et le potentat bourguignon, un allait répétant ces [)aroles du duc Charles : « Je détruirai Ik^rne, et je ferai ériger « une colonne avec ces mots : Ici lut une ville appelée Berne. »

Cependant à l'ouïe des négociations (jui se poursuivaient depuis un certain temps à Constance et Hàle entre les Suisses, les villes rhénanes et l'Autriche par les soins des envoyés de Louis XI cl du l'.imcux prt'lat Silinen, le duc Charles se ravisait. Une ambassade bourguignonne parcourait plusieui's villes de la Confédération et y recevait un accueil favorable (mars 1474). A Berne, Adrien de Houbenberg et ses adhérents inclinaient à la paix. A Fribourg, Favoyer Uaoul de Wuip[M'ns mandait aux liernois ces paroles signilicalives : « Xous avoyi-i-, Consed « et Soixante, nous avons décidé à l'unanimité de ne plus contracter « d'alliance ni avec roi ni avec j)rince, et de rester à tout jamais lidèles « à votre alliance et à celle des Confédérés \ » Mais l'arrivée d'une ambassade française eut bientôt déti'int rnn[)ressiou (ju'avait i)roduite l'ambassade bourguignon ne. Les villes rhénanes, alliées entre elles sous le nom de Basse Ligue (Niederer l^nid) réunissaieiit la somme nécessaire au l'achat dvs pays hy[)Othé(iués au duc de liourgogne, d le «lue Sigismond sonnnait son soi-disant pi'olecleui" do lui i-eiidre ses pays. Le traité connu (lan> W. droit public de la Suisse, sou> le nom de fjmrendon periHincHr (Lwige Uiclitung). était signé à Constance l'I donnait pour einiemis au duc de Bourgogne les Suisses et l'Autiic'he, sous hi médiation des envoyt's de Louis XI, de Silinen enlie anlre>, (jui avait reçu til, ()()() livres ;i distribuer aux Conf(''dt''!(''s. Le cictlil de Xicola> «le Diesbach allait dès lors croissant ;i Berne où K'> ('leelioii> j»ascale> de 1174 le j)orlaient au rang suprême d'aNoycr. Dès le in(M> suivant, la tyrannie de IMerre de llagenbach recevait sa recdinpeiiM'. C{}. gouverneur im(|iie. iiianife>tanl le dessein d'as^allhr la ville d'Liisisheim, U> {') avril, provoipiail un soule\('ini'iil '('iit''!Ml de la Ba^>e Li'iie. Le l>:iilli hii-mêiiu' ('tait saisi ;i Bnsai'li >ni' Ididce du diii" Sigisnuuul . le 10 a\nL jclt' eu priNOii. applnjiK' à la toiliui' t'I ('oiidainiit' à moi! p.ir un liiliiiiial daii> Icimh'I >i(''jeaieiil aiiiitMii di'^ Confédérés, lla^sùirler.

' Anslu'lin, licnicr'Ctinmiky I, 12S.

Herlenstein et Russ de Lucerne. Le 9 mai, il était exécuté à la lueur des flambeaux.

En ce moment-là même, le duc Charles, ignorant encore ce qui se passait, cherchait à s'emparer du comté de Montbéliard, appartenant aux comtes de Wurtemberg. Berne sauva Montbéliard en y jetant une garnison et en faisant admettre cette ville pour 10 ans dans la comboui'geoisie des Ligues \

La nouvelle de l'exécution de Has;enbach mit le duc de Bours^oi^ne dans une étrange colère contre ceux qui y avaient trempé. Mais dominé par le ressentiment profond qu'il nourrissait contre l'empereur depuis la mystification de Trêves, il avait mis le siège devant la ville impériale de Neuss sur le Rhin, vaillamment défendue, où. il perdit Ll mois et 15,000 hommes. Une grande ambassade française étant arrivée dans l'intervalle en Suisse, un traité d'alliance offensive était conclu entre Louis XI et les magnifiques seigneurs des huit Ligues de la Haute- Allemagne'^, plus leurs alhés de Fribourg et Soleure (26 octobre). Par ce traité, Louis XI s'engageait à payer d'avance 20,000 francs et assurait à chacun des 10 États de la Ligue 2,000 florins de pension annuelle, s'il était obligé de les aider de ses troupes, et 50,000, s'il était empêché de les secourir en hommes. Ce traité n'avait pas été accepté sans peine par tous les Confédérés. Schwyz, qui avait les yeux tournés du côté de Milan, eût porté la guerre dans ce pays s'il n'en avait été détourné par ses confédérés. A Fribourg, le parti bourguignon l'eût emporté, dit-on, sur le parti contraire sans l'opposition des gens du quartier populeux de l'Auge, gagnés par l'or de la France ^

Le traité avec la France porte la date du 26 octobre. Mais il avait déjà été déflnitivement arrêté le 21 précédent à la Diète de Lucerne composée des députés des huit Ligues, et Nicolas de Diesbach désigné pour

^ Michelet dit : « Le duc vengea son gouverneur en ravageant l'Alsace. Il ne la « recouvra point. 11 ne réussit pas davantage à prendre Montbéliard et il indigna « tout le monde par le moyen qu'il employa. Il fit saisir à la cour même le jeune « comte Henri, on le mena devant sa ville, on le mit à genoux sur un coussin noir « et on fit dire aux gens qui étaient dans la place qu'on allait couper la tcte à leur < maître s'ils ne se rendaient. Cette cruelle comédie ne servit de rien » {Histoire de France^ VI, 344). Voir aussi Menzel {Gesch. der Deutschen, II, 189). Mais l'exécution de Hagenbacli ayant eu lieu le 9 mai et la tentative sur Montbéliard le 11, il est impossible, vu l'éloignement du duc qui était à Neuss, d''admettie que la scène en question fût le commencement de la revanche et des vengeances ducales.

'^ C'est le nom que le roi donne aux États confédérés. Voir le texte latin des traités entre les Suisses et Louis XI dans Segesser, eidg. Abschiede, appendice, 917. On trouve parmi les négociateurs Roïst et Gôldli de Zurich, Nicolas et Guillaume de Diesbach, Pétermann de AVabern de Berne, Henri Hassfurter de Lucerne, etc.

^ Archives de Fribourg. Supplique de Jean Guglenberg, 1494.

rJUKIlRKS DE B()L"HG<J<J.\E. ij'il)

le porter à la signature de Louis XI. La même Diète avait déclaré la guerre à la Bourgo^L'ne au nom des Confédérés, agissant sur l'orili-e de l'empereur et en (jualité d'auxiliaires de la maison d'Autriche. Berne était chargé de l'exécution. La déclaration de guerre, signée non-seulement par Berne, comme on l'a dit, mais par les huit États confédérés, plus Soleure, fut lancée le 25 octobre. Le duc de Bourgogne l'ayant reçue devant Neuss montra une colère inouïe et s'écria : « Btrne, Berne! » La déclaration de guerre des Suisses fut suivie de celle de cette même maison d'Autriche <jui voulait peu de temj)s aupai'avant se servir du duc de Bourgogne pour réduire et châtier le> Confédérés.

L:i guerre commença, dès le 21 octobre, pai- la comiuêtede la [letite ville de Cerlier (Erlach en allemand) située sur le lac de Bienne et (jue la maison de Savoie avait inféodée aux seigneurs bourguignons de Chàlons-Orange.

Le 28, 3,000 Beinois commandés par les anciens avoyers Nicolas de Scharnachtal et l^élermann de ^Vabel•n et suivis des Soleurois, Fribourgeois et Biennois leui's alliés, marchaient >ur la Haute-BourLiOuMie [)ar Porrentruy. Les Confédérés des autres Ligues joints à 1,000 Autrichiens de la Foi'êt-Xoire et des villes forestières, prenaient la même dii'ection en [)assanl par Bîlle. La ville bourguignonne d'Héricourl se trouva bientôt investie par 18,000 hommes, Suisses, Auli-ichiens ou soldats de la Basse I^igue, portant tous, selon le Chroniipieur contemporain Schilling, la croix Idanche des Confédérés, en signe de ralliement et de confraternité.

Le L'{ novcuibre, une armée bourguignonne de ^n.ooo hommes s'a[)pi"ocha [»()ui' débloipici' la ville. Les Bernois l'attaipièrenl le> premiers au cri de : « Berne et Saint-Vincent » avec une im[nHu(>silé extraordinaire. Malgré leur coui-age et l'héroïsme surhuit de> gen> de Faucogney, les plus vaillants des Fi'ancs-Comtois, et ipii de 800 se ti"(Uivèrenl rt'duits à 80, les l^)ui-guignons furent baltiis et se retirèrent en l.ii»anl il.OOO morts et l,(il7 pi'isonnier> (jin ne fui'enl epargné> .pie pour jtroeurer une ressource aux pauvres de la ville df Berne. Car aussi ciiiel ipie brave, l'avoyer Scharnachtal regi'etlail ipTon eût fait (piailiei". La ci iianlt' {\v> Suisses so manifesta encore par l'honible Iraileiiieiil lail a IS piisoimiei's lombard> (ju'oii bnïla MtV a B.Ue pour voies de faits, sacrilèges el crimes contre nature.

Ib'rii'ourl ^e iciidil \vo\< joiiivs api-i'> la balailli' e( fal l'émis au (\i\C Sigisnioiid p:n" le> Suisses, ;iu\iiueU ("e piin.M» diNtiabua lO.OiK) livres pour jcui" ri'iompeiiM'. Livs .dhi-^ cui'ciil p'>ui' leur pari l'arlilh'rie con- ([lu^e. hoii/c ehàleaux ri lioi^ \ illi'> liiit'ii( le prix dt' la Meloire.

La guerre interrompue par un froid intense ne devait pas tarder à recommencer. Le M janvier 1475, le château savoisien d'illens, à deux lieues de P>ibourg, était emporté d'assaut par les ti'oupes de cette ville et de Berne son alliée. Le même jour, Nicolas de Diesbach revenant par Genève de sa mission auprès de Louis XI y était en butte à de grossiers outrages. Aussitôt Berne de signifier à la duchesse Yolande de Savoie qu'elle eût : i^ à déclarer la guerre à la Bourgogne, S*' à ouvi'ir ses forteresses aux Suisses, 3« h payer 12,000 livres de dommages-intérêts à Nicolas de Diesbach et 4*^ à rappeler son beau-frère le comte de Romont du service de Charles le Téméraire^ (21 janvier). Pour toute réponse la duchesse donna communication aux Confédérés de la triple alliance conclue contre eux entre la Bourgogne, la Savoie et le duc de Milan, ce même prince qui avait offert son aide aux Suisses quelque temps auparavant. La politique savoisienne cherchait à brouiller les cartes en Suisse et à exciter contre Berne les autres Etats confédérés. Mais ses efforts furent vains. Apprenant que des troupes lombardes et napohtaines, commandées par le prince Frédéric de Tarente, fils du roi de Naples, un des nombreux prétendants à la main de Marie de Bourgogne, se disposaient à emprunter le territoire savoisien, la Diète de Lucerne décidait Je 15 février qu'on marcherait au secours de Berne à la première sommation *.

De son côté l'empereur s'était brouillé aussi complètement avec le duc de Bourgogne, qui refusait de lui obéir et de lever le siège de Neuss. Irrité contre ce prince, Frédéric III appelait à deux reprises les Suisses au secours de cette ville, qu'il allait débloquer à la tête d'une armée. Mais les Etats confédérés, après quelque divergence, s'accordèrent dans les Diètes de Zurich et de Lucerne à refuser toute participation à cette expédition coûteuse et lointaine dans un moment aussi critique pour leur pays (mars 1475). Obwald et Zoug rappelèrent même à cette occasion que l'empereur avait refusé de confirmer les chartes de franchises de ses prédécesseurs. Mais sur une nouvelle sommation de Tempereur,

^ Segesser, eidg. Abschiede, 525.

^ Ii.id., 526. On voit par là combien est erronée l'opinion que Berne a tout fait. Plusieurs de nos historiens nationaux, Jean-Gaspard Zellweger, Frédéric de Gingins, par exemple, et M. Kirk, le biographe américain de Charles le Téméraire {History of Charles tlie hold of Bargundu^ London 1863) ont prétendu que le due de Bourgogne ne songeait pas à attaquer les Suisses quand ces derniers lui déclarèrent la guerre, ni surtout quand ils firent leur première alliance avec Louis XL Mais comme l'a fait observer M. Freeman, l'auteur connu de V Histoire des Constitutions fédératives^ et M. le pasteur Ochsenbein après lui dans ses Urkiinden et le Sonntagshlatt du Bund, les Suisses ne firent, selon toute apparence, que prévenir les desseins secrets de Charles le Téméraire ou le Terrible.

GUERUES DR IJOLHGOGNE. ii'il

Herne, Zurich, Soleure se déclarèrent prêts à obéir nu clief (Je Tempire (:]1 mars)'.

Les premiers joui's d'avril la Liuerre avait éclaté tout de bon du fûtt* de la Frauclie-Comté par roccu[)alion soudaine de Pontarlier. l.iUM) gars des Ligues s'étaient jetés dans la place. Ils s'y virent bientôt assiégés par les troupes ennemies. Berne envoie à leur secours 2,500 hommes aux ordres de Nicolas deDiesbacheldeJean deHallwvl, tacticien consommé et le guerrier le plus expérimenté de la Suisse*. Mais les défenseui's de Pontarlier avaient déjà quitté la place en mettant le feu aux rjuatre coins de la ville. Diesbacli et ïïalhvyl ramenèrent avec eux au delii du Jura les hardis compagnons qui avaient pris Pontarlier, repoussèrent une armée bourguignonne commandée pai' le comte de Roussi, maréchal de I^ourgogne et s'emparèrent de nouveau de la prévôté et ville de Ponlarlier, où ils laissèrent une garnison d'hommes d'élite. Berne avait reçu pour cette expédition le secours des Confédérés. Plusieurs des Ligues, Uri, par exemple, ne se montraient pas moins très-mécontentes qu'un seul Etat se ciût le droit d'engager les autres dans une guerre sans leur consentement préalable (22 avril). Mais la grande bannière de l^erne flottait déjà dans le pays de Vaud et les troupes bernoises, suivies de celles de Fribourg, B.àle, Soleure, Lucei'ne, sous le commandement de Nicolas de Diesbach, s'emparaient de Granilson, Orbe, Échallens et du château de Jougne, non sans de grandes cruaut(''s contre les défenseurs de cq> places. Lorscpie les Lucernois firent leur entrée à Beine, on envoya au-devant d'eux les enfants de la ville, au nombre de 400 et en belle ordonnance, pour leur faire politesse, et TavintM- en chai'ge les complimcnla au milieu {\l'< arclamalions du j)euple.

Pendant ce teuqis, la situation du duc de lU>ui'gogne s'«''tait cuipu'ée par ladln'sion de la LoriMine à la coalition formée contre lin et par la l'eprise de la Picardie au pi'olil du Louis XL Charles de lUiurgogne. forcé |)ai' l'euipeieur de le\ei' le siège de Neuss, menaçait de porter ses armes contre Strasbourg dont l'un ile> pi'euuer> niaL:i-trat>. laiinur^ire Scholt, venait iinploi'er le secoure de> Suisses. Adiieii de ntMiln'nluM'g faisant opposition à ce V(eu de^ Strasbouiueois, Nicolas di» |)ie>bacli en j)i'olita poui" >e dt'liaii'asMM' de ce rival. (|ui >e vit exclu du Consed el se i-elira dan> >on ch.ileau de Spiel/. .\\ec !.(>()() Ii(imme> de son canliui. Nicolas de l)ie>l)a('h parlait aloi-N de iioiiNcan pmir la liaule-Hourgo.'ne. et allait assit'uer la forteresse de HiainiMil aii\ iniirs di' IS pit'd- d"«''pais-

' Soirossrr, ri<î'i. A^isrhirdr, r>'J7, 5:^0, r)3l.

^ Selon r<\i>rrs>;ioii do (iinjîins dans ses Lettres sur Ja guerre de liourrfOffue, 57. — lîotlt. (fiscli. lies hcrnisclu'ii Krîegswe^feus^ 1S37.

352 GUERRES DE BOURGOGISE.

seur. Il y fut rejoint par cinq cents Lucernois et 2,000 auxiliaires de r Autriche et de la Basse Ligue sous les ordres du comte Oswald de Thierstein.

Blamont, Lille sur le Doubs, Grammont furent pris d'assaut ou se rendirent (juillet-août). Mais la joie des vainqueurs fut troublée par la perte de leur fameux avoyer, le principal instigateur de la guerre, l'avoyer Nicolas de Diesbach. Blessé d'un coup de pied de cheval au siège de Lille et atteint ensuite d'une maladie contagieuse, ce général habile allait mourir à Porrentruy dans la quarante-cinquième année de son âge. Ses restes, transportés à Berne, y furent inhumés en pompe à l'église de Saint- Vincent. L'accusation de vénalité a été souvent portée contre cet homme d"Etat et guerrier bernois, par la plupart des historiens suisses, d'Anshelm à ZellwegerMl a été même accusé d'avoir introduit dans notre pays le funeste système des pensions. Mais ce jugement sévère a trouvé des contradicteurs jusque dans les rangs des écrivains les plus passionnés pour la cause de Charles le Téméraire : « Diesbach, dit le « baron de Gingins, était incapable de sacrifier l'honneur ou la liberté « de sa patrie à un intérêt personnel; il mit son ambition à tirer la na- « lion de son obscurité et à Télever dans la considération de ses voisins. « Diesbach a fait avancer la Suisse ^ »

Un autre écrivain vaudois dit : « En dépit de tout, Nicolas de Dies- « bach était un diplomate honnête, surtout quand on le compare aux « hommes avec lesquels il avait à traiter, à Louis XI, au duc Sigismond, « au gouverneur Hagenbach et même à Charles de Bourgogne \ »

La mort de Diesbach avait produit une fâcheuse impression sur le moral des troupes. Pour le relever, on s'empressa de leur envoyer l'ancien avoyer Pétermann de Wabern qui jouissait de la confiance des soldats.

L'alliance du Vallais vint à propos renforcer les Ligues suisses. Elle fut scellée à Louëche par les députés de ces dernières de concert avec févêque Walther Supersax et les magistrats de tous les dixains (septembre, octobre 1475).

Mais un coup fatal et imprévu sans doute attendait les Confédérés en lutte ouverte avec trois puissances. Le roi d'Angleterre, Edouard IV d'York, beau-frère et allié du duc de Bourgogne, ayant fait irruption dans la Picardie, Louis XI s'était hâté d'acheter la paix de ce prince et

^ Anshelm, I, 118. — Hidber, Adrian von Biihenherg^ 1859, 21. ^ Gingins, Lettres sur les guerres de Bourgogne. ^ Eugène Secrétan, Galerie nationale, I, 133.

GUERRKS DE BOURGOGNE. 353

la faisait aussi avec le duc de Bourgogne à Soleuvre près de Vervins (13 septembre) \

Les Confédérés étaient compris pour la forme dans ce traité, mais avec la réserve dérisoire que si ces derniers n'y avaient pas adliéré avant le ^''" janvier 1 470, le roi de France laissait an dm* de Bourgogne ses coudées franches contre les Ligues.

Sans se laisseï* intimider par la gravité des événements, les Confédérés rejetèrent la médiation de la Savoie, et Berne déclara la guerre au comte de Bomont, qui fut réduit à prendre la fuite (15 octobre). Connnandés par Pétermann de Wabern et Baoul de \Vui[)pens, les Bernois et les Fribourgeois pénétiaient de nouveau en armes dans le pays de Vaud, s'emparaient de Moral, Cudrefin, Avenches, Payerne, Estavayer, Yverdon, les Clées, La Sarraz, et laissaient do fortes garnisons dans plusieurs de ces places. Lucerne et Soleure avaient joint leurs bannières à celles de ces deux villes. Bodolphe de Ilochberg, margrave de Biileln ou Rotlielin dans le pays de Bade et comte de Neuchîitel, dont 11* (ils servait dans l'armée bourguignonne et qui avait lui-môme des possessions considérables dans ce duché du chef de sa femme, avait d'abord cherché à jouer le rùle de médiateur entre les deux partis. Mais entraîné par les sym[)alhies de ses sujets dont le cœur était suisse, le comte Bodolphe allait prêter serment entre les mains des Bernois et recevait garnison dans son chfiteau. Cin(| cents archers de Botein étaient placés en observation auj)rès de la Thielle. Le comte François de Gruyère, maréchal de Savoie, s'unissait également aux Suisses. La ville im|)ériale de Bdle, gagnée par la [)romesse qu'on lui lit (\c la défendi'c conlri' les att.i- (|ues de la Bourgogne, se déclarait de même en l'avcnides Coidedérés et faisait cause counnune avec. l'Autriche et les villes rhénanes, Strasbourg, Schélesladt, Coluiai'. l\ays«;i">bei"g, elc., les évéques deStra>bouig et de B.Ue.

La caiiqKigne des Suisses dans le pays de \a\u\ avaii cic manjuée par un hiM-oïsmc extraordinaire. Lu moins de liois semaine> Kl petites villes et Vil châteaux avaient éti' con<|ui<. A (irandson. on avait vu les soldats, sans attendre l'onli'e des chefs et l'airivée de l'artillerie, exalad(!r les iiiurailles. lancer des bi-andons et prendi-e la vilK» d'assaut. Mais de viande- lidirenrs avaient souillé cette rapiile conquête. Kn beaucoup (1 ciidioils. les habilaiiN liiit'iil massacrés. la garnison jolée pardessus les ci'(''iieaii\ cl le> clicl'^ d(''capitt''> jiar la m, un liii lnuirceau. A Cossonay. le valet du seigneur et conunandant de celle platc dut lairo

' l'a iitin à Svtlniir, ni \v 1;'. tu-tolno, vomiuc il c>i iljt dans Ocbsoubeiii, l'rk'untlcn, X, vil. — Voir Sogesser, t/(///. Abschk\k% 5G1.

HI8TOIKK 8L'l!>i8K. 23

354 GUliRRKS DE BOURGOGNE.

roOfice d'exécuteur et tuer sou maître pour sauver sa vie. A Estavayer, ville défeudue par de fortes murailles, plusieurs donjons et son chevaleresque baron, Claude d'Estavayer, les Suisses ayant emporté la place d'assaut comme celle de Grandson, ésforsèrent les 300 hommes de la garnison et i,000 personnes (15 octobre 1475). Femmes et enfants tout fut luîché ei chaplé selon la chronique, ou contraint de se jeter dans le lac. Les prêtres n'avaient pas été épargnés; on tua jusqu'au pied des autels". Le gouvernement bernois se vit obligé de rappeler ses guerriers aux sentiments d'humanité qui avaient dicté le convenant de Sempach et dont le soldat chrétien et civilisé ne devrait jamais se départir. « Ces cruautés inouïes, disait la dépêche, contraires à nos anciens « usages, pourraient nous attirer le courroux de Dieu et des saints. » Alhant la cupidité à la cruauté, les guerriers de Fribourg chargèrent 100 chariots des étoffes de drap fabriquées par les gens d'Estavayer dont la concurrence dans cette fabrication les rendait jaloux. Une chronique fribourgeoise du XV!'"*^ siècle cherche à rejeter les pillages commis à Estavayer sur les habitants des rives neuchàteloises qui seraient accourues avec des barques pour prendre part au butin.

Plus heureuse qu'Estavayer, la ville de Morat, où deux partis, l'un allemand et l'autre romand, étaient en présence, se rendit sans coup férir, renonça à la Savoie qui l'avait enlevée à l'empire, et devint sujette de Berne et de Fribourg. Cette capitulation causa une telle douleur à un gentilhomme nommé Lavigny, qu'il s'écria : « Ne plaise à Dieu que je ne renie mon prince, » et il se fit aussitôt ouvrir les portes pour quitter une ville qu'il regardait comme infidèle à son prince et à ses serments ^

Genève avait refusé de marcher contre les Suisses sous les drapeaux de son évêque Jean-Louis de Savoie. Elle n'en fut pas moins rançonnée par les Confédérés et dut payer 28,000 écus d'or (un million et demi, valeur actuelle) à Berne et à Fribourg, sans compter l'argent distribué aux chefs de l'armée conquérante. Lausanne fut occupée par les

^ Le chroniqueur bernois contemporain Diebold Schilling raconte qu'il ne se trouva que 26 personnes pour prêter serment aux vainqueurs après le sac de la ville. Il doit y avoir quelque exagération dans ce récit, puisqu'on voit reparaître les mêmes prêtres après le massacre. Il paraît qu'un certain novibre de personnes avaient trouvé un refuge dans la sacristie du couvent des Dominicaines. Extraits du curé fribourgeois François Girard. La communauté des Dominicaines existe encore aujourd'hui.

^ M. F. Engelhardt, Chronik der Stadt Murien, 1828, 51. Les chanoines de Neuchâtel ajoutent dans leur chronique que Kichard Eossel, un gentilhomme, tomba mort de saisissement et de douleur. Mais on voit par les comptes de la ville que Richard Rossel survécut à la conquête de sa ville natale.

(ÎUERRES DE .BOURGOGNE. .Tiri

Suisses, mais on se contenta de lui demander -2,000 llonns, [larce que le gouvernement bernois avait dit à ses milices : <f Nous n'ùterons rien à l'Église; or Lausanne appartient à Tévêque et non au comte de Homont. »

Le Haut-Vallais était également le thécàtre de la guerre. Sion, capitale du pays, fut cernée par 10,000 hommes aux ordres de Jean-Louis de Savoie, évéque de Genève, etd'Amédée de Gingins, capitaine général de Yolande, duchesse de Savoie. Mais aidés de 4,000 Suisses et Grisons, des montagnards des Ormonts et de Chàteau-d'<H']K. les Vallaisans commandés par Jean de Platéa, bourgmestre de Sion, battirent complètement les Savoisiens à la journée de la Planta, où Gingins perdit plus de 2,000 hommes (1»] novembre Li75). La bataille de la Planta, aux portes de Sion, suivie de la conquête du Has-Vallais romand et de la destruction de seize châteaux, anéantit le parti savoyard ou de Rarogne dans ces contrées et assura la prépondérance au parti allemand ou patriote. Une fêle d'actions de grâces fut instituée par l'évêque patriote Walter Supersax pour célébrer la délivrance du pays '.

Jus(iue-là les Suisses n'avaient eu à lutter (jue contre une partie des forces bourguignonnes. Bientôt ils apprirent que Charles de Bourgogne, le destructeur de Liège, le conquérant de la Lorraine et la terreur de l'Europe, avait quitté Nancy, malgré les rigueurs de Thiver, et s'avançait vers Besançon, à la tète d'une armée de 50,000 hommes de toutes nations, bourguignons, picards, belges, anglais, calabrais, milanais, savoyards. Ils apprirent aussi avec indignation (pie Frédéric III avait traité en secret avec Charles devant Neuss (le 17 juin): que le roi de France, bien loin de secoiu'ir les Suisses, comme il s'y était engagé par ralliance, lui avait accordé le passage sur son tei'ritoir** j>our marcher contre eux. Le comte de Neuchàtel jugea le iiioiiieiit pi(>[»u'e pour nuiouveler ses olTres de médiation et convoquer une conf«''rence dans son château. Mais la [»i*étiMition du diif d(^ Bourgogne d'elle reiniN an préalable en possession des pays hypothéqii(''s lit échouer les négociations (2() novembre).

La situation, iiKiuiélaiilt» pour les Confédérés, rendit le ('tiuir ;'i K'n!> ennemis dans le l*ays de \'and. Avant i]iie le diii' di» IU)urgogiie eût (juitté Besaiieoii, un geiitillioinme vandoi^, (liiillaume di' La Sarraz, dont le château avait élt» incendié peu de mois auparavant, sui'prit Yverdon dans la nuit du \\\ janvier et lit main-basse sur les Confédérés en uMi'iii^oii dans la vdle. la» 1» fi'vi'iei- l'iTl», ranni'N' bouruui'jinMine se

' Ftuior, I. L'JO.

met en marche pour la Suisse, tente en vain de forcer l'étroit défilé des Bayards, défendu parles Bernois, et, débouchant par Jougne, paraît tout k coup devant le château de Grandson défendu par 400 hommes et deux capitaines bernois, Hans Wyler et Brandolpliede Stein. La grande armée de Charles et ses menaces n'effrayèrent point la petite garnison, qui repoussa deux assauts et fit plusieui's sorties. Mais s 'étant laissé emporter par une ardeur excessive, Brandolphe de Stein fut fait prisonnier. Le second capitaine, Wyler, était un lâche; il propose de capituler et fait intervenir un gentilhomme moitié bourguignon, moitié alsacien, qui annonce l'incendie de Fribourg, la soumission de Berne par l'armée bourguignonne, et promet la vie sauve de la part du duc aux défenseurs de la place, s'ils consentent à se rendre. Ceux-ci acceptent et comptent 100 florins au gentilhomme, qui les avait trompés et trahis ; car à peine arrivés dans le camp bourguignon, les 412 hommes de la garnison, la plupart bernois et fribourgeois, furent noyés ou pendus aux arbres voisins, sous les yeux du duc et de l'ambassadeur de Milan, qui exprime son horreur de ce spectacle dans une dépêche expédiée le lendemain à son souverain. « Mgr. le duc, ajoute-t-il, pense par là épouvanter les Suisses et est décidé à faire subir le même sort à tous ceux qui tomberont entre ses mains '. » Maître du château de Vaumarcus dont il s'était emparé par surprise, le Téméraire se disposait à marcher sur Neuchâtel et à surprendre les Suisses. Mais déjà altérés de vengeance, les Confédérés et leurs alliés étaient arrivés dans cette ville au nombre de plus de 20,000, et marchaient en trois colonnes vers l'armée bourguignonne campée à Grandson et deux fois supérieure en nombre. C'était le 2 mars 1476. La terre était couverte de neioe. La première colonne, formée de 9,000 guerriers de Berne, Fribourg, Soleure, Bienne, Neuchâtel, et commandée par l'avoyer Nicolas de Scharnachtal et Jean de Hallwyl, fait sa prière à genoux et attend de pied ferme l'armée bourguignonne, qui venait aussi d'invoquer, en se signant, le Dieu des armées. Un second corps, fort de 1 2,000 hommes, s'avance sous les ordres de Goldli de Zurich et de l'avoyer lucernois, Hassfurter, dont la grande barbe et la longue tunique qui cachait sa jambe boiteuse, frappent les regards des ambassadeurs milanais, specta-

^ Dépêches des ambassadeurs milanais Appiano et Panigatola, publiées par M. de Gingins, 1858, 1, 301. C'était le 28 février. « Gingins excuse le duc et veut faire croire « qu'il était absent j)arce que ce jour-là même il alla à trois lieues delà. Les deux « serviteurs du duc, Olivier et Molinet, s'inquiètent moins de la gloire de leur maî- « tre ; ils disent tout net qu'il les lit pendre. » Michelet, Histoire de France, VI, 383. Deux soldats bernois de la garnison furent contraints de servir de bourreaux à leurs compagnons. Geschichtsforscher, VI, 280.

(iUERRES DE BOURiiOGNE. 357

Ifiiirs (loin bataille. L'un des priiiripaux <'liefs bourguignons, Ciiâteau- (iuyon, sire d'Orbe, charge les Suisses à la trte de la gendarnfierie ducale; ne pouvant entamer la forêt de piques qu'on lui oppose, il fait avancer l'artillerie. Celle-ci, connmandée par le grand-bAtard de Bourgogne, portait le ravage dans les rangs des Confédérés sans briser leur résistance, lorsque la seconde colonne des Suisses, (jui avait tourné Vaumarcus, se précipite sur la gauche des Bourguignons. Aussitôt le grarid-bcàtard, craignant de voir sa division coupée par les Confédérés, se replie \ey<> Corcelles. Les Calabrais [>rennent ce mouvement pour une retraite, lâchent pied et disparaissent'. Le duc de Bourgogne, saisissant d'une main son grand étendard et de l'autre tenant sa lance en arrêt, [)arvenait à rétablir son ordre de bataille, vaillamment secondé ji.ir le prince de Tarente, tils puîné du roi de Naples. (juand tout à coup retentissent du côté de Fiez les sons rauques du cor d'Lnderwald et les sombres mutrissements du taureau d'Uri. « Oui >ont ces gens-là? demande le duc à sou prisonnier, Brandolphe de Steiti. — Ce sont les anciens Suisses des montagnes, les vainqueurs des Autrichiens. — Qu'advieiidra-1-il de nous, puisfju'un si [trtil nombre nous a déjà mis sur les dents ■ ? )>

Ces sons étranges et cette attaiine iiialti'inlin' ont ji'l.'" une terreur [);uii(jue dans les rangs de rai-m«''e boiu'guignonne qui se met à fiiii* <lans le plus grand désordi'e. Chàleau-Ouyon e^t tu»' au UK^ment ««ù il venait d'enleviM' la bannière de Schwyz et cherchait à eut iiuei' la masse compacte des piijiies de IS j)ie(ls di's Suisses ; le duc de Boiuu'ogne, qui se croit trahi, est eiilraîm'' (lan> la dt'ronte générale ju^iprà .loujiie. Acharm's à la \eiigeaiici', les Suisses poui'suiviii'iil renin'iiii jusque fort avant dans la mut. Mais lorsque les soldats de Benit» et de Kribourj^^ virent >u>pe!iiliis aux arbres le< corps de letiis iiil'oiliiiii''^ (Minarades, il> lie >e possédèrent plu>, et sV'Iaiieaiil au château (K' (iraud^on. ils eu égorgèriMit Its diMeiiseiirs (Miles pendirent aux arbre^ des environs il la place de leiii's mallieni-eux (Miuarades (i» marO*.

La victoire de (lraud>ou ne coula, dit-on. au duc qu'un inillie:' d'lioinine<, inaiv li\ia aux Suisses le camp du din' de l>niirj(»jiie ■A\>'r

' Selon les licprclit's des cnvityfs inilanMi>i, It» duc lMi-in«"'mi» .lurait provoijnè l:i déroute eu douiuiut l'onire à (|uelt|iu's corps d'arlinerie île taire un mouvoinent destiné îi cerner les Suisses, nuiis »pie l'infanterie ipii était derrière» et les gens des l)ai;aires prirent pour une reculadt>. Voir la lettre ili- Tani^içurola du I mars ItTC».

** /{nlliii;ji'r ('h roui h

•' La clironitpu' des chanoines de Neueliàtel, cpii ilit (pie les Suisses pendirent aux arhres les l!our|;;uiiïnons occj.s et non vivants, pèche ici par excès de com- ])laisance.

tous les trésors qu'il renfermait. Plus de i,000 tentes, 600 drapeaux, 10,000 chevaux de trait, 419 bouches à feu, 300 tonneaux de poudre, la chapelle, le trône, la chancellerie du duc et sa cassette particulière, contenant un million de florins avec des diamants d'un prix inestimable, devinrent la proie des vainqueurs. Le menu butin fut abandonné aux soldats ; la diète se réserva les objets les plus intéressants et les plus précieux qui avaient échappé au pillage. Plusieurs de ces objets existent encore dans les sacristies, les arsenaux et les musées de nos villes. Bàle montre la cotte d'armes de Charles, le chanfrein de son cheval, des machines à jeter l'eau et l'huile bouillante dans les sièges. Lucerne a conservé le sceau d'or ducaV, le scel et le contre-scel du bâtard de BourCTosjne, Soleure des étendards dont le plus curieux ofl"re rimac^e de Saint-Georges (Charles le Hardi terrassant le dragon) peinte par le fameux VanEyk. Berne possède dix tentures historiques, dont deux ont environ trente pieds de longueur, retraçant avec l'exactitude d'un tableau contemporain les meubles, les armes, le costume et les traits de Philippe le Bon et des principaux seigneurs de sa cour. Fi'ibourg n'a sauvé de la destruction que trois chapes et quelques drapeaux marqués du C et de la croix de Bourgogne.

Tout autre prince que Charles le Téméraire eût renoncé à continuer une lutte qui s'annonçait sous de si tristes auspices. Matthias Corvin, roi de Honarie et le duc de Milan, alliés de Charles contre l'Autriche, firent tous leurs efforts pour le détourner de cette guerre désastreuse. Mais aigri par la pensée que des paysans avaient pu lui ôter son renom d'Invincible, Charles fit les préparatifs d'une seconde invasion et jui'a de laisser croître sa barbe jusqu'à ce qu'il eût tiré vengeance de ses ennemis et détruit la ville de Berne. Il mit des tailles extraordinaires, leva un homme sur six dans ses États, enrôla de nouvelles bandes italiennes, convertit en canons les cloches des églises et les chaudières des maisons bourgeoises. Dès le 15 mars de la même année, après avoir repi'is possession du pays de Vaud, il passait en revue à Lausanne une armée presque aussi formidable que la première, puisqu'elle comptait 6,000 Anglais et 15,000 Italiens outre les soldats belges, savoisiens et bourguignons, qui formaient le gros de l'armée. On y voyait même quelques Suisses infidèles à leur patrie. Entravé dans ses projets par la maladie et les mutineries de ses soldats mal payés et hostiles les uns aux autres, il se borna pendant onze semaines à défendre la ville de Bomont

^ Il pèse une livre et porte ce$ mots en exergue : 5* (sigillum) Caroïi ducis hnr- [jundiœ, lothringiœ, brabanUœ, limhurgiœ, îuxemburgiœ^ etc. On montre aussi au musée de Berne le prie-Dieu en or du duc.

GUKimES DK BOURGOGNE. 359

assaillie par 5,000 Confédérés. Puis se sentant mieux il passa une nouvelle revue de son armée, le 9 mai, en présence de la ducliesse de Savoie, qu'il avait avec lui depuis le 29 mars, et reçut en grande pompe une ambassade de l'empereur venue [)Our proclamer la [laix conclue l'année précédente avec le duc et pour cherclier h réconcilier ce prince avec les Suisses. Des envoyés du [)ape étaient arrivés dans le même dessein. Mais ni Charles ni les Confédérés n'étaient dis[)Osés aux concessions. Le i27 mai à midi Charles se dirigeait sur Morat, place frontière dont la restitution à la Savoie devait ouvrir la campagne et le cours de ses vengeances.

lierne, comprenant le danger, avait jeté à Morat une garnison de 1,.";()U hommes, dont 80 Fi'ihourgeois sous (iuillaume d'AiVry. Le commandement de celte place importante futconfiéàcet Adrien de Bouberdjerg que son amour de la paix ou certaine inclination au [)arti bourguignon avait fait «'liminei" des conseils, mais chez lequel le sentiment de la patrie en danger étoufi'ait toute autre considération. Lachroni(|ue de Schillinif nous montre Boubeidjei"^ arrivant à Morat avL'c lOO iruerl'iers, sur la tête desquels se déployait une jiaiinière rouge avec une croix bjanclie qui tenait toute la largeur (hi ihapcau. A pt'iiiL' eritr»' à Moral, cet héroïque généi'al fait jurei' aii\ bourgeois et aux soldats (( qu'ils tueront le premier qui [laiiera de se rendre, fût-ce leur chef lui-même. » L'énergiiî était d'autant plus nécessaire (lu'un compl<U était ourdi poiu' livrer la villt3 iww Bourguignons. On dut C()U[ter douze têtes pour rexenq)le *. l^)ubeid)ei"g donne ensuite t(»us ses soins ii la dt'fense de la ville, et, kx-sipie déjà plusieurs corps ennemis sont sous les remparts, et (jue la garnison de Mnrat passe ses journées à réparer les brèches, il écrit au gouvei'nemenl de Berne : « Ne vous pressez j>as « ti'op, attendez les Conled«M'és : je (h'Iendrai Moiat tant ijUi' j'aurai « une goutte de sang dans les veiFies. » Une petite aiint'e dt» l.(MM) CoidÏMh'i'és ('tant n'Miiiie à IViliouig, Berne et fVdiourj aui'aienl voulu que ces troiqx's se |)ortassent an >ecoui's de la [)lare assiégée. Mais Waldnianii et Its autres (•hef> de la garnison s'v refusèrent. *t Nous «( voidons altendic votre arrivt'e. «'C! avait Wahlmann au Conseil de Zu- '( ricli. I^ersonne n'a peur, nous les tuerons tou<ave(- Taiiledi' Dieu'. «

Le 9 juin parait tonte l'ariniM» luMirguignoniie. di-plovaiit >e> iiiMn-

' Ce tait est inrntinmu" daiis mu' jettr»' ilu rt)inin:uulant île l'oino au iluc do Milan, (Ml (1 iti' (lu C juin 1 iTt'i. Mai> d' après cetto dôpôcho, r.Vst t\ Krihourjr niômo et non à Morat i\\u' li> complot aurait «te ourdi, (iiiiu^ius iToit qti'on a rontondn, parco {\\w ("'(«st à !• rihonrj^' (pic 1»» rouiplot tut ilecouvort ot drnonrô aux Hornois.

- OchscuiMMu, l'rkttndcn. Lottre de Wahlmann du 17 juin, 282.

breiix bataillons sur deux lieues d'étendue au son d'une musique guerrière. Mais ni cet appareil formidable, ni les plus horribles menaces, ni les assauts répétés des Bourguignons, ne sont capables d'émouvoir Adrien et ses braves. Les brèches faites par l'artillerie bourguignonne étaient aussitôt réparées par les assiégés. Dans un assaut tenté par le comte de Romont le 18 juin, ce dernier eut 60 hommes tués et 100 blessés devant les barricades élevées par la garnison derrière la brèche*. Les assiégés avaient semé de chausse-trapes les décombres de leurs murailles.

Enfin, du 19 au 20 juin, les Confédérés arrivent avec leurs alliés, impatients de combattre, et au nombre de plus de 30,000 hommes. Cette armée, la plus forte qu'eussent levée les Suisses jusque-là, se composait de 10,000 piques, 10,000 hallebardes, 10,000 arquebuses et 4,000 chevaux de Lorraine et d'Alsace ^ Avant la bataille, si l'on en croit une chronique, les chefs suisses tinrent conseil sous le tilleul de Villars les Moines. Comme les Bourguignons avaient leur front de bataille couvert d'une haie vive et d'un fossé profond, Guillaume Herter, de Tubingue, commandant des troupes de Bâle et de Strasbourg, proposa d'élever des retranchements pour couvrir de même le front de larmée fédérale. « Point de barricades, s'écria Félix Relier, de Zurich, « nous attaquerons comme nos pères". » On décida l'attaque en trois corps ; le premier formant l'avant-garde ou aile gauche, fut confié au Bernois Jean de Hallwyl, avec les deux Fribourgeois Raoul de Wuippens et Jean Fégely (Voguilli) pour lieutenants; le corps de bataille fut remis au Zuricois Hans Waldmann et à Guillaume Herter; la réserve ou aile droite devait être commandée par le vieil avoyer lucernois Gaspard Hertenstein. Les cavaliers impériaux et lorrains recevaient les ordres du comte Oswald de Thierstein. Le comte Louis de Gruyère, fils et successeur du comte François, commandait un corps de 600 hommes;

^ Schilling parle de 1000 hommes. Nous suivons ici la version des ambassadeurs milanais, Panigarola et Appiano, que Rodt a adoptée.

^ Comme toujours, les chiffres varient. Pendant que le chroniqueur flamand Molinet ne parle que de 20 à 22,000 Suisses, Commines porte leur nombre et celui de leurs alliés à 35,000 et d'autres à 50,000.

^ Une chronique, celle d'Etterlin de Lucerne, témoin oculaire, dit que Herter avait été choisi pour général (zu einem obersten Hauptmann gpsezt). Un autre écrivain contemporain, Knebel, chapelain bâlois, le fait aussi commandant en chef; les autres chroniqueurs ne lui donnent pas ce titre. M. J.-J. Amiet {Bimd, avril 1876) adopte l'opinion qui lui dénie le commandement en chef à Morat. Peutêtre commandait-il les 18,000 hommes qui livrèrent la bataille d'Héricourt. Encore est-il douteux que les Suisses eussent accej)té un général en chef pris hors de leurs rangs.

le duc René, rlùpouillé de ses États par Charles, marchait contre l'usurpateur, la hallebarde sur l't'paule, en simple volontaire des canton^ (22 juin;.

L'armée bour^izuignonne était divis(*e en quatre corps d'armée placés sous le commarulement du duc d'Asti, grand seigneur napolitain, du prince de Tarente, du comte belge de Marie et du comte de Romont. Un corps de réserve, composé en partie d'Anglais, avait pour chefs deux officiers de cette nation, sir John Dickfield et Thomas Ebi'inglon '. Mais au dernier moment, la veille même de la bataille, le prince de Tarente, rappelé par son père le roi de Naples, auquel le roi Louis XI avait fait entrevoir un mariage avec sa fdle Jeanne, quittait brusquement le duc Charles avec 400 chevaux, ce qui obligeait ce prince à donner le commandement de la seconde division au grand bâtard Anloiiu* de I^»nrgogne, son frère, et à prendre lui-même la tète de la troisième.

La défaite de Grandson avait été causée par une panitiuo : ;i Moral. an témoignage des ambassadeurs milanais qui suivaient le duc Charles, l;i déroute de ce prince serait due à une surprise et a la dispersion des forces bourguignonnes. Le duc, après avoir attendu le> Suisses les jours précédents et tenu ses troupes en armes sous une pluii' battante, les avait renvoyées dans leurs campements, assez éloignés le> uns de- anti-es. Charles le Téméraire lui-même, accablé de fatigue, s'était retiré dan> son pavillon dressé sur la hauteur de Courgevaux. Ii^isqiie les Confédérés atta(juèi"ent soudain les ti'oupes bourguignonnes eanqH'es vis- ;i-vis (lu village de Cressier.

llallwyl, i|ui commandait l'attaque, lit la prière avec ses guerriers. En ce moment, le so1(mI, perçant les nuages de ses rayons : <( (^(Uift'il.'rés ! s'écrie Hallwyl efi se relevant et eu bi'andissant son glaive vers le ciel, Dieu est avec nc^us: il envoie sou soleil éclairer m'^U'i' vii'toire. comme il y a cent ti'ente-sepl ans à |)areil jour, il (M'iau-ail la vicioin» de nos pères ;i Laupeii. •• Il dit. et toute l'avaiil-garde >e i>r(''cipUe vei'> l'ennemi, franchit diiu >a\\\ la haie vive, tond sur l'arlilltMie bouiguigiionne et massacre les couleviiiiieis* siii" leiii> pièces. I^endaiit ce temps, les montagnards ih» l'OlMM-land et de ri'jilhbtMicli ([iii. d'un bras nerveux. a\aieiit emiioiti' au delà du I"o»n(' It's ('ano!i< di'> Suisses, dressent leui> batteries et les diriiienl contre remieim. NValdinaiin avait

' Kt MOU, coinint' l'ont dit i>lii>it>Mr>; liistoiirns M. VnUiomin outre autres, lo »bir (le SinnuKM^^iM . (iini;ius, h)ti>'(ui«s ilt- hi iinnrc <lr Jiourfinijnc. Moui. et Por. «le la S,)('. (riii>t(un\ VllI, Jlî) — Ochsrubeiu, rrhinidrn, 7vM).

* Omlrriniirr, ili' roult'i'rim^ aucieuue pièee «l'artillerie, plus lonjrue que les pigées (>i"(lin;ni'('s.

aussi engagé l'action an centre; bientôt la mêlée y devient terrible. Il est secouru à propos par Boubenberg, à la tête de la garnison de Morat. Hertenstein, avec la réserve, se tenait un peu à l'écart ; il paraît à son tour sur la scène du carnage et se jette sur l'ennemi, dont les colonnes déjà ébranlées par les attaques précédentes, commençaient à se dissoudre. La garde ducale et les archers anglais tenaient seuls encore ferme lorsque, frappé par un homme du Hassli, leur chef Dickfield tombe. Alors les Boui'guignons se débandent, et le duc Charles, voyant la déroute de son armée, abandonne la partie et s'enfuit vers Payerne avec quelques cavaliers seulement, laissant le champ de bataille couvert de morts, de blessés et de malheureux qui cherchent à sauver leur vie en se jetant à la nage ou en se cachant dans le feuillage des grands noyers qui avoisinent le lac \

Mais les Suisses, exaspérés par le massacre de leurs frères à Grandson, tuent à coups de flèches tous les malheureux fuyards ; ils n'accordent la vie qu'aux vivandières et courtisanes (donzelles) au nombre de 2,000 qui, selon les mœurs corrompues de ce temps, avaient suivi l'armée bourguignonne et n'avaient pas peu contribué à amollir les courages \ On évalue à 15,000 le nombre des soldats de Charles tués dans cette journée \ « Cruel comme à Morat » fut un dicton longtemps populaire parmi les Suisses. Les vainqueurs avaient perdu 300 hommes. L'armée victorieuse resta trois jours sur le champ de bataille, puis entra en triomphe à Berne dont les enfants se portèrent en cortège au-devant des vainqueurs. Un ossuaire s'éleva sur les bords du lac, pour recevoir les crânes des Bourguignons occis dans cette journée. Un autre monument religieux et national, la chapelle de Cressier, marque la place où Messieurs des Ligues se mirent en prières avant d'engager la bataille'^. »

La bataille de iMorat avait été précédée d'une foule d'escarmouches et d'engagements partiels où s'étaient fait jour la valeur et le dévouement des Neuchàtelois et des Vallaisans, alliés des Suisses. Dans leur

^ De ce nombre, dit-on, plusieurs soldats du comte de Romont; de là le nom (V Écureuils donné aux Romontois par la tradition populaire, qui fait ainsi pendant au sobriquet de Forestiers infligé aux soldats bernois qui avaient lâché pied à Laupen en 1339.

^ Chronique des chanoines de Neuchâtel, celle de Hugues de Pierre, 37.

^ Le capitaine de Kageneck, de Strasbourg, qui prit part à la bataille, l'évalue à 10,000 dans son rapport adressé au Sénat de cette ville alliée des Suisses. D'autres parient de 20,000 morts, y compris 300 Confédérés. Jean Fûssli de Zurich, un chroniqueur du temps, a prétendu que dans toute la guerre de Bourgogne il n'avait péri que 300 Confédérés. Ochsenbein, Urkunden, 668.

* Paroles de l'inscription allemande placée sur la porte de la chapelle de Cressier,

GUERHES DE IJOURGOG.NE. *]()3

chronique un peu vaiUarde, mais dont on n"a aucune raixjn de cunlester la véraciUî, les chanoines de Neuchàlel rapportent (jue ceux du Landeron, conduits pai- leur banneret Hellenot, chassèi'cnt le connte de Uomont de Cudrefin, que les femmes de ce pays contribuèrent à délivrer Anet occupé par les Bour^auignons, et que ^i belle> armures et [)anaches furent donm's par Messieurs des alliances aux Conseillers et aux (juatre Ministraux ou chefs de la bourgeoisie de Neuchâtel '. Sous leur [)opulaire évêque Walthei' de Sujiersax, les Vallaisans ari'êtèrent les auxiliaires italiens (jue le duc de Milan envoyait au duc de Bour,!:o,une au nombre de ^{, ()()(). Ils firent ensuite une diversion dans le pays de Vau(J, et ils aidèrent aux Fribour^M'ois à défendi'e leui' ville comme l'avaient faitleui's pèi'es en I \Mj et I 't5:2. Les pi-êtres avaient pris une part ^uloi'ieuse à la lutte nationale. I^e curé de Neueneck, à la tête du I^andstourm de sa contrée, empêcha les Bourguignons de s'emparer du pont de (iumine.

Le résultat de la défaite (\ii> Hourauiiznons fut une noiiNelIe iuva-iou du Pays de Vaud par les l^ernois et les Fribourgeois. Ces derniers, cpii avaient échoué devant la ville de liomont avant la bataille de MoiMt, la piirent maintenant, bien (pie défendue par sou comte Jacijues en [tersonne, la, brûlèrent et en massacrèi'ent les défenseurs. Le comte Louis de (iruyèi'e, allii' des Suisses, parut ino[)inément aux poi'tes de Lausanne et la livra au pillage pendant (|uatre ou cinq joui's f^C) juin). Les Hernois accourus poui- mettre un terme à ces excès se livrèrent aux mêmes di'sordres, malLiri'' lis diseuses des chefs et du gouvei'uemeut. La cath(Mli'ale, elle-même, ne fui pas é[)ai'L'née '. Mais un biillaiit congrès d'ambassadeurs français, savoyards, auti'ichiens cl de ilcpult's >uisses se réunissait (du ^.l juillet au Ki août) dans le> mur> île Fri[)Ourg ii l'instigation de Louis XL Ce piiiice craiiinait maiiitenaiil la pié'pouilérance (\v:> Suisses et faisait volei- la l'evliliilinii du l\i\> dr N'aud ii la Savoie moyeniiaiil la>nuiine de ")()(), ()()() llorins'. Toutefois .\b)rat. (irandson.

' La ('hro)u'ijur des chcwni'ncs de Xenchûtel nous a transiuis aussi lo beau fait (l'armes (1rs Mnnttujmms des linMu^ts, du I,(k1(^ rt \'w\\\ voisins, l»'S(|uols, appelés aux armes par un liardi compai^uou nornuK* Jehan I>roz, assaillirent les Hourirui- ^Mions à eoups de |)i(pies, pertuisanes ot coulovriuos, leur tiUTcnt *J2 honinu^s et leur prirent le Imtin dont ils ('•talent rhar.LH'S. ('hronii[ne des chonohics^ 38.

' (iint^ins, I\'i)isi>(les des (/uerers ilr Hintiifiujne, 154 J.

* Au eotiuMVs di» l-'riliouri,', /iiricli était repn'smté par VValdmann et son bourgmestre Henri (loldli : Herne jiar l'etermann d(> Waliern. Adrien de Houbenber^î, Nicolas de Scliarnaclital, (JuillauuKMle l>iesliarli et Tliurin«; Friekanl ; Lm-erne l)ar ses avoyers llassturter et Ilertonstein ; Fribouru par Pierre Taviliard. Tierre de l''au>siLrny. lîod de WMi|»peMN. Traroman. Terhterm.inn, Fegely Parmi les princes étrangers, on distinguait le duc de I. m raine, le prince tb^ H uirbon . L:r.intl

364 fîUERRKS DE BOURGOGNE.

Orbe, Echallens restèrent en commun aux Bernois et aux Fribourofeois ; Cerlier et les quatre mandements d'Aigle, de Bex, des Ormonts et Ollon aux Bernois seuls, le Bas-Vallais aux dixains du Haut qui l'ont conservé jusqu'à ce jour. Les Confédérés, ceux des Walsdtsetten surtout, ne voyaient pas de bon œil cet agrandissement des Bernois et réservèrent ieurs droits sur les pays conquis.

Fribourg, si cruellement traité par la Savoie vingt-neuf ans auparavant au traité de Morat, prit sa revanche au traité de Berne le 23 août 1477. La duchesse Yolande dut lui payer 25,000 florins, et, un an après, renoncer formellement à sa suzeraineté sur cette ville. Fribouriï échan2:ea la croix de Savoie contre l'aigle imoériale et forma, dès lors, jusqu'en 1481, une république indépendante alliée de Berne et des Suisses. Les Friboursjeois auraient voulu davantasje; ils demandaient leur incorporation immédiate à la Confédération, dont leurs députés avaient été admis à fréquenter les diètes à l'instar des Soleurois. Mais les Waldstgetten n'étaient pas favorables à l'accroissement de la Ligue et la demande de Fribourg fut renvoyée à une autre diète*.

La France, de son côté, demandait qu'on continuât la guerre et qu'on occupât Genève, la clef du pays. Les Confédérés trouvèrent que la chose était allée assez loin. Ils étaient d'ailleurs mécontents du roi de France, qui ne les avait pas secourus dans la guerre contre la Bourgogne.

Cependant le congrès de Fribourg ne rétablit point la paix avec Charles le Téméraire. Ce prince, il est vrai, cherchait à négocier avec les Suisses et leur envoya à diverses reprises Simon de Cléron, un de ses gentilshommes, pour traiter de cet objet important (octobre et décembre 1476). Mais, s'obstinant à sa ruine, Charles refusait de rendre à René son duché de Lorraine. Aux instances de ce jeune prince, et par le crédit de Waldmann, l'un des généraux de Morat, la diète de Lui^erne signe un traité avec René (7 octobre i476) et lui accorde 8,000 hommes \ Unis k 7,000 Allemands et Lorrains, ces auxiliaires livrèrent sous les murs de Nancy une bataille décisive, où le duc Charles, trahi par le Calabrais Campobasso, perdit la couronne et la vie (5 janvier 1477). Hans Waldmann et Brandolphe de Stein, l'ancien

amiral de France, les électeurs de Mayence f t de Trêves, le comte palatin du Rhin, etc. Zellweger, Geschichte der diplomatisdien Verhdltni'sse der Schiveiz mit Frankreich. Berne, 1848 et 49, I, 63. — Girard, msc.

^ Segesser, eidg. Abschiede de 1421 à 1477, 604. Il en fut question aussi à la diète de Zurich, 8 sept. 1476, et à celle de Lucerne, 20 janv. 1477, 11 février et 29 suivant.

^ Voir pour l'alliance de Lorraine, Segesser, eidg. AbscUiede de 1421 à 1477, appendice, 922.

GUKRRKS DK BOURGOGNE. 305

prisonnier de Charles k Grandson, commandaient les Suisses dans celle mémorable journée où les cornels mugissanls d'Underwald et d'Uri glacèrent le cœur de ceux qui les avaient déjà entendus à Grandson cl à Moral.

3. I-.cs Fraiics-C'oiiif ois al>aiu]<»iiiiôs par !«'*» Suisses. — CiiK'rre •le .llilaii. — Suite «les CjJuerres de lioiirgo^iie il 177 à 1 1^1;.

Tout en redoutant les Suisses, Louis XI ne négligeait rien pour se les attacher. Immédiatement après la bataille de Moral il faisait venir à sa cour les |)rincipaux chefs confédérés. Waldin.mii. iioubenberg, Halhvyl, Imhof d'Uri, d'Aiïry, Fégely de Fribouiget d autres encore, y re(;urent Taccueil le plus empressé et le plus brillant. C'est cpie Louis XL prévoyant la complète l'uine du duc Chai'les, espérait à la faveur de Tamitié des Suisses, s'em[)arer des Etats bouiguignons. La maison d'Autriche, de son côté, cherchait à entraver les |)rojels de la France en s'alliant d'une façon plus étroit(î avec les Confédérés. Mais après la bataille de Nancy et la mort de ChaF-les le Téméraire, les Hernois, toujours ambitieux et grands dans leui' politique, songeaient ii faire de la Bourgogne un Etat allié et tributaire des Suisses. Les Francs-Comtois eux-mêmes demandaient à être agrégés, à per[)éluilé, à la ('onf»'dération de la Haute-Allemagne à titre d'alliés et non de sujets, comme ledit, par ei'reur, le clîroniijueur bernois Tschachtlan '. La question fut agitée dans j)lusieui's diètes etconférences où Simon dt» Cléron, l'ancien envoyé de Charles, et d'autres nobles représentaient la iMaiirlu'- Comlé. Adrien de Houbenberg pai-la dans ce sens à la diète de Zurich. Mais l'espnt envahissant des Bernois était de plus en |)lus suspefl aux W aldskelhMi. I^ouis XI et son agent Silinen sui'enl exploilei" ('e mécontentement. Moyennant 100,000 lloi'ins, ils nbliuii'iil de la dièle non seulemenl (|u'elle se di^Nislàt de ses incleiilinns >\\v li Bourgogne, inai> encore (jnVIIi' eii\(i\àl ^\c< auxijiaii'es au roi de J-Vaiir»' pour ('onqui'iii' celle proMiice. Cependanl. aii\ cii> de di''lres>e du peuple fraiii'comlois, un corp> hanc de 5. 000 lioiiiiiies s organise parmi le- Coiifedéi'és pour dt'fendre la lilierlt' lioiirguignoniie. M;ii- il arriva ce (jui devail arriNcr encore plus dune lois en pareille cir('oii>lance; les Suissas de I armée IraïK'-comloise se laissèr<'nl corrompit' par ceux di' l'armée de Louis \l el liviereiit par Irahisoii la ville de Dôle. (pTiU elaienl chargés de deleiidit» i I 'i /7 ). La dièle puiiil les traîtres el envoya au roi de France, en la\eiir des BoiirguiLiiioiis. des d('piilt''< ijiii nituitrèrenl

' Flouiy, Franc:>- Comtois vt Suisses, Besani;on, lî^Ol), IG.

d'abord plus de loyauté et de patriotisme. « Ne vous laissez pas prendre « aux douces paroles du roi de France, écrivait à la diète l'un de ces « députés, le fameux Waldmann, je n'ai jamais vu des gens plus fource bes et plus impitoyables. Les Welsches nous trompent et nous mé- « prisent. Laissons-lk cette perfide alliance française, et soyons bons « Allemands (20 août 1477). »

Adrien de Boubenberg faisait aussi partie de la députation. Ne se trouvant pas en sûreté à la cour de Louis XL il s'enfuit et revint en Suisse déguisé en ménétrier ambulant. Le gouvernement de Berne exprima le mécontentement de ses bourgeois à Silinen que Louis XI avait fait, comme nous l'avons dit, évêque de Grenoble, avec prière d'en parler au roi (10 novembre '). Mais Waldmann s'étant laissé corrompre par une pension de 600 livres, se ravisait et tenait dans ses dépêches un tout autre langage : « Avant que nous soyons de retour, la petite « Bourguignonne (il appelait ainsi Marie de Bourgogne) aura perdu tout « son héritage, le roi Louis XI a cent mille hommes. Qui pourrait sonce 2:er à lui résister? »

Bientôt le héros de Morat et de Nancy poussera l'impudeur jusqu'à se moquer de Boubenberg, « dont les vaines terreurs, disait-il, avaient « empêché la cour de France de le combler, comme lui, d'honneurs et « de présents. » Bien ne montre mieux que ces paroles quelle atteinte profonde la loyale probité des Suisses primitifs avait subie dans leurs descendants du XV'"*^ siècle. C'était l'œuvre des conquêtes injustes et des guerres mercenaires. Malheureusement tout cela n'était pas près de disparaître. A la diète de Lucerne (9 septembre 1479) les dix cantons cédèrent définitivement leurs droits sur la Franche-Comté au roi de France pour la somme de 150,000 florins*.

A peine la guerre de Bourgogne terminée, une autre guerre s'alluma. Cette fois c'était contre la duchesse Bona de Milan et pour servir l'ambition du pape Sixte IV. Il n'y avait cependant qu'une année que les Suisses avaient renouvelé avec les Milanais un capitulât acheté par ces derniers au prix de 32,000 florins. Mais le canton d'Uri en était toujours aux regrets de la perte de Bellinzona, et se brouillait de nouveau avec les sujets de la duchesse pour des questions de forêts et de pâturages. Profitant de l'irritation des esprits, le pape Sixte IV fit sonner haut le mot d'indulgences, déploya une bannière bénite et promit butin et pensions. Les mercenaires affluèrent. Le ministre de la duchesse de Milan réclama en vain contre la violation du droit des gens

^ Segesser, eidg. Ahschiede de 1421 à 1477, 705. * Segesser, eidg. Abscliiede de 1477 à 1499, 48.

(iUElU\i:S I)K BOURGOGNE. 367

et (1(3 la justice. Uri requit tous ses coétats de combattre avec lui. K),0()() Confédérés passèrent le Saint-Golliai'd (décembre 1478). Cependant Berne, Fribourg et Soleure n'avaient pris les armes que dans l'intention bien arrêtée de jouer le rôle de rnédiateuis. [.oi><|n'iU virent Uri et ses partisans {)r('n(lre d'assaut Bellinzona, sans souci des négociations entamées avec Milan, ils rebroussèrent chemin et rentrèrent dans leurs foyers. Alléguant le froid et la chute des neiges. Waldmann en fit autant avec le gros de l'armée, au grand mécontentement des Lancier ou cantons campagnards, fjui firent cutendie le mot de trahison. Il ne resta sur j)lace que ^00 hommes des Waldstallen pour la ilt'*fen>e de la Levantine \

Le comte Horelli, commandant des forces lombardes, ci'ut ipi'il aurait bon marché de cette poignée de guerriers et marcha contre eux avec 10,000 hommes.

La bataille de Giornico (hms la Levantine détrompa cruellement cette confiance. Un officier levantin, qui, ;i la bravoure helvétique joignait la ruse italienne, le juge Charles-François-Martin Stanga ou Stanghi, avait conseillé aux Suisses de faii-e (h'iiorder leseanx du Tt'--iii sur les prairies (jui avoisinent ce village; puis de se munir de crampnns et d'attendie l'ennemi sur la colline. Ainsi firent les Suisses: puis lorsqu'ils virent l'ennemi chercher à en gravir d'un pas mal assuré la [)ente couverte de vei-glas, ils s'élancèrent sur lui avec impétuosité et le mirent en déroute complète (28 décembre). l,r)00 Lombard^ pi'rirenl. l.Mir sang teignit la neige jusqu'à Bellinzona. liorelli était au iiombn' d.-morts. C'est ainsi, chose presfjue incroyable, i\\w 000 hommes eu délirent 10,000.

Le héros de la journée avait été Frisclihaiis Theilig. iiilr.'|ii(l.' in.irchaml (le toile de Luccnit'. i]iii, loiiniaiil (laii> m'» niaiii> >a llainbdVaiitt' cl ti'rnblc ('pi'e, portail rt'pon\aFile et le carnage dans les ranL'> nnlanais, semblable à l'auge de la nioil. Le juge Stanga, (pii a\ail biill.' aussi par rinMOKiiie el dont le corpv clail riijil»' de blessures, tomba mori >\\i le seuil de sa di'iiieiii'e*.

Le duc (le Milan lut Ires lieui'eux d'aclielri- la jtai\ au j»i";\ de 100.000 diicals. non couqïi'is 2'i,00() tloi'ins pour li'> frais de L'uerre, el de la cession de la Levaulmeaux Suis>es (I WJi.

La guerre de Bourgogne eut en apparence les suil»»s le> plus gioritMi-

' Strirklcr, Lrhrhiith dvr Schtcdztrgrsvhùhtc, lUS,

^ l'ransiiiii, 1«> ranloii «lu 'IVssin, dans los Tnhlcnu.r de h 5mW. — Throilorc ilo Lit'lu'uau, Frischhnns TtiUin;/ ou 7V/7»f/. Le rlinminuoiir rontomporain I>i«'l>olil Sohillinu: fait do TluMliiî 1p chef ilos ContViirMvs. I/autour du rhaiit ilo la bataille. Jean Viol, (|iii assistait à i'artion, n'iudiquo pas lo nom du capitaine.

ses. Les Suisses, regardés dès lors comme le premier peuple militaire de l'Europe, sont fêtés et recherchés plus que jamais par toutes les puissances. Chacune d'elles veut avoir des guerriers de cette nation dans ses armées et se croit invincible quand elle en a. Les ambassadeurs étrangers obsèdent les diètes de demandes d'enrôlements, d'alliances à renouveler ou à conclure. Au premier rang des solliciteurs figure toujours le roi de France qui va se servir des Suisses pour détruire le duché de Bretagne, comme il s'en est servi pour renverser le duché de Bourgogne. Viennent ensuite Milan, la Savoie, le duc de Lorraine, l'empereur, le pape, le roi de Castille, Ferdinand le Catholique, auxquels il faut joindre encore le roi de Hongrie et la république de Venise'.

Profitant d'un moment de froideur entre Louis XI et les Suisses, l'empereur Frédéric III était parvenu à arracher à ces derniers un traité d'union héréditaire (Erb-Verem), traité utile à la maison d'Autriche par la défaite des Vénitiens à Dovedro et la conservation du Tyrol italien qui en fut le résultat (1477). Cela n'empêchait pas les Suisses de se lier presque dans le même temps avec Matthias Corvin, roi de Hongrie, le plus grand ennemi qu'eût alors la maison d'Autriche, et de signer avec ce monarque à Bude, sa capitale, une alliance de iO années (26 mars 1479). Une seconde ambassade suisse, en 1488, eut les honneurs d'une réception solennelle dans le dôme de Saint-Etienne à Vienne, où le roi de Hongrie arma chevaher de sa main le conseiller et chroniqueur lucernois Melchior Russ l'un des héros de Grandson, Morat et Nancy, et offrit une place dans son palais à son compagnon, le chancelier Jean Schilling. Dans ses messages, Matthias Corvin parlait d'opposer les Suisses aux Turcs. Mais le principal but que se proposait le roi de Hongrie était d'empêcher les Suisses de prendre parti pour l'Autriche, puis de se servir d'eux contre l'empereur et sa maison^. Mais les coffres de Matthias Corvin n'étaient pas fournis comme

^ La première alliance avec l'Espagne et Venise date du 11 juillet 1496 (voir plus loin). Mais la chronique d'Isabelle la Catholique, composée par le secrétaire et historiographe de ces souverains, Fernando del Pulgar, nous apprend que précédemment déjà les rois catholiques avaient à leur solde des mercenaires suisses dont Ferdinand se servait pour réduire les nobles révoltés. « Les Suisses, dit Pulgar, « étaient des hommes de cœur qui avaient l'habitude de combattre à pied, sans « jamais tourner le dos. Aussi ne portaient-ils d'armes que pai* devant. » Dans son Histoire d'Espagne, M. Rosseeuw-St-Hilaire n'hésite pas à dire que c'est sur le modèle des Suisses que se formèrent ces redoutables bandes d'Espagne qui, pendant des siècles, décidèrent des destinées de l'Europe. Rosseeuw-St-Hilaire , Histoire d'Espagne, V, 445. —Sur Pulgar, voir Ticknor, iZ'^'s/or^/ ofSpanish Littérature, 1849, I, 157.

^ Segesser, Die Beziehungen der Schweizer zu Matliias Corvinus, Kônig von Un-

ceux de Louis XI; Melchior Huss revint ,i[)pauvri et ruiné même de ses ambassades. Un très petit nombre de guerriers suisses accoururent sous ses dra[)eaux, et l'alHance hongroise tomba en désuétude.

Devenus ainsi les arbitres des combats et comme les gardiens de la victoire en Europe, les Confédérés conserveront ce rôle glorieux de Morat à Marignan, c'est-à-dire depuis leur plus grande victoire jusqu'à leur [)lus grande défaite (1 i7(j-151ô). Le demi-siècle «jui s'écoule entre ces deux journées est le [)lus brillant de nos annales. Mais cet éclat extérieur est chèrement acheté par les progrès de la démoralisation et le déclin toujours plus ra[)i(le des mœurs et des institutions de la vieille Suisse.

La guerre de Bourgogne contribua beaucoup à ce résultat. Auparavant la vénalité n'avait atteint (|ue les chefs et une faible partie de la nation. L'or de Grandson, mesuré à pleins chapeaux par les soldats, corrompit la masse elle-même. Ce même peuple que nous avons connu si économe, si laborieux, si probe et si fidèle à la foi jurée, se montre, après la guerre de Bourgogne, vénal, dissolu, parjure, égoïste et tout à la fois indompté et servile.

Les chroniques de l'époijue sont remplies de scènes de licence et de brigandaffe. Les vols surtout se mulli[)lient d'une manière elïrayanle. C'est au |)oint que la diète de Baden ordonnera de pendre quiconque volera pour la valeur de la corde (1 i80). Plus de LIOO exécutions capitales se succédèrent en quehjues mois au sein trune population qui, iiu diir d'un chronlipunn- contemporain, ne comptait pa> [•lu> de r)i,()0() hommes en ('lai de porter les armes *.

A ces scènes de désordre se rattache l'escapade des compagnons de la littndc jo^i'iisc (m dt» la Fullc rie (Saubanner Zug\ L'année de la bataille de Nancy, une assend>lér (iiniullueuse des jeunes gens de Waldstietten eut lieu an carnaval de Zoug, On y décide, au milieu des libalions et i\t'<> fous riics, d'aller raneonner denève et la Savoie, et on se met en marche au nombre de plus de i\()()() honinie^. à ti'aver> W territoire de Bei'iie (jui se hàle de fermer se> p(ti1e>. l'rdiourg au cuntraire est obligée de les ouvrir el de recevoir ce> hôtes incommodes (20 févrit'i' Ii77). Ouehjues joins après, ayant à leur tète des chefs schwyzois, les fameux L^•lrs pénèlienl >ur le territoire savoyard'. I^es

(/(un, 1 17e.- 1 |!t(t. I.uciMMK', \^{\0. — 'riii-oil..i- M'M I.ii'lun.iu. Mchhior Rus<. HHt('i\ 1».

* Hoiisti'llni, inuiuo ot doyen au rloitio irKin>i« ilrln.

^ Sogcssrr, <•/(/(/. Ahschiciic de 1421 ;i 1177, iuA. — liorcluold. IIiMotrc tic Fribounj, I, ai)!».'

HISTOIRK srissR. 24

gens de la Folle vie avaient mis sur leur bannière un cochon et des chardons, digne symbole d'une entreprise déshonorante. Pour se délivrer de cette étrange invasion, la duchesse de Savoie dut mettre ses bijoux en gage; Genève, donner à boire et payer deux florins à chaque compagnon. Cette prise d'armes n'était toutefois pas une simple bacchanale. Le bruit s'était répandu dans les Waldstaetten que « MM. de Berne et de Fribourg mettaient en poche l'argent de Savoie, » et le peuple de ces contrées trouvait juste qu'il lui en revînt aussi sa part. L'expédition ne s'était pas faite même sans la connivence de certains membres de la diète, jaloux de ces deux villes (février 1477). C'est pour échapper à de nouvelles extorsions de ce genre que l'évêque de Genève Jean-Louis de Savoie jugea à propos de contracter, quelques mois plus tard avec Berne et Fribourg, une alliance qui est la première en date des alliances de la ville d'Arve et Bhône avec les Suisses. Mais cette union, dictée par l'instinct de conservation du prince-évêque ne portait pas encore le caractère spontané et populaire qui fait le prix et l'importance réelle de ces sortes de relations. Les citoyens de Genève n'interviennent pas directement dans ce traité conclu pour sa vie durant par l'évêque ou administrateur diocésain en son nom et en celui de ses subordonnés de la cité genevoisç'.

La désunion des Confédérés était tous les jours plus saillante. C'était une suite de la dernière guerre et du partage inégal des dépouilles bourguignonnes. Les Waldstsetten avaient vainement réclamé part égale pour tous les États de la Ligue. Berne et les villes se fondaient sur le principe que chaque Etat devait recevoir en proportion des forces qu'il avait mises sur pied; que Berne, qui pouvait lever 20,000 hommes, devait être mieux traité que chacun des Lœnder ou États campagnards qui, tous ensemble, n^'en levaient que 14,000. Deux partis se formèrent dans le sein de la Confédération, celui des Lœnder, composé d'Uri, Schwyz, Underwald, Zoug, Claris, et le parti des villes, formé de Berne, Zurich et Lucerne.

La question d'entrée dans la Confédération, de Fribourg et de Soleure, vint encore compliquer la querelle. Ces deux villes avaient mérité leur admission, l'une par sa conduite dans la dernière guerre, l'autre par une fidélité de deux siècles. Mais l'annexion de Fribourg et de Soleure, en portant à cinq le nombre des Etats-villes, eût établi Yégalité des voix en diète en faveur de ce parti qui avait déjà la prépondérance numérique et qui cherchait sans cesse à s'agrandir par de nouvelles

^ Segesser, eiclg. Ahschiede de 1421 à 1477. Texte du traité, 94G. Il est du 14 novembre 1477.

NICOLAS DF FLUK EN VKNANT [)E STANZ. oTI

fonquôtes. Les Lœnder persistaient dans leur opposition à la l'éception <le Fribourg et de Soleure. Berne, Zurich et Lucerne, comme pour braver cette opposition, firent une alliance particulière et perpétuelle avec €es deux villes le 23 mai 1477 *. Un lien plus ancien et [)lus étroit que €elui des cantons suisses en général, le traité des quatre Etats ou Vier- Waldstœnmbund, unissait Lucerne depuis 1333 aux trois vallées forestières; elles sommèrent cet État de résilier un contrat opposé au leur. Lucerne ayant persisté dans son alliance séparée ou Sonderbund, les Waldsta3tten s'en vengèrent en excitant les patres de l'Entliboucli à secouer le joug de celte ville et à former un Klat indé[)endant et démocratique comme les vallées forestières elles-mêmes. Quelriurs pourparlers eurent lieu à Escholzmatt entre l'aubergiste Am-Stalden. chef des vaillants Entliboucher à la joui'née de Morat, et le landamman Hiu'L'Ier, <rObwald. Lucerne, que ces entrevues exaspéraient, fait aussitôt saisir Am-Stalden, qui est jeté dans la tour de l'Eau (Wasserthurm) et appliqué à la torture. Il eut beau implorer son pardon à genoux et découvrir sa poitrine sillonnée de cicatrices; toute la ^^vdce ({u'obtint Am-Stalden, €e fut de périr par le glaive, au lieu d'avoir les membres brisés par l'horrible supplice de la roue (24 novembre 1478).

«l. L.utte des États-villes et des Ktats-eaiiipa^iies. — \î<>olits de Flike et la dii^fe de Staiiz (14»1^.

L'affaire d'Am-Stalden avait ajouté do nouveaux fei'ments de discorde à ceux qui divisaient la Suisse. Lucerne traitant en ennemis les Waldst^ettcn, ceux-ci usèrent de représailles. Obwald refusa de laisser abaisser la diirnité de son landamman, et de l'obli-jer il comparaître à Lucerne, où il avait été cité comme complice de la conjuration d'Am-Staldcn. AdrnMi d(» Hoidienberg lui-même se vit accusé de connivence pai" les LuceI•nol^. Les c\\\i\ vill(>>, de leiii' enlt'. rt^nouvelèrent leur alliance iiiutiruUt'rt' et tinrent des diètes séparées à ÏJicerniV. Zurich et Zolingue.

De toutes parts se faisaient jour la dt'lianie. K» mécontentement et les menaces. Pnui" essayer (h^ rétablir la concorde, on convoijua iinitilement plusieurs diètes. Une dernière réunion, (jui devait être décisive, fui lixéiî à Slanz. Elle s'ouvrit ;i la Noël de l'an l'iSl et comptait <lans son sj'in les hommes les plus inlliuMits (^t Ks plus célèbres de la ('.onlVMl(''ration. Zui'ieh avait envoyé son ht'ros. Mans Waldmann; Berne, l'avoyer (iuillaume de l)ie>bach; Lucerne, le vieil av.uer (laspard de

* Sogosspr, culg. Ahschiale^ 077, et appoiulioo, ivj«j.

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