NICOLAS DE FLUE
Hertenstein; Soleure, son chancelier Jean de Staal. Les deux Scliillin^ de Lncerne, père et fils, l'un chancelier, l'autre prêtre et son substitut, tenaient la plume. Les questions à vider daus cette mémorable réunion étaient toujours celles des dépouilles bourguiguonnes, des conquêtes d^ Berne et de Fribourg, de l'admission de cette dernière ville et de Soleure dans le corps helvétique. Mais bien loin de s'entendre, à peine lesdéputés eurent-ils échangé quelques paroles, qu'ils en vinrent aux outrages. La diète allait se dissoudre et peut-être la patrie avec elle, lorsqu'un ermite majestueux, semblable aux prophètes dont il est parlé dans l'histoire du peuple d'Israël, intervint auprès de l'assemblée fédérale, et, par ses nobles et patriotiques paroles, y rappela la paix et la fraternité.
Cet illustre vieillard était connu depuis plusieurs années dans les^ Waldstsetten sous le simple nom de « frère Nicolas (Bnider Klans). » Il n'avait pas toujours vécu dans la retraite. Né le 21 mars 1417 à Sachseln d'une honorable famille d'Obw^ald appelée de F\ûe*, il avait d'abord cultivé les champs en simple laboureur, élevé une famille de dix enfants et servi la patrie comme magistrat et guerrier. Dans ces positions diverses, Nicolas s'était montré un modèle de loyauté, d'activité laborieuse, de simplicité gaie et sereine. Mais doué d'une âme enthousiaste et contemplative, Nicolas de Fliie, comme autrefois les Amis de Dieu, avait éprouvé le besoin de se recueillir dans la solitude, mèredes grandes pensées \ Du consentement de sa femme, il s'était retiré en 1467, à l'âge de 50 ans, dans la sauvage grotte du Ranft près de Sachseln, et y vivait tout entier à la prière et k la méditation des choses^ éternelles, sans oubher toutefois les siens ni la patrie. Tous ceux qui allaient visiter le solitaire dans sa cellule se sentaient émus à l'aspect de cet homme de Dieu et d'amour, à la fissure vénérable et mélancolique, amaigri par les austérités, le rosaire k la main, les pieds nus^ vêtu d'une bure grossière, dont la nourriture se composait de racines,, et la couche, des planches nues de son ermitage ^
^ Fliie ou Fluh, en français de la Roche, et de Rupe en latin. La famille de Flûe a donné plusieurs landammans à l'Obwald.
^ « J'ai longtemps cherché quelle serait la vertu qui me rapprocherait le plus « de Dieu et me rendrait le plus semblable à lui. J'ai cru q.ue c'était l'amour. « L'amour, en effet, nous fait aimer Dieu ; mais la solitude nous fait aimer de « Dieu. » Telle était, selon ses biographes, la croyance du saint ermite (Voir les belles pages consacrées à Nicolas de Fliie par M. Gelzer. Die zioei ersten Jahrhimderte der SchivekergeschicJite, Bàsel, 1840, 208).
^ « Il est de haute taille, tout à fait brun, maigre et ridé, les cheveux gris, la « barbe longue d'un pouce, les yeux de moyenne grandeur, les dents blanches et
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Le bruit de sa sainteté s'était répandu dans la vallée, ainsi que dans Ions les pays d'alentour, et le peuple y ajoutait des choses extraordinaires sur ses jeûnes surnaturels et les visions qui le fra[)paient dan> sa retraite.
Frère Nicolas avait appris avec une profonde douleur les progrès croissants de la discorde parmi ses compatriotes. Lorsque le curé de Stanz, Henri Im-Orund, son ami, vint lui raconter ce qui se passait à la diète et lui peignit avec effroi les suites funestes de la séparation des Confédérés, le généreux ermite (ainsi le raconte la tradition) n'hésita pas « à se rendre auprès des chefs des villes et des campagnes qu'il avait <c fait prévenir do son arrivée. Alors se plaçant au milieu d'eux, et « usant de l'ascendant (jue lui donnaient sur ces hommes de parti son « caractère élevé et sa mission divine, il leui- tint ce langage: « Vous « êtes devenus forts par la i)uissance de vos bras réunis, et vous allez <c maintenant vous diviser pour un vil butin? Ahî que le bruit de votre «déshonneur ne se répande pas dans les contrées voisiFiesî Vous, <( villes, renoncez à des droits (jui blessent d'anciens confédérés: vous, « campagnes, rappelez-vous les combats (pie Tribourg et Soleure ont <( soutenus à vos côtés: recevez-les dans votre alliance. Mais, Confé- « dérés, n'étendez [)as trop le cercle de votre alliance. Ne vous mêlez « pas des (juerelles éti'angères. (iardez-voii< di' toute dissension. Loin <( de vous la pensée d'accepter de l'or poui* prix de la patrie. »
Oue ces paroles aient été réellement prononcées à la diète pai* Nicolas île riiie ou (pi'i^lles aient simplement tait l'objet d'un message du curé Im-(ii-uiid, comme il parait proiivt' pai' la x'ii'iice. elles n'en protluisiiTut pas moins une inq)i-ession profonde sur les Confédérés. Au bout iVwiu) heuiM», toutes les dillicidli's furent aplanies, le Sonderbund des villes bit dissous, Tribourg et Soleui'e admis dans la Confédération o\ le son des cloches annonça dans toute la Suisse le l't'tablissemenl d«' la l'onconh^ entre les Ktals de la Ligue. Co. fut là l'ceuvre du l'eligieux pa- <*ilicateur de la Suisse: oMivre admin'e et béine de[)uis trois siècles par tous les (lonlV'di'n's, sans distinction d'opinion ni de croyance'. « S'il y
« liicu Jili^iu'f.s, If m*/ Itit'n proportiomu*. Il parle peu, parait avoir la soixantaine. « Il a la trtP «léconvcrlc vi uuv rolto irrisc» aiitotir du rorp^. » IVrtrait fraoe par \u\ contj'niporain ((rt'scliirlitsfirnnd do \SiV2).
' l'n savant alIiMuaml. naturalisé Snisso, tpii ^rst tait nu nom iiou.<iaM<' dans notn» littératun' nationale par son Ivorueil des ehants tle l'aneienne Conteilératiou {F.idij. LiiuU'irhnmik-, Herne, 1.S35), M. Hochliol/, a entrepris dans un récent «)uvra!;e Ao plus de :U)0 pa-^es, intitulé : />/V LtuiemU' von />iW<t Klaus von (lit- Fine (Sauerlander, isTÔ), la triste t;\rhe de tléinohr le urand ermite et do le d( poiiillrr de sa triple aunolr reliifiouse, morale et patriotiipte. l'sant dos j>roc<^ <les tainiiiers à un eritieisme outre et de eo qu'on est convenu d'appeler Phypor-