MATTHIEU SGHINNER, CARDINAL DE SION
Schinner était né en 1450 de parents pauvres au village de MùhlibacJi, paroisse d'Ernen, dans le dixain de Couches *. Etudiant, il se vit réduit à chanter pour vivi'e, sur les places publiques de Sion, de Zurich, de Bei'ne et de Côme, où il fit successivement ses études et s'éprit d'un vif enthousiasme pour les anciens, Virgile et Horace surtout. Il était curé de son lieu natal, lor^que ses rares talents et la protection de George Supersax, qui fut plus tai'd son plus implacable ennemi, le placèrent sur le siège épiscopal à la place de son oncle (1490).
L'évêque de Sion, comte du Vallais, était alors un personnage important en Europe par la facilité qu'il avait de fermer et d'ouvrir à volonté cette porte de l'Italie. L'avant-dernier évêque, Jost de Silinen, avait usé de cet avantage en faveur de la France. Un instant indécis entre Louis XII et Jules II, Schinner se décida pour ce dernier, et deux pensées remplirent dès lors sa vie d'homme politique et de prince de l'Eglise : « Airacher le Vallais à l'influence de la France, du sire. Georges de Supersax et des autres seigneurs dévoués à cette puissance; en même temps, seconder les efforts que faisait Jules II pour chasser les Français de la péninsule et y établir la suprématie temporelle du Saint-Siège. »
A ces deux pensées, Schinner sacrifie tout, et comme l'aigle des Alpes, dont il a le regard perçant, il guette sans cesse de son château de Majorie l'occasion favorable où il pourra se précipiter sur son ennemi et accomplir les projets qu'il médite pour lui-même ou pour l'Eglise. L'instant venu, il s'élance, tantôt la pique en main, tantôt revêtu de ses ornements sacerdotaux, selon les circonstances. Aux foudres religieuses et guerrières, il sait aussi joindre celle de son éloquence acérée et entraînante. « Ce soldat tondu, disait le roi de France, m'a donné plus de besogne avec sa langue que les longues piques de ses compatriotes. »
Jules II, qui avait deviné tout le parti que fon pourrait tirer du génie et de l'ascendant de cet homme, lui avait donné, comme nous l'avons dit plus haut, le chapeau de cardinal, le premier et le seul qui
Ottaviano Sforza, évêque do Lodi. Le cardinal reproche à cet agent de n'avoir pas profité de la présence -du prélat à sa table pour l'expédier dans l'autre monde. La lettre du cardinal, jointe au recès de Lucerne après la diète de Zurich de mars 1521, porte la date du 22 février 1521 et vena't de AVorms oii Schinner était allé rejoindre l'empereur. Voir Strickler, eidg. Abschiede de 152ràl523, 16. La haine du cardinal pour l'évêque de Lodi remontait à plusieurs années et s'explique entre autres par ce fait qu'à la diète de Zurich (4 avril 1513), Sforza avait accusé Schinner d'avoir gardé 100,000 du ats pour lui des 500,000 qu'il avait r çus pour faire la guerre à la France. Segesser, cidg. Abschiede de 1500 à 1520, 703.
^ Par une distraction étonnante, M. Michelet fait naître Schinner à La Rochelle. Histoire de France, Y, 32.
MATTIIIKU SCIIIN.NKR, CAIlUI.NAL DK SION. 4lJU
ait couvert un front suisse'. Léon X uiontra d'abord à Schinner la même faveur. Pour lui com[)laire, il alVranchil à perpétuité l'évéché de Sion de la tutelle m(Hro[)olitaine de rai'clievêque de .Moûliers en Tarentaise".
Il faut le dire à la louan.t^e de ce dernier, qu'au milieu de ses préoccupations auibitieuses, entouré des nations diverses et l'ivales (jui formaient l'armée de la sainte-liî.Mie, il ne perd jamais de vue l'honneur national; dans les camps et les cérémonies {)ubli(jues, il veut (jue ses com[)atriotes aient le pas sui- lou^ li'> autres peuples. Ce senlimeul national (jui aiiiuiait le cardinal de Siou a été reconmi par un éciiv.nu bernois, d'ailleui's tr'ès peu favorabhî ;i la [)olitn|ue et à la persorinalilé du prélat, (pi'il place tout uniment en enfer, le ricride et loyal chroniijueur Anslielm.
Par ses faits et <festes comme préfet et comte du Vallais, Schinner mérite certainement le ju'.'ement sévère rpi'a [)orl>3 sur lui Anshelm. Plusieurs milliers de personnes moururent sans confession et sans sé[)ulture à la suite de re\communication lancée à Home à l'instigation du cardinal de Sion. George Supersax, cité à comparaître dans la ville étei'uelle, y subit une détention d'uni! année dans les cacliol> ilu fti.iteau St-Ange, et ceux de ses adhérents ijui y avaient été cités avec lui, parmi lesfjuels plusieurs vieillards octogénaires, y mouruicnt de misère ou sous la hache du bourreau. Pendant ce temps les frères du carduial, Pierre, Gaspard et Jean, opprimaient leiu\N concitoyens du haut des forteresses où ils s'étaient relianchés. INiur racheter tant ilf choses odieuses, il ne sera pas Irop^ de (piehiues (iMivres d'ulililt"' publiipie, de bieidaisance privée et de constructions monumentales, l'omuie lagrandissement des bains d(» Louëche, l'embellissement du palais de la Majorie orné de peinlurtîs et de statues, et les libt''ralit«'s act'()rilét\< aux artistes, aux hommes de lettres et aux n'hM'inaltMirs eux-mêmes pour l(!S(pi(îls Schinner montrait, coinine l'jasuu'. une préddecliun marijuée au commenccMuent de leur enti'eprise*.
' iiC car.iinnl I )iii)('i ion. lU' ;"i Oriic. n'est Suis.so quo do naissrtnco. Il on ost à pou pri's (le nirinr du cnrdiual .Icau d'I-lstavayor (liUlM, tittut oi voit lo |mrtrait dans la maison MoUondin à Solcurc. Ou ur prut appeler Suissos los oanlinaux île (ionov(».
* l''iirrer, l'iLunihu, 111, :'.0S. Scliuuier a\ ait tait \al«>ir halMleuient la ditTor ncc do laufj^iu*. reloimieiiient et la uéees<iti' île passer par le> terres du ilue do Sav«»io. purtisiin de la l'rauee.
•' Ktirrer, Histnirr dit Id/Zd/v, l. J.")!;. — llidUer. Mnltfwus S htnncr nml Giorg au/ ihr Fuir, ls.')i).
* I,(>tfro de('er\inus ;i /wiuLrli. *;'. jatwier ITt'Jl. ZtvimjUi Kpist.. VU. \Cu,. € Je « Ui' e(»uiiais p,\> pei>omielleuient le < ardiiial. ne l'ayant jamais vu. dit oo oorres|)on-