‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 54 sur 72 · ESSAI DE RÉFORME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

ESSAI DE RÉFORME RELIGIEUSE

haut point l'honneur et la dignité de la république. Adrien de Boubenberg, appauvri par un grand train de maison et par ses coûteuses ambassades, était mort en 1479 sans payer certaine dette qu'un de ses parents par alliance avait contractée envers l'Italien Garriliati, un de ces prêtres sans prébende envoyés par la cour de Rome en Suisse. Garriliati eut le front de demander que le corps de l'illustre avoyer, du défenseur de Morat et de la patrie, fût exhumé et jeté à la voirie', comme celui d'un insolvable. Pour empêcher ce scandale, Berne, qu'on menaçait d'interdit, dut envoyer une députation à Rome, pourvoir l'impudent Italien de la prévôté de Rûggisberg, d'un canonicat à la cathédrale de Lausanne et lui conférer la bourgeoisie de Berne.

C'étaient ces abus et d'autres pareils qu'avaient voulu faire disparaître les conciles de Constance et de Bàle. L'opposition de la cour de Rome avait paralysé ces grandes assemblées. Cependant, avant de se dissoudre, le concile de Bàle avait décidé qu'im concile général se réunirait tous les dix ans. Or, comme trente ans s'étaient écoulés sans qu'une nouvelle réunion eût lieu, un cardinal, slave de nation, André de Crayna, entreprit de convoquer de son chef un nouveau concile et se rendit à Berne, puis à Bàle, où son projet fut d'abord bien accueilli (1482). Une espèce de concile s'assembla dans le chœur de la grande église. Les Médicis, de Florence, et Sforza, de Milan, ennemis du pape Sixte IV, envoyèrent leurs ambassadeurs. Mais le pape jeta l'interdit sur la ville et l'empereur Frédéric III se joignit au pape pour condamner la réforme projetée. Le malheureux Crayna, abandonné de tout le monde, et enfermé au Spalenthurm, se donna la mort dans son cachot (1484). Crayna, au dire de son propre secrétaire, Numagen, avait le cerveau malade \ Mais l'époque même de cette tragédie voyait naître les deux réformateurs qui, plus heureux dans leurs efforts que leur infortuné devancier, devaient porter la hache à Tarbre et séparer de l'église romaine une grande partie de l'Allemagne et de la Suisse. Martin Luther était né en Saxe le 10 novembre 1483, et Ulric Zwingh avait vu le jour à Wildhaus, dans le Toggenbourg, le l^'' de l'an 1484,

Pendant que la question rehgieuse occupait quelques esprits aux bords du Rhin, le bruit des armes troublait les bords de l'Adda où

^ A l'Engi-halde. Anselm, (y/irom'A:, II, 263. Geschichtsforscher, VII, 161-214. Voir la lettre du gouvernement de Berne au pape Sixte IV sous date du 28 janvier 1481. « In procerum militem A. de Bubenberg quondam scultetum nostrum adeo ^< sevierit ut eumdem religiosissime sepultum nunc denuo exhuraandum et inter « canes procultandum censuerit. » — M. Hi Iber [Adrian von Biibenberg, 36) fait de Garriliati un légat du pape , ce personnage ne figure pas dans la liste des nonces.

^ Beitrdge ziir Vaterldnd. GeschicJtte, Basels, 1854,45.

ESSAI DE HÉFURMK RELIGIEUSE. oTO

l'évêque de Coire faisait la guerre au duc de Milan, Tallié du roi de Naples, en lutte avec le pape Innocent VIII. Engadins et soldats do la ligue Grise se précipitèrent comme une avalanche sur la Valteline, brûlèrent Cliiavenna et conti'aignirent les Visconti à rendre à l'évêque la vallée de Poschiavo, ancienne dépendance de son siège, moyennant 14.000 llorins. Poschiavo dès lors resla Grison et libre (1487).

Les Grisons et les Confédérés de plusieurs Etals prenaient part aii\ guerres du duc Sigismond d'Autriche contre Venise, qui perdit 0,000 hommes et l'habile général San Severino dans une bataille livrée sui* les rives de l'Adige. Au même temps, 8,000 Confédérés combattaient [»our le roi de France Charles VIII, fils et successeur do Louis XI, à la journée de Saint-Aubin le Cormier où 11,000 lansijuenets tombèi'cnt les armes à la main. Un capitaine saint-gallois, Spiiting, y (il [iri.-onnier le duc d'Orléans, l'allié de François II, duc de Hretagrie (1 i88;.

Six ans auparavant Zurich avait déclaré la guerre à ses alliés et bons amis de Strasbourg pour un mauvais drôle nommé le chevalier de Hohenbourg, dont les richesses considéi'ables faisaient ii la fois le crime et le mérite. L'intervention des Confédérés arrêta les hostilités. Hohenbourg, abandonné de tout le monde, fut condamné à mort et exécuté à Zurich comme entaché du vice de Sodome.

Grâce à son patriotisme, l'évêque de Sion, Walther Supersax était redevenu le maître au tempoi'cl comme an s[)irituel ihi llaiit-Vallais. On lui remit aussi Tadminislratiori du Has-Vallais conquis sin* la Savoie, et dont celle-ci avait dû faire abandon pour toujours. La noblesse du Has- V^allais se vit supplantée par des fonctionnaires dévout's au piclat. Les pauvres, en revanche, y gagnèrent [)ar la libération de toute autre charge que le service militaire. Plusieurs mendtres de la lannlle Aspei*ling avaient marché avec les Savoyai'ds; la diète vallaisanne le> déclara coupables de forfaitui'e, et s«M|ue>ti-a lein-s biens.

A la moi't d(^ l'évêijue Supersax, ce fut W fameux SiIiikmi. ra.t'iil de Louis XL qui hit élu par le chapitre. Ce Siliiien, iiiic xui lùlc ilan> les guerres de Bourgogne pouri'ait faire prendia' pour tui uiln^aut vulg.aire, se distingua par une administi'ation éclairée et bienfaisante. Il releva la callu'di'ale d<' Sioii. bàlil i\i'< cli.'ilcaiix. dc^ puiih. (\{'> t'Lîlix's. iii>litua des bains, lit exploilci- les mines daigcnt de la vallée de Bagnes.

Mais le C(Mir> {\c> piospérilés de cet epixatpai lut iiiteritiuqiu par uiu^ guerre avet" le C(tinle (r\i()ii;i. \ il.il lldiT.unee. le prolég»' du duc de Milan el de W'aldinann de /uneli. Le \ allais avaU poui' lui le> Lucernois. combourgeois de Silineii. Les gens du comte d'Arona continuant ;i maltraiter ('eux de j'eNeque de Smn. ee dernier envoie son frère Albin

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de Silinen avec des troupes au delà du Simplon. Mais ce fut pour y éprouver une terrible défaite près de Grévola où, selon les chroniques vallaisannes, 800 guerriers dont 500 Vallaisans et 300 Lucernois restèrent sur le carreau, le 28 avril 1487. Le nombre des morts est porté à 2,000 dans une inscription latine placée dans la chapelle érigée par ceux de Grévola. Cette journée néfaste fit pâlir l'étoile de Silinen. Il est réduit à accepter la paix que négocièrent à Domo-d'Ossola les envoyés de Mathias Corvin, roi de Hongrie et le landamman Hiirli du Hasli, qualifié de magnanime^ habile et prudent dans les actes (23 juillet 1487).

Silinen ne fut pas heureux non plus dans ses efforts pour rendre son diocèse indépendant de l'archevêque métropolitain de Taren taise dont il relevait depuis le IX"'^ siècle'. Il fut cité à Rome et condamné à une amende de 70 écus à payer à la chambre apostolique.

Les querelles continuant entre Vallaisans et Milanais, Silinen songeait à reconquérir le val d'Ossola et leva des troupes dont il prit luimême le commandement. Mais parmi ses propres officiers se trouvait un traître, Georges Supersax ou Auf derFlue, châtelain d'Anniviers qui, gagné par l'or de Milan, paralysa son entreprise. Les troupes de l'évêque furent de nouveau battues près de Grévola. Non content d'avoir trahi son prince, Supersax tournait contre lui les Vallaisans et les Suisses, et levait la Mazze contre le prélat contraint à s'enfuir à Rome, où Supersax le poursuivait de ses accusations. Il lui reprochait entre autres d'être vendu au roi de France, en attendant qu'il se vendit lui-même à ce souverain. Inhumain et superstitieux, ce démagogue plein d'audace avait débuté dans sa Ghàtellenie par faire brûler vifs deux frères sous le soupçon de sorcellerie*.

4. Haus Waldiiiaiiu , ou essai de centralisation politique et administratiTe à Zurich. — Occupation de Saint-Oall par les Confédérés. — Malaise général en Suisse (1484 à 1494).

Depuis la guerre de Rourgogne, Zurich était redevenu le plus important des États de la Ligue, et comme le Vorort de la Confédération. G'était au gouvernement de cet État que les envoyés des puissances étrangèj*es s'adressaient ordinairement à leur arrivée en Suisse, et remettaient leui's lettres de créance. Ge retour était dû à la grande, influence qu'exerçait sur les affaires fédérales le bourgmestre Hans Waldmann.

^ Gelpke, Kirchengeschichte, II, 558. Le Vallais eut successivement pour métropole religieuse Lyon , puis Vienne en Dauphiné, sous la primauté de laquelle il resta encore quelque temps, même alors qu'il avait pour supérieur immédiat l'archevêque de Tarentaise.

'' Furrer, I, 235.

LK BOLlUi.MtSTHK WaLDMA.N.N. ôbi

Waldrnanii est la plus ^L'raiule fi^mre de Thistoire suisse au XV'"*' siècle. Cet homme célèbre était le (ils d'un paysan de BlickensloriT au canton de Zou,ls et avait acquis en 145:2 le droit de ljouivi:eoisie à Zuj'icli pour la minime somme de 4 (lorins. Il avait débuté assez tri>tement, et s'était fait enfermer deux fois au Wellenberp pour inconduite et voies de fait. Tanneur de profession, puis marchand de fer, il quitta son atelier pour se faire condottiere et embaucher {\q> mei'cenaires à la solde des princes d'Allemagne. Enrichi pai- nu mariage, et anobli sous le nom de sire de Dubelstein, Waldmanu mit un pini plu> de décence dans sa conduite. l*ar ses talents et sou «'loijuence, il gagna la confiance des membres de sa tribu. La guei-re de Bourgogne porta au comble sa gloire et sa popularité. Le héros de Morat et de Nancy, créé chevalier sur le champ de bataille, se vit successivement élevé aux charges d'édile, de grand tribun ( L'i73) et de boui'gmestre ( liHiJ). Mais \\ ne parvint à franchir ce dernier échelon qu'en bi"isant la famille puissante ^ii>> Gœldli, dont le chef, l'ancien bourgmestre et chevalier llcnii, >e vit réduit par Waldmann au rang de simple conseillei*: un second membie, Lazare Gœldli, destitué de ses em[)lois: nu troisième, banni du canton.

Elu chef de l'Etat avec Henri Houst, l'insignifiant collègue de (iœldli, Waldmann trône en roi à Zurich, devient le directeur >u[irème des diètes et de la [)oliti(iue extérieure de la Confédération. C'est à lui (ju'écrivent les princes, vers lui (jue se tournent les ambassadeurs îles puissances, lorsqu'ils désirent obtenir des traités de paix, d'alliance ou une levée de mercenaires. I*i'inci[)al auteui- du pacte de Stanz, Waldmann l'est aussi de \' Erb-Verein ou traité avec l'Autriche et du Ca|)itulat de Milan, conclu en dépit des Vallaisans, en guerre avec le duc. et du renouvellement de l'alliance h-ançaise à Lucerne ( I48ii). Leduc de Lorraine lui devait son i(''tablissemeut au trùiie de ses pères et la triste lin de son puissant rival, le duc de lioiu'uoirne.

Choyé [lar toutes les puissances, le successeur de Hroiiu, >elou une coutume dangereuse (jui sei'épandait de plus eu pliiv parmi les magistrats suisses, recevait des pen>ioiis annuelles de rjiacinie (Telles '. La Erance, à l'ambition de la(|ii('lli' WalduiaFin avail ^i indiiiiienient >a('rilie le> intérêts de la ualKMi >niv^e el les dioil^ de >es allit'S bourguignon>. ta Erance n'était pas restée en arrière el faisait au redoutable bourgmestre un traitement annuel de (»0() livres touruoi>.

Ambitieux el vt'Mial, cel lioimne d'Elal n"a\ait [»a^ inoin^ fii adiniin--

' l/Autriclu' lui diumait MX» fl()riiis, lt> dur il»' I.onain»' llX). la Savoie et Milan une somme dont dm ne eonnait pas exactement le ehiftVe. Hluntsciili, Geschichic da Jicpnhlik /urich. 11. 'M\.— Voj^eli, Vaterhimliscfie Gi'schichU\ Zurich. 1S72.

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tration et en politique des vues très élevées qu'il essaya de réaliser à l'aide d'un club politique, formé de 12 citoyens influents, parmi lesquels on comptait le savant chancelier Amman, le curé Helfenstein et le conseiller Gérold Edlibach, beau-fils de Waldmann. C'est dans ce cercle d'amis, appelé la société de VEscargot, du nom du lieu où elle s'assemblait, qu'il préparait les lois et ordonnances qui devaient changer la face du canton. En matière pénale, les peines corporelles et la peine capitale remplacèrent l'ancien droit de composition, d'après lequel on pouvait se racheter d'une peine par de l'argent. Les habitants de Regensberg perdirent le privilège dont ils étaient le plus jaloux, celui de pouvoir donner un soufflet pour 5 schillings. En fait de police, des mesures furent prises pour la salubrité des rues, la répression du vagabondage et de la mendicité, et pour assurer la bonne qualité des comestibles. Trouvant le mélange des métiers et de l'agriculture préjudiciable aces deux grands arts, Waldmann obligea les artisans de la campagne à venir habiter avec les bourgeois. Les campagnards durent vendre leurs denrées et s'approvisionner au marché de la ville. La vente du sel devint un monopole des citadins. En revanche, la production agricole fut encouragée et la vaine pâture interdite. L'Etat de Zurich manquait d'un arsenal et d'autres établissements d'utilité publique. Pour se procurer l'argent nécessaire à la fondation de ces édifices, Waldmann établit un impôt foncier considérable, unecapitation annuelle de trois schillings, et soumit à un droit de forage comme à Berne (Ohmgeld), l'importation des vins étrangers. Le luxe des repas fut restreint par des lois somptuaires.

D'autres ordonnances furent dirigées contre le service mercenaire \ Mais ceux qui faisaient ces lois avaient eux-mêmes donné le mauvais exemple ; les services mercenaires avaient passé dans les mœurs de la nation; toutes les défenses demeurèrent infructueuses. Ne devait-on pas entendre en pleine diète, le premier magistrat de Schwyz, Rodolphe Reding, le chef de son peuple à Grandson et le petit-fils du grand landamman, justifier le Reislaufen, en disant : « Les Suisses ont besoin d'une issue^ » (1492). Trois siècles et demi après, le mot de Rodolphe Redinsj était encore celui des enrôleurs.

Les rapports de l'Etat et du clergé attirèrent l'attention de Waldmann. Il fut défendu au clergé d'acquérir des immeubles et de recevoir

^ Le Reislaufen et les guerres de Bourgogne ont introduit des mœurs étrangères, l'orgueil, la paresse, le mépris des lois. Lois de Waldmann.

^ « Die Schweizer miissen ein Loch haben. » Anshelm, chroniqueur contemporain, II, 106.

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des legs sans le consentement des héritiers. Un aperçu des biens d'Église dut être soumis chaque année au gouvernement. On ohli,i:ea les ordres religieux et les contréries à contribuer à rembellissement du (irand- Moûtier. Waldmann saisit habilement l'occasion du renouvellement de l'alliance des Confédérés avec le pape Innocent VIII pour négocier un concordat, qui garantissait à l'Ktat de Zurich la position qu'il avait prise à l'égard du clergé (i486).

La constitution cantonale subit aussi (|iielques changements. Contrairement à l'orflre de choses établi par Hroun et modifié en 1393, mais d'accord avec les vœux émis à plusieurs reprises pai- les chefs des tribus \ Waldmann réduisit à six les treize places occupées par les constables dans le petit conseil : en même temps il excluait ces familles nobles des fonctions tribunitiennes et rendait ces dernières inamovibles.

Toutes ces réformes ne purent s'accomplir sans créer beaucoup d'ennemis à leur auteur au sein du clergé, de la noblesse et même parmi le peuple, dont le bourgmestre n'avait respecté ni les usages, ni les anciennes franchises. Ebloui par le pouvoir, Waldmann gou.vernait plulnt avec l'orgueil d'un prince qu'avec la simplicité d'un magistrat républicain. 11 s'entourait d'hommes déconsidérés, de femmes perdues, et punissait cruellement, de la mort même parfois, les paroles de blâme (jue faisait naître sa conduite déréglée et tyrannique. Une conjuration se forma contre le bourirmestre, dans les ranirs de la noblesse. Au\ Gœldli se joignirent un Schwend, un Escher, Jean Meyer de Knonau et son fils Gérold. Ces cFinemis de Waldmann tenaient leurs conciliabules sous la voûte de la chapelle Saint-Nicolas, au cloilre des Domiincains. Les conjurés s'engagèrent à employer tous les moyens pour excitei* la jalousie des magistrats {\(\> autres cantons contre le bourgmestre, et à niifier son crédit au (h^lans en le poussant :i{\c^ actes impopulaii'ts.

Un événement vint servir à souhait les pr(>j(»tsdes réaclionuan'e<. Cet événement fut le supplice du ht'ros de (iiorinco, Erischhans Thcilig. A son retour de la campagne d'Italit», Theilig. qui avait sur le ctrur la singulièi'e retraite de Waldmann, avait làclu'» dans un«» auberge de Soleure ce |)roi)os iuiprndeiit: ■< Waldmaiiii tv^t nu liMitre: grâce à lui. la baiiiiière de Zurich n'est j^liis iin'ime biNa,-,» de mendiant. '^ Croyant œ propos oubli»', ou rayaiil ouliin' liii-inèine. Theilig se reii lit a '/j\r\c\\ pour son coiiimei-ce de IoiI.k. Aussitôt il y est arrêt»'* et jeté au WelleiibiM'g. Le gonvei'iieineiii il' Liicci'iie rt'i'I mit' li mise en libert»' de son grand cito\eii. le \eii'ewi- de riioimeur national à Cioruico. « Eût-il

' Voir h's Extraits du ^[cittn'huch dans V Indicateur d'histoire $nis*e^ 1855,

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plus grand qiviine tour, répond aux envoyés lucernois le vindicatif bourgmestre, il faut qu'il tombe. » Quelques jours après, Theilig, condamné à mort parles deux conseils, réunissons la présidence de Waldmann, est conduit du Wellenberg sur le marché aux poissons, où il a la tête tranchée comme un malfaiteur (21 septembre 1487).

Tel était l'ascendant de Waldmann sur les Confédérés, que le gouvernement lucernois ne prit aucune mesure énergique pour venger la mort de son plus noble citoyen ; il se borna seulement à ne pas se faire représenter aux premières diètes qui se tinrent à Zurich. Il accepta assez facilement les excuses que le gouvernement zuricois lui fit offrir par quelques magistrats. La veuve de Theilig fut moins accommodante. Toutes les fois que la diète se réunissait à Lucerne, elle poursuivait de ses plaintes et de ses invectives les députés zuricois: « Rendez-moi mon mari, que vous avez assassiné contre toutes les lois de Dieu, de l'honneur et de la justice: » Le gouvernement lucernois eut beau sommer la veuve du héros de Giornico et ses parents de laisser en paix les Zuricois ; ils continuèrent leurs imprécations contre Waldmann et ses amis, en y ajoutant une chanson aussi injurieuse à ce dernier que glorieuse pour la victime '.

Ébranlé dans la Confédération par cet acte inique et cruel, le crédit de Waldmann se perdit dans son propre canton par de nouvelles ordonnances, dont l'une défendait les réunions de plaisir de plusieurs paroisses à la campagne, et l'autre enjoignait de tuer les chiens de garde des fermes comme nuisibles à la chasse et à la culture de la vigne. Waldmann avait d'abord refusé son consentement à cette mesure impopulaire. Mais Henri Gœldli et ses partisans dans le conseil surent le lui arracher, en prenant le masque du bien pubUc et en faisant appuyer la proposition par quelques pétitions vennes de la campagne. Mais lorsque les asents de Waldmann, le conseiller Jean Mevss à leur tête, se rendirent

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dans les communes pour présider à cette boucherie, un véritable désespoir s'empara des paysans zuricois. A Mettmenstetten, 550 pères de famille se réunirent en armes dans une prairie, tenant leurs chiens en laisse, prêts à tuer quiconque essaierait de leur enlever les fidèles gardiens de leurs demeures et de leurs propriétés. L'ordre du bourgmestre n'en finit pas moins par être exécuté dans tout le pays, excepté dans le bailhage de Knonau. Mais une sédition violente éclata sur les bords du lac. Conduits par un maître tisserand, Rellstab, de Meilen, et un paysan nommé Muggern, les insurgés cernèrent la ville (4 mars 1489) et dési-

^ Théodore de Liebenaii, Frischhanz Teilling und der Richtehrief von Luzern vom 2à Jimi 1489.

LR BOURGMESTRE WaLDMANN. 385

gnèrent cinquante commissaires pour exposer leurs griefs. Plus soucieux de leur dignité que du vœu des campagnes, les gouvernants réclamèrent Tintervention des Etats confédérés, en s'appuyant sur le Convenant de Stanz. Une médiation eut lieu et un accommodement é(juitable fut conclu avec l'assentiment de Waldmann, qui se porta même avec son ami, le tribun Oehn, garant des concessions faites aux campagnards. Mais l'orgueil reprenant le dessus avec le retour de la tranquillité, Waldmann eut la mauvaise foi d'altérer le texte de la convention signée avec les mécontents; il y fit insérer « rjue c'était à l'humble prière des campagnards « et pour l'amour de Dieu et de la sainte Vierge que messeigneurs « avaient daigné révoquer ces lois. » Cela fait, Waldmann, comme poin* braver l'opinion, partit pour les eaux de Baden avec queli|ues compagnons de débauche.

Un nouveau soulèvement éclate alors plus terrible que le premier. Une partie de la bourgeoisie à laquelle les Goldli et les moines ont réussi à persuader que le bourgmestre voulait livrer la ville à l'empereur, après le massacre préalable des 00 citoyens les plus dévoués à la C(Mif<'dération, fait cause commune avec les insurgés (31 mars)*.

Accouru de Baden en toute h.àte pour calmer relïervescence pc^pulaire, Waldmann voit massacrer sous ses yeux son fidèle huissier Schneevogel, triste présage de son [)ropre sort. Sans perdre courage cependant, et refusant de fuir comme le lui coFiseillaient ses amis, il se rend le lendemain, l*'" avril, de tribu en tribu, les harangue, et déjà il avait regagné les trois ti'ibus des Charpentiers, (le< Bateliers et des Tanneurs, lorsque la cloche du tocsin, mise en branle par ses ennemis, appelle le peuple à l'hôtel de ville. Waldmann y coin-t aussilnl. \a' conseil l'tMuii aux dt'putés dQ> cantons, aiaavt's la veille ili' Si'hwy/, délibère sur le pai1i àf>rendre dans ces conjonctures. Mais une nnillitude furieuse cerne riinlel de ville, aux cris répétés de: .^1 ba^ Walilmnnn rt SCS douze! A lias Irs scrlrnifs ! Une chose pouvait encore sauver Waldmann et ses pai'lisans: rinterv<'ntion (Miergiipie des représcnlanis fédéraux. Le parti» de Slanz faisait un dt'voir à ces derniers de uuMiactM* K's rebell(\< d'une [»iiiiili(in exemplaire et d'une occupation inunédiate du canton jtar le> iKuqxs Hulérales. Waldmann lui-même réclamait celle d('lerfninalion an niMii de riionneiii' (M des >erinenU piêle>. Mais secrêlenieiil jaloux du bourgmestre. l'avoNei" Louis Seiler. do LuctM'ue, magi^li'al (raiileiiiN ciiiinle el >.ins eoiiM'ient'e. pai'la niolleniiMit an pt'Uple et

\ Strirklor, T.t'hrh. (h'r Schiiri:n-<irsrh., /.wnto Aus<»al)p, Zunrli ^^OroU mul fftssli, 1H7I), 1 1.'>. — Lii'licnau. Sikidtis Jiiiuf ion Lu:nn tiiul Mehhior l\u.<s, 18. lUi nu'iiu-, Tlifilituf find (h r fjemhu'ornc Itricf von Ln:crn.

38;) LE BOURGMKSTRK WALDMANN.

finit par lui promettre la punition des gouvernants coupables \ Un instant après, au milieu des impi'écationsdela multitude, \Yaldmann et ses adhérents furent conduits au Wellenberg; un gouvernement provisoire de soixante membres s'établit le môme soir sous la présidence de Lazare Gœldli, le principal instigateur et le chef de la révolte.

Mais les insurgés de la campagne, campés au nombre de 8000 devant les portes de la ville, d'où ils se faisaient apporter du vin et des vivres, au compte du bourgmestre, demandaient la tête de ce magistrat.

Le 6 avril, Gœldli et les soixante nouveaux gouvernants se réunirent pour i)orter la sentence. Bien que composé en grande partie des ennemis de Waldmann, ce tribunal n'eût pas été unanime à prononcer la mort, si l'on n'eût aposté de faux témoins pour déclarer qu'une armée autrichienne s'avançait pour délivrer le bourgmestre déchu. Sous l'impression de ce faux bruit, l'infortuné Waldmann fut appliqué deux fois à la torture, mais bien que la question ne lui eût arraché aucun aveu, il n'en fut pas moins condamné à mort et exécuté devant les portes de la ville pour l'édification du peuple des campagnes (G avril 1489). Sur l'échafaud, Waldmann garda la plus noble constance. On croit que s'il eût parlé à la foule émue qui l'environnait, il eût obtenu sa grâce. Mais son confesseur, nommé Erhard, avait exigé en expiation de ses fautes qu'il reçût la mort sans faire son apologie. Il se contenta de prononcer quelques paroles : « Dieu te protège, ô Zurich ! ma cité bienaimée, et te préserve de tout mal ! » Il demanda aussi pardon aux assistants et les conjura de s'unir à lui pour dire à haute voix le Pater. « Dieu soit béni, dit-il, qu'il y ait tant d'hommes ici pour implorer Dieu avec moi î » Sa dépouille sanglante reçut la sépulture au Fraumunster.

A peine le drame sanglant était-il terminé que la nouvelle d'une intervention autrichienne fut démentie par ceux-là mêmes qui l'avaient répandue. Cela n'empêcha point la vengeance populaire de s'exercer encore sur plusieurs partisans de Waldmann, dont les têtes l'oulèrent sur l'échafaud comme la sienne ^ D'autres se dérobèrent par la fuite nw supplice.

^ « Qui voulez-vous ? » demanda au peuple d'une fenêtre de l'hôtel de ville « l'avoyer Seiler de Lucerne. — « Nous voulons Waldmann, Oehn, Binder, le « greffier iVmmann et le geôlier de la prison Bleuler. » Rentrant alors : « C'est vous « qu'ils demandent, » dit Seiler au bourgmestre. Tranquille, Waldmann se remit « aux mains des Confédérés. Ses amis le suivirent, prisonniers comme lui. » Vullieinin, Histoire de In Confédération unisse^ I, 295.

- Le grand tribun octogénaire AVydmer, les tribuns S?,hurter, Oehn, Ulrich Ziegler. Parmi les partisans de Waldmann déposés comme conseillers et tribuns, fiiurent des Keller, un Blun'schli, u i Werdmuller, un Wyss, le bourgmestre Kost c-t Gérold Edlibach, mais ces deux derniers recouvrèrent leurs emplois. Yôgeli , Vulerlàndische Gcschichte, 21G.

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Les passions de la rniiltilude une fois déchaînées, il est difficile de les f-ontenir. Le nouveau gouvernement, flétri dans l'opinion sous le nom •de gouvernement cornu (Horn-Halli;, à cause de son inhabileté, ne put parvenir à l'établir l'ordre. Le sang coula de nouveau sur l'échafaud. et cette fois ce fut le sang des ennemis du bourgmestre, celui de Iles> enti'e autres, l'assassin de Schneevogel, qu'on arracha de force de l'asile du Fi'aumiinsler. La Confédération dut intervenir pour la troisième foi>, •et pîU'vint enfin à conclure une convention entre la ville et la campagne, cpii assurait à la première sa souveraineté sur le pays, à la seconde la liberté d'industrie, le choix de ses préposés et la faculté d'adresser des représentations ii l'autorité. L'ancienne constitution fut n'iabli-' en 4498 avec les modifications (|u'y avait faites le fameux bourgmeslie. Mais les campagnards ne songèi-enl point ii se faire représenter euxmêmes au sein du Grand Conseil: « heureuse innovation qui. dit >L « Hluntschli, eût épargné par la suite bien des maux à la l't'pnbhque. >• ('ette convention pi'itle nom de Coin promis de Waldntann ' (^Waldmann's- Spruch). On ne jugea |)as à propos de soumettre la convention on ■constitution de L49S à la sanction de l'abbesse du Fraumiin>ter lancienne souveraine, comme on l'avait fait en 133G.

La chute de Waldmann fut suivie de près de celle du bourgmestre Ulric Varnbiihier , (jn'un écrivain appelle le Thémislocle de Saint-(iall, eX qui s'était vaillamment conq)Oi'té dans la guerre de Bourgogne. La vieille (pierelle des bourgeois deSaint-Gall avec liMir prince-abbé s'était ravivée avec une nouvelle force. Las d'une lutte de trente années, l'abbé Ulric Hœsch résolut de (|nitter cette vdiereuuiante. lllil ('iMi^lnure un cloître magnifi(|ue à Uorschach, (|u'il avait i'lioi>i pour heu d(' sa résidence. Les bourgeois de Saint-liall virent avec jalousie et colère les travaux et préparatifs ipTon faisait ii Uorschach. Craignant de perdre la source de leur [)rospérité et de leurs richesse>. ils se soulevèi'ent. a\anl Varnbiihier ii leur tête. Les Appen/.ellois, in»''ronlent>du piiiua'-alilte (]iii avait obtenu rautorisation de racheter le Kheinthal par ms habilo niand'uvres auprès de rompiM'eur Frédéric lli. s'associèrent aux Samt- Gallois. Une bande tumultueuse, composée de bourgeois, de campa-

' lUiintsclili, (ttsch. (hr Ixi'jiultlik /Cun'chy \\^ 80. Le i'oini>roinis tic W;\Klinann «'st unalysô (Ml drtail dans rt* riMnarunaMc oiiMai^r. Voir aussi pour riii>loir»' do AValdtnami la bioiiraplut* (Hi'cn a doiintc .Icaii lltMiri Kilssli, l'ami de Jean île .Mul- Irr. l,t> u;i'iiv(MiitMU(Mit de /iiricli, peinlant les trois siècles (lui suivent la eonstilulion révisée de 1 l!KS, se eonipose d'un (iraud Conseil de '2\2 meniUres, d'un IVlit Conseil eoinposc de 21 conseillers proprement dits, et de 21 trilums, à leur tète trois ;;rands tril)nns, d'un Conseil secret formé des dcu.\ bourgmestres et des trois grands tribuns

388 LE BOURGMESTRE VARNBUHLER.

gnards et d'Appeiizellois, démolit en un jour le palais de Ronscliach (28 juillet 1489).

Le prince-abbé fit excommunier les rebelles par le pape et requit le secours des quatre cantons protecteurs de l'abbaye, Zurich, Schwyz, Claris et Lucerne (1490). Mais ceux-ci, travaillés par Varnbuliler, qui qualifiait Tabbé de partisan de Waldmann, ne se pressaient pas d'agir. Les Saint-Gallois en profitèrent pour former une alliance perpétuelle avec Appenzell et vingt-cinq communes de la campagne. Varnbùhler se flattait d'attirer aussi la Thurgovie et de fonder ainsi un État indépendant, une confédération nouvelle dans la Suisse orientale.

Le bourgmestre de Saint-Gall avait pour second et auxiliaire de sa politique le rusé et violent landamman appenzellois, Hermann Schwendiner. Mais l'abbé Ulric Rœsch avait réussi à mettre dans ses intérêts Waldmann de Zurich et l'avoyer Fehr de Lucerne. Même après la chute du premier, le canton de Zurich agit sous cette influence et les quatre cantons protecteurs prirent faitetcause pour l'abbé. A la nouvelle que ce der-' nier était assiégé dans son palais de Rorschach par les conjurés, les Confédérés, au nombre de 16,000, marchent au secours du prince-abbé. Les Appenzellois effrayés se renferment dans leurs montagnes (8 février 1490)*. La ville de Saint-Call, affaiblie par la désertion d'Appenzell, oppose une résistance inutile aux Confédérés ; elle dut ouvrir ses portes et subir les traités onéreux de Rorschach et Saint-Fiden. Ces traités lui laissaient ses droits de ville libre, mais l'obligeaient à payer 13,000 florins et faisaient du Rheinthal, enlevé aux Appenzellois, un bailliage sujet et commun des Suisses, comme la Thurgovie.

Quant à Varnbùhler, accusé de trahison, comme il arrive aux chefs malheureux, il avait été obligé de fuir avant l'entrée des Confédérés. Il se réfugia à la cour impériale de Vienne, d'où il chercha en vain à se faire rendre ses biens confisqués par ses compatriotes. Le landamman Schwendiner éprouva un sort analogue et fatigua, sans plus de snccès,. pendant vingt-cinq ans, le Kammergericht ou tribunal de l'empira devant lequel il ne cessait de citer ses compatriotes ^ La ville de Saint- Gall, comme celle de Zurich, après la mort de son bourgmestre, fut encore agitée pendant plusieurs années par des mouvements révolutionnaires. L'une de ces émeutes se termina par la condamnation de six des conjurés qui portèrent leurs têtes sur le billot; elle a reçu dans l'histoire de cette petite république le nom de fol jeudi (uns'inm^Qv Donnerstag),

^ Zellweger, Geschichte von Appenzell, II, 196. — Henné (Anton), Schweizerchromk, I, 706. — Henné (Otto), Geschichte des Schiveizervolkes, I, 525. 2 Segesser, eidg. Ahschiede de 1478 à 1498, 389 et suiv.

TK.NOA.NCKS ANAHCUlnUES. 389

\i) février 1491. A Lucerne, où le gouvernement s'était montré si peu ému du sortdeïheilig, un mouvement |)Oi)ul;ures'op('rait [lour le venger. Sous l'inlluence de deux agitateui's. Junleler et Wildhang, la commune décida de faire des pei'(|uisitions à Zuricli [)0ui' savuir ^i (juelijues Lucernois n'avaient pas trempé dans sa condamnatiun. Le gouvernement était chargé de demander (ju'on mît à la question l'ami intime de Waldmann, le chancelier Ammann. Le même mouvement produisait aussi un changement dans la constitution. La It'Urt.' jurée de \WJ défendit aux magisti'ats de faire la paix ou la guei're, de mettre un impôt ou de faire une acquisition de territoire sans la Imurgeoisie.

Toute la Confédération était en [)i'oie aux mêmes tiraillements et au même malaise.

Pour faire cesser cet état de choses, Schwyz proposa un remède ipii était pire que le mal. Il voulait qu'on déclai-àt « dissoutes toutes les constitutions cantonales. » Le banneret bernois, Nicolas Zur-lvinden, parvint à faire rejeter en diète ce projet anarchique sous lequel se cachait l'inimitié des Etats campagnards pour les Etats-villes (liUi). Des dispositions hostiles se trahii*ent encore dans les menées séparatistes du Gessenay qui chei'chait, comme l'Entlibouch, à se rattacher aux vallées foi-estières. Beime sut, comme Lucerne, déjouer les plans secrets des \Valdsta3tten. Ces derniers, Uri snrlniit. (oui incnlés pai' un CNpi-it ije jalousie et d'agrandissement, cherchaient ii se dédommagei* de le^ijuil»' de leur territoii'e par toutes sortes d'expéditions aventureuses et ••«•n- Iraires au droit des gens. La Dièlc lil enlendi'e sans >n('C('s la voix de la justice. La Savoie fut indignement l'ançonm'e par de n()uvt'lk'> bandes ik hi folle rie, à la tête des(|uelles les frères Wolleb, d Tri, se signalaient pai- liîui" audace. Neuchâtel fut menacé d'iuie send»!al)le visite, sous prétiîxle (pii^ le souverain d(* ce pays, Phihppe de llochbei'g. était partisan du feu duc de Bourgogne. Deux lois Herne el Solciirc durent tMi\i>\('r des li'oupes pour protégei' ce [)ays allu' et ([ni a\ail >i bien nii'iilf {h> Suissiîs dans les giieri'es conti'e la Erance el la Honi'jojui' i 1 i9:2

l)(îs attentats analogues au droit di's gens alnMicrcnl au><i aux C>inféiléia's la ville de Constance. Lt'> bourgeois ih' l'cltc \dle étaient grands anns ilcs CoiilV'dtM't's ri la i|ii('v|ion de lis ri'i'e\oir d.in< l'alliance perj>éluelle au même lili'e (|ue SchalïhouNe. |{o||i\\\l el Siinl-(ialt fut posée il la diele de ^chwy/ (17 mai l'ilMii. Sept cantons se monlrauMit favoi'ables ;i celte adiniv^ion. Mus |,'n inau\ai^e> dispositions des Etals <ri'i 1. /oiil; et rndeiwald ([Ui. apre> a\oir i-aneonin'' Constance et exlor-

390 tend.\ncp:s anarchiques.

que 4000 florins à cette ville, refusaient toute réparation, eut pour l'ésullat que cette cité, Tun des boulevards naturels des Ligues suisses, devint hostile aux cantons et se montra telle dans la guerre qui éclata peu de temps après entre la Confédération et l'Empire'.

^ Segesser, eidg. Ahschiede, à la date de 1496 et 1497.

CFIAPITRE VI

r>E T. A GUERRE DE SOUABE

A LA RÉFORMATIOX

(de 1499 A 1520)

I. Guerre de Soiiube. — Paix de Hâle et suites de Iii guerre €le Souabe. — l^a Suisse «»st sépjirée de r«'iii|»ir«' «1* Allemagne. Bille et Seliatriiouse lornient les XI" et \ll' Ftaits de la li^ue helvétique. — (1 101 à I501.)

Déjii sous les empereurs de la maisou de l.uxenibouiv, le lieu «jui unissait la Coufédéralion de la Haute-Allemagne àrem[»ire était devenu fort lâche. I.es Suisses continuaient sans doute à s'appelei* dans lenr> actes officiels «. membres fidèles de l'empire, » et à nommei* l'empereur leur maitre (der kun!][ unser herr). Mais leuis rapports avec l'empire se bornaient ;i peu près à en fêler le chef loi'siju'il se présentait dans leiu's villes, à solliciter ;i sou avènement au troue la confiiMnalion de l<'urs franchises et à grossir de leui's d(''[)ul)''s le Ihrinrrznf/, c'cst-ii-dire le eoi-tége qui accompn<znait l'empereiu' à l{ome lors de son couronnement, lîien rarement les Confédérés se faisaient représenter au\ diètes impi'riales. Le misérable rèiriie de rr(''d('nr 111. (jui dura '>'.) ans (de l 'l 'iil à lV.)il) n'était pi'oprc ([u'à alTad)lir eucoi'e les licii^ de la Sui»e a\e«" l'Allemagne. \a' nom des Habsbourg était déjà un obstacle au rap|>rochemeut, et Fi-i'iléric III II! tout ce qu'il fallait poui- iMvivfr la haine litMcdilaire. Non coulent davoii* refusé à plusieurs i-cprises au\ Suisse> la conlii'matiou {\c> hbciit's a("(juist'^. et d'aMur laui't' «'onti"«' »mi\ l'arméi» du Dauphin, eu I 'i 1 'i, \\ ne >einblait s'être allit' avee eux (*ouli'e le du.de hour:!OL:i!e ([ue poiii- les abaudninit'r lài'iieiueiil ('iMume l'avait fait Louis \l'.

* Sur los rapports do ta rontV'dtTntion suisso avec l'Kinpiro, voir intintM-lil' (f^sch. (IcsscJur. liuiuh'srit htes, \,'2'M)vl l;i savanlo dissertation il«» Traugott Tridist (Die ne:iehnii(ft'ii dcr srhir. Ki(hfena'iiifuschaft uiit dem lit'ichc: Archiv Jiir schic. (ù'scli.^ XV, Isdr,). M. l'rt»lt>t in<tit|ii(M'oiiunt' rausos génrrnlrs du relAchomont des

Peu d'années après cependant, sous l'influence d'un empereur chevaleresque, Maximilien d'Autriche, fils et successeur de Frédéric III, un parti impérial se forma à Berne et dans d'autres villes suisses, par opposition au parti français, tout puissant dans lesWaldstsetten. Les chefs du ])arti impérial à Berne étaient l'ancien avoyer Guillaume de Diesbach, Adrien de Boubenberg, le fils du défenseur de Morat, l'avoyer Henri Matter et le banneret Nicolas Zur-Kinden. Les landammans schwyzois Rodolphe Reding et Ulric Auf-der-Mauer dirigeaient, au contraire, le parti de la France. Comme au temps de la guerre de Bourgogne, ce dernier l'emporta, grâce aux écus dont Charles VIII ne se montra pas moins prodigue que son prédécesseur ; et lorsque ce roi marcha à la conquête du royaume de Naples, il accourut sous ses drapeaux un si grand nombre de mercenaires de tous les Etats confédérés, qu'il se vit obligé d'en renvoyer une partie et de faire garder les passages des Alpes (1494) *. La Diète , unanime cette fois, eut beau interdire les services étrangers et décréter la peine de mort contre les réfractaires, ces menaces tardives n'eurent aucun résultat.

Cet aveugle empressement pour la France .blessa d'autant plus l'empereur qu'il avait gi'and'peine à obtenir quelques milliei's de Suisses pour l'armée impériale. Maximilien P^ ou Max, comme l'appelaient les Allemands, était alors tout occupé à rendre un peu d'unité à l'Allemagne, et croyait en avoir trouvé le secret dans trois institutions à créer, la milice impériale des Lansquenets, une Cour impériale de justice (Kammergericht) et un impôt de guerre ou denier de l'empire (Reichsschilling), dont le produit devait être affecté à combattre les Turcs et les Français, ces deux ennemis du nom germanique. Mais les Suisses se souciaient très-peu des Ottomans, et, quant à l'or de la France, ils n'avaient que trop appris à l'aimer et à rechercher les faveurs de cette puissance.

Déjà, en 1 488, quand s'était formée, à Esslingen, la Ligue de Souabe, composée de villes impériales et de seigneurs de l'Allemagne méridionale,

liens avec l'empire et de la séparation qui en fut la suite, la situation de l'empire lui-même, la tendance des princes à s'émanciper de la couronne, la puissance des villes devenues autonomes par la possession des droits régaliens et la dissolution du lien national résultant de cette double émancipation. Mais la haine pour la maison d'Autriche assise au trône impérial depuis 1437 agit peut-être plus fortement que toute autre cause sur les esprits. Un historien français, si perspicace parfois, M. Michelet, n'a rien compris à la question des relations de la Suisse avec l'Allemagne qu'il confond sans cesse avec l'Autriche. Il croit que les cantons s'étaient séparés de l'Allemagne avant la guerre civile de Zurich {Histoire de France, V, 243).

^ On cite parmi les capitaines suisses qui firent la campagne de Naples sous Charles VIII, les Neuchâtelois Baillod, Pury de Rive, Osterwald, RoUin, Tribolet, Hory.

fiUERIU: DE SOLABE. .'VJii

SOUS les auspices de rempereiir Frédéric III, lus Contédurés avaient été invités à en faire partie. Mais ils avaient répondu évasivement, soit le 12 mai de cette même année, soit le 20 janvier de lannée suivante où ils étaient réunis en diète à Zurich.

La ligue de Souabe ayant voulu contraindre la ville de Constance à adhérer et à payer l'impôt impérial, les Confédérés la prièrent de laisser celte cité eu repos. D'autres villes et pays alliés des Suisses, I^olliwyh Mulhouse, SchaHliouse, Saint-Cal! et Appenzell, en bulle au\ mêmes exigences, consultèrent les Confédérés. « Nous ne paierons pas, répondirent « ces derniers, et nous vous en^jageons à en faire autant. »

Berne, (jicerne, Schwyz avaient été seuls à envoyer leurs députes à la diète de Worms, au grand déplaisir des auti*es Confédérés (jui accusaient Tavoyer Nicolas de Diesb.ich de pactiser avec rempereur »*t df vouloir lui livrer la Suisse.

i*lus tard, Berne, Zurich, Fribourg consenlirenl. (juauil même, ;i ïdWi' j)artie du liœmerzug ou de l'escorte de Maxinnlieu (jui allait chercher la couronne impériale en Italie. L'ambassade qui accompagnait le roi des Romains avait à sa tète l'avoyer Heiu'i Maller, (jueles Italiens appelaient le Duf/e de Berne. Mais il rt'sulla de celle démarche un le! int'iniilt'iilfment, (|u'à Berne même il faillit y avoir une émeute. Ni pinmesses. m menaces ne purent ramener les Confédérés à l'empereur. In nioniloire du [)ape qui les menaçait d'excommunication avait ('tt' allirlit' à Liinlui. Les Zuricois protestèrent énergiquemenl conlie celle menace et en ap|)elèi'ent comme d'abus.

Dans une conféi'ence tenue dans cette même ville de Liiidan. It'lecteur de Mayence, archi-chancelier de l'empire, qui y priV^idait en l'absence de l'empereur, parla de la plume d'oie avec la(|uelle il saurait ramener les Suisses h l'obéissance. »< Monseigneur, lui i-épondit un niagi>lrat « suisse, (ju'on ccoit être le chancelier Annnaini, l'ancien anu de Wald- « mann, nous n'avons pas eu peiu- de vos hallebardes: il n'est pas pro- « bable (|ue vos plumes d'oie nous elTraienl ilavautage, »

Les di'puti's (W> ligues sT'laieut reiiilu> ;i lu>prui'k [H»iir inlercéiier en faveur de Bolhwyl. Saint-Call el Mulhou>e (ju'il t'i.ni i|ueslion de inelli'e au ban de l'enqnre.

L'einpereui' wi'ilt' les menaça d'une invasion à main armée <]U*d conduirait (Mi personne, u .le ne saïu'ais le conseillei* ii Voire Ma- « jesié, r(''pon(lil li* bourgmesli'e de /uik'Ii. (A)nrad Si'hvNend. Nous « ^omul(^^ un peuple de riislrt's el il pn;inail arriver malheur à Voire « .Majesté '. )'

' r.liiutsclili. G esch. (hr liqutblik Zurich, 11. 112,

Une grande ambassade composée des envoyés da pape Alexandre VU de l'empereur, du roi d'Espagne, de Venise et de Milan parut à la diète de Zurich le 11 juillet 1496, dans l'espoir d'opérer un rapprochement entre les Confédérés et l'empire. Mais Berne, Schwyz et Obwald entrèrent seuls dans les vues de la coalition. Ils prirent, moyennant la pension annuelle de 4000 écus, l'engagement de ne fournir aucune levée à la France \

Mécontent de ce résultat, l'empereur continuait à exiger le Befclisschilling de Saint-Gall et Appenzell sous peine du ban de Tempire. Uneambassade suisse dont faisaient partie l'avoyer Matter de Bei-ne, l'avoyer Kunrad de Soleure, Tamman Werner Steiner de Zoug et Arnold Winkelried d'Underwald, se rendit k Fùssen à la porte du Tyrol où se trouvait Maximilien. Mais ce fut pour se voir renvoyée à. une nouvelle diète impériale tenue à Worms (8 avril 1497). Cet ajournement, accompagné de paroles peu amicales de la part de l'entourage impérial, eut pour effet de jeter de plus en phis les Confédérés dans les bras du roi de France, Charles VIIl, avec lequel les Ligues avaient conclu un traité semblable à celui qui les avait unis k Louis Xï contre Charles le Téméraire (1 novembre 1495 et 24 avril 1496 ^). Ce traité dont le chevalier Antoine de Bassey, bailli de Dijon, avait été le négociateur, et que le roi avait signé à Lyon, assurait aux Suisses les mômes avantages, c'est-k-dire 2000 livres k chacun des 10 Quentons et ANCIENNES LiGUES DE LA Haute-Allemagne, plus uue indemnité de 80,000 florins pour le cas où le roi serait empêché d'entrer en campagne.

Restés jusqu'alors fidèles k l'empire, les Bernois se montraient ébranlés et se rapprochaient quelque peu de leurs confédérés.

La mort du roi Charles VIH, le 7 avril 1498, ne changea rien k la politique des deux pays. Les Fribourgeois alors tout dévoués k la France furent chargés k la diète de Lucerne de féliciter le nouveau roi et de s'aboucher avec lui (4 mai).

La manière d'agir des Suisses avait irrité contre eux non-seulement les princes d'Allemagne, mais les populations de toutes les provinces limitrophes ; la haine du nom suisse devint populaire aux lieux mêmes où elle ne l'avait jamais été jusque-lk, c'est-k-dire sur les bords du Rhin, du Danube et du lac de Constance. Dans plusieurs villes on alla jusqu'k prêcher la croisade contre ce « peuple de vachers souillés de crimes de tous genres. » Le peuple suisse ne resta pas en arrière et rendit outrage pour outrage.

^ Segesser, eidg. Abschicâe de 1477 à 1499, 510. ^ Segesser, eidg. Abschiede, appendice, 73G.

La ^iruerre n'altciidail (|iriiii >i;:iial fiour t'clater : ell».' >'alliirija il.«n> les Grisons. Deux des lignes de ce [)ays^ venaient de ronti'.icter une alliance avec sept cantons snisses. On envisagea ce fait comme une marque de rébellion envers l'empire. La répence d'Inspruck s'entendit avec la ligue deSouabe. En janvier l U)1J, le Miinsterlhal fut assailli par 10,000 hommes, et la ville de Meyenfeld livrée f»ar la tralii-on diiiie partie de ses habitants. Toujours favorable à l'empereur, Berne cherche en vain à conjui-er l'orage. Les Grisons unis aux Confédérés pénètrent dans le Vorarlber;^ battent les impériaux à Triesj'u ( 12 février), reprennent Meyenfeld et soumettent tout !»* [lays jiiv(|u';i Keldkii-ch (février M91i). Le 20, se livra la lialaille du Ilard prrs de Fu->ar|i. 10,000 Suisses, command^'s par le vaillant baron Ulric de IIolien>a.\, y battirent 10,000 impéiaaux, dont |)lus du (|uait mordii-ent la [»oussièi*e. L'hisloi'ien souabe Piikheimer, témoin oculaire et acteur important dafis cette guerre, l'end témoignage du courage liéroiVjue avec lequel lui corps d'Appeiizell et de Saint-Gall, auxiliaire des confédéi'é<, demeui'a deux heures entières au milieu des Ilots gelés du Khin, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture ^

Le théâtre de la guerre fut lraii>p(irtt' ensuite ilan^ le llt^Liau \ uù ■I0,0(J0 confédérés de Berne. Fi'iboui'g, Soleure et Sclialfhouse détruisirent vingt villes et châteaux. Du [b'-Mii, iôOO confédéia-s. pour la phq)ait Soleurois et commandt''> par Daniel Babenberger et llans l\is>ling, pénétrèrent dans le Sundgau* et délii-ent un nombre ti'iple d'ennemis sur la colline boisée du Bruderholz (22 marsV

Mais i\ii<, excès de tous geiu'es souillèrent les exploits de> bandes suisses dans ve^ contrées, enti'e autres à TliienL'eii ;i l'entrée de la Forèt-iXoire, où un malheureux tireur juif lut [leiidu par les pieds

' L'ulliaiK'c (1(> l;i liun ' (irise est du 'l juin 1 U»7 ; ccll»' df la Maistin-Pioii. ilii l:> (U'ct'inlirc 1198. La lijuc des I)ix I)rtMtures, lui rAiitrirlu' avait île ^rraiules piopriétt'S, n'i^sa ])as s'associer aux deux autr(»s.

'^ Le nu'ine témoin rajiporte avce ailiniratioii un trait de eouraL^t^ «>t de |>rêsence d'esprit d'une jeune tille suisse que ses compatriotes avaient charirée d'un message paciTupu' auprès do l'empereur al«)rs j\ Constance Pendant (prolle attendait la réj)onse do Maxinnlicu dans la cour de la maison où loufeait ce prince, les cavaliers de parde lièrent conversation avec elle. ^ (^)ue t'ont les Suisses? — Ils vous attendent. — Comliieu sont-ils V — Assez jjour vous battre. Hien ne vous em|tèciiait di* les eomjiter à la dernière alVaire, si vous on asie/ eu le loisir. — Ont-ils «les vivres? — Comme s"ils pituvaieut vivre sans lioire et nian«:erî — Un soldat qu'irritaient ces réponses hardies, j^orta la main à sen sabre. — (^)utii ! tu tais le brave et tu ne ron- .uis pas de menacer uu(> jeune till<>? Si tu es ^i crànt\ v;v aux avant-postes, tu trouveras là avec (pii mesurer ta vaillance, v

•' Le llevau compi-enait la partie delà Souabe qui aviusini* le iîiwn.

* L(> Sundi,MU est cette partie Miprrieure Ao \' \\-^i\co où se trouve la ville de Mulhouse.

il liii arbre pendant 24 heures pour avoir tué le maître artilleur des Frihourgeois, et décapité ensuite par grâce lorsqu'il eut demandé à se faire chrétien. Cruels comme l'étaient alors les Suisses, leurs cœurs ne laissèrent pas de s'attendrir au bel exemple de tendresse conjugale donné par la dame de Roseneck. On lui avait permis d'emporter ce qu'elle avait de plus précieux. Elle emporta son mari; les vainqueurs, lui laissèrent encore ses joyaux \

Malgré le succès de leurs armes, les Confédérés n'étaient pas sans inquiétude sur l'issue de la guerre. Le manque d'artillerie et de munitions se faisait sentir. On éprouvait aussi la crainte que Louis XII ne vînt à se rapprocher de l'empereur. « Si Louis XII, disait à la diète « de Lucerne le chancelier de Friboura" Lombard, venait à s'allier avec i< Maximilien, qui pourrait empêcher le roi d'être en une nuit aux « portes de notre ville? » Lombard lui-même fut envoyé à Louis XII pour réclamer sa protection et l'envoi de deux cents quintaux de poudre et de plusieurs pièces d'artillerie (avril, mai 1499).

Pendant ce temps Tempereur faisait les plus grands efforts pour réduire les Confédérés, et réunissait à Constance des soldats de toute l'Allemagne, Autrichiens, Wesphaliens, Hessois, Néerlandais. On y voyait aussi des Bohémiens, des Polonais, des Hongrois ei des Danois. De Constance, ces troupes se répandaient dans les contrées environnantes. Un corps de 7000 Impériaux surprit, un jour, un détachement de 250 Suisses. Ces derniers se retranchèrent dans le cimetière de Hallau, et combattirent avec tant de bravoure qu'ils donnèrent le temps au landstourm schaffhousois de s'assembler et de chasser l'ennemi (4 avril). A Ermatingen, 15,000 Impériaux surprirent dans leurs lits et égorgèrent les soldats de la oarnison suisse de ce villai^e thurgovien; ils se retiraient victorieux et en désordre, le 1 1 avril, lorsqu'ils furent assaillis à leur tour et battus par 2000 Suisses dans la forêt de Schwaderloch, près de Constance. Ils perdirent dans cette affaire 1000 hommes, parmi lesquels 130 citoyens de Constance. Le drapeau de la ville d'Ulm fut conquis par Jean Matter de Fribourg.

La guerre sévissait en même temps dans le Vorarlberg. Le 20 avril se donna la bataille de Frastenz, près de Feldkirch, où 10,000 Suisses, Saint-Gallois et Grisons, débusquèrent d'une position formidable et jetèrent dans l'Ill une armée de 14,000 Tyroliens et Souabes. La victoire, en cette circonstance, fut due principalement à l'action éclatante

^ Anshelm, II, 425. On raconte la même chose des femmes de Weinsberg, sous Conrad III de Ilolienstauffen. Mais ce n'est là qu'une tradition et on la retrouve ailleurs. Stàlin, Wurtembergs Gesch., II, 253.

GUERRE DE SOLABE. 'M)'

du capitaine Henri Wolleb, d'Uri. Ce chef, resté debout au milieu de ses soldats qu'il avait fait coucher par terre pour éviter les déchar^cres de l'artillei-ie, hit, nouveau Winkelried, la victime de son dévouement patriotique. Il racheta ainsi par une belle mort les écarts d'une vie d'aventures et de brigandages \

Une victoire du même genre couvrit de gloire les guerriers grisons. 15,000 Impériaux étaient campés à Calven, dans la vallée de Mun>ler (et non, comme on l'a dit longtemps par erreui-, à la Malserhaide), 8000 montagnards de la ligue Grise, commandés [)ai- Wilhchn Hinggi et guidés par un déserteur, les attaquent le 2:2 mai et, a[)rès une sanglante mêlée, les di'Iogent et leur tuent ÔOOO hoinmes. La grande bannière du Tyrol, restée entre les mains des Confédéi-és, hit suspendue dans l'église de Coire. Le héros de la journée hit Hénédicl Fontana, bailli de Reams (jui, conduisant les guerriers de la Maison-Dieu à l'assaut des retranchements autrichiens, reçut une lai'ge blessure (jui lui ouvi'it le ventre. Tenant ses entrailles d'une main, il ne cessa de combattre de l'autre, et mourut en exhortant ses compatriotes à imiter son exem[)le*. Ce jour-là moururent pour la patrie trois frères Planta, un Salis, un Couler, un de Capol, nu de Moor, un Caslelbei-g. Conrad de Marmels et ses deux hls. Nulle guerre hit plus féconde en prouesses. L'une des plus étonnantes est celle de ce Hans Schiller suiuoniint' Wala, de Claris, qui se défendit longtemps seul contre vingt cavaliers et ne se rendit qu'après en avoir désarçonné plusieurs. Saisi d'admii-alioii pour ce preux, le chef des cavaliers ennemis le prit en croupe et le ramena sain et sauf dans ses foyers, en lui délivrant un certiticat de sa belle conduite. L'action de Wala a été immortalisée par la peinture et la poésie nationales'. L'héroïsme de Fontana et des autres héros grisons a trouvé aussi un chantre enthousiaste dans le inaili'e d'éi'ole. Lemniu<. auteur d'un poème épiiiue en latin intitulé la Hhctiadc.

' La mort ào Wollch est rat'ontôo (ruiic iiiMuitTc un )umi moins ilramatiiiuo liaus (|U('I(|n(^s clu'onitincnrs. Le nom do co comlottion^ s(^ trouve citt* souvent dans les reçus (1(» la diôto i)our sos actes ([^' sixdiatitui à main anutt\ Kn 1 lî)7 il s'ctait om- ])an'' du cliAtoau ih^ Masox j)our lo compte ilu duc do Milan. - (luorrior turbulent « et aiuiacieux, dit Au^liclm, W nllcl) a >^o^^ent tait du Idcn et du mal à la t'on- « fédération. *

* \a\ bataille de Calven est iipindee batailb^ île Mais dans le Kecès du P juillet 1 l!t'.». Segesser, ciihi. Ahscliirdr. — l'hmi, Arrhiv fur schweiz. Gi'sch.y W\

•' Qui ne connaît la ballade vraiment e|n.|Ut> de M. llichard. rommen(;ant par CCS vers :

« lîoi d(>s br:i\('s. salut, i"» Wala de (ll;ui>.

L'action de Wala est consignée dan>; les chroniiiuosd'Ansiiolm, Crtinpboll. Halui, Tschoudi.

398 GUKUlib: DE SUUABE.

Tous les chefs suisses n'étaieut pas des Wala et des Fontana. Le commandaut Pi'euler de Schwyz fut accusé d'avoir retardé à dessein la inarclie de sa colonne et causé ainsi la mort de Fontana et des 300 braves qui périrent dans cette circonstance. Freuler dut s'enfuir dans Tasiie du couvent de Pfeffers et fut banni du territoire suisse. Mais il oblinl sa grâce le 9 juillet de la diète de Lucerne, à la recommandation des députés de la ligue Grise \ Si Ton en croit certains auteurs, Freuler n'était peut-êti'e coupable que de trop de pi'udence et avait voulu empêcher Fontana de se porter tout droit aux retranchements devant lesquels il reçut la mort sans profit réel pour les Grisons. Ceux-ci n'arrivèrent à leur but qu'en contournant et en prenant en flanc les redoutes de l'ennemi \

L'empereur, obligé de s'éloigner pendant quelque temps du théâtre de la guerre et de se rendre dans les Pays-Bas, en était revenu avec un l'en fort de 6000 Brabançons. Ayant vainement cherché à entamer les Grisons du côté de la Valleline, il feionit de réunir toule son armée a Constance, et pendant que les Suisses concentraient leurs troupes sur le point menacé, le comte de Fûrstenberg, à la tête de 15,000 hommes, Souabes, Bourguignons et Brabançons, se jetait, en juillet, sui* le Jura soleurois. Mais déjà Bénédict Hugi, le valeureux défenseur du château de Dorneck, avait eu le temps de prévenir le gouvernement de Soleure. 3000 Soleurois, Bernois, Zuricois et Neuchàtelois accoururent sous l'avoyer Kunrad et Rodolphe d'Erlach, créé chevalier en 1476 sur le champ de bataille de Grandson. L'ennemi, sans défiance, se livrait aux plaisirs et à la débauche, lorsque les guei-riers suisses se précipitent sur leur camp (le 22 juillet). Le général ennemi est tué l'un des premiers. Les Impériaux néanmoins se ralhent et combattent avec désespoir. Déjà les Suisses avaient perdu du terrain et beaucoup de vaillants hommes; d'autres, effrayés, fuyaient du côté de Liestal. Tout à coup les sons du cor se font entendre: c'est un renfort de 1200 hommes de Lucerne et de Zoug, aux ordres de l'avoyer Péterman Fehr et du landamman Werner Steiner. Les fuyards qu'ils ont rencontrés sur leur route ont voulu les détourner de prendi'e part au combat, en leur peignant la lutte inégale soutenue par leurs h'ères; ils n'ont réussi qu'à hàler la marche de ces braves. Un prêtre intrépide, le chanoine Schœn-

' Segesser, eidrj. Ahschiede, 622.

- Kiiid, Indicateur d'histoire, Zurich, janvier 1863, 4. L'auteur du poème de la Hhétiade, Lemnius, nous montre Fontana apostrophant Freuler du nom de ijerfide et de lâche. Die Bheteis von Simon Lemnius. Epos in IX Gesângen mit einem Vorwort von Plattner. Cliur, 1874, 104. Le père de Lemnius se trouvait au nombre des guerriers qui prirent à revers la redoute de Calven.

GUKIUŒ DK SOLABK. !i90

l)riinner, arrive achevai <\u- le champ de bataihe, et jetant, [)oijr cuinbalti'e, son manteau noir orné d'une iirande croix blanche : <» Tapez « dru, braves Confédérés, s'écrie-t-il, vos frères de Liicerne et de Zoug « sont là. »

Ce secours inopiné décida de hi victoire. Le> Impériaux, ballu> a plate couture, s'enfuient par le pont de la Birse (pfils détruisent pouienipècher les Confédérés de les poursuivre. 3UU0 Impériaux et nuo Suisses perdii'ent la vie dans cette mémorable journée. Un graiid nombre de munitions et de cuirasses, 21 canons et les trois bannières d'Knsisheim, de Fribourg et de Sti'asbourg sont la pioiu du vamijueur, ijui s'assied au banfjuet préparé pour l'armée impériale.

Le lendemain de la bataille arrivent [)rocessionnellement les moines de Bàle, demandant à rendre les honneurs de la sépulture aux c(»rps iles nobles qui avaient péri dans la mêlée. Les Soleurois, sur le territoire desquels s'était livrée la bataille, s'y refusèrent en disant : « Les corps xhs nobles demeureront avec ceux (]es paysans. » On iiduuna, en elïet. -îimis et ennemis sans distinction sur le chanq) de bataille, où fut élevée une chapelle commémorativc de l'événement. Vi\ autre monument curieux de la victoire de Doi'iieck fut pendant lonijtenq)s le « ()oii'it'r lii>toriijue, » aux branches duipiel les guei'riers de Zoug et de Lurcrne avaient précipitamment suspendu leurs havresacs avant de sejetei'dans la mêlée.

Les deux |)artis étaient las de la guerre. Sans avoir éli' longue, la lutte avait été acharnée et terribhî. Dans res[)ace de six mois, phi> de 20, 000 hommes avaient pi'i'i, 2000 villes cl clifileaux avaient t'l(' rédiiils en cendres; i\{i<> contrées entières de la Souabe prés(Mitaient l'image de la misèi'e et de la di'solation. De tous entés on vovait ei'rer de [lauvres familles (Jih^ les iiorrein-s de la guei're avaient pnvt-es di' jtaiii cl d'asile. Le général IMrkhenner rencontra dans ie Viui^lgau une trnupe de plusieurs cents oi'pheliiis (jiii bi-oulaiiMit l'heilu» d'une Ini-èt m)Un 1 1 conduite d'une vieille fenune.

nuoi(|ue la Suisse n'eùl pas soulïerl latinme la Souabe. le be-nin de l.i paix s'y faisait siMilir à raL^riciilhMii- el à rarh>an. dniil l'app.I sous les (liapeaiix a\ait suspendu le> lra\au\ indi>pi'n>able>. Le duc de Milan Ludovh' Sloiza [nolila dt» ce> dispositions pour s»» poser en inédialeui-, el parvint ii i-oiii'lure la paix de Ii;ilt> ' ^^22 M'plembrei. Le

' Los m*^u)(' iat (Ml rs su iss(vs furent Krii-klianl. do Ilorno, K»Tt/.i, ilo Sohwyt/ , Amuiiuui. (lo Zurich, VVtTniM- Stoinor, i\o /oui;, auxquols ou adjoinuit tn>is niauMstr.iis lilus airoal»l(>s a l'oiuiMMour: (iuillauiuo ilo l)it\>i|)a«ii. ilo lioruo. Jean ilo îSouuon-

l'oiLT. il(> LuitMn(\ ot UtMui (iirl.lli. do Zurioli.

traité signé avec Tempereur laissait intacte la question des relations des Confédérés avec Fempire, sauf en ce qui concernait le tribunal impérial dont les cantons se virent complètement affranchis. Le Landgerlcht ou le tribunal de la Thurgovie, que la ville de Constance revendiquait comme sien, resta également aux Confédérés'. Berne et Fribourg ayant demandé à entrer en part avec les autres États pour le Landgerlcht, on leur répondit non sans raison qu'ils avaient gardé pour eux les conquêtes faites en commun sur la Savoie. Le retour de la paix fut célébi'é par des Te Deiim solennels et par une procession annuelle de Zurich à Einsiedeln.

Les nouvelles victoires des Suisses eurent des suites importantes pour leurs relations avec l'empire. De la paix deBàledate, à proprement parler, l'indépendance de la Suisse, sa séparation de fait de l'Allemagne. La séparation de droit ne sera prononcée qu'un siècle et demi plus tard, au congrès de Westphalie, 1648. Jusque-là, les cantons continueront, pour la forme, à s'appeler membres de l'empire et à demander aux empereurs la confirmation de leurs privilèges.

Un autre résultat de la guerre de Souabe fut l'entrée de Bàle et de Schaffhouse dans la Confédération suisse.

Les Bàlois, qui avaient déjà combattu avec les Suisses dans la guerre contre la France et le duc de Bourgogne, venaient encore de manifester leur sympathie pour les Confédérés en leur fournissant des vivres pendant la dernière guerre. Mais les nobles et les chanoines, qui désiraient au contraire se rapprocher de l'empereur, avaient célébré la prétendue victoire des Autrichiens par un festin. « Croix blanche ou croix rouge, avait dit l'avoyer Kunrad, de Soleure, il faut que Bàle choisisse ». L'égoïsme des nobles vint en aide au parti suisse. Une grande partie d'entre eux (des Wessenberg, Eptingen, Flachsland, Bothberg) étant sortis de Bàle pour se soustraire à V impôt de guerre, les bourgeois demandèrent leur annexion à la hgue helvétique, et l'obtinrent en dépit du mauvais vouloir de Zoug et de Claris (8 juin 150 1 ) \ L'annexion de Bàle offrait aux Confédérés tous les avantages qui découlent de l'alliance d'une ville fortifiée , défendue par 5000 bourgeois, et formant à la fois un grand entrepôt commercial et un centre intellectuel important.

L'accession de Schaffhouse, ville libre et impériale comme Bàle, et alliée des Suisses depuis 1454, n'offrait pas d'aussi grands avantages. Mais, place de guerre sur le Bhin, elle servait à couvrir les frontières

^ Voir le texte du traité dans Segesser, eidg. Ahscliiecle, 634. — appendice, 758. ^ Ochs, Geschichte Basels, IV, 601. — Segesser, cidg. Ahschiede, 120.

GUEIUII-: DE SOUABi:. 'il 11

suisses vers l'est comme Bàle en élait le boulevard au nord. Son admission, (luoifjue combattue (lar Scliwyz et Underwald, qui craignaient ce nouvel accroissement (ks Etats-villes, fut |)iononc<'e à la lin. .iii\ mêmes conditions (jue Fribourg et Soleui*e (î) août I ')()!).

Bâie avait été plus favorisée et traitée à l'é^iral presijue des premiers États de la ligue. On lui dDunamême le pas sui- Fribourg et Soleure dans les diètes. (]omme ces deux cantons lVoiss/'< refusaient de signer le traité d'alliance avec SclialTIiou-e, l'avoyer Jean de Soniienhcri dit aux Fribourgeois, par manière de consolation : « Nous av(»n> bien dii céder le pas à Zuricb et ;i Berne, moins anciens ijui* nous cependant dans la Confédération (I I novembre 15U1) \ La léception de BâIe et de Sclialïliouse faillit même avoir (]e> suites plus graves encore pour ces deux dernières villes. De concert avec le savant, mais partial député de Berne, le chancelier Frickard, les députés des \Vald<la'tten voulaient ôter voix et séance à Frihourf/ et à Soleure et les relèt/ucr jhiihu h's siinplr>< alliés. L'opposition énergique de quelques cantons lit lieureusemcut échouer ce dessein.

L'annexion de Bàle à la (Confédération se lit (ruiif manière solennelle, entre les mains (rilemi Boist, boui'gme>lr(' de /uiich. P<unmontrer la sécurité (jue lui doimait la protection des Suisses, Bàle substitua une vieille femme année d'anr naenoailh' ii la nond)reuse garde (|ui veillait auparavant à ses portes. Les Confédérés eusx'ut bien désiré joindre à leui- territoire la ville de Constance à titre de canton. Cette cité elle-même paraissait revenue de sa haine et disposée à cnlici- dan> 1" dliance (Hernelle. iMais elle y mettait pour condition xnie ijini imn la restitution du Landgene/it et la possession de la Thurgovie, d<»nt les (Coidedérés de leur cnl»'' s'obstinaient à ne pas se dessaisii'. La cupidité et l'intrigue jouèrent aussi leur rôle d;ius cette alT.iiic. L'i'véïjue de Coustauv'e était 0|)pos<' à l'alliance (|ui meuacail m»ii auloritt''. Il eu coûta à ce pi'élat ipielques ceidaines de llorins donu(''sà cei'tains mauMstrats, plus un cliiU' {\v. \\i\ el un cli.ii' de bit', (lestint''s à raïuniaii dt' /du:. WeruiM" St(!iner, (|iu alliait ainsi la véiialilt' ;i l'iiéi'oïsme, connue bien traulre> de S(S (■(•iiteiiqiorains.

Sans les excès el rindiscipliiie di'^ Coiifi'ilérés d.iii^ l.i d('!"inère gueri'e. un Liraiid n»)nd)re (le villes du lli'u'au el de l.i Foi'èl-Nou'e eus-

' (^MiMiai l;i i|U('stiim tut postM» à l;i dirt»» ilc I.ii.crni', on fit sortir los ilrputôs ilo n.ilc, Solciur et l'"ril>oiir;ï ( luinauuH' IJcvlV). |)«'S ooiisi>lalion^ analopups fiin^nt (louMt't's plus tant p;ir SouiumiIum'i; aux l''riltourj:oois et aux Sole ipn^s dos-

(pU'ls il avait «'ti- ilcputc par les S «"antoiis. Voir S»\iîi'>s«m". m</«/ I " *!«• l*»«'0

à ir)Ji), l!);>. Mainior, Pir Ii(:ichini(fi'n der Slndt Cousiam mit der EidffOios.^en sclidft. Arcliiv fur schw. (icscliicliti'. Wlll.

lusmiKi: srissi:. 2(>

402 NOUVKLLKS GUERRES d'iTALIE.

sent suivi l'exemple de Bàle et de Schaffhouse, car autant le nom de Suisse excitait la haine du peuple allemand au début de la guerre de Souabe, autant il y éveillait maintenant de sympathie et d'enthousiasme. Si un guerrier de cette nation venait à se montrer dans une ville de la frontière, il y était l'objet de la curiosité générale et de toutes sortes d'égards et de prévenances. Les plus empressés étaient ceux qui avaient fait la guerre contre eux et qui regrettaient de n'avoir pas combattu dans leiu's rangs, « plutôt que de risquer leur peau pour des damerets qui passaient leur temps au lit et n'osaient regarder un Suisse en face. »

â. Nouvelles guerres d'Italie ; elles procurent aux Confédérés les bailliages italiens et la Yalteline. — Matthieu Schinner, ou rôle européen des Suisses, libérateurs de l'Italie et du ISaint-ISiège. — (15(10 à 1515.)

Chaque nouvelle guerre accroissait le nombre des coureurs de combats et d'aventures. La guerre de Souabe n'était pas encore terminée, que des mercenaires de tous les cantons volaient sous les drapeaux, qui du duc Sforza de Milan, qui du duc de Romagne, le fameux César BorgiaS qui du roi de France. Ce dernier, Louis XII, en avait toujours le plus grand nombre à sa solde, parce qu'il payait bien et qu'il avait soin de faire des pensions annuelles aux magistrats influents. Ce prince étant entré en guerre avec le duché de Milan, qu'il prétendait lui appartenir du côté de sa grand'mère, Valentine Visconti, on faillit voir se renouveler le spectacle de Suisses combattant contre Suisses. Mais, comme à Dôle en 1477, la trahison se chargea d'empêcher une lutte fratricide. Les Suisses du duc de Milan, bloqués dans Novare par l'armée française, livrèrent ce malheureux prince au roi, qui le laissa mourir dans un cachot de son royaume (10 avril 1500).

Poussée par lindignation publique, la diète fit mine de punir les traîtres. On coupa la tête à un soldat obscur, Turmann, d'Uri; mais on laissa vivre les grands coupables, et après quinze ans d'une prétendue en(juête, les pères de la nation n'eurent pas honte de décider entre eux : « qu'on tiendrait cachée la trahison de Novare » (Recès de la diète du 14 mars 1515)*.

La France, pour l'or de laquelle maint chef suisse se couvrait de déshonneur, se brouilla avec les cantons peu de temps après. Beaucoup

' Indicateur d'histoire, 1877, 303.

^ Segesser, eidfj. Abschiede de 1500 à 1520, 8^0. Les noms des députés ne sont pas indiqués; au reste, ils agissaient sans doute selon leurs instructions.

NOUVELLES GUERUES d'ITALIE. 403

de soldats réclamaient les arrérages qui leur étaient dus depuis le règne de Charles VIII. L'Etat d'Uri, resté maître de la Levantine, réclamait de Louis XII la remise du comté de Ikllinzona, ancienne propriété de ce canton. Tous ces réclamants, fatigués d'atlendre et bravant les défenses d'une diète vénale, passèrent les Alpes et s'emparèrent de Locarno et de Bellinzona. Milan, tremblante, ouvrait déjà ses portes. De I)eur de perdre toute la Lombardie, Louis XII céda Bellinzona à L'ri Schwyz et Underwald et apaisa les autres réclamants en leui' jetant 300,000 couronnes'. Le traité qui rétablissait la paix entre la France et la Suisse fut conclu à Arona par le bailli de Dijon, le baron Ulric deHoliensax et Mallliieu Schinner.èvèque de Sion, plus tard si hostile à la France (10 avril 1503).

Effrayée des sym[)t(jmes de démoralisation qui se manifestaient de tous côtés en Suisse, la diète des 12 cantons, réunie à Baden, rentra en elle-même et jura au pied des autels d'abolir les petiaiotis et le service mer cena ire. La peine capitale fut prononcée contre les réfractaires (20 juillet 1503)'. iMais Tor de Louis XII eut bientôt fait oublier ce serment. Conrad Schwend, bourgmestre de Zurich (l'un des auteuF's de la mort de Waldmann), secondé par l'évêque de Lausanne, Aymon de Montfaucon, et celui de Genève, Jean-Louis de Savoie, livre de nouveau sa patrie à la France. Les guerriers suisses combattent « sous les lys jaunes' » à Naples, en Lombardie, à Gênes et à Agnadel, ce tombeau de la puissance vénitienne (14 mai 1509).

La malheureuse réj)ubli(pie avait cherché en vain à se icmlre sa sœur des Alpes projiice, par une ambassade destinée à faire ressortir les avantages de l'union entre Venise et les Confédérés. Le sénateur Savorgnani séjourna en Suisse pendant un mois*. A sa voix, (jueKiues patriotes s'émurent, (jnelipies cents mercenaires partirent; mais le gros de la nation resta attaché ii de^ bannières plus luciative> (pie le Liiui de Sainl-Maic. La (^oiilÏMléralion jiayei'a cher à Marignan la laule polititpie (prelle ct)nimit en dédaignant les offres de la républnpic Nénitienne.

* liJi cDiiromic ^^i\l•()n(') valait un ('tu bon de J") Itat/.

" Sojrcsscr, Al»cln(ilr de 1 .".00 à l.'ijo, l';;1. La dérision prisp à liailo tut contîriiK'C à la (lirtc lie Liiccint' le l'J octoltrc ilc la mriin» aiuu't>. \.v texte ilii décret j\ rappeiulice, i:')! 1.

•' li(>s lys jaunes étaient livs couleurs de la i-'ranre sous l^oui>< \ll. Ansholm.

* Parti de Venise le 8 avril, Jérôme Savor;;uani est rappelé après la bataille d'Aijnailel et fait son rapport au Sénat Cérésido (Victor), La rtpuhli'iitc dr Venise (■/ les Suisses^ Venise, ISlil, l(i. — (Joutz-Hlotzheini, le continuateur de Jean de MiiiltM-, Histoire de la Conjèdèration suisse, traduction de Monnard, IX, 2G3.

404 NOUVELLES GUERRES d'ITALIE.

Le caraclère vénal des Suisses, à cette époque, se décèle d'une manière honteuse dans la conduite de quelques cantons envers la Savoie. Un imposteur, nommé Jean Furno ou Dufour d'Annecy, secrétaire du feu duc de Savoie, produisit de fausses dispositions de ce prince renfermant un legs de 360,000 couronnes en faveur de Berne et de Fribourg. Sans examiner longtemps l'authenticité de cet acte, ces deux États exigèrent le payement de la somme et ne se contentèrent qu'à grand'peine des 125,000 couronnes que consentit à payer le duc. Le faussaire récompensé de son crime par l'admission à la bourgeoisie de Fribourg et de Berne, prit goût au métier et fabriqua un second titre faisant 800,000 couronnes en faveur des cantons. Le duc régnant eut beau se récrier et faire intervenir le pape, l'empereur et le roi de France, les soldats indisciplinés des cantons prirent les armes, et le duc de Savoie dut s'estimer heureux d'en être quitte pour la somme de 350,000 couronnes qu'il paya c( à ceux des ligues. » Une pension fut accordée à Timposteur, qui huit ses jours à Fribourg dans l'opulence et sous les dehors de la dévotion'.

Louis XII, ayant tiré des Confédérés ce qu'il voulait, crut pouvoir se dispenser de tout ménagement à l'égard de ces mercenaires et refusa d'acquitter les pensions promises. L'empereur Maximilien en profita pour obtenir le renouvellement de V Union héréditaire (Erb-Verein) (1512). Un autre grand ennemi des Français, le pape Jules II, venait de monter sur le trône pontifical et n'eut qu'une pensée jusqu'à sa mort : « Chasser les Français de la péninsule. » Pour se concilier les Suisses et en faire un instrument de sa politique, il se composa une garde du corps de 200 hallebardiers de cette nation (1505). Ce pontife tiouva en môme temps un redoutable soutien de sa politique et un exécuteur de ses desseins dansl'évêque de Sion, Matthieu Schinner. Ce prélat, plein d'audace et de génie, obtient de la diète de Lucerne une alliance des 12 cantons et du Vallais (mars 1510) et conduit 8,000 Suisses en Lombardie (août). Mais quelques chefs et le fameux agitateur vallaisan George Supersax, qui avait passé du parti du pape à celui de la France, arrêtèrent l'expédition à Chiasso. Le pape irrité adressa un bref menaçant aux cantons qui cherchèrent en vain à le calmer par une ambassade. Les Vallaisans, poussés par Supersax, s'en prirent à Schinner. Celui-ci, obligé de s'enfuir déguisé en lépreux, se réfugia à Rome, où le pape Jules II récompensa son zèle par l'évêché de Novare (février) et le chapeau de cardinal (20 mars 1511)". Le triomphe de Supersax

1 Goutz-Blot'.heim, 287.

^ Furrer, Histoire du Valais^ p. 251.

.NOLVKLLKS GUKRHKS u'iTAMt. M)-)

ne fut pas d'une longue dui'iîe. Excommunié, il se vit prosciit à son tour et mis en prison pai" les Fiibourgeois. Il réu»it à s'évader. Mais l'avoyer d'Ai'sent, cliel" du [)arti IVanrais dans ce canton, convaincu d'avoii' lavorisé son évasion, fut décapité à la suite d'une émeute populaire provoquée par le banneret Pierre Falk ou Faucon, cliel' du paili romain à Fribour^: (le 18 mars l.")! I).

Une nouvelle expédition eut lieu, en novembre, et donna lieu à quel(|ues beaux faits d'armes, mais sans résultats [)Ositifs '. Sur ces entrefaites, une ligue s'élaul loirnée contre la France entre l'empereur, l'Fspagne, Venise, le pape et les Suisses, une troisième expédition eut lieu à la fin de mai 1512 et eut de tout autres consétiuences. 2U,00U Confédérés, conduits par Schinner et commainlés par Ulric de Holiensax, Slapfer de Zui'ich, le banneret de Fribourg, Pierre Falk, et [>lusieui's autres vaillants capitaines, s'em[)arèrent en sept semaines de toute la LombaF'die, ii'lablirent sur le trône ducal Maximilien, lils du prince li'ahi à Novaie, et méritèrent le beau titre de Hbéraleurs de l'ilaiie et de défenseurs de la liberté de fEf/h'se, fjue leur accorda avec de inagnin(|ues récom[)enses le pape Jules II". I^ierre Falk reçut pour sa part, du duc de iMilau, du pape ou de la vdle de Pavie elle-même, une belle maison dans ses murs, avec une villa aux environs".

Toutes les principales villes de la piMunsule, Milan. N'cium'. (iènes, Pavie, Parme, Home voului'ent fêter par des ovations hi'illantes les invincibles guerriers des Alpes. Les bourgeois, dans leiu' ontliousiasme, baisaient les mains {h<> i^Mierriers suisses et les réualaiiMil de incls et de

' Les Frih()ur,i,M'()is liUMpcr, llans iirid ot Si'lmcuwly travtM-srrnit la 'livsa à la na;^c à la viin de raniirc tVanraiso. A Loili, |p iiirmc llaiis \\o'u\ entra, bride abattue, dans la ville avec 12 cavaliers seulement, et mit (U fuite la irarnison française.

^ La bulle expédiée à ce sujet et datée de lîome, le 21 Juillet, port'' la remarquable suscription (pM' voici : ^ A nos chers tils lies douze cantons do la \ieille et < grande li^ue de la haute Allemaunie, protecteurs di» la liberté »b' l'Ki:li>e et nos « alliés, » Les présents du jxmtife coiiNisiaient en une l)annière, un chapeau durai ■et une épee d'or, tu ecriv:iiii français. M. .lubiual, a t'ait une description intérossante de ces pr(''cieux joyaux, conseivés à /uru'h, l'ancien Voroit holvétiqno. li'épée de .Iules H, objet d'art admirable, a la poii;née d'arLr(Mit et lu lame d'acier doré, de plus de ciu(| pieiU, piutaut \o nom du pape. La Itannière est ornée de pierres lines (>t de jx-rles sous lesipu'Ues brillent de riches broderies en solo, en til «l'or et d'arifent r(»présentant le couronnement de la \'ier,:;'\ /i'<i/>/'o»-/ ou ini,n\ii-r de Vlustntrlion i)ul)li(iue, \>^'.V2, p. II.

•' (''était en récompense de la valeui" extraordinaire «pu» b's l''ribourgei(i> a\ aient <lépl<)yée à la prise de Pavie. L'un d'eux, lleimo , avait le premier arl oré son drapeau sur le rempart. Ils en revinrent avec plusi<Mirs bannières conquises. Falk en rapporta huit on neuf qu'il envoya en u'iand secret j\ sa fennne Knnelin Talkin (sic). i,ettr(^ de ce cajuta ne, datée d'.Mexandrie (il juillet KM2).

400 NOUVELLES GUERRES d'iTALIE.

vins délicieux. A Venise, le doge Lorédano alla au-devant du cardinal de Sion avec trois gondoles. Les prédicateurs, du haut des chaires, les comparaient « au peuple de Dieu. »

Mais un prix plus important était réservé à la valeur des Confédérés.

Le duc de Milan renonça en faveur des cantons à tous ses droits sur Bellinzona, Lugano, Locarno et les autres bailliages qui forment aujourd'hui le canton du Tessin et la Suisse italienne (septembre). Les Grisons obtinrent la restitution des pays de la Valteline et de Chiavenne, anciennes dépendances de l'évêché de Coire et que les Ligues avaient envahis à plusieurs reprises aux XW""® et XV'"® siècles. Hercule de Cappol, Conrad de Planta et le bailli Conrad von Béli de Davos commandaient les troupes grisonnes qui prirent possession de la Valteline'.

En même temps qu'ils faisaient des conquêtes en Italie, les Confédérés s'emparaient également du petit comté de Thierstein et de celui plus important de Neuchâtel. L'occupation de ces deux contrées était motivée par le fait que l'un des comtes de Thierstein et le prince Henri d'Orléans-Longueville, souverain de Neuchâtel par son mariage avec Jeanne de Hochberg, servaient dans l'armée de Louis XIL Soleure avait été chargé par la diète de mettre la main sur les deux châteaux appartenant aux Thierstein. Ce même canton, ainsi que Berne, Lucerne et Fribourg prirent possession de Neuchâtel, en juillet 1512. Mais la jalousie des 8 autres Etats n'aurait pas permis qu'ils gardassent à eux seuls l'administration de ce pays. Neuchâtel devint une province sujette des 12 cantons suisses, et fut gouverné par des baillis élus à tour de rôle par les membres de la Ligue helvétique. A l'ouïe de ces événements Louis XII avait jugé à propos de demander la paix par l'organe de quelques-uns des premiers du royaume, comme l'évêque de Marseille, le premier président de Bourgogne, le bailli de Troyes, et le fameux La Trémoille, prince de Talmont, l'un des meilleurs généraux de France. Mais la diète de Lucerne mettait pour condition première l'abandon de la Lombardie aux Suisses et exigeait, en outre, que le roi ne prît aucun Suisse à sa solde, sans l'assentiment de la diète (11 février 1513). Le roi trouvant ces conditions inacceptables, la guerre recommença \

Les Français, commandés par La Trémoille, et joints aux Vénitiens qui s'étaient détachés de la sainte-ligue, tentèrent' de reconquérir la Lombardie. Mais la grande bataille de Novare bris.a une seconde fois

^ Quadrio, Storià di Coino, 1830. En fSGO, il y avait déjà eu trois invasions de la Yalteline.

* Segesser, eidg. Abschiede, 683.

MATTHIKU SCHI.N.NKH, CARDINAL DK SIO.N. 'lO~

la puissance française dans la {jéiiiiisule ' (0 juin I.'>i:j). Les Franrais y perdirent 8,000 liommes; les Suisses 1500, parmi lesquels plusieurs Lucernois du nom de Pfyiïer. Louis Tschoudi de Claris qui avait, contrairement à l'avis des autres chefs, fait donner la bataille, y ac(juitune grande gloire et l'estime des ennemis. (( C'est ainsi, s'écria, en racontant cet événement, l'historien et homme d'Etat contem[)orain, Cuicciardini, « c'est ainsi (ju'à la grande honte (k Ions les autres peuples, <( tout l'honneur de celte campagne devait revenir, non aux Français, « non aux fantassins allemands, non aux armes espagnoles ou véni- « tiennes, mais unir|ucmont aux soldats suisses, qui eurent à soutenir « tout le poids des armes françaises. Mais, poursuit le même historien, « les Suisses en combattant pour l'amoiu- du gain et pour le compte « d'autrui, [)erdirent le fruit de leurs victoires et l'occasion de dominer « sur l'Italie. »

Le rôle européen des Suisses avait commencé avec les guerres de Bourgogne. La bataille de Novare marque le point culminant de ce rôle et de la grandeui* militaiie des Confédérés, surnommés, dit AL Michelet, les CHAïiEURS DES ROIS. Dans celte période de nos luinale-, nu homme occupe la place principale et domine la scène: cet homme est le prélat vallaisan ou cardinal de Sion, Matthieu Schinner, dont nous racontions les hauts faits aux pages précédentes.

Ridicidemenl loué par les uns, (|ui l'ont comparé à Nicolas de Fliie, à Winkelried, Schinner a été rabaissé par d'autres. (|ni en ont voulu faire un démagogue vénal*. En dépit de ces exagérations, en dt'pit de ses vices et des actes odieux commis par les siens et Ini-inème en lt:ili»'. à Fribourg et dans le Vallais, le cardinal de Sion demeure {'wuc {\c> plus spirituelles et des plus grandes ligures de notre histoire. Connue homme d'Elal il est comparabh^ aux plus habiles ministres de son temps, à Wolsey, And)oise, XnnciKs, (iiiik, mais à IntMi des égards au.ssi c'est un trop iligne contiMn[)oraiii de Louis XL des Horgia et de Machiavel ^

' A Xovan» so siiîiialrrcnt parmi les cliot's Nicolas Ktiiirad, dt^ Solcur»', le capitaine bernois, Benoit Wein^artcn et Mini de Winkelriecl , descendant dn héros de Seinpuch. Un vaillant et rusé otlicier suisse, dont les clnoiiiqueurs italiens font j\ tort le i^fénéral des Suisses, .laciiues Muti, dTri. tonilia dans cette journée, ainsi que HiMJoit \VeinL,Mrten.

* M de lions, écrivain vallaisan, voit a\ec raison (>n Schinner le Suisse qui a exerce 1(> i>lns d'itilluence sur les dt'stinées de rKiirope. n('auci>up d'écrivains» /scliokke, entre antri's. n'ont saisi que le coté sombre de cette \ie et l'ont entièrement sacritiée à Siipersax.

' On voit par une lettre du cardinal Scliinni'r à l'agent ni'lanais Siainpa qu'jl n'aurait pas mieux demande qu(> d'être del.n i :is>é île sou rival et ennemi por&t)Uuel

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