ALLIANCE ANGLAISE
voyageaient pour leurs affaires. Les Fribourgeois accusés d'avoir soustrait le butin de Novare fi n'eut sommés de le restituer par les Confédérés l'éunis à Zurich (i3 décembre 1513). La diète eut grand'peine à empêcher une seconde invasion. Mais comme les auteurs de la trahisoQ de Novare, ceux de ia mystification de Dijon restèrent impunis. Le roi de la Grande-Bretagne et son fameux ministre Wolsey n'avaient cependant pas abandonné leur plan d'invasion contre la France. Infatigable dans sa haine pour cette dernière, le cardinal Schinner était occupé à conclure une nouvelle alliance des Confédérés avec Léon X contre Louis XII ; il prit également à la diète de Zurich (4 avril 1514) l'initiative de l'alliance anglaise et proposa l'envoi d'une ambassade suisse à Londres. La proposition fut acceptée et deux magistrats suisses, le conseiller Stolz de Bàle et Hurns de Zurich, se rendirent à Londres. Ils y reçurent du roi Henri VIH, dans son palais de Hartwick, le meilleur accueil (10 mai) et revinrent à Zurich avec un projet d'alliance aux conditions pécuniaires les plus avantageuses pour les Suisses. Henri VIII assurait une pension annuelle à chaque canton et 40,000 écus par mois tant que durerait la campagne. Une ambassade anglaise parut à la diète de Zurich (20 juin) et de nouveau à celle de Berne (31 juillet) \ Au nombre des envoyés d'Henri VIII aux Confédérés, figurait un des hommes les plus illustres de l'Angleterre, le chevalier et archidiacre Bichard Pace dont Shakespeare a immortalisé la vertu et la science dans son drame d'Henri VIII \
De l'envoi d'une ambassade suisse à Londres et de l'arrivée de sir Richard Pace dans notre pays datent assurément les premières traces de relations diplomatiques entre la Suisse et la Grande-Bretagne. Mais déjà de nombreux rapports religieux, scientifiques et militaires avaient eu lieu entre ces deux peuples, si éloignés l'un de l'autre, dès les premiers siècles de l'ère chrétienne \
^ Les relations (l'tlenri VIII avec les Suisses (1515-1517) ont fait Tobjet d'un excellent travail de M. Guillaume Gisi dans les Archives de la Société d'histoire suisse XV {Die Beziehiingen (1er Schiveiz und England). Il a utilisé pour ce mémoire les papiers d'Etat anglais publiés par Brewers {Lelters and Papers oj thc reign of Henri VIIT, London, 1862-1864). Voir aussi pour les relations de la Suisse avec l'Angleterre MM. Bachofen et Stehlin de Bâle {Archives de la Société d^histoire suisse, XII).
^ Acte II, scène II, où le cardinal Campeggio dit à son collè'gue Wolsey, le premier ministre d'Henri VIII, que l'opinion publique l'accuse d'avoir éloigné Pace de Londres parce qu'il était jaloux de sa science et de sa vertu (learned and virtuous man).
^ Nous ne rappelons que les nombreux moines bretons (scotes et anglo-saxons) de St-Gall, d'Einsiedeln; les arcbers anglais de Pierre de Savoie et les séjours du Petit-Charlemagne à Londres, oii l'avaient suivi plusieurs familles vaudoises ; les
INVASION KN FRANCK. iiJi
A la diète de Berne l'or anglais et réioiiuence de Schinner fiinifMit par triompher de rop[)osition des partisans de la France et de celle de certains cantons. Mais il était trop tar(l. Fatii^né des lenteurs delà di»*le, Henri VIII venait de conclure un traité avei' Louis XII en y comprenant, il est vrai, ses amis et alliés des XIII Cantons ('2 août l.")| 'i ) '. Deux mois après, l'alliance ancdo-francaise était cimentée par un mariage entre Marie, sœui- du roi II«!nri VIII, et le roi Loui>\II, céléhir» le 0 octobre de la même a nn(3e. Schinner se rendit en vain à Londres [xnnempêcher ce mariap^e et n'obtint pas non (jIiis rar'chevêché vacant de York, (pi'il envisageait comme la juste récompense de ses etïoils en faveur de l'alliance anglo-<uisse. Ilciin Mil en LM-atifia son premier ministre, Wolsey, <le préférence à r«';lranger <|iril croyait Nutlisanmieiil rémunéré par la pension annuelle ([iril hii fai>ait'.
Schinner fut plus heureux dans les elVoj'ts iju'il fai-ait de coin'erl avec le nonce Lnniiis, évèi|U(; de Vt'roli. pour oliieiiii- le renouvelle- Gallois (l'P^nguonaiid do Coiicv: les An,i;lais de Charles le TriiK-rairc Dans les siècles suivants, les rajjpoits se multiplient. Viennent les réfugiés pour cause de religion, nombreux à Zurich et à Genève, où ils forment une église. Les réfugiés politiqi((;-i auront leur tour au XVII'"" siècle, où Crouiwell aussi, le grantl protecteur, entretient de frr(iu('ntes iclatious avec les ])roLestants de Suisse, et commnni(|iie avec eux par son envoyé l'eel et s(tn secrétaire Milton, le grand poète. Après le régicide Ludiow, les envoyés C'oxe. Ilcu'wart, Stauyan, le prétendant Kdouard Stuart (ît les fondateurs des loges iii(iron)iiiiiifs de (lenève et Lau-anne (1737-39); Gibboa leur succède à la tin du XVIll'"" siètde. Les sectaires rtdigieux (méthodistes et «larbystes) mar(pu'ut Pintlueuce anL,^Iaise au XIX'"'. Genève, avec ses Jdiiies, ses John. ses WiIIkuii, ses tratliictious de Walter Scott, de lliiithani, de la philosophie (rMdiiiiIiourg, a été de mvs jours une ville |)reMiue anglaise. La Suisse, à son tour, a iullué sur la (iran<le-liretagne, à hupudie elle a piété Ilolbeiu, Fùssli (le grand peintre) et IManta, d(^ l'Aca léniie royale, auteui- d'uiu' histoire de la Suisse en anglais, Ilislorij of Ift'IrrUc ('onj'rdfrdcif, Londou, 1>07.
' Segesser, cidn. Ahsrliicdc de 1500 à IôlH), \'M\\.
■ Brewer, Letlcrs and fon'i(/,i Papcis ol thc n i<jn cf Ihurl \'IIL London. isr»2, r)2(!(>. M. (!isi ne veut p.i^ «pu' S( hiniu'r se soit icndu à Lomlres en juillet l.'»l 4 ; il a raison |)our la date. Mais la preuve (pi'il s'y est rendu plus tard nous est fournie par une lettre du secrétaire italien (rib'uri Vlll. André Aujunuiius. à Kiasnie, en date du 1"" novend)it', où on lit : -^ AiUeuii hic i'ardituih^ scdmwnf'is iUe hehrtits « (piciii sitni (iIliK-nti(s t't ridfdir niilii hoinn in(ft'niosits, imi>i{in\ acvi\ facundiis, stre- « niiiis et (idinodiiin Ihcnlof/iis. » Les historiens vallaisans parlent «l'une harangue que Scdiiimer aurait faite au rarleinenl de Londres et s'étayent tl'un écrit île l'.\nglai8 Tolaud, publié à Amsterdam, eu 17(iî>, sous le titre de: (hutdo fdu'iippim (uitxnUwf/o.s conhd (itillnuii hnhiiinos nidrimc rrro ttt' d<. parc rum victis prtintttiirr ntintiir .soiirtioii cnufiliit nhihitii. mnio it chnsti) ndto IMiy nuthore Mathtcn ('ardhmii ardulu'iisi (pli (/(illorKiN iiiKiios non snlinn rrsmtndos sfd /)f*»»/iV< ci't'Hnuhx< t.<sc roi -i/. MaisTtdaiid lui-même avoue (pi'il n'a trouvé nulle part «pie celte harangue ail été proiiniiree de\;iiit le l'a ilrinciii aiupiej ell.' était ilesiinée, pt cet auteur ne paraît nuiiie jias très sur de la proMMiance de la pièct» ipi'il a attribuée :\ S<'binner sur les inditations conici tnrdlc^ tb> sir lùdiert Cotton, le plus illustre bibliophile île la Grandc-nretagne et le toudateiir de la bibliothè«|ue qui porte son nom.
ment de l'alliance papale. Elle fut signée à Zurich le 9 décembre 1514'.
La mort de Louis XII au commencement de l'année suivante et les prétentions hautement avouées de ce prince sur le duché de Milan ravivèrent toutes les haines contre la France et provoquèrent une nouvelle coalition pour la défense de la Lombardie, formée du pape, de l'empereur, du roi d'Espagne, du duc Sforza et des Suisses, et signée successivement à Berne, Lucerne et Inspruck (février, juillet, septembre 1515)^. Suivi de 30,000 hommes, Schinner, casque en tête et lance au poing, alla prendre position avec cette armée au pied des Alpes, que devait traverser François P'' pour se rendre en Lombardie. Mais tandis que le cardinal de Sion, le bourgmestre Marc Roist de Zurich, Wattenwyl de Berne et la plupart des chefs des Waldstselten se préparaient à combattre, Albert de Stein, Louis de Diesbach, Louis d'Erlach, Gaspard Gœldli de Zurich, et Hug de Lucerne, s'y refusèrent absolument. Schinner et Zwingli, alors grand ami du cardinal, et qui suivait l'armée en qualité d'aumônier des troupes glaroimaises, exhortèrent inutilement les Suisses au combat. Ils eurent la douleur de voir François P'" pénétrer en Piémont sans coup férir et les généraux suisses traiter avec lui à Calera par la médiation du duc de Savoie (8 septembre). Par ce traité le roi de France recouvrait le Milanais moyennant le payement d'une pension de 12,000 francs au ducMaximilien et d'un million de couronnes aux Confédérés, outre la pension annuelle de 40,000 ducats.
La paix conclue, déjà 16,000 Suisses, Bernois, Fribourgeois, Soleurois et Vallaisans, quittaient Monza en deçà de Milan pour rentrer dans leurs foyers, lorsque, par les ordres secrets du cardinal, Arnold Winkelried , capitaine d'Underwald et l'un des descendants du héros de Sempach, court avec quelques compagnies attaquer l'armée française. Aussitôt l'alarme est donnée, et les guerriers qui partaient, ne voulant pas abandonner leurs frères, obligent leurs chefs à les ramener au quartier général. Ce hardi stratagème du cardinal fit rompre la honteuse paix de Calera et donna lieu à la fameuse bataille de Marignan, bataille de deux jours, livrée le 13 et le 14 septembre 1515.
Le 13, au soir, les quatre canons du capitaine Ponteli, de Fribourg, donnèrent le signal de la bataille. C'était, avec quatre autres pièces,
^ Voir le texte allemand clans Segesser, eidg. Abschiede de 1500 à 1520, appendice, 1365.
^ Le roi d'Angleterre, retenu par le traité qu'il venait de signer avec la France, resta en dehors de la coalition.
BATAILLE DE MAHKiNAN. 415
toute l'artillerie des Suisses. Ceux-ci s'avancent en trois corps, présentant une forêt de piques de IH pieds. Trente fois, le pesant r()V[)< de la gendarmerie fi-anraise s'élance contre cette masse irrésistible, et trente fois il se brise. Gascons, Basques, lansquenet^ allemands à la solde de la France, tout est renversé par les Corifédérés. Les plus vaillants gentilshommes tombent percés de lances, Bayard, le clwrnlu'r sans prur, est jeté bas de son coursier et s'enfuit sans casfjue ni cuirasse. François ^*^ dont les cou[)s de lance ont faussé l'armiu-e, combat en roi, et se portant aux endroits les plus |)érilleux, ranime le courage de ses troupes. Mais il ne peut empêcher iju un corps de volontaires suisses n'eidève une des batteries françaises et ne la tourne à Tinstant contre ses troupes. Ce corps était celui des Enfants pi'rdus, ti'oupe d'élite recrutée parmi les plus vaillants ^^ars des divers cantons : ils recevaient double solde et portaient pour se distinguer une plume blanche à leurs cha[)eau\. « Fn « ce moment les Suisses, dit l'historien français Michelet, s'étaient ren- « dus maîtres d'une partie du camp de Fiançois F'*"'. » Mais une nuit profonde vint, à firopos pour l'armée tVançaise, séparer les combattants et couvrir le chamj) de bataille, éclairi' un instant auparavant par une lune resj)lendi^sante et les sinistres lu(3iu"s (k cent boui'h"s à l'eu. Ijn deux armées demeurèrent en présence. Chacun coucha ;i la [dace ipi'il avait occupée pendant la bataille; François F'*" dormit sui- un allVit. Réunis autour d'un t:rand feu, les chefs suisses tiiu'ent conseil: Si'hinner, estimant qu'oFi en avait assez fait pour riionneur, ()uviii lavis très sage de se replier sur Milan, VhôtoUcn'r et Ir (/iiiml nihai-ct ilr^ Suisses, au siècle de Ij'on \"-. D'auti'es chefs (Frlach e' Albert de Steiii sans doute) s'y opposèrent. On discutait encore lorsipie ijuehpies coups de canon tii*és [)ar les Fiançais dispersèrent le conseil.
A la pointe du jour les coiaiels (ITi-i et (rFiidei-waM annoncèrtMît le second actii du drame sanglant, l/ainnian de /uug, (|ui avait fait ses premières ai'ines à côté d(* son graiid-pcre à (iiMniNon et coinniandi"^ à Dorneck, l'ammaii Wenier Sieiner i-aiige les hommes de l'avanl-iiarde en bataille, et pren.int lroi< mottes de terre, les bri<e sui' leurs têtes en disant: «( Au nom du IN'ie. et du Fils, et du Saint-Fspnl. nous Irou- « verons ici notre cimetière aujourd'hui. Mais, Conl'éih'rés. soyez hom- « mes, et loin (|ii(' cette peiiM'e trouble votre conra.'e. n'ayez devant « les yeii\ que riionneiir et le devoir, ^' Bienl'it \r^ deux arm«'rs se Irouvenl de nouveau en |)r(''siMi('e : à leur li'te maii'iit'Ut François F'*" et Schiiuier: François I''', couvert d'iiii inaiilcaii d'a/.iir parsemé de lys
' Miclirl«>t., llis'(n'rr (le Fnuicf, VU. 2-^7. - Iliul., ISi).
d'or ; Scliinner, la pique au poing et un manteau pourpre sur l'épaule.
Comme la veille, les Suisses commencèrent le combat avec un cliquetis d'armes et des ci'is formidables. Animés par la présence et l'exemple de leur roi, les chevaliers frauçais soutinrent vaillamment le choc. La mêlée devint tei'rible. Des deux côtés tombèrent une foule de graiids personnages et d'hommes intrépides, le comte de Guise, le prince de Talmont, fds de La Trémoille. Bueil de Sancerre, l'amman Kgelzi, de Schwyz, nn ïschoudi, de Glaris, l'amman Piintiner et les deux Imhof, d'Uri. Ayant plusieurs flèches dans la poitrine, Ksetzi ne cessa de combattre et d'animer son peuple qu'après avoir perdu tout son sang par ses blessures'. Le Léonidas deMarignan, Werner Steiner, vit mourir ses deux fils et survécut à cette terrible journée. Le bourgmestre zuricois Roist était au nombre des blessés.
Enfin, malgré leurs pertes, « les Suisses luttaient encore comme des lions, » et la victoire était vivement disputée, lorsque tout à coup, sur V les derrières de l'armée fédérale, retentit le cri de guerre de l'armée vénilienne: Marco! Marco! S^dint-MciVGl Saint-Marc! Se voyant pris entre deux feux, les chefs suisses donnèrent le sis^nal de la retraite. Elle s'exécuta en bon ordre. Les Confédérés formèrent un grand carré au milieu duquel ils placèrent leurs blessés, les bannières conquises, Tartillei'ie, puis ils se mirent en marche d'un pas lent et en fière contenance. Plusieurs blessés cependant furent abandonnés sur le champ de bataille ou se perdirent dans la marche à travers un terrain marécageux et coupé de ruisseaux et de fossés. On vit se renouveler alors les traits d'héroïsme qui ont immortalisé la journée de St-Jacques : Baer, de Bàle, qui avait eu les jambes emportées par un boulet, tenter des efforts inouïs pour sauver son drapeau; Gerber, d'Appenzell, cacher le sien dans sa poitrine où on le trouva en dépouillant son corps. Moins heureux ou plus faible que les précédents, celui qui portait le taureau d'Uri, cornet d'argent massif dont les merveilleux sons avaierjt si fort épouvanté Charles le Hardi k Grandson, le perdit sur le champ de bataille. Cet instrument célèbre, auquel s'attachait un respect superstitieux qui en faisait comme le talisman de la vieille Suisse, devint la proie d'un soldat de Lindau qui le rev ndit pour quelques pièces de monnaie.
Les guerriers des li'2;ues rentrèrent à Milan, leurs bannières déchirées, souillés de sang, de sueur et de poussière, mais sans avoir été poursuivis par l'ennemi, qui témoignait ainsi de son respect pour leur héroïsme.
^ Parmi les morts se trouvaient des Biirkli, Esclier, Keller, Schwend, Meiss de Zurich.
BATAILLK DK MAHKiNAN. jl7
Le même soir, François l'*' manda sa victoire à sa mère flans les termes les plus élo.uieux pour les Suisses. Le vieux p^énéral Trivulce disait : « J'ai assisté à vin,u:t batailles, ce n'étaient que jeux d'enfants à côté de celle-ci; celte bataille est une bataille de géants. » On fra[)pa une médaille avec ces mots : « P>anrois a vaincu ceux (jue César seul avait pu vaincre. » ^( Les Suisses, dit Miclielet, furent plus écrasés (|ue vaincus. »
Leur perte, évaluée à L"),0()0 par les historiens français, n'ot poi lée qu'à 0,000 par nos chroniqueurs. La perte des Français égala au moins celle des Suisses.
L'issue de la bataille de Marii^nan jeta le deuil <lans la Confédération. Bientôt dans [)lusieurs cantons, dans les \Valdst:etten, [)ar exemple, la stupeur fit place à la vengeance. Excilée par le nonce Fnnius Filonardus, évéque de Véi'oli, et l'ambassadeur milanais, Visconli, la diète de Lucerne décréta une levée de HO, 000 hommes (2i septembre) *. Une députation suisse alla solliciter l'appui de Tempei'eur à I^andeck dans le Tyrol. Mais ni de ce prince, ni de l'Espagne, ni du pape, les Confédérés n'avaient tiré grand secours dans la dernière guerre. On les avait laissés dans le [)étrin s'en lirci' comme ils pourraient. Les pai'lisans de la France se prévalurent habilement de cette inaction de leurs alliés pour semer la zizanie parmi les Confédérés. La capilulation de Domo dOssola, livrée aux Français pai" Louis de Diesbach de Berne, accrut le découragement des uns et la colère des autres. Dans cei-tains cantons il n'y avait (|ue des éloges pour la grandeur cl la ma-^nanimitt'' de ce François F'*', sous les yeux duquel on avait vu. après Maiiunai). des blessés suisses, à leur sortie de l'hôpital de Milan, indignement vendus comme esclaves aux Bai'bai'esques\ Ce langage louangeui' p<Mn' la France se trouvait dans la bouche des magistrats de l^erne, de Soleure et de Fribourg en pai'ticulicr. où les agents de i-Vançois l''"" venaient daiiiver avec des sacs d'écus (|ii'ils l"ai>aieiit crever à de>stMii llan^ le> laies. pour se rendi'e la plèbe favorable. L'inqjudeur chez hsehels du parti français était t(*lle que l'un il'eiix, Louis de Dii'sbach, achetait avec Wn' dt' François !•''■ la maison {U'> Boiiheiiliei'g à Berne cl leur clifileaii à Spiez. {)[ qu'Albert de Stem montrait |)a!*toul ses 10.000 tMiis et sa ftMume pai'ée de diamants et de brodciies d'oi-. La diète se scinda en deux conseils (Minemis : le premier, de sept cantons et tiemi, réuni à Lucerne. l'aiiti'e. de <'inq cantons et demi, ass(Mid»lt'' à Sch\> y/, pins à Borschach avec les agents d(» rempiM'eiir. Les ("aiitoiis Neiiiiii^ a IVançois l*^*" se disposaiiMii ;i lui (('der. au piix de ilOO.OOO conroiine^. les bail-
' .Sojj:(»SStM-, clihf. Ahschlcih' (lo ir)()(l ;i {'.JO. DIT et siliv.
IlIi^TOIKK .SIIISISK. 27
liages italiens conquis en 151^, sauf Bellinzona. Les autres cantons et les Grisons s'opposèrent heureusement à ce lâche et funeste abandon. Le roi d'Espagne et le roi d'Angleterre continuaient à soutenir énergiquement les ennemis de la France. L'ambassadeur d'Henri VIII, sir Richard Pace, revenu à Zurich, unissait ses efforts à ceux de l'envoyé impérial, le docteur Guillaume de Reichenbach. La défaite de Maiignan avait fait baisser beaucoup le crédit du cardinal Schinner en Suisse et dans le Vallais surtout, où son ennemi Supersax avait reparu en vainqueur et levait la mazze contre ses partisans. Mais le cardinal n'en était que plus actif à la cour de Maximilien et auprès des rois d'Espagne et d'Angleterre et du pape, auxquels il promettait d'amener 20,000 Suisses, moyennant les subventions indispensables. L'entente eut lieu entre ces puissances et les cinq cantons, et les subsides promis furent déposés chez les banquiers d'Anvers et les Fugger d'Augsbour^. Le nombre des cantons en armes contre la France eût été bien plus considérable, si l'empereur eût tenu sa promesse de s'entendre avec les députés suisses et se fût rendu à Constance, à la prière de Schinner. Toutefois 15 à 20,000 Confédérés ne s'en trouvèrent pas moins réunis à Trente dans les premiers jours de mars 1516, où les chefs prêtèrent serment entre les mains du cardinal de Sion. Mais les partisans de la France enrôlaient aussi de leur côté, et l'on vit se reproduire le triste phénomène de Suisses combattant contre Suisses comme en 1 500. Mais les premiers, sous leurs vaillants chefs, Stapfer, Goldli, Salis, auraient bientôt repris tout le Milanais et fini également par enlever la capitale sur leurs frères de l'armée française que commandait le fameux Albert de Stein, sans les incessantes tergiversations de l'empereur qui tantôt voulait, tantôt ne voulait plus guerroyer contre les Français, et qui mit le comble à ses défaillances en abandonnant tout à coup la partie. La conduite équivoque du pape Léon X, dont l'historien contemporain Guicciardini a dit, avec raison, qu'il gouvernait avec deux boussoles, les retards que subit le transport de l'or anglais et les rivahtés de Schinner, Visconti et Pace, démoralisèrent les auxiliaires de la Ligue et firent échouer honteusement une expédition qui eût pu être glorieuse pour les Confédérés. 1,500 de ces derniers occupaient encore la forteresse de Milan, aux ordres de Henri Rahn qui s'était signalé par la prise de la bannière de Strasbourg àla'bataille de Dorneck. Mais trahi par les Milanais, et craignant le triste sort de son père, le malheureux duc Maximilien préféra se rendre à François P"* et alla finir ses jours en France, où il vécut d'une pension du roi jusqu'à sa mort en 1530.
BATAIF.KK DK MARKINAN. 419
Ces événements ne laissèrent pas d'exciter une certaine indi^irnation en Suisse. Du haut de la chaire la conduite des mercenaires fut tlélrie. « Les Confédérés, s'écria le brave cur«' soleurois de KriegstcClten, ont « trahi Tancien duc de Milan et vendu le nouveau. » Le mauvais succès de la dernière campa-ine n'em[)«**chait cependant pas les ennemis de la France d'en méditer une nouvelle. Ils comptaient [)Our cela sur l'appui efficace du l'oi d'An^uleterre et de Charles-Quint, (pii avait succédé à Ferdinand le Catholique comme roi d'Fspa<;ne et des Pays-Bas. Le pape, Léon X, était entré diins la nouvelle coalition. L'ambassadeur impérial, ReicJienbach, et le diplomate anglais, Kichard Pace, avaient recommencé leur campa Line aujirès de la Diète *. D»''voué à l'empereur malgré tout, Schinner se rendit en son nom à Londres et à Bruxelles. Henri VIII et Wolsey lui firent un splendide accueil. LCminence suisse dîna avec le |)remier ministre, eut une longue audience du roi au palais de Greenvvich (le 18 octobre 1510) et repartit de Londres (le 29 octobre) avec une alliance signée en due forme et tout l'argent nécessaire à l'expédition". Mais il était troj) tai'd. Dans l'intervalle, les intrigues de la France, si bien servies par les roueries des souverains hostiles à P^rançois I*^"", avaient réussi à lui rallier tous les canlon>. L'alliance française, préparée à Genève en octobre, sous la médiation du duc de Savoie, était signée à la diète de Fribourg, le 21) novembre, sous le titi'e de Ivailè de paix perpétuelle '\
L'avoyer Peter Falk de Fribourg et l'amman Schwarzmourer de Zoui,^ allèrent faii'e siL,Miei" le ti'aité au l'oi dans la cathédrale de Notre- Dame, à Paris. « Ces deux magistrats, dit Anshelm lem* contemporain, « remai'ipiables à la fois par leur belle (aille, la science, l'habileté et « l'iMieruie, étaient d'anciens ennenus de la l-'i-ancc: niai< \\> axaient « compl('t(Mn(Mit changé de politique sous l'inlluence ilu l)aume salut, nit» « {\vs lys. )> l..a, l'éceplion (\i'< ambassadeurs sinsses à la ('oui* fut >pliMidide: « le roi, sa mère, le duc d'Alefiçon, le Dauphin iivali^t'iaMil dt' « caressiîs ptMidanl tout le temps (jii'ils pa>sèreiil à Pan^, ("'e^t-ii-thre « d(^ Noël ;i Pàijues: on les combla d'honneurs et de présenl> cvalnt'-; à .( 10,000 Irancs '. »
L(^ trait»'' de l'Vibouig. (|ii()i(|ue moins lui'ratil' (pie ('eliii di^ (ialtM'a, assurait ceitainement (U'> a\antage> coii>iilerabl('s aux (Mutons, aiii-i U) paiement de 'lOO.OOO »'Cii> (lii> [>ar le traite de Dijon, plu- iJOD.diM)
' ScirrsMM-, /•/(///. Ahsrhicih' de l.'.OO à l.M^). 1000. lOi:;, lOlS. lOJJ. lOJ.').
- (ii^^i (Willu>lin), Ihc JiizicImiKfni :u'isclu'n <ltr :SchiL'CU und JLn<ihi)tii. L'Ti).
•' Scjrisscr. ndii. Miscliicdv, a|)}»('iulifO, \-lVC},
^ Aii>ln'liu, <'hnntih\ V, :](')"».