‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 62 sur 72 · GENÈVE ALF.IÉE DES SUISSES · texte numérisé non relu

GENÈVE ALF.IÉE DES SUISSES

supplices, le duc convoqua un conseil général à Saint-Pierre, où, entouré de hallebardes, il se fit reconnaître souverain de Genève (10 déc. 1525).

Mais à peine le duc avait-il quitté la ville que les proscrits y rentraient au nombre de quarante. Un nouveau conseil général annulait les décisions précédentes, instituait un conseil des deux-cents à la façon des villes suisses, et nommait Bezanson Hugues premier syndic et capitaine général, avec trois autres syndics du parti des Eiguenots, entre autres Jean Philippe, l'un des chefs de ce parti, et l'un des proscrits qui avaient suivi Hugues à Fribourg. Aussitôt installés, les nouveaux magistrats se hâtent de conclure une combourgeoisie de 25 ans avec Berne et Fribourg; alliance sanctionnée par un second conseil général libre formé de tous les citoyens (i 2 mars 1526). L'évêque de Genève, qui n'était plus Jean- Louis de Savoie, mais le faible et changeant Pierre delà Baume, donna sa sanction au traité dont Bezanson Hugues avait réussi à lui faire agréer la teneur.

« En ce jour mémorable, dit un écrivain genevois, Genève, de ville savoyarde, était devenue une ville suisse. »

Les Genevois, cependant, étaient loin d'être au bout de leurs épreuves. Leduc, en même temps qu'il essayait de nouveau du pouvoir de l'argent pour faire rompre par la diète suisse la combourgeoisie des trois villes, désolait les environs de Genève et se vengeait sur tous les citoyens qui tombaient entre ses mains. De ce nombre fut encore Bonivard. En revenant de Fribourg, sur la hauteur du Jorat, il fut enlevé par Beaufort, capitaine de Ghillon, et enfermé dans ce fort où il passa plusieurs années \

Les Genevois usèrent de représailles, chassèrent les Mamelus et confisquèrent leurs biens, malgré l'opposition du premier syndic, Bezanson Hugues, toujours dévoué à la liberté, mais modéré et équitable dans son patriotisme. L'expulsion des Mamelus donna des auxiliaires aux ennemis de Genève. Les bannis s'unirent aux s^entilshommes du voisinage et formèrent la redoutable ligue de la cuiller, ainsi nommée parce que l'un de ses chefs avait dit en levant sa cuiller : « Nous avalerons ainsi les enfants de Genève. »

La guerre dura plusieurs années. Tantôt assaillie de nuit, tantôt bloquée pendant des mois entiers, Genève dut fréquemment recourir aux Suisses par l'entremise de Bezanson Hugues, le plus considéré de tous chez Messieurs des Ligues et regardé comme le futur avoyer de Genève, si ce pays parvenait à fonder son indépendance.

^ Du jeudi 20 mai 1530 au 29 mars 1536.

F.A CIVILISATION AU XV"'*' SIÈCLE. 'rll

En 1530, l'approche friino armée de ir),000 Suisses contraiginl la Savoie à la paix de St-Jiilien, confirmée à Payerne (30 octobre). Mais alors encore, Berne et Fribonr^; lui-même, las de la guerre et circonvenus par la Savoie, parlèrent de rompre l'alliance. « I^lulôt mourir, » répondit d'une voix unanime le conseil général. Les ma;ji>lrats bernois se retirèrent mécontents.

Mais les Fribourgeois, ces anciens pères et protecteurs, comme on les appelait à Genève, se laissèrent engager à renouveler la combourgeoisie. Le sentiment d'un avenir meilleur se peint dans la devise latine adoptée par les Genevois de cette époipie : « Après les ténèbres, j'espère voir briller la lumière » (Post lenehras spero liicem^).

Le voisinage des Suisses, la crainte de Berne et l'exemple des Genevois n'étaient pas restés sans inllucnce sur rç>[)iit des bourgeois de Lausanne. Cette cilé, épiscopale et impériale <à la fois, s'était i;i[)prochée des Suisses en se donnant un bourgmestre et un conseil des deux-cents. Puis, ris(juant un pas plus décisif, elle avait signé un traité de coinbourgeoisie pour 25 ans avec Berne et Fribourg (7 déc. 1 ')'jr)V.

5. Tableau do la civilisât ion au XV'" si<^olo vt dans les preniit^rc's années du \VI " .

Dans riiistoin! di' tous les [)ays, le XV'"'' siècle est uu des plus nitéressanls à «'(udier. G'esl uiieé[)0(|ue do vie, d'activité extraordinaire, de transformation et de création. MoMirs, poliliijut». mililan-e. sciences, letti'es et arts, tout l'cçoit une impulsion cl uuc physionouuc nouvelles. De grands progrès maiipionl à la lois la vie intellectuelle et matérielle des peuples.

La Confédéralioii subit aussi cette loi générale de riiumanilé en Furo[)e. Le W""' siècle e>l pour le ptMiple suisst» le siècK' du progrès, de l'éclat et d(î la puissance, mais aussi de la (l('Mnoralisati(Ui. DtMunralisalion voilée, il (îst vrai, sous riuMoïsme, cl raclieh'e par des traces assez noiiibreus(îs des ancienurs vertus lielv(''lii|ues. Le siècl(\ l«Mnoin de li!- Iiislralion douleuse ou ci'iminelle dtv> Bcdiii.:. d{'> Slii«i. ile< Die>liai*h.

' Les aiit(Mii> coiisiilfcs sur rrttt' t|)(>i|u<' si (lr;itn;»ti(|m' sont TirtJ^t »U' >«^rir\ ; Chiiiiomiit 10, Ni it ire sur lU)niviti(l \ (lalitVc, lurc. .\<»//<r.s* //r/if^d/o^/f/Mrs; (îaliftV, tils, ]î<-:(tiisitn lliKjnca, lihmitrnr 'le (irnirr: Uoiflitoltl, ï'yihouifj ri (iciùre (lS.'»(i); Aini'di'c IJoujct, ! jf s Suisses et (h'nrrr (1S<U), t't llisli)irr tin fk'uplf de (rcnèce; .liillicii, llistniir <lc (Jeune {X^it^t-XM^i]). l,;i liiltt» «les l'iijfuonots a tloniu^ lo jour tMiC()i(> ;i 1111 iiniinc .itioiiul il»' M. rictiU do .S«'riry. »'t ;'i un ronutn historique de INI. Olivct. iiilitul.' : l'/iilihert I{nth(li>r.

^ Stric'ulcr, </,/./. Ahschiede do ir)'JO i\ 152r), }^>^; appondioo. i:»o:».

428 LA C[VILISATION AU XV"''' SIÈGLK.

des Waidinann, des Wolleb, des Stein et des Schinner, voit briller aussi la gloire sans tache des Boubeiiberg et des Nicolas de Fliie.

La POLITIQUE SUISSE H 'avait plus la simplicité du premier âge et pour but unique le maintien de V indépendance nationale. Avec les relations diplomatiques, les diètes se multiplient et ressemblent à des congrès europêen.% où les ambassadeurs des grandes puissances viennent s'asseoir à côté des magistrats des cantons et discuter avec eux le sort de l'Italie, de la Bourgogne et toutes les grandes questions de la politique générale.

Deux diètes entre autres présentent ce caractère : celle qui se réuni à Fribourg après la guerre de Bourgogne, et la grande diète de Baden qui suivit la délivrance de l'Italie en 1512. Dans cette dernière, à côté des Boist, des Falk, des Tschoudi, siégeaient les ambassadeurs du saintsiège, de l'empire, de la France, de l'Angleterre, de l'Espagne, de Venise, des ducs de Savoie, de Lorraine, du prince d'Orange.

Les six mois que dura la guerre de Souabe virent se réunir plus de trente diètes. Pendant l'année 1513, il y en eut vingt, et l'année 1514, vingt-deux; l'année 1515 fut marquée par trente-quatre assemblées du corps helvétique.

Gomme dans l'âge précédent, le lieu et l'époque de la réunion des diètes n'étaient pas fixes. On siégeait tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. De l"an 1421 à 1477, il se tint 225 diètes et conférences dans la ville de Lucerne et 79 seulement dans la ville de Zurich. Les autres lieux de réunion des diètes sont Berne et Bâle, auxquels il faut ajouter la petite ville de Baden, dont la position centrale et la dépendance égale de tous les cantons faisaient une espèce de terrain neutre, très avantageux dans les luttes de parti qui désolèrent la Confédération au XVI"^« siècle.

Les Becez ou procès-verbaux des diètes, qu'on commence à tenir régulièrement à l'époque de la diète de Slanz (1481), nous font connaître un peu le mode suivi pour les délibérations, et qui s'est conservé à peu près tel quel jusqu'à nos jours. Les députés de chaque canton, ceux de Zurich en tête, émettaient à tour de rôle leur vote, d'après les instructions reçues du gouvernement de leur État. On votait par État et non par tête, I^es petits Etats éX^ni souverains comme les grands, avaient le même droit que ces derniers. Si les députés d'un État manquaient des pouvoirs nécessaires, ils référaient à leur gouvernement (référendum) et demandaient qu'on gardât le protocole ouvert jusqu'à ce qu'ils eussent reçu les instructions désirées. Chaque canton avait le droit de convoquer une diète. La convocation s'en faisait cependant ordinairement par Zurich, sauf pendant la guerre de Bourgogne. Lorsque la Réformation

aura scindé les Suisses en deux camps, I.iict'iiie, 1<* [ilii> iuiportaul des cantons catholitjues, deviendra le canton dirigeant des ÉtaU; attachés à l'ancienne croyance. Bien que chaque canton s'envisageât comme maiti-e chez lui et jouit d'une souveraineté de lait, le jn lucipe (|ue la majorité des cantons faisait loi et que la minorité devait se soumettre, se trouve dt'jâ posé dans les recez de la diète de Lucerne (18 octobre 1 T) 1 5) \

Un caractèie honoivible, une bravoure éprouvée, un sens droit et pénétrant suffisaient en général aux magistrats et aux héros du XI V'"^ siècle pour diriger les destinées d'un canton et remplir convenablement leni's places dans les conseils et sui- le> <-ham[)s de bataille. La polilKjue du XV'"^ siècle exige des connaissances et des vues plus étendues. Les têtes politiques et administratives ne sont [)as rares à IT'poque où vivent les Hofmeister, les Ueding, les Diesbach, les Waldmann, les Schinner. Hommes d'Etat remaïquables, la plupart de ces chefs suisses nourrissaient des pensées d'avenir et d'agrandissement pour leui* patrie. Ueding méditait, a-t-on (lit, rannexion du ïyrul cl du Voralberg ;i la Confédération suisse. Berne, sous Hofmeister, comput TArgovie. Ce canton eût volontiers reculé les IVontières de la Suisse au nord pir l'annexion de Constance et des villes de la Forêt-Noire, comme à roue>l pai- la conquête du Pays de Vaud sur la Savoie, et [)ar rétablissement diiii pii»tec'orat helvétiijuc sur la Houi'gogFie.

Le pensionnaire des rois, Waldmann, tourna au contraire ses pensées \{'v^ l'or^aFiisation intérieui'c di' son t'anlou et de la Suisse. Il cluM'clia à faire prt'îdominer les lend.tuces duniti' et de centralisation (pii se manifestaient dans tous les KtatsderLui-opeàlalin du XV'"'' siècle. Dans sa carrière diplomatitpie et militaire, ro{)iniàtre cardinal de Skui ne semble pas seulement avoir ele louiiuentt' du graml des^eui de chasser les Français de l'Italie, et de cliaiuei- en piancipault' iihsdhn' la r(''publi(pie vallaisanne: on peu!, sans ti'op ih' hardiesse, lui pi'èlei" rari'iere-pensée de soumettre la Loud>ai'die au\ ConlVMl(Ma''s et d'eteiidii' aiu-i li'ur domination dans la [u'iiinsule \

l/homine le pins >avaiU ipi'ait produit la Suisse au \ VI H""" siècle, Albeil de llaller, signalail comme une LM'aiide laiitt' de nos ancêtres la destruction du duclit' de IU)urgogne, qui les (h'fendail d»' la Fraui'C.

* S<»f,'rssor, viih/. Ahschodr tir l.'.UO à l.'i'iO, 1)20.

■•' Lo jxniiui piil)lici>t(' llonntiii, Marliiavrl. prt'tt» lui-inômo cptto pons«V aux Siiiss(>s (jiii scrvalitit sous les imirs df l'isr ni l.'tOO : * Ils so comparaient, tlit-il, aux lloinains, se vantaient i\\\o la Kianrc ItMir (lovait toiit»»s ses virt«Mros et voulairnt «Mtin ((Miiliaitn' |u)iir Inir pri>prf ruinptr. ("ni ost tait ilo toute ritalic s'ils sr nu'td'ul à rnnahir. » Lctln' a Vcttori (auut l.'il".).

La destruction du duché de Bourgogne eut encore un autre inconvénient: celui de dinninuer le nombre des Etats secondaires et de préparer la formation de ces grandes puissances qui ont tant contribué k fonder le despotisme en Europe. Mais, absorbés par les périls du moment, les Suisses du XV'"^ siècle ne pouvaient avoir d'autre idée que de les écarter de leur patrie. Quant à la question de droit et de justice, notre récit des guerres de Bourgogne a suffisamment fait ressortir ce qu'il y a d'erroné et de peu équitable à faire des Confédérés de simples instruments de Louis XL II est regrettable que deux écrivains suisses d'un esprit aussi distingué et d'un caractère aussi honorable que Kopp, de Lucerne, et de Gingins de La Sarraz, égarés par l'esprit de système, se soient appliqués avec une persévérance digne d'une meilleure cause, l'un à idéaliser le di'oit de la Bourgogne, l'autre, le droit de TAutriche, et à faire de leurs compatriotes des barbares et des rebelles.

Le XV"™*^ siècle, sans être précisément le berceau dupatriciat, contient cette institution en germe. Elle se développera au XVI'"^ et sera complètement formée au XVII™*^ siècle. Les institutions politiques durables sont l'œuvre du temps et non d'un jour. Dès les premières années du XV™^ siècle on remarque, dans plusieurs États-villes de la Suisse, la tendance h concentrer dans les conseils et à enlever aux assemblées communales ou bourgeoises la discussion des affaires publiques. Les désordres de l'époque et certaines décisions passionnées et sanguinaires, échappées à ces réunions tumultueuses, vinrent favoriser cette tendance. A Zurich, par exemple, la cruelle persécution dirigée par la bourgeoisie contre les Juifs servit de motif ou de prétexte à la résolution du gouvernement, « de ne plus porter devant la commune que les affaires majeures, c'est-à-dire la paix, la guerre, les alliances et Télection de certains fonctionnaires. » Mais à Zurich, comme ailleurs, on ne respecta pas à la lettre le droit qu'avait la commune de décider des affaires majeures, et la violation de ce droit populaire et traditionnel ne fut pas l'une des moindres cau:^es de la sédition de 1513. Instruit par la leçon qu'il avait reçue en 1484. le gouvernement bernois revint k l'ancien usage de consulter les tribus de la ville et même les délégués des communes rurales dans les occasions critiques. Mais sous l'influence des services étrangers, de la vénalité croissante, et des habitudes de domination contractées par les chefs dans les camps et les cours des princes, il était bien difficile que Vesprit républicain et démocratique ne fût pas étouffé petit k petit par l'introduction d'un nouveau système nobiliaire et aristocratique. On trouve un indice de ce système dans le titre fastueux de Messeigneurs , dont commencent k se décorer les membres du petit

conseil (hu\> (juelqiies cantons, et dans la répugnance (|ii'éproavent certains nobles bernois à se laisseï' ^;//o//t7' dans les lettres officielles, comme cela avait toujours eu lieu au[)aravant sans qu'aucun noble s'en formalisât, fût-il un Ifallwvl. un Miiliucn on ini Keiuacli*. Les mésalliances, ou alliances entre les familles nobles et les famille> boiuL^eoises, n'étaient C'pendanlpas très rares. C'est ainsi fjiie Winkeli, lils diin sellier et grand sautiei- à Soleure, obtint la iniiu dr'Ji^.djetli de Hallwvl.

Dans les cantons campagnards ou la'nder, comme on les appelle en allemand, Uri, Scliwyz, Nidwald, Obwald, Glaris, les deux Appenzell, Zoug (en [)artie), la landsf/cmeiudc, composée de tous les hommes i\è<, Tâge de Ifi ou môme de 14 ans, resta le pouvoir suprême, volant les lois, l'impôt, jugeant les causes capitales et élisant les principaux functionnaires à commencei' par le landamman, son lieutenant et le capitaine du pays; au landamman s(miI le droit de [)résider la hnidsiinnehid»' et le conseil, com[)osédans la règle de (JO membres. (]e (|ue le landamman était dans les cantons campaguai'ds et sliicleineiil impiilaires (Mi démocrati(pies, l'avoyei* r('lail dans les caiil(»ii>«-villi's;i icinliiice^ariNincratiipies, Berne, Fribourg, Lucerne. Snleuic. et le Ixturgmesire dan> les villes plus industrielles où le< cocps di' uitHiei- jouaient un rùle politifjue, Zui'icli, Hàle. SclialTIiouse et Sl-(iall.

La LKCJISLATION lit de grands progrès au XV'"^' siècle, principalement la législation ririlr. Presniio chaijue canton nous oITie une ou deux (entatives plus ou iiioiiis lieui-euses j)our réunir les lois dans un ensemble et en former un coipN ou code. (]onçu(îs précédemment daii> un lalin barbare, les lois et les oi-donnancesse rédigent dans la lau'jue allemande, qui était celle de tous l(;s CoulediM'és.sauf dt; Tribourg. où la leiidafK'e à ton* germaniser nalla pas jusqu'à abolir les coutumiers i-omans dans les bailliages. Liîs auteurs {\{\('(\< lois, conseillers ou cliancelitM's des ligues. eiireiil 1 lieureiiNi» id(''e de comparer Icn (lispositi(Ui< dt' li'ii!> la'cueils avtîc celles (\('< diver> codes d ita le et d Allemagne. \):\\\< les c,i> dilli('ile>. ou u'Iir'silail pa< ;i sadresser aux in!•|^(dllsulte^ ile> \ ille> viu^iuev. doul la sagaciù' et le savoir piM'siMilaieiit plii^ de garanlie> (|ue le> légi>les

' l'ii (le CCS Mo'ilcs iliMl;iit,MU'iix 't.iit |{i;ni<lolplic «le St in, am|ucl le uouvorncnicnt (le So'ciirc mamiait ces pamlrs : a '\\\ troiiws <|ue luuis t*c«*rivons j;rossiéreniciit. parce ipu' iiniis ciiiitltiv oiis le tai {du) {\\\\*\\\ toujours oinpl>yé nos anrôlros, liC-. d'iMlacli, 1 s Stem, les I^K'^hacli, les Kei acl» no ,sVn sont j:ininis choqués, pas plus (|ni' tant d'aiitri's luiMcs (I'AU-km^ et des pays voisins, «mïv.ts les<|U«ds nous avons c(»iitiiiiic d'eu User ainsi • (lettre du 1 mars 1IÎ>1) L'us:tj»o «In tutoirinrni, fîi'iu'ral (d»e/. les Suissi»-. leur avait tait donner le surnom de 7**/ /oyrwrN (/>«/. -rr) p.ir leurs voisins (r.\lleinauiic (iout /-Idot/.lieim. lli^toiic de Iti ToM/C'/mi/mH (traduct. Moiuiard;, .'« 17.

432 LA CIVILISATIOiN AU XV"'^ SIÈCLE.

indigènes. C'est ainsi que Zurich consulte le savant jurisconsulte Hagen, de Constance, sur la question de savoir « si les lépreux étaient habiles à succéder? » « Pourquoi ne le seraient-ils pas, répondit sagement ce docteur. La maladie ne détruit pas le droit, et lorsqu'ils sont déjà si maltraités d'un côté, ces pauvres gens devraient-ils l'être encore de l'autre? » Les Zuricois devaient être un peuple humain, si Ton en juge par l'ordonnance qu'ils rendirent pendant l'hiver rigoureux de 1435 et qui prescrit aux habitants « de ne faire aucun mal aux oiseaux et d'émietter du pain sur le rebord des fenêtres pour ces petites créatures du bon Dieu. »

Il est difficile de concilier ces attentions déhcates pour des animaux avec la législation pénale qui régissait alors la Suisse, l'empire et l'Europe en général. Cette législation était barbare et même atroce. Le nombre des supplices variait à l'infini, et l'on portait dans l'art de tourmenter les malheureux un soin et un raffinement inouïs. On mutilait les petits voleurs et on pendait les autres, quelquefois la tête en bas. Les assassins étaient roués ou décapités par le glaive ou au moyen du taille-tête, hideux instrument assez semblable à la guillotine. On brûlait vifs les hérétiques, les incendiaires, les sacrilèges, les sorciers \ Les faux témoins et les faux-monnayeurs étaient bouillis dans une chaudière. On enterrait vive la malheureuse qui s'était rendue coupable d'un infanticide.

L'emploi de la torture, pour obtenir l'aveu des accusés, était extrêmement fréquent; les instruments destinés à cet usage, très nombreux et de formes très diverses. Il y avait des appareils à serrer les pieds, les mains et le col, des chevalets et des poulies à distendre le corps du patient; des tenailles à lui pincer et à lui brûler certaines parties sensibles. On lui versait une quantité d'eau dans la bouche qu'on le contraignait de tenir ouverte en lui serrant fortement les narines ; on le pressait dans un tonneau à double fond garni de pointes de fer.

Ces horreurs révoltaient cependant déjà au XV""^ siècle bien des âmes élevées et sensibles. Parmi les hommes influents qu'indignait la jurisprudence cruelle de l'époque, figure l'avoyer bernois Rodolphe Hofmeister. Cet illustre magistrat, dont la présidence de vingt-six années (1420- 1446) vit s'accomplir tant de choses importantes, fit entendre au sein des conseils de courageuses protestations conti'e le danger de la torture.

^ Le premier bûcher qui consuma une sorcière s'alluma à Lucerne, dix ans avant la fin du XY™^ siècle. La victime était accusée d'avoir fait la grêle et de s'être donnée au démon. Mais précédemment déjà, une femme d'Un avait été décapitée pour le fait de sorcellerie. Henné (Otto), Gesc/nchte des Schiveizervolkes, I, 564.

« Messeigneurs, avait-il l'habilude de dire à ses collègues, la justice « et la religion nous ordonneut de laisser échapper dix coupables plulùt « que de nous exposer à faire périr un innocent. »

Mais ces nobles et chrétiennes paroles trouvèrent si peu d'écho paimi les contemporains du grand avoycr, qu'elles passèrent en proverbe pour désigner une opinion déraisonnable et ridicule. L'exécution d'un innocent qui eut lieu à Neuchàlel en 1520, à la suite d'aveux extorrjués par les tourments de la (juestion, ne fut pas capable d'ouvrir les yeux aux contemporains; elle n'ébranla en rien le crédit d'une institution qui était enracinée dans les mœurs et qui reposait sur les préjugés et sur une fausse interprétation de l'ancien testament*.

A la fin du XV""' siècle, les plaintes que faisait naître la cruauté de la législation étant devenues plus fortes et plus générales, rem[)ereur Maximilien et la diète impériale réunis k Fribourg en Brisgau décrétèrent la rédaction d'un nouveau code pénal (148i). Mais ce code ne fut publié qu'un demi-siècle après, à la diète de Ratisbonne ( 1532), sous le règne de Charles V, petit-fils et successeur de Maximilien. La Caroline (c'est le nom que Ton donna à ce code) fut aussi adoptée en Suisse. Elle mitigea beaucoup les peines sans cependant faire disparaître tout ce qu'avait d'odieux, d'arbitraire et de désolant pour l'humanité, la législation antérieure.

On y voit encore figurer la roue, le bûcher, les chaudières d'eau bouillante et l'horrible coutume d'enterrer vifs certains criminels.

Le servage, (juoique fort amoindri, n'avait pas disparu. 11 se fait encore des ventes de serfs au milieu du XV'"^' siècle, témoin les trois pauvres hères que vendit Jean de Falkenstein en 1450, avec femmes et enfants pour la somme de 47 florins ; témoin encore la femme serve dont, en 14()5, le gouvernement de Soleure fit cadeau à Thuring Frickard, l'habile et inlluent chancelier de Berne.

Les changements (ju'avait subis JAur nhutaiiu-: (Mi Europe depuis l'introduction {\{i<, armes à feu et de l'arlilliMie avait>nl cnlin obligé les

' Voici lo fait dont il s'aiîit. Sous lo rrijimo suisse ot pondant lo çouvornorncnt du l)ailli Ilaltor, irUudcrwald, un sollirr et un pelletier étaient allés taire uq voyage enseniblo. Le pelletier, étant revenu seul, fut soupçonné d'avoir tué son conipai^Miou, et comme il se trouvait (pi'il portait sur le corps Thahit de l'autre, le soupçon prit de la consistance'. Ou rapplitpia à la torture où il avoua être l'auteur du crime, et fut roué vif comme tel. Au liout de huit jours le soi-disant tué arriva à NeuchAtel où sa présence causa un émoi extraordinaire. On ensevelit honorablement le cor|)s du condauiné, on lit une pension à sa veuve et on censura le bailli pour la légèreté avec la(|uelle la torture avait été administrée. Les juges eurent un si grand chagrin de leur erreur ipi'ils en moururent dans l'année. lioyve. Annales de Ncuvhàtd et Vahitnfui, cditées par (iouzalvt^ Tetitpierre. 18r)l-r>r>. II, 249. uisroiuK stissK. 28

Suisses k joindre un corps d'artilleurs (arquebusiers et coulevriniers) aux piquiers et aux hallebardiers qui faisaient le nerf des armées helvétiques. Mais pendant bien longtemps ce corps resta numériquement fort inférieur aux autres. La défaite de Marignan, due en grande partie au manque d'artillerie, ne put détruire chez les compatriotes de Boubenbem leur attachement inné aux anciennes armes nationales. Autant ils maniaient avec plaisir et dextérité la pique de dix-huit pieds ou l'épée k deux mains de leurs ancêtres, autant ils montraient peu d'empressement et d'aptitude k mouvoir ces grossiers canons de fer, montés sur des affûts informes et dont le service lent et compliqué répondait si peu k leur ardeur téméraire. Car au temps de la guerre de Souabe, avec une pièce d'artillerie, quelque bien servie qu'elle fût, on ne pouvait encore tirer que trente coups par jour. Aussi les Confédérés prirent-ils l'habitude de se coucher par terre pour éviter la première décharge et de fondre sur l'ennemi dans l'intervalle de la première k la seconde. Les perfectionnements apportés k la fabrication des armes k feu par un maître artilleur habile, Jean Tillier, de Berne, ne paraissent pas avoir réussi k mettre en honneur cet art dans les autres cantons. La cavalerie était peu nombreuse et formée uniquement des nobles et patriciens des villes. Dans les sièges, qui ne furent jamais la partie brillante des Suisses, on se servait de toute sorte d'engins et de machines.

Une des causes de la supériorité militaire des Suisses était l'ordre et la discipline qu'ils savaient observer dans leurs guerres. Rangés sous le drapeau de leur canton et de leur contrée, par tribus, par familles, ils marchaient d'un pas cadencé, au son d'une musique guerrière, formée de cors, de tambours et de fifres entremêlés. L'armée était divisée en escouades {Botte) de 20 k 30 hommes. Chaque escouade avait son sergent {Rottmeister) élu par les chefs ou par les soldats eux-mêmes. Après le capitaine et son lieutenant, les principaux officiers étaient les hommes et les conseillers de guerre. Un aumônier accompagnait la troupe. Les plus vaillants hommes des différentes armes composaient la garde de la bannière princi[)ale. Outre la pique ou la hallebarde, chaque soldat était autorisé k porter une épée, un couteau-poignard ou une hache d'armes. La croix blanche ou des clefs de la même couleur, cousues sur un fond rouse, étaient le seul si2fne distinctif des soldats suisses. Des chiens précédaient l'armée et faisaient l'office d'éclairèurs. Comme les soldats s'armaient et se nourrissaient k leurs frais, et que les pauvres seuls étaient entretenus par les communes, cela donnait lieu k beaucoup de désordres et k la coutume peu généreuse de faire payer des rançons exorbitantes aux prisonniers de guerre. Berne, le premier d'entre les

LA CIVH.ISATION AU XV"^ SIKCLE. 435

cantons, (Jorina l'exemple d'une solde régulière, et leva un impôt pour couvrir cette dépense. Peu prodigues de récompenses et de distinctions honorifiques, les Suisses cependant en accordaient quelijuefois à des actes de valeur extraordinaire ou à des traits d'héroïsme dictés par la fidélité aux pieuses dispositions du code de Sempach. Une médaille d'or aui'ait été décernée à Nicolas de Fliie pour sa Ijelle conduite dans la guerre de Tliurgovie; une autre au Neucliàtelois liaillod (jui avait défendu seul le pont de la Thièle contre les Bourguignons*.

La pensée de venir en aide aux familles, dont les soutiens avaient péri ;i la guerre, a{)partient au XV'"" siècle. C'est un magistrat lucernois, le chancelier Melchior [{uss, (jui proposa de prendre sous la protection de l'Ktat les enfants et les veuves de ceux <jui étaient restés sur les cham[)s de bataille. La proposition trouva de l'écho après la bataille de Morat et on en voit plusieurs exemples dans les cantons et villes de la Confédération; à Tribourg, entre autres, où l'on vient en aide par des subsides à la veuve et aux riii(| petits enfants de Willi Thoos, occis à Grandson '.

Une institution favoi'able à la fois au maintien de l'esiuit nnlitaire de la nation et au développement de l'esprit fédéF'al, c'était celle des tirs. Ils ne se célébraient ni avec la même régulaiité, ni avec le même ensemble que les tirs fédéraux d'aujourd'hui. Chaque canton, chaque ville donnait son tir, autjuel étaient conviés les Confédérés des cantons voisins. On ne se bornait pas à l'exercice de l'arbalète ou de l'ariiuebuse. Tous les jeux étaient réunis: on y discourait, chantait, lisait des poèmes. C'était, comme dans Tancienne Grèce, de véritables fêtes pour le corps, l'esprit et le cœui'. Plusieurs de ces tirs eurent une im[)ortance nationale au XV'"'\siècle. L'un (li\s plus i'emar(|uables fut celui (juedonna Zurich aux Confédéi-és, api-ès la guerre civile. Il dura trois semaines et réunit des re|)résenlaMts de plus de 51 villes de Suisse et d'Allemagne. Lhospilalilé zui'icoise n'ayant |)as réussi à loger tous ces hôtes dans les maisons bourgeoisies, ou lut obligé (ledre>ser {\e.> tentes sur la place des exercices. Uri invita à sou toui- ses amis de Zurich à venir passer à Altorf la dédicace et n'gal.i |)endant trois jours le bourgmestre, les conseillers, les chanoines el le> bourgeois qui arrivèrent, de viandes de chamois et de

' Clininl)ri(M-, Uistnire de Nruchâtel, 187, (lui cito Hallor, Mt'tlailks stuisufji, I. 2. Optto in(''tl;iiU(' rcpn'sciitr un porr-rpic avt'c ros mots : Vnr.'s (Hjminis uitns fuibet. Iliillcr cite ù son t(»nr LtMi, II(lir(is(fu\'< hwikon, IV, ItîT. I)os ilontos si'rioux se sont ôlovôs !«ur ro t'ait (pii no m» tronvo pas n)iMiti«)nnô dans la clironiciuo dos chanoines, assez disposés rependant à reeneiilir tous les faits et gestes glorieux de leurs eoinpatriotes.

^ (iirard (l-ran^ois), Msc. c.rtiaits des Archivas de tVibotinj.

sanglier délicatement apprêtées et arrosées de vin de Malvoisie, de Valteline et d'Alsace. Au retour, un accueil non moins cordial attendait les Zuricois chez leurs anciens ennemis de Schwyz. On se sépara les larmes aux yeux en se jurant éternelle amitié confédérale. La réconciliation des partis et le rapprochement des cœurs suisses sont le plus beau triomphe et la véritable utilité des réunions populaires.

Les MÉTIERS el Tindustrie atteignirent un haut degré de prospérité dans la première moitié du XV'"® siècle. A aucune époque les relations commerciales avec l'Allemagne et l'Italie ne furent aussi nombreuses. La position élevée qu'occupaient dans l'Etat beaucoup de marchands et d'hommes de métiers montre le cas qu'on faisait du négoce et de l'industrie. Pendant qu'un orfèvre^ représentait Lucerne aux diètes, un boucher et un 'pelletier se disputaient la prééminence dans les conseils de l'État bernois, et un marchand de fer tenait dans ses mains toutes-puissantes les destinées de la république zuricoise. Le commerce avait enrichi les Diesbach, à Berne, les Praroman, à Fribourg, les Hus, les Fechter et les Zollikofer, à St-Gall. Les Ringoltingen, à Berne, étaient dans l'origine de simples teinturiers, les Techtermann, de Fribourg, des tanneurs. Les toiles de St-Gall gagnèrent beaucoup à la chute de cette industrie à Constance, suite de la grande réunion de nobles et de prélats qu'y attira le concile en 1411.

Fribourg était un des centres industriels les plus importants de la Suisse au XV"'® siècle. L'industrie seule des cuirs y occupait 700 compagnons. Le drap gris de Fribourg était si renommé que le roi de France, Henri II, voulut, dit-on, avoir un habit de ce drap le jour de ses noces. C'est d'une pièce de ce même drap que l'État de Fribourg fit cadeau au saint anachorète qui avait tant contribué à le faire recevoir dans l'alliance. On y ajouta une pièce de drap brun pour son domestique. Fribourg avait des relations commerciales avec Strasbourg, Mulhouse et les villes de la hanse germanique, Ulm, Cologne; avec plusieurs cités de la France méridionale, Carcassonne, Arles; avec Barcelone et les républiques italiennes, Gênes et Venise, alors les grands entrepôts de tout le commerce de l'Orient. Une halle intermédiaire s'éleva à Genève, une autre à Zurzach, grand marché de cuirs, où se rendait par la Sarine et l'Aar une flottille fribourgeoise. 20 à 30,000 pièces de drap sortaient chaque année des manufactures de l'Uechlland. Chaque pièce était munie du sceau de l'État, par les prud'hommes ou juges de l'industrie, ce qui empêchait la contrefaçon et garantissait la

^ Le conseiller Armbrust.

solidité et le fini du travail. Une activité prodigieuse, une probité sévère, l'esprit de suite et de persévérance distinguaient la classe ouvrière et marchande de la ville de Berthold IV. Protecteur éclairé et [)lein de sollicitude, le gouvernement achetait lui-même la laine en grand et la revendait aux fabricants [)Our éloigner les accapareurs.

Cet état de prospérité commerciale se soutint justju'à répoquL^ des guerres de Bourgogne. Il subit un premier échec lorsque Louis XI, mécontent des Genevois cjui avaient pris le parti du fils du <lii<' de Savoie contre son père, eut défendu à ses sujets de fréijuenter leurs foires (14(50). L'expulsion ik<^ Juifs en TiDO (dans le même temps où on les chassait de l'Lspagnej ne fut pas non plus favorable au commerce suisse. Mais le cou[) de mort lui lui porté par la fureur croissante des services étrangers, i|ui devint tclk', (ju'au moment où s'ouvrit la guerre de Souabe, dans [)lusieiu"s villages du canton de Soleure, on manquait des hommes nécessaires pour sonner les cloches et porter les morts en terre. La chute de l'industrie genevoise et fribourgeoise coïncide avec celle (ks laines à Zurich, où la culture de la vigne prend, en revanche, une extension nouvelle. L'agriculture soulïrait beaucoup des exigences des propriétaires fonciers ijui croissaient en pro[)ortion de la valeur des terres. Le mauvais état des routes, le peu de sécurité des communications et les lois prohibitives étaient d'autres entraves au déveIo[)pement de I;l cullni-e. Le service militau-c, l'impnt, les amendes et les frais de justice achevaient d'apauvrir le pay>an. Lu revanclu», la grande (juantité de terres connnunales consistant vu l'ùiêts de chênes ou de hêtres et en prairies, favorisait l'entretien des tnHi[»eaux et, «'ii ()arliculier, celui do la race porcine. Atin de ménagei* le> tcires. clwupie année on changeait de culture: la troisième anni'c le clianip t'tait lais>é en jachère pour lui laisser le temps de reprendre de> forces. La nourriture des gens de la campagne t'tait simple et même grossière, le lait en faisait la base avec le pain et la bouillie. Le^ maioMis du \V""' siècle étaient encoi'e en b()i>, a un >eiil (Ma'je, (•oiiverte> en t'Iiamiii'. tMi bai'deaux on de planches inaiiileiuies pai' de grosses pierri'> ; le> carreaux de vitre étaient encon^ une rareté et ne se voyaient (lu'aux maisons des riches.

Le grand mouvement inlellectiiel iim s'aciaHuplil en Lurope a la tin <lii \V""' siècle. Ta lait appelei' le .s/ce/e tir hi lirnaissanrt\ Renaissance i\v,$ lettres. iU's arts, et de la [m'Iim'C liuinaini'. alTi'aiieliii' de certains j)réjugès nuisibles aux |)rogrès des sciences. {\c< si'ienc(\s physicpies et naturelles paiticiilièreiiKMit.

Les LKTTHKS. propreiiHMit <lites. n'avanMit jaiiiai^^ toialemenl peri en

Suisse. Les moines de Saint-Gall, aux IX'"^ et X'"'^ siècles; les Minnesinger on chevaliers-poètes, dans les siècles qui suivirent; les chantres et les chroniqueurs de la liberté naissante et de la bourgeoisie victorieuse,. au XIV'"^ avaient empêché le feu sacré de s'éteindre sur le sol helvétique. La petite littérature nationale, créée par ces derniers, prit uu nouveau et remarquable élan chez leurs descendants du XV"™^ siècle. Les écrits historiques et les poèmes guerriers, peu nombreux jusque-là, pullulent en Suisse. Chaque événement, chaque localité importante trouve un annaliste plus ou moins exact; chaque action d'éclat, un ou plusieurs chantres plus ou moins inspirés.

Beaucoup de productions de celte époque se sont perdues. Avec celles qui restent on remplirait cependant encore d'immenses in-folio. L'histoire littéraire ne mentionne guère qu'un seul exemple d'une pareille fécondité dans la vie intellectuelle d'un peuple. C'est chez le peuple espagnol, dont la croisade contre les Maures avait exalté au suprême degré le zèle religieux et national, comme la lutte pour l'indépendance avait éveillé toutes les forces vives de la nation suisse.

Parmi les chroniqueurs de langue allemande figurent au premier rang Conrad Justinger et Diebold Schilling, de Soleure, secrétaire d'État à Berne; les deux magistrats bernois Frickard et Valère Anshelm, et un second Schilling, nommé aussi Diebold comme le précédent, chapelain et organiste à Lucerne. LeSoleurois Diebold Schilling a décrit avec intérêt la guerre de Bourgogne. On doit à Valérius Anshelm, historiographe pensiojiné de la république bernoise, une chronique très étendue et curieuse des affaires de ce canton depuis les temps de la guerre de Bourgogne jusqu'à ceux de la Béformation. C'était un écrivain grave, consciencieux, grand ennemi des pensions et des services étrangers \ Le docteur en droit et chancelier Frickard montre moins d'indépendance. Il s'est borné d'ailleurs à la relation d'un seul événement, la querelle des seigneurs féodaux avec la bourgeoisie de Berne. Mais ses piquantes esquisses des éloquents et nombreux discours prononcés par les chefs de parti au sein du grand conseil, nous prouvent que Berne avait déjà alors une sorte de tribune politique et que les luttes parlemen-

* Tous ces ouvrages ont été imprimés. Le manuscrit original de la chronique de Diebold Schilling, de Lucerne, est conservé à la bibliothèque publique de cette ville, où elle excite la curiosité des savants et des artistes par son texte intéressant^ orné de 445 vignettes représentant les principales scènes de l'histoire nationale. On a également publié les chroniques bernoises de Tschachtlan et de Justinger, ainsi que la chronique zuricoise d'Edlibach, beau-fils deWaldmann, et celle du Lucernois Euss auquel on doit le premier récit un peu circonstancié des aventures héroïques de Guillaume Tell.

LA CIVILISAIION AU XV'"*' SIKCLK. W9

taires étaient connues et pratiquées en Suisse, dès le XV™® siècle. Lorsque Kistler, fleveiui avoyer, contestail à la noblesse ses droits sei,2neuriaux, Adrien de Ikjuberdjerg se leva et par-la ainsi:

I)<'s liomriips iioiivcaiix se sont élcvrs depuis (|nrlfj!ir tpiiips, liommes i^u;iii)ii's auparavant, simples i^eiis de métiers, ({ui veident maiiitriiaiil devenir des seiL^neiirs. Tel qu'un appelait jadis maître Pierre, maitre Rodoliihe, il faut aujourd'hui, si l'un ne veut avoir maille à partir avec lui, le saluer dr loin, trte mie, du mtm respectueux de (( (Iracieux sire... »

On préteiuJ ijue nous sommes à charité au peujjle? En quoi, s'il vuus plail? Serait-ce aux habitants de la ville, jiarce (jue nous y dé|)ensons nos rentes ou parce que nous y vendons notre hl«* deux jilapparts de moius <pie les campagiiards, et notre vin à un piix très modéré, malgré les droits considérables que nous payons à l'Etat et dont nous serions cpiitles si, au lieu de vendre notre vin en ville, poiu* la comiTiodité des bouri^eois, nous le buvions nous-mêmes ou le vendions hors de la ville?

Mais serait-ce aux campap;iiai"ds que nous sonuues à charge".' Uuon nous montre une; seule peisonne maltraitée par nous, à moins (pie ce ne soit quelque misérable et cela après procédure régulière et ensuite d'un jugement rentlu suivant le droit et la justice. Ou'il se mtmtre celui qui peut innis jetei- la pierre comme lui ayant pris son bien ou ayant |)orté le lioiible et le déshonneur dans sa tamille? Si, comme on le prétend, nous étions à charge au p(Miple, nos sujets ne nmis conjureraient pas, comme ils le t'ont, de ne pas vendre nos seigneuries.

A ce déli, Kistler répondait : « Tel bourgeois de trois jours, dont on se moque, a plus t'ait poui- la ville que ces iiobh^s ipii se vantent tant aujourd'hui de leurs bienfaits d'autielois. .l'accoide ce|)eii(lanl (pie IJerne a y\\i> obligali(Uis à leurs ancéti'(;s. .Mais ce (pi'ils lui ont donné jadis, ils savent bien le lui reprendre, et, de crainte de voir amoiudiir leur splendeur, ne sont-ils pas prêts à amoindrir les droits et les libertés de la ville'.' D'ailleurs ce (pi'ils ont lait est-ce bien uniquement par amour pour llei'iie, ou ne sei'ait-ce pas, (pie st» voyant mal protégés par les grands, ils ont cliei'ché un refuge parmi nous et ipi'ils ont trouvé ainsi un moyen de restei' seigneurs au dehors, «'ii le devenant encore au dedans?

Longtemps ou n'osait les atta(pier sur ce point. Et parce tpi'il se rencontre maintenant au sein de la iiiagi^tratiiiv bei'iioise un homme (pii a le courage défaire son devoir et (pie cet homiiie trouve de l'écho dans les conseils, ces seigneurs s'irritent et fout entendre des ii.eiiaces. Mais vous ave/ beau faire, .lai agi en conformité (le mou serment, pour l'inleriM et riioniieiir de la ville, et je persisterai jusqu'à la mort.

D.iiis riiii de SCS diS("()iirs, Kistler .iv.iit ('ht'i"('lit' a jctci' du louche sur I(^ cai acti'rc de l'VaMikli (]iii. de maître pcllctit'r. >-'(''tait cicvc aux toiiclions d(> tré'sorici' de la ri''puhli(|ue. Ce deiiiicr prit la parade et lit un narrt'' louchant de sou liuuihle oriuiue (M de .>cs tours de pa\s eu Alleniagnc. eu l'YaiKM'. el('. ; u Coinhieii |"(''piaui\ai de La"'rie. pour>iii\it J'i-aMikll. « lorsqui* lui'ssoigneurs me tirent erilrei- au petit con>eil. et (pic je inc « trouvai, moi jcutUM'l iKMivcan aux alTaires. au iiulicu kV^ cts hommes « disliuLUM's (M i'i('lie^ (Texpei leiKa». Mai< (a- lut liuMi aiitr't» (*hosc. lors-

« qu'ils m'envoyèrent aux diètes, et que les députés des autres cantons « \ou\ureni me momeigneuriser. Alors je devins pourpre de honte et je « ne pus m'empêcher de leur dire que je n'étais qu'un simple pelletier; « ce qui les mit dans le plus grand étonnement. En gardant mon état, « j'eusse certainement gagné davantage. Mais je me laissai persuader « par les hommes instruits dont j'ai toujours aimé à faire ma compa- « gnie, que je faisais une oeuvre agréable à Dieu en obéissant à mon « gouvernement et en servant la patrie'. » Les seigneurs se voyant menacés de perdre leur cause devant les Deux-Cents, avaient annoncé le dessein d'en appeler au Tribunal impérial. Fraenkli en tira un nouvel argument contre le système de Kistler: « Vous ne pouvez refuser de « vous soumettre au tribunal impérial puisque c'est de l'empereur que « notre avoyer tient les fiefs réunis à l'État. Mais comment serez-vous « reçus par un empereur dont nous, les Suisses, nous avons, comme « l'on dit, tué l'aïeul? »

Un historien d'une certaine importance, est Albert de Bonstetten, doyen de l'abbaye d'EinsiedeIn, qui a laissé divers ouvrages en latin et en allemand, entre autres une description de la Suisse, dont l'original est à Paris, et un récit des guerres de Charles le Téméraire en latin, dédié aux ducs d'Autriche et de Lorraine. On a aussi de lui le récit en latin et en allemand d'une visite faite à Nicolas de Flûe en 1485.

Au quinzième siècle appartenaient aussi ces chroniqueurs qui, pour embellir le berceau de leur peuple, imaginèrent sur les origines des Suisses toutes sortes de récits où Timagination joue un plus grand rôle que la réalité historique. iVinsi pendant que Pûntiner, d'Uri, dans un écrit de l'an 1414, qui n'est pas venu jusqu'à nous, prêtait une origine gothique aux habitants des vallées forestières, le Lucernois Jean Friind, greffier d'État et chancelier à Schwjz, faisait venir les Suisses de la Suède et de la Frise, et l'ennemi des Suisses, le Zuricois Haemmerlein, répondait à ces fantaisies ethnographiques par une autre en donnant pour ancêtres aux Confédérés une colonie de prisonniers saxons transplantés dans les Alpes par Charlemagne.

A la même catégorie d'écrivains se rattachent l'auteur anonyme du Livre blanc de Sarnen, Melchior Russ et Pétermann Etterlin, de Lucerne (1507), connus tous trois par leurs récits plus ou moins détaillés, plus ou moins légendaires des aventures de Guillaume Tell.

Le goût des choses historiques, si vif parmi les Suisses allemands, ne l'était pas moins chez leurs, voisins et alliés de la Suisse romande. Un

^ Voir Rodt, Twingherrenstreit^ 185 et suiv.

monument curieux de cette communauté d'esprit entre les deux pays, c'est le journal rédigé par les chanoines de Neucliàtel, depuis le XII"'^ siècle juscju'au temps de la réforme. Treize chroniqueurs, tous membres du chapitre, se transmirent une [)lurne érudite, judicieuse, naïve et parfois vivement colorée. Les trois pi-einiers écrivaient en latin et dans un sens plus favorable au comte (ju'aux bourgeois de Xeuchàtel, et aux ducs d'Autriche ([u'aux alliances de la Haute-Allemagne. Ceux qui suivirent, au contraire, employèrent tous le vieux français ou langue d'oïl, et se montrèrent grands partisans des ligues et de la liberté neuchîiteloise.

Dans cette mémorable famille de chanoines chroni(pieurs, trois noms méritent une mention particulière, ce sont ceux de I^ierre Marcquis, Pury de Rive et Hugues de Pierre.

Pierre IVIarcquis écrivait vers 1440. C'était une tête [)olilique remarquable pour son temps. Il fait voir beaucoup de sagacité dans l'appréciation du parti que pouvait tirer des victoires des Suisses le comte de Neuchc'Uel pour se rendre indé[)endant de l'empereur d'Allemagne et des princes de Chàlons, et dire comme messieurs des ligues: « Diku est

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