LES PEUPLES GERMANIQUES
éclairé des rois barbares et résidant à Ravenne. Les Burgundes, catholiques à leur entrée dans la Gaule, ariens plus tard à l'exemple des Visigoths* et un peu moins civilisés qu'eux, se firent céder d'abord le tiers des terres et le tiers des esclaves ^ Les Burgundes étaient un peuple à la fois chasseur, pasteur, agricole ^ Dans le partage fait avec les indigènes ou Gallo-Romains, les Burgundes se seraient réservé les contrées plantui'euses et giboyeuses et n'auraient laissé aux anciens habitants que les terres labourables et les villes ; ainsi l'a dit l'un des pères de notre histoire romande, Frédéric de Gingins, et on l'a répété après lui. Les Burgundes, ainsi que l'a révélé une étude plus attentive du texte de leur loi, devinrent au contraire les hôtes des anciens propriétaires et partagèrent jusqu'aux habitations elles-mêmes dont une partie dut être réservée à ces guerriers et à leurs familles. Pour faire les parts ou lots, on eut recours au sort, ce grand régulateur des litiges chez les peuples les plus éclairés de l'antiquité *.
Les Burgundes auraient également, selon Gingins, divisé le pays aujourd'hui nommé Suisse romande en sept contrées ou comtés :
Le pays de Yaud (la patria Vaudi des siècles suivants) ; — le Vully et la contrée d'Avenches; — le pays de Nugerol ou Neuchâtel ; — l'Uechtland (pays oriental ou pays désert), entre Fribourg et Berne ; — le pays d'Ogo ou d 'En-Haut, ou comté de Gruyère ; — le Vieux Chablais (de Vevey à Aigle) ; — et le comté de Nyon. Mais cette division, en ce qui concerne le V'"« siècle du moins, ne repose sur aucune base positive ou historique ^
La nation entière des Burgundes ne dépassait pas, selon certaines chroniques du temps, le chiffre de 80,000 hommes. Mais on a des raisons de supposer que c'est de 80,000 combattants ou d'une émigration partielle qu'il est question ici. La nation entière des Burgundes
^ Ils avaient embrassé le catholicisme à leur entrée dans les Gaules vers 419 et y restèrent attachés jusque vers 472.
^ Jahn, loc. cit.
^ Jahn, loc. cit.
* Binding veut même qu'on se soit servi d'une urne (loostopf), Jahn trouve l'assertion hasardée. Le premier de ces écrivains malmène fort Gingins qu'il appelle dédaigneusement un antiquaire suisse. Il paraît ignorer les grands services rendus à l'histoire par cet éminent écrivain en dépit de quelques erreurs de système qu'explique l'état des études historiques quand ses livres ont paru.
"" Le nom d'Uechtland, dont le sens est encore obscur, et qui désigne la contrée comprise entre Berne et Fribourg, ne figure pas dans les documents antérieurs au XI'"^ siècle. Le nom de Vaud (Civitatis Valdensis) est plus ancien, mais ne se trouve pour la première fois qu'au IX"^^ siècle (839). Jahn fait le nom de Vaud d'origine burgunde, II, 396.
LES l'KLPI.ES (iKR.MA.MQLT.S. 4^^
s'élevait, selon les calculs faits, à ::^()0,(J00\ Ce chiltre avait été un peu réduit par la guerre qu'ils soutinrent contre les Romains de la Gaule, puis par leur guerre mémorable contre les Hun>, à laquelle ils prirent part avec les Romains, les Francs et les Visigotlis. Mais par leur vaillance et leur taille de sept pieds, ces barbares imposaient aux Gallo- Romains réduits à se moquer entre eux à voix basse « de ces bandes « chevelues, voraces, sentant l'ail, chantant d'une voix rauque et avinée « les exploits de leurs ancêtres *. »
D'ailleurs, devenus les maîtres du pays, les Rurgundes se firent supporter par leur bonhomie, leur respect [)Our la civilisation romaine et par leur tolérance religieuse.
L'écrivain espagnol contemiiorain Orose a cependant un peu exagéré quand il a dit qu'ils traitèrent les indigènes et les Romains moins en sujets qu'en frères '\ Le second partage (ju'eurent à subir les anciens habitants, par suite de l'arrivée de nouveaux hôtes linrgundes venus tardivement des bords du Rhin, n'était pas fait pour adoucir les inconvénients du premier, et la |)Ossession des terres incultes fexarta) donna lieu aussi à de nouveaux tiraillements. Le i-oi (\e< Rurgundes dut intervenir pour réprimer les prétentions excessives et les empiétements des Farmnans, qui formaient probablement la noblesse militaire chez les Rurgundes *. Ce nom de Fdrmmms ne se trouve que deux fois dans la loi Gombette et a été l'objet d'interprétations assez diverses. Frédégaire, au VH'"^ siècle, parlait ^h> Fmons ou nobles burgundes dans un sens ii peu près analogue à celui (jue nous doniioiis ici. Selon d'autres écrivains, le nom de Faïamiins désignerait toiil >inqtlenieiit la classe aisée de cette nation gei'manicjue.