HISTOIRE EXTÉRIEURE DE LA SUISSE
A la fin du XYII"^* siècle, la renommée des Confédérés engagea plusieurs des souverains de l'Europe à suivre l'exemple des papes et des rois de France et à se donner une garde du corps, composée de cent Suisses. Ainsi firent l'empereur d'Allemagne, le duc de Savoie, les électeurs de Saxe, de Hesse et celui de Brandebourg qui prit le titre de roi de Prusse en 1701.
Cette époque voit de grands changements s'opérer dans l'organisation des régiments capitules, par Tintroâuction de Tuniforme et de la baïonnette au lieu de la pique. Alors aussi paraft Vhabit rouge, costume obligé du soldat suisse au service des rois, symbole de vaillance et de fidélité, mais aussi de servilisme aux yeux des peuples.
C'était l'opinion de l'Europe beaucoup plus que la sienne propre qu'exprimait le philosophe et patriote napolitain Gampanella, lorsqu'il adressait aux Suisses du XVII'"^ siècle ces paroles indignées dont nos montagnes ont si souvent redit l'écho depuis lors : « Si la liberté, don « divin, vous rapproche du ciel plus que vos sommets élevés, ô rochers ^ alpestres ! pourquoi chaque tyran emploie-t-il les bras de vos fils pour
< maintenir les autres nations dans l'esclavage? Pour un morceau de
< pain, ô Suisses! vous répandez à flots votre sang, sans penser si c'est
< à tort ou à raison que vous le faites. C'est pourquoi l'on méprise
< voire valeur. Oh ! redevenez Ubres en vous unissant avec les héros. » Au XVI"* siècle déjà, dans son célèbre livre intitulé Utopia, Thomas Morus, l'illustre chancelier d'Henri VIII, et l'ami d'Érasme, avait flétri, en termes mordants, la vénalité des Suisses et l'habitude honteuse qu'ils avaient prise de s'entr'égorger, sous des drapeaux différents.