‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 14 sur 127 · HISTOIRE EXTÉRIEURE DE LA SUISSE · texte numérisé non relu

HISTOIRE EXTÉRIEURE DE LA SUISSE

la diète, il consentit avec un Erlach et un Moilondin à faire partie de rarmée qui envahit la Franche-Comté (i 668) et renvoya sans le décacheter le pli qui lui enjoignait de s'abstenir. L'indignation que le procédé de Stouppa causa dans plusieurs cantons était telle qu'il fut question de mettre sa tête à prix et de le pendre en effigie. Un autre chef du parti français dans les Grisons était Hercule de Salis, auquel la France donnait 12,000 livres par an et qui en accusait réception en ces termes laconiques : « J'ai reçu la mousseline. »

Pendant que 32,000 Suisses combattaient pour Louis XIV, 22,000 autres, la plupart protestants, servaient sous les drapeaux opposés ou indépendants de Venise, de la Savoie, de la Hollande et de l'Autriche. L'échec de Rapperschwyl n'avait point ôté au général Werdmuller sa renommée militaire. Honoré du titre de général en chef de l'armée vénitienne, on le voit commander avec éclat en Candie et en Dalmatie et siéger au sénat de cette république à la droite du doge comme les généralissimes (1666). Le duc de Marlborough et le prince Eugène louent dans leurs mémoires, comme dans leurs ordres du jour, la conduite intrépide des régiments suisses pendant toutes les grandes campagnes delà guerre delà succession d'Espagne, de 1701 à 1710. A la tête de 11 ,000 Suisses, Cappol des Grisons, Hirzel de Zurich, Sacconay de Vaud, les Bernois Tscharner et May et le Neuchâtelois de Chambrier, rendirent des services signalés à la coalition anglo-autrichienne. A filenheim, trois Montmollin restèrent sur le champ de bataille. A Malplaquet, le régiment vaudois de Mestral eut tous ses officiers tués sur le champ de bataille et fut rallié par un enfant héroïque, Noé de Crousaz, mort lieutenant général au service de Saxe. On avait vu dans cette journée, une des plus sanglantes de cette guerre, les Suisses du même canton, enrôlés sous des drapeaux opposés, se battre avec fureur les uns contre les autres. Le service d'Autriche illustra le général zuricois Burkii, seul Suisse qui soit parvenu au premier grade des armées impériales, celui de général feld-maréchal. Le second grade, celui de général d'artillerie, a été conféré à deux SaUs, à un Sprecher des Grisons et à Jean Frédéric de Diesbach de Fribourg, créé comte de l'empire en 1718 et prince de Sainte-Agathe en Sicile en 1720.

Élève des deux célèbres amiraux Tromp et Joël, Jean-Louis d'Erlach, de Berne, remplaça le dernier comme vice-amiral des flottes danoises, ei contribua à la conquête de l'ile de Rugen. Le Genevois Le Fort s'éleva plus haut encore au service des czars de Russie. Pierre le Grand, dont il était le conseiller fidèle et le confident le plus intime, le nomma feldmaréchal et amiral, et enfin son premier ministre après la prise d'Azow

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sur les Turcs. Le Fort mourut à Moscou, le 12 mars 1699, trop tôt pour la gloire de son impérial ami, auquel ce Zopyre et ce Ginéas du czar, comme l'appelle son épitaphe, avait épargoé plus d'un crime, le meurtre de sa sœur Sophie entre autres \ Un fait curieux et important pour l'histoire militaire et qui n'a pas été relevé jusqu'ici, c'est la part que les Suisses ont prise à la ghrietêse révolutian d'Angleterre en 4 688. Parmi les 14,000 hommes qui suivaient Guillaume III d'Orange dans cette grande entreprise et qui débarquaient à Torbay, le 5 novembre, figurait à côté des Anglais et des Hollandais, une longue colonne de fantassins barbus de la Suisse, selon l'expression du célèbre historien Macaulay\ Et par un contraste frappant, dans le cortège qui, le 7 janvier i 689, reçut en France Jacques Stuart, détrôné et fugitif, les hallebardiers suisses de Sa Majesté très chrétienne figuraient autour de la famille royale et de la haute noblesse accourues au-devant du roi d'Angleterre.

Pendant la guerre de la succession d'Espagne, dans la nuit du 20 août 1709, Mercy, général de l'empereur, traversa le territoire bàlois avec 2,400 hommes, pour pénétrer en Alsace. Sa tentative ayant échoué, il fut battu et refoulé sur le territoire helvétique où la miUce qu'on avait enfin levée reçut à coups de fusil les Impériaux qui se montrèrent près de Bàle. Mais le gouvernement de ce canton, alors hostile à la France comme tous les cantons évangéliques, n'ayant montré aucune décision et celui de Zurich même une certaine complaisance pour l'ennemi, les cantons catholiques jetèrent les hauts cris et en prirent l'occasion de déserter la diète pendant deux mois. L'ambassadeur de France, Du Luc, accusa Bâie de partialité révoltante. Graignant envers cette ville, les cantons évangéliques réunis y envoyèrent une garnison. Gependant tout se borna à la rupture des relations commerciales pendant un laps de huit ans.

Au moment de la seconde guerre de Villmergen, Golbert de Torci, le neveu du grand Golbert et ministre de Louis XIV, prêta l'oreille au projet d'un Suisse qui eût voulu faire du pays de Vaud un quatorzièmecanton et du Vallais un quinzième. Mais ce projet échoua devant l'opposition de l'ambassadeur Du Luc. Ge dernier était cependant loin d'être un ami de la Suisse, et reprit plus tard pour son compte le projet de démembrer le canton de Berne, le plus puissant des États évangéliques et partant le plus redoutable aux intérêts de S. M. T. G.

* Voir sur LeFort : Moritz Posselt, Der General und Admirai LeFort, 1866, 2 vol.

* Macaulay, Histoire d^ Angleterre depuis Pavènement de Jacques II, traduit par M. de Peyronnet. Paris, 1S5S, II, p. 370, 454. Edit. Tauchnitz, m, 292.

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