‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 45 sur 127 · ANNEXION D£ GENÈVE A LA FRANGE · texte numérisé non relu

ANNEXION D£ GENÈVE A LA FRANGE

commaDdait l'avanl-garde ne parle que d'un drapeau; il mentionne aussi, il est vrai, les huit eents morts et les vingt pièces de canon. Les trois mille prisonniers, en revanche, ne figurent pas dans cet écrit \

Avec la chute de la vieille Confédération suisse coïncidait presque celle de Genève, son ancienne alliée, dont le Directoire français tranchait un mois et demi après, avec la même astuce, l'existence cinq fois séculaire.

Convaincu que la population genevoise, tant qu'elle serait libre, resterait fidèle à son ancienne devise : nous maintiendrons, il résolut de prendre cette ville par la famine. Dès le mois de décembre 1 797, le gouvernement français, d'accord avec son résident Desportes, entoura la petite république de toutes sortes de vexations, d'entraves et de prohibitions douanières qui ne laissaient à la population d'autre ressource pour s'approvisionner que la contrebande. Les réclamations des magistrats genevois demeurèrent infructueuses. Des citoyens dénaturés, comme l'avocat Jacques Grenus, excitaient le Directoire à s'emparer de leur pays par la force brutale. Le résident Desportes espérant en venir à ses fins par la séduction, faisait miroiter aux yeux des Genevois toutes sortes d'avantages : Genève transformée en chef-lieu de déparlement français, deux millions prêtés à la fabrique, le Rhône rendu navigable, le commerce avec la France favorisé par de nombreuses commandes, l'ordre et la paix régnant dans la cité, troublée si longtemps par les querelles intestines. Mais voyant la majorité de la population rester sourde à ces brillantes perspectives. Desportes se décida à employer la violence. Le dimanche 15 avril, pendant que le Conseil général délibérait au temple de Saint-Pierre sur les propositions du résident françal**, seize cents hommes de troupes françaises, commandés par Girard le Vieux, ancien exilé genevois, pénètrent à midi et demi par les trois portes de la ville, montent à l'hôtel de ville au pas de charge, braquent des canons et placent des sentinelles au milieu des gémissements du peuple opprimé. Le soir même Desportes écrivait au Directoire : « Genève est dans « l'allégresse. » Le fait est qu'une trentaine de citoyens seulement, sur quatre-vingts réunis dans la commune en commission extraordinaire, votèrent la réunion. Vingt s'abstinrent, vingt déclarèrent la motion illégale.

C'est ainsi qu'au nom de la liberté, la petite république genevoise succombait à la perfidie et à la violence, comme celle des cantons, ses alhés et protecteurs.

* StOrler, Âctenstûcke. Archiv fur schweîz. Gesckiehte^ XII, 339.

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