‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 46 sur 127 · ANNEXION DE GENÈVE A LA FRANGE · texte numérisé non relu

ANNEXION DE GENÈVE A LA FRANGE

L'annexion de Genève à la république française semblait devoir être précédée de celle des bailliages italiens, formant aujourd'hui le canton du Tessin, à la république Cisalpine. C'était, comme on se rappelle,

l'idée de Bonaparte en 1797.

Au mois de février de l'année suivante, après la plantation d'arbres de liberté, aux couleurs italiennes, à Mendrisio et Lugano, 250 soldats cisalpins partis de Campione, débarquent le i 5 à Lugano. Plusieurs d'entre eux pénètrent, la baïonnette et le pistolet au poing, dans la demeure des deux commissaires que la Diète suisse avait envoyés, Stockmann d'Unterwald et Tobie de Buman de Fribourg. Mais un corps de volontaires, formé par les commissaires et les paysans des environs de Lugano, dévoués à la Suisse, se précipitent sur les envahisseurs et les forcent à se rembarquer, après une heure de combat, où il y eut un volontaire tué et plusieurs Cisalpins blessés.

A Mendrisio, le parti suisse l'emporte aussi momentanément sur les Cisalpins. Appelé par le général Brune à voter sur la question de savoir s'il voulait être suisse ou cisalpin, Mendrisio en majorité vote pour la Suisse. Mais tout en voulant rester suisse, le peuple des bailliages ne voulait plus du régime qui avait pesé sur lui. Le jour même où les Cisalpins étaient chassés de Lugano, 2 à 3000 hommes, dirigés par l'avocat Pérégrini, s'attroupaient devant la demeure des commissaires et demandaient qu'on reconnût leur indépendance, qu'ils appelaient la liberté suisse ; les commissaires ayant répondu que leurs instructions ne les autorisaient pas à cette déclaration, il y eut un grand tumulte suivi de l'installation d'un gouvernement provisoire. Un arbre de liberté s'éleva surmonté du soi-disant chapeau de Guillaume Tell aux plumes blanches et rouges. Les commissaires craignant d'être violentés, s'éclipsèrent l'un après l'autre et l'indépendance des bailliages italiens dut être reconnue de fait par une commission de la Diète siégeant à Zurich *.

C'est ainsi qu'au milieu de la crise d'une révolution, un peuple que s.i langue, ses habitudes, sa position géographique, non moins que les exactions de ses baillis suisses, devaient jeter, comme les Valtelins, dans les bras de la république Cisalpine, demeura attaché à la Suisse, préférant la liberté helvétique à celle de ses frères de langue et de race.

> Meyer de Knonaa, Eidgen. Ahschiede de 1778 à 1798. L*acte d'affranchissement des baiUiages d'Outremont, antidaté du 15 février, se trouve à page 696. — Voir Schuler, Thaien ttnd Siiten der Eidgenossen, V, 227.

Page 1