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Histoire de la Confederation Suisse

Bientôt les Suisses pourront lire Thistoire de leurs ancê^ très retracée, jusques aux derniers temps , dans un récit simple, noble et sincère; ils le devront à la liberté. C’est la liberté qui donne à un peuple une patrie. Elle donne à tous les élans un but, à toutes les industries un essor, à tous les sentimens une voix; elle inspire une sympathie pour toutes les souffrances; elle fait vivre et mouvoir une nation tout entière et répand dans ses veines des sentimens de dignité, de moralité et de paix; elle lui rend cher le passé et la remplit d’espérance dans l’avenir; et de la sorte, elle lui, crée des historiens. 11 se présente de ces hommes aimant l’étude, les savantes recherches et cette sagesse que l’expérience donne. Ils s'inspirent à la vue d’actions dignes d'étre gravées dans la mémoire des hommes. Ils font revivre aux yeux du peuple attentif la vie de ses pères. Lu liberté, s’ils la comprennent j les affranchit d'un langage servile envers le peuple ou les grands. D’une voix pleine de* vérité et forte de la puissante grandeur des évènemens ils font pénétrer jusque chez les hommes les plus simples de graves, dé solennelles leçons.

C’est avec la conscience de cette haute mission de l’historien que Jean de Muller a écrit son histoire des Confédérés. L’œil calme et Tàme brûlante, il s’est avancé à travers les anciens âges, sans jamais presser ni ralentir son pas, interrogeant avec un pieux respect tous les débris, témoins de la vie de nos pères, et faisant souvent jaillir de vives lumières des découvertes les plus simples. Les qualités qui constituent '

II IIISTOIllE DE LA SUISSE,

le grand historien se sont rencontrées chez lui à un degré auquel elles se trouvent rarement unies : la candeur avec la pénétration ; une grande force de tête avec une extrême sensibilité; une mémoire prodigieuse avec une imagination mobile et puissante ; une singulière abondance avec le don de savoir exprimer sa pensée d’une manière concise, forte, sentencieuse. Familier dans toutes les parties du champ de l’histoire, il a versé sur celle de sa patrie, comme un butin pris sur l’étranger, le riche trésor de connaissances et de philosophie pratique qu’il avait conquis par l’étude approfondie des Annales de l’humanité. Jeté loin de la Suisse par l’inquiète ardeur de son âme , Muller n’a point cessé , dans les cours étrangères et au milieu des préoccupations les plus graves, de travailler à l'histoire des Confédérés. Ce travail était son délassement et sa joie comme il est devenu sa gloire. Un jour qu’il y cherchait l’oubli des pensées qui l’agitaient, il reçut une lettre d'un des nombreux amis qu’il avait dans la Confédération; ces amis voulaient demander à la Diète qu’elle fît une pension honorable à l’historien de la Suisse et qu’elle le mît dans la position de pouvoir achever son travail en paix, au sein de sa patrie. Muller répondit :« La pensée que vous avez, ô mes amis, sufhrait à honorer notre Suisse aux yeux des nations; il est glorieux qu’elle vous soit venue en des temps comme ceux-ci. Pour moi, je consentirai à unit ce qui pourra me faire atteindre le but auquel j’ai consacré ma vie. > 11 écrivit ces mots dans le courant de mai, et le 8 juin suivant, la Diète reçut la nouvelle de'sa mort. Il avait retracé les âges héroïques de la Suisse , et laissait son œuvre inachevée à l’époque qui suivit celle des guerres de Bourgogne et aux jours de la convention de Stantz.

Que deviendra cette œuvre si glorieusement oommencée ? se trouvera-t-il un écrivain qui (>se en entreprendre la continuation Un jeune Soleurois le tenta. 11 releva le burin tombé de la main du génie. Gloutz aimait l’élude ; il aimait sa patrie, et plus encore la vérité. Mais les premières scènes

qu'il eut à décrire se trouvèrent être des scènes de comip-

AVABT-PBOPOS DU THADUCTBOB. I«

tion et de désordre , dont la gloire militaire ne lavait pas le crime à ses yeux. L'obligation de retracer la dégénération des Cbtifédérés pesa sur son cœur honnête et sensible. Il ne s’en appliqua pas moins à sa tâche avec un zèle infatigable. Il écrivit , le cœur serré , l’histoire des guerres de Souabe et des , premières campagnes d'Italie. Il avait à peine achevé que la mort le saisit à son tour.

Voilà donc cette histoire des Suisses une seconde fois in* terrompue , et c’est à l’époque la plus mémorable peut-être des Annalesdenotre patrie. Les Confédérés, parvenus au plus haut point de leur gloire, venaient de prendre parmi les puissances européennes un rang qu’ils n’ont occupé que peu d’années. Suivant qu’ils inclinaient le bras, ils faisaient pencher la balance pour la France ou pour l’Empereur. On ne croyait pas alors qu'une armée pût être vaincue, quand elle avait dans ses rangs la phalange des Cantons. Tous les ans on voyait des ambassadeurs, choisis parmi les princes, se présenter en Diète pour solliciter humblement les secours et l’alliance de la Confédération. A l’intérieur, la Suisse était violemment agitée par ces sollicitations des princes et par leurs intrigues corruptrices. Bientôt elle le fut plus puissamment encore par la réformation de l'Église. La réforme remuait à la fois les consciences et les intérêts; aussi soulevat-elle toutes les passions politiques en même temps que tous les sentimens religieux. Elle créa tout de nouveau. Elle mit à l’épreuve les hommes et les choses. La nation fut émue plus profondément qu’elle ne l’avait jamais été. Toutes les classes ‘de la société se montrèrent sur la scène : le soldat avec ses chefs, le simple maitre d’école avec les princes de l’Église, les Communautés aussi bien que les Conseils. Les Étals divers de la Confédération , après avoir vécu long-temps d'une vie commune, se divisèrent, se personniBèrent et parurent en scène chacun avec son costume et son allure individuelle. Les villes se distinguèrent des démocraties, et les peuplades régies par la coutume de celles qui se gouvernaient par des lois. Les cités se dessinèrent plus nettement les unes d’avec les

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autres. Il devint de plus, en plus facile de reconnaître Zurich' à son amour de la sagesse et de la science ; Berne à sa marche Hère, souple au besoin, toujours politique; Bâle au long souvenir qu'elle garde des bienfaits comme des injures. On retrouvait sous ces différences des traits communs : ce mélange de calme et de passion, de cordialité et de rudesse, de bon sens et de grossièreté , qui forme le caractère de la nation Suisse. Ces traits , au xvi* siècle , étaient encore fortement prononcés. Ils n'avaient rien perdu de l’originaUté des vieux âges , quand les lettres restaurées vinrent donner le moyen de les saisir, de les graver et de les conserver à la mémoire. Jusqu’alors chaque siècle n’avait laissé en héritage aux siècles suivans que des documens peu nombreux, incomplets, alliés à beaucoup de fables, écho faible et brisé des temps dont ils rendaient témoignage; mais dès cette époque les Mémoires, les pièces officielles et tous les écrits par lesquels le souvenir d’un âge se transmet aux âges subséquens, se multiplient. Ils accroissent, il est vrai, la tâche de l'historien ; mais ils lui donnent aussi les moyens d’être plus vrai, plus complet, et de n>icux caractériser ses tableaux. Ainsi se présente cette époque, pleine de vie, de la Béformation : époque d’un intérêt d’autant plus grand pour nous qu’elle a créé l’ère de laquelle nous sortons , et que la révolution dont nous venons d'être les témoins, doit sous plus d’un rapport être considérée comme la continuation de celle du xvi‘ siècle. Quant au moment d’en faire le tableau, il paraissait être venu. L’acte de notre histoire, à la tête duquel la Béformation se trouve , était accompli avec le xviii* siècle. 11 était devenu possible d’en juger les évènemens dans leur ensemble et avec impartialité. Une secousse nouvelle, en ébranlant à nos yeux les entrailles de l'Helvétie, venait de permettre à l’historien de lire dans le cœur de la nation et de comprendre les passions de nos ancêtres en les rapprochant de celles qui nous ont agités. Il re restait donc plus qu’à rencontrer un homme qui eût vocation d’historien ; d’une érudition qui embrassât le mou-

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