‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 2 sur 234 · AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR. V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR. V

vement européen de l’époque et cette multitude de docu-> mens qui nous ont été conservés sur le xvi* siècle; un homme habile à faire revivre le passé , patriote et pourtant impartial, qui fût du parti du progrès, mais aussi de celui de la sagesse. Il fallait qu’il comprît les faits par le cœur autant que par l’imagination, et qu’il sût les montrer dans les. rapports élevés sous lesquels la religion les fait voir. Chers Confédérés, vous jugerez si cet homme s’est rencontré dans M. Hottinger. '

J’ai commencé la traduction de son ouvrage sans avoir l’intention de la publier; je in'en occupais comme d’une étude, lorsque j’ai été conduit à la pensée de vous offrir le fruit de mon travail. Il m’a paru qu’indépendamment de l’intérêt particulier que peut offrir le narré' de l’époque la plus animée de l’histoire Suisse, l’ouvrage de M. Hottinger n’est pas dépourvu d’un intérêt général. 11 renferme des recherches nouvelles, des faits qui jettent un nouveau jour sur la grande révolution du xvi’’ siècle et quelques scènes historiques qui n’ont pas encore été retracées avec autant de clarté, de précision et de relief; j’en citerai comme exemple les batailles de la Bicoque et de Pavie. Sous ces rapporta, j’ai cru qu’il pourrait intéresser même des lecteurs étrangers à nos Cantons. Toutefois, en poursuivant ce travail, c’est vous surtout que j’ai eus devant les yeux, Confédérés de la Suisse française! C’est à vous que j’adressais ces pages de l’iiistoire de notre patrie. Avais-je à retracer des faits glo rieux, je me plaisais à voir le nom Suisse élevé, par la pensée que vous, qui portez ce nom, seriez incités à vous en rendre dignes. Arrivais-je à des jours de désordre et de malheur, il y a ici , me disais-je , un avertissement que la voix de nos pères donne à la génération présente , d’éviter l’écueil contre lequel leur prudence est venue se heurter, üevais-je montrer la Confédération déchirée et près de se dissoudre, je songeais à ce dont nous sommes les témoins, et j’appelais de mes vœux le jour où , comme il arriva jadis , ces querelles entre frères viendraient s’apaiser sur le sein

Yl HISTOIRE DE LA SUISSE.

«l'une mère commune. Je m'unissais aussi à vous par la pen- 8(^e, pour recueillir l'héritage d'instruction que nos ancêtres nous ont légué avec les souvenirs de leur vie , et j'ai retrouvé dans les récits de Hottinger les mêmes vérités qui ressortent des tableaux de Jean de Muller : c’est que la vie de .notre Confédération n'est pas d'avoir les Alpes pour rempart et le Rhin pour ceinture; nous avons vu le Rhin franchi et les Alpes foulées par l'étranger. Elle ne consiste pas dans l’égale étendue des Cantons ou dans une parité de cuir ture enlr’eux; il y avait dans l'ancienne Confédération, au temps quelle se montra la mieux unie, des villes puissantes , parvenues à un haut degré de civilisation, et ces villes étaient les alliées de tribus peu nombreuses, étrangères aux arts, ^ la science, au développement qui accompagne la richesse. Ce n’est pas non plus la conformité du langage, ou celle du culte, ou celle des formes du gouvernement, qui est la condition de vie de nos alliances ;on a vu, quand l’esprit Suisse venait à soufOer sur les membres dissemblables des vieilles ligues, tous ces membres se mouvoir en uii corps, Berne couvrir Genève de son drapeau, Schwitz servir de bouclier au prince-abbé de Saint-Gall et les Glaronnais ouvrir un même temple à l’usage des deux communions. C’est l’esprit suisse qui est la vie de notre Confédération. C’est lui qui ramène les formes à l’unité, qui fait ployer les exigences locales et qui rallie tous les intérêts au grand et commun intérêt, celui de la patrie. Il grave dans les cœurs ces vérités simples et fortes, sur lesquelles notre existence repose : c’est que notre sûreté est de vivre en frères; notre diplomatie, dp savoir mériter l’estime de l’étranger; notre politique, de nous présenter toujours à lui comme un seul homme, et notre victoire de ne nous appuyer ni sur l’Autriche ni sur la France, mais sur Dieu, le vrai rocher de nos tribus. Voilà, chers Confédérés, ce que j’ai lu, gravé dans le langage des faits, sur les pages que je vous présente, et c'est ce qui m'a porté à les mettre sous vos yeux. J'écris sur les bords du Léman. Pour savoir de quel prix est pour nous le

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AVAHT-PBOPOS DU TRADUCTEUR. Vil

lien qui nous unit aux Cantons, il m’a suffi de porter mes regards autour de moi. Là, sur la rive opposée, j'ai vu , sur une terre féconde, des habitations dair-semées , un peuple pauvre et courbé; ici, sur notre heureux rivage, j’ai vu le sol forcé à se montrer fertile ; j'ai rencontré des villes nombreuses, la civilisation, l'abondance, les hymnes de reconnaissance et les chants de liberté. Il ne m’en a pas fallu davantage pour reconnaître- ne que nous devons à notre titre de Confédérés et la sainteté des obligations qui m’attachent à ma patrie. C’est dans ce sentiment que je vous apporte mon tribut. Si, dans son imperfection, cet écrit pouvait contribuer à ce que nos ^Cantons se connussent mieux les uns les autres ; s’il servait à accroître le trésor de leurs souvenirs communs et de leurs expériences communes; s’il avait quelque puissance pour rallier les cœurs au nom suisse, non comme à la vaine abstraction de vingt-deux chiffres isolés, mais comme au nom sacré autour duquel viennent se ranger toutes les gloires du passé et toutes les espérances de l’avenir, mon but aurait été atteint. Car le vœu de mon cœiir est de voir ma patrie remplir parmi les peuples la belle destination que la Providence lui assigne : celle d’être une barrière entre les grandes nations ; un asile de paix au milieu d’elles; d’offrir au monde le spectacle de peuplades armées , et néanmoins tranquilles, faibles sans connaître la crainte, cultivant les lettres, les arts, tous les nobles exercices, confondant dans le service de Dieu et dans celui de la patrie les dissemblances de leurs langages , de leurs cultes et de leurs usages divers.

Avant de finir, je dois à la vérité de dire un mot sur cette traduction. Elle est, à quelque égard, moins une traduction qu’une composition nouvelle. M’adressant à un public français , J’ai cru devoir briser les formes d’un idiôme étranger et m’abandonner aux mouvemens naturels à notre langue. Mais plus j’ai pris de liberté sous ce rapport , plus je me spis attaché à rendre consciencieusement les faits tels 4{ue l’Iiistorieii allemand les rapporte et à les reproduire'dans l’esprit

HISTOIRE I>n LA SUISSE.

qui les lui a dictés. M. Hottinger, à l’amitié duquel j’ai <leniaiidé de revoir mon travail, l’a jugé lui-méme fidèle à sa pensée. Il n’a pas désapprouvé quelques additions et des relranchemens assez nombreux. Les détails retranchés sont ceux qui m’ont paru ne pouvoir intéresser des lecteurs français au même degré que nos confédérés de la Suisse orientale. C’est par un motif pareil que j’ai cru devoir abréger, supprimer ou fondre dans le récit les notes fort nombreuses qui accompagnent le texte allemand.

Avril 18S3,

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