‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 126 sur 234 · DE LA DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIÈME SECTION

(iCBiT 1829).

Voici la seconde section de l’histoire des Confédérés au temps de la Réforme : histoire dont la ressemblance avec celle de l'époque où j’en trace le tableau me frappe plus vivement de jour en jour. C’était comme aujourd’hui la liberté qui répondait à l’élan des intelligences; à sa suite venaient les discordes avec les bénédictions; les peuples montraient un sens droit, les savans s’épuisaient en théories, la politique se berçait d’illusions. D’un tôté l’on voyait une génération nourrie d’idées nouvelles, forte, confiante, souvent présomptueuse; d’autre part étaient l’âge, l’expérience, et les hommes qui , devenus méfians , voyaient avec un serrement ■de cœur tout se mouvoir et tout mourir autour d’eux. C’était ce dont nous sommes les témoins. Toutefois , plus heureux que nos pères, nous n’irons point de l’arène des débats intellectuels nous jeter dans la carrière ensanglantée des batailles; puissent du moins les avertissemens de l’histoire nous en préserver!

Au seizième siècle, ce furent les barrières que le sacerdoce opposait à l’émission des sentimens les plus sacrés que l’on vit crouler à la voix de Dieu ; de nos jours on rompt les chaînes qui tenaient captive l’expression des besoins du citoyen. Les peuples se refusent à être mus au gré de quelques hommes fortunés, qui se nomment, non leurs représentans , mais leurs maîtres ; non leurs guides ou leurs frères , mais leurs dominateurs. L’intelligence recouvre ses droits impres-

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criptibles. La liberté , au franc langage, se montre de nou* Yeau dans tes Yalhons, ô ma patrie, elle, que les fondateurs de la Confédération ont cultivée si soigneusement, et sans laquelle ils n'eussent ni vaincu dans les batailles, ni formé une nation. Elle reparaît, rendue plus puissante par tout ce que le développement de l'humanité a ajouté à la force de chaque homme. La voici avec des bienfaits nouveaux , mais d'autant plus entourée de dangers que son pouvoir est plus grand. Ses progrès seront ceux de l'éducation du peuple. Gouverneurs du pays, votre sûreté aussi bien que votre devoir sera donc de travailler à celte éducation.

Mais en quoi l'éducation d'une nation consiste-t-elle ? Estce à dresser le peuple à tel ou tel art, à le ployer à tel ou tel système, à le former aux disputes d'une scolastique nouvelle.^ ou n'est-ce pas plutôt à développer religieusement ses élémens de dignité et de vie, à rendre la patrie forte par l'amour des citoyens, à y travailler surtout par l'autorité de l'exemple ? Le peuple se conduit à l’imitation de ceux qui le gouvernent. Ne souffrez donc point, ô chefs de ma nation , que vos cœurs se remplissent d’une indigne méfiance envers la jeune génération , envers ses efforts et ses progrès. Mieux vaut laisser de nouveau retentir dans vos Conseils la voix de. la Uberté , à laquelle le Suisse ne cessera d’étre rappelé par l’histoire de son pays, par son sentiment républicain et par la sublime grandeur de la nature au sein de laquelle il vit. Toute franche exposition de vos motifs de conduite, tout appel au sentiment national , tout blâme sévère versé par vous sur des traits d’égoïsme chez des Confédérés , tout acte d’une résistance à la fois ferme et modeste opposée à d’orgueilleuses instances de la part de l’étranger, tout fait semblable sera répété de ville en ville et de village en village j il sera redit jusque dans, les demeures les plus reculées des bergers ; il ira y réveiller le souvenir de temps glorieux, et il ralliera deux millions de Suisses autour de chefs dignes de l’amour d’un peuple libre.

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