AVANT-PROPOS DE LA II' SECTION
Suisses des deux confessions ! il nj a pas cinquante ans qu’on n’eût pu , dans notre patrie, écrire avec indépendance l’histoire de la séparation des Églises. Tout blâme jeté sur son propre parti , toute sincère appréciation des mérites du parti contraire, eussent été appelés du nom d'apostasie. Si des vues plus élevées sont aujourd'hui le partage, sinon du commun des hommes, au moins des classes éclairées , c'est encore à la liberté qu’on le doit. Aussi , Ministres de Christ , est-ce à vous surtout que sied un libre langage. C'est à la parole, sortie d'un cœur régénéré par l'étude fidèle des Saintes-Écritures, c’est à cette parole de vie et d'amour qu’il appartient de briser les chaînes qui lient les âmes à la terre. Elle donnera la force et la paix en donnant la foi. Plus puissante que les arrêts et que les décrets de bannissement, c’est elle qui ramènera hors des conventicules , comme elle retirera des plages arides où se traîne l’incrédulité, cette multitude laissée sans pasteur. Vous verrez le peuple se reporter vers les temples , ainsi qu’on abandonne la clarté de pâles fiambeaux , quand le soleil , dans son éclat , vient se montrer sur l’horizon.
Confédérés de tous les Cantons, de toutes les classes et de tout âge! il faut à la patrie un renouvellement. Les événemens qui ont rempli les dernières années l’ont rendu inévitable. Aucune résistance , fût-ce celle des plus puissans de la nation , n’arrâtera le cours des esprits. L’opinion publique jugera dorénavant les faits et les discours , le peuple et les gouvernemens. Ne croyez pas pour cela que le règne de la patrie et de la liberté soit venu. Voyez le flambeau dans les mains d’en fans nonmoinsque dans celles d’hommes mûrs; et lisant les pages qui vont suivre, considérez comment d^â naguère la liberté, conquise par d’héroïques efforts , a été souillée par les excès , l’orgueil et l’impatience. Elle a fléchi dans son élan trop inconsidéré; menacée de toutes parts, c'est à grand’peineetau prix du plus noble sang qQ’elle a obtenu grâce pour son audace, 11 lui a fallu attendre durant de
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longs jours poufr voir son étoile se lever de^honvea». Courage donc, mais pour une œuvre pleine de difficultés j car c’est peu d’avoir vu le jour de la liberté si l’on ne demeure digne d’elle. C'est l’épreuve qui vous attend, écrivains du jour, les orateurs, ou, pour dire comme vous, les avocats du peuple. Un regard jeté sur le tableau que je vais tracer , vous servira peut-être à sortir de cette épreuve avec honneur. Le peuple était au seizième siècle travaillé profbndëment, et en sens divers, jusque dans la chaire, au sein des assemblées publiques et par mille écrits que versait incessamment là presse infatigable. La liberté se montrait sous toutes les formes, ici sérieuse et grave, là légère et s’abandonnant jusqu’à oublier la pudeur; 'tantôt fière et exigeante, tantôt douce, conciliante et riche en instructions. Vacillante, elle donna naissance aux partis; aucun ne fut exclusivement celui de la vérité , car s’il l’eût été, il eût triomphé infailliblement; à de la pureté dans les intentions ils alliaient tous des vues personnelles qui prirent peu à peu le dessus, Us allèrent vider leurs différends sur les champs de bataille; où la victoire fut incertaine , où la nation perdit le plus put de son sang , et d’où elle ne se releva que pour languir pendant des siècles entiers. ' > ; 1 il.ligù jskii
'Quel a cependant été le jugement 'de la postérité' imqn^ tiale sur les hommes qui alors agirent , écrivirent ou parlèrent.? Elle a couvert d’une sévère ignominie tout coqüe l’égoïsme et la passion ont fait sous le masque de la religion et dê la liberté,' et tout ce que la présomption a tenté au mépris des leçons de l’histoire. Il n’est demeuré que ce qui survit aux tempêtes ,’ que ce 'qui parle encore aujourd’hui aux cœurs de la nation, que ce qui d’âge en âge sera en bénédiction pour elle : des fruits’ d’une foi sincère , des paroles dites sans orgueil et-'sans faiblesse, 'des actions inspirées par l’amour et par un généreux dévouement. Ces œuvres survivront seules ; avec les constantes consolations , gages de la vie étei^ nelle. Songez -y, écrivains de notre âge, vous que l’affran-