‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 135 sur 234 · LIVRE VII. PART. III. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. III. CHAP. I

mestre Peyer rassembla d’un autre côté, au son du tocsin , les citoyens fidèles au gouvernement ; la grosse artillerie sortit de l’arsenal, et Peyer commanda l’attaque. « Non, disait-on dans les rangs, la chose est impossible, nous n’immolerons pas nos frères; justice doit être faite aux vignerons ; » et cependant on franchissait les limites du couvent, et on acculait dans un verger la petite troupe qui y était réunie.

Des députés de Bàle et de Rotweil , qui se trouvaient occasionnellement à Schaffhouse, intervinrent entre les partis. Le plus faible mit bas les armes. Heinemann , jetant ses vêtemens et son épée , s’enfuit en traversant le Rhin à la nage. On cerna les vaincus. L’épée sur la tète ils prêtèrent le serment exigé. Une fête, que les chefs de l’État ne surent point assaisonner de clémence, fut donnée aux vainqueurs. La vengeance interpréta les termes du traité fait sous la médiation des alliés. Il se forma dans le conseil une majorité, ennemie implacable de la Réforme. Plusieurs citoyens furent frappés d’amendes, d’autres exilés avec leurs familles. Les deux tribus qui avaient fait leur soumission se virent privées pour plusieurs années du droit d’élection , et condamnées à payer l’une cent , l’autre deux cents florins. La peine de mort fut prononcée contre Heinemann; on confisqua ses biens, et quiconque portait son nom fut à jamais exclu de toute tribu et de tout honneur. Il demanda vainement de pouvoir se justifier. A la nouvelle qu’il avait été arrêté à Stockach , les deux bourgmestres et les principaux sénateurs de SchafFhouse coururent se repaître de la vue de son malheur et aggraver l’accusation. Ils ne réussirent cependant pas à obtenir de juges étrangers

à leur haine , qu’ils le livrassent entre leurs mains *®.

Ce qui acheva de rendre facile en Suisse la répres- * ^ sion de la révolte, ce fut l’issue effroyable qu’elle eut en Allemagne. Les princes et la noblesse firent marcher la terreur devant eux. Même après l’entière soumission des paysans , ils organisèrent ou permirent l’incendie des villages , et livrèrent aux flammes les habitans avec Ips maisons. Partout on rencontrait des paysans pendus aux arbres des chemins. Une seule division , commandée par le duc de Lorraine , fit périr -,

en huit jours plus de trente mille personnes et en o

chassa des milliers devant elle. Les fugitifs arrivèrent J

en Suisse en si grand nombre qu’à Bàle leur foule ob- |

strua le faubourg. On fit tout pour adoucir leur mal- I

heur. Puis, les Cantons intervinrent comme média- «

teurs. Ils s’efforcèrent d’arrêter des ravages qui rui- |

naient un pays que les Suisses appelaient leur cave et 5

leur grenier. Ils n’acceptèrent point l’offre que fit {

Waldshout, prés de succomber, de se donner à la t

Confédération En même temps ils refusèrent avec =

fermeté de livrer aux mains des Autrichiens le pasteur î

de Waldshout, Houbmeyer, qui s’était réfugié en i

Suisse **. Le sénat de Zurich, informé qu’il prêchait les doctrines anabaptistes, se contenta de le faire arrêter et d’exiger de lui le serment qu’il resterait tranquille. Il ^ l’exila ensuite parce qu’il ne tint pas son engagement.

Un autre pasteur exilé de Waldshout, Ræbmann, re- j

'' *' Plas tard on renonça , & Schalfhonse, à étendre la peine d'Heine- |

mann sur sa femme et snr ses enfana. i

. Zurich, 4 mars 152S. ColL SimL A. Z. '

FtatU, Mém., IV, 354, BaUingtr. Schtllhorn.

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tut un accueil plus cordial Les vainqueurs , après l’avoir éconduit hors de la ville au bruit des fifres et des tambours , et accablé de mille injures, lui avaient fait plonger un fer ardent dans les yeux. Il devint en Suisse pasteur d’une paroisse de campagne, et y vécut trente ans, chéri de son troupeau. On montre encore aujourd’hui près de Loufinguen un pont, construit d’après son conseil , et qui porte le nom de « pont de l’aveugle. »

Les gouvernemens des Cantons avaient à remplir une tâche pleine de difficulté : celle de rétablir l’ordre dans l’Église. Le fer et le feu venaient de se montrer des moyens puissans dans les mains de la tyrannie ; mais ces armes ne sont point celles que le gouvernement d’un peuple libre ose employer. Restait à agir par la persuasion. Ce fut la voie dans laquelle entra d’abord le Conseil de Zurich. Il tenta d’éclairer les anabaptistes, et les invita dans ce but à un colloque public Ils y vinrent à contre-cœur Leur éloquence , qui captivait sans peine la multitude assemblée, demeura muette quand Zwingle les pressa avec la verve de sa dialectique. Ils furent battus ; au moins le gouvei'nement en jugea-t-il ainsi ; car s’écartant des bornes de la tolérance, il ordonna, sous peine de l’exil, que tout enfant serait à l’avenir baptisé avant l’âge de huit ans Il bannit Rœubli et quelques hommes étrangers au Canton , et il donna à Manz et à Grebel l’ordre de cesser leurs conventiculçs. Sur le refus d’obéir , plusieurs anabaptistes furent enfermés au couvent des

Miêcellanea Tigurina, II, Sî.

® ^Bullinger.

” LeUre de Grebel li Vadian, du 14 janvier 1526. (Colt. Siml.)

” Fauti.Mém., I, 189; IV, 251; I, 207; H, S47.

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