LIVRE VII. PART. III. CIIAP. II
sans péril, et courant malgré sa corpulence, H atteignit à travers des torrens de pluie et en prenant les sentiers les plus détournés, le couvent de Cappel. L’abbé le reçut, lui donna des vêtemens, le réjouit par de consolantes paroles ; et bientôt Vadian , oubliant ses fatigues au sein de l'bospitalité. S’empressa de témoigner combien peu l’irritation de ses ennemis avait laissé de traces dans son cœur*.
!i Les députés, après une orageuse délibération®, décidèrent d’envoyer une dernière sommation à Zurich. Sébastien de Stein se rendit dans cette ville et fit en présence du Conseil, du peuple, et des délégués des bailliages une longue énumération de plaintes, qu’on le pria de mettre par écrit, afin qu’on pût y répondre de la même manière. Mais à cette demande, Fgli de Schwytt se leva, et déclara franchement aux Zuricois, « que, s’ils ne se départaient pas de leur manège de sectaires, Lucerne, Schwyz, Uri, Unterwalden, Zoug, ni Fribourg, ne voulaient plus dorénavant siéger avec eux en Diète *. » •
La Diète de Zoug’ prit encore une autre résolution ; elle fit parvenir aux gouverneurs des bailliages communs l'ordre d’emprisonner tout prédicateur,, de trines nouvelles , distributeur de livres ou briseur d’images®. Am Berg, qui administrait la Tburgovie , reçut ce message avec un singulier plaisir. Il portait
* Kasler. Ballinger. Vadian accueillit quelque temps après à St.-Gall les plus acharnés de ses ennemis. C’était, selon l’expression de Paul, leur amasser des charbons ardents sur la tête.
* Areh. Luc.
‘ Coll. Siml. La députation se rendit aussi à Schaffhousc, où elle reçut un meilleur accueil qu'à Zurich.
* Ibid., 1. XII. Manuscrit d’un contemporain, au même tome. Ballinger.
envie à la famille puissante du sous- préfet Wirth , qui résidait à Stammheim, et son inimitié était nourrie par les insinuations du doyen du lieu. Le doyen, pasteur négligent, se voyait effacé par les deux fils du souspréfet , jeunes hommes pleins de talent et d’énergie ; puis, sur de justes plaintes, il avait été dépouillé de sa charge par le gouvernement zuricois. On avait triomphé de cet avantage et l’on s’était hâté d’en profiter pour innover en religion. Le peuple qui cultive un vin généreux sur les collines riveraines du Rhin , est prompt , irritable , aimant les nombreuses et bruyantes réunions. Il avait de fréquens rapports avec ses voisins d’Allemagne, qui étaient alors en pleine révolte. Ce fut néanmoins chez ce peuple qu’Am Berg commença à exécuter ses ordres®. Il fit, de nuit, enlever à Bourg, près de la petite ville de Stein, le pasteur Oechsli. Aux cris du pasteur, les voisins prirent l’effroi; le canon d’alarme fut tiré du haut du château d’Hohenklinguen, et bientôt toute la contrée s’insurgea. Les bourgeois de Stein, se plaignant hautement de la violation de leur territoire , marchèrent, conduits par leur pasteur, Erasme Ried, armé de pied en cap. Le sous-préfet et ses deux fils les joignirent avec les gens de Stammbeim. Une foule de Thurgoviens accoururent par curiosité ou dans l’espoir de faire quelque butin. Tous se mirent à la poursuite des ravisseurs. Mais, faute de pont, il fallut s’arrêter aux eaux de la Thour. Des hommes de sens profitèrent de cette circonstance pour essayer d’arrêter le mouvement, et ils conseillèrent d’envoyer une députation
‘ À. Z. s. On verra que les juridictions des administrateurs de la Tburgovie étaient déCnies iiupaiTaitcnient, ce qui donnait lieu à de fréqnens conflits entre eux.
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