LIVRE VH. PART. 111. CHAP. II
qu’il le contraignit à se rejeter sur l’usage de l’Église.
« L’usage! lui répondit OEcolampade , dans notre Suisse il n’a force qu’après la constitution ; or, en matière religieuse la constitution c’est la Bible. » — « Fort bien , dit Eckius, mais votre Zwingle lui-même alHrme que la constitution a de meilleurs interprètes dans les vieillards que dans les jeunes gens. » — « Qui sait l’interpréter par elle-même , est celui qui la comprend , repartit OEcolampade , n’importe qu’il soit jeune ou vieux. » — Puis il continua si bien à repousser toutes les attaques de la dialectique de son adversaire qu’un papiste d’entre les auditeurs laissa échapper ces naïves paroles : « Ah ! le grand homme jaune, que n’est-il des nôtres! «
Le troisième sujet mis en discussion fut celui de l'intercession de la Vierge et des Saints; puis on traita des images et du purgatoire. Chaque fois , Eckius eut le dernier mot ; il ne pouvait eu être autrement. Mais la manière noble dont OEcolampade, bien que dans une position désavantageuse , défendit la Réforme , 6t impression sur plus d’un esprit. Il est réservé aux événemens qui suivront d’en donner la preuve.
Personne ne se leva pour contester la vérité des deux dernières thèses qui posaient le dogme du péché originel. La dispute se trouvant donc terminée, les députés des Cantons invitèrent les prêtres et les savans à venir signer l’adoption ou le rejet des propositions débattues. D’une part signèrent OEcolampade et dix de ses amis, de l’autre quatre-vingt-deux personnes parmi les noms desquelles se trouvèrent ceux des quatre présidens et de tous les religieux du couvent de Wettingen. Quelques-uns des signataires donnèrent leur adhésion à OEcolampade en certains points et dans
d’autres à Eckius. Il y eut des théologiens qui prirent la chose ad referendum, et ne signèrent pas. D’autres encore, parmi lesquels était Haller , étaient partis sans attendre la fin du colloque. Faher , ne voyant point arriver Zwingle qu’il avait espéré pouvoir combattre, déposa dans les mains des présidens un écrit dirigé contre lui. Enfin s’avança le capucin Thomas Mourner. Après de longues explications , il fit lecture de ses quarante sujets de plainte contre Zwingle. Il les avait affichés , à l’ouverture des conférences, aux portes de l’église : « J’attendais, dit-il, que le lâche vînt répondre; il n’a point paru. Eh bien, par tous les droits qui régissent les choses divines et humaines , je déclare quarante fois que le tyran de Zurich et tous ses àdhérens sont gens déloyaux, parjures, sacrilèges" et rebelles à Dieu ; que partant ils sont à éviter comme lèpre et comme gibier de potence. »
Ainsi finit la dispute dans l’esprit par lequel elle avait commencé. Les députés des douze Cantons rendirent Eckius au duc de Bavière, en élevant bien haut son savoir et sa victoire Ils écrivirent à Zurieh^*, que les erreurs de Zwingle et ses pernicieuses intentions ayant été mises au grand jour, ce ne serait plus sans un extrême déplaisir qu’on verrait encore insulter la religion et les gouvernemens ; et que si Zurich n’y prenait garde , une ambassade de la Diète irait avertir les bailliages de ses erreurs. » Zwingle répliqua dans un premier écrit aux accusations des députés ; dans un second à Faher ; dans un troisième et un qua-
“ Lellrc du 8 juin. Z. DCXI,
“ Le 9 juin. Hid. CCCCXXXI, 1.
»• CoU. Siml., l. XVI.
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