LIVRE VIK PART. I. CHAP
ses un second corps auxiliaire, et fit savoir que ce corps serait honoré de la garde de sa personne Le bruit ne s’en fut pas plus tôt répandu, qu’avant que les gouvernemens eussent pris aucune résolution, plus de huit mille hommes se trouvèrent réunis sous les ordres de Jean de Diesbach et de Louis d’Erlach Le fils avait abandonné son père; le valet, son maître. La moisson étalait en vain ses épis déjà mûrs. En vain lé gouvernement de Berne fit partir une députation pour rappeler la troupe qui s’était mise en marche. L’illusion avait enivré toute la Suisse occidentale, et ses comhattans continuèrent à marcher, guidés par de folles espérances.
Cependant les soldats de Sikingen et de Nassau s’avancaient brûlant, pillant, immolant prêtres, femmes et jusqu’aux petits enfans au berceau*. Ils avaient ordre de mettre tout à feu et à sang. Lognes, Fleuranges, Messancourt furent rasées jusqu’au sol. Sedan ne fut sauvée que par la force de sa garnison, la bonté de ses retranchemens, et par un armistice de six semaines que Robert obtint de l’ancienne amitié de Sikingen. L’empereur employa cette trêve à préparer l'attaque des frontières françaises. Le roi, qui voulait mettre les apparences du bon droit de son côté, parla à haute voix de neutralité, de confiance, et se borna à provoquer l’aggi’ession. 11 en fut ainsi jusqu’au moment où l’armée impériale eut passé le Chier et commencé les hostilités par la prise de Mouzon ; toutrse mit alors en: mouvement, et les Suisses ne restèrent pas en arriére.';
* Lucerne, 14 août 1531. Z. iSi . , ^
' SlcUler, Tsefaudi et Anshelm disent 15,000. . . .
* FUuranga, Du Bellay, Gaillard,' Meteray, Mimoires de Bayard,^
Joaraal de Lcuue déSaeeie, AathetmtSteUler,. i .i-.t.-'i'l
HItTOIRB DB LA 9U18SB.
Ils renconirérent le roi entre Dijon et Troies , et dès ce moment ils le virent toujours à leur tête. Il arriva des députés de la ville de Mézières, à laquelle la bravoure et le génie de Bayard tenaient lieu de murs et de garnison; ces employés imploraient une prompte délivrance. On se hâta donc. A Rheims l’armée se trouva au complet. On apprit à Attigny que Sikingen 'et Nassau, abandonnant le siège de Méziéres, s’étaient , portés vers les Ardennes au-devant de l’empereur qui marchait par la Flandre sur la Picardie. François leur ferma le chemin en prenant une forte position entre Saint-Quentin et Guise. A la vue des ruines de la petite ville d'Aubenton,qiie les Allemands avaient mise en cendres et où ils avaient tout massacré, les Français frémirent de rage. Leur courage s’accrut en voyant leur roi récompenser les défenseurs de Méziéres, et donner à Bayard l’ordre de Saint-Michel. Des partis pénétrèrent dans le Hainault, prirent Bapeaume, Landrecy , et rendirent au double le mal fait en Picardie. L’ennemi effrayé se retira derrière l’Oise.
T Alors François résolut de chercher l’empereur. Il s’avança avec le principal corps d’armée sur Valenciennes, et se prépara à passer l’Escaut à trois lieues de cette ville. Pour s’y opposer, Cliarles détacha Nassau avec douze mille fantassins et quatre raille cavaliers ; ils arrivèrent pour voir un pont jeté, Saint-Pol le couvrant avec six mille hommes retranchés derrière un marais, et l’armée française en pleine marche traversant le fleuve. A cet aspect , les Impériaux se retirèrent ; un nuage cacha leur nombre et leurs mouve— mens. Le roi de France, à pied, la lance au poing, était dans ce moment à la tête des Suisses , qui lui demandaient à l’envi le combat; ils étaient appuyés par
LIVRJt TU. VjtRT.' I. CH4P. UI. 31
Latrémouilk, Bayard, Chabannes, et par tout ce qui unissait l’intrépidité au coup d’eeil. Le connétable de Bourbon , plus que tous, brûlait de montrer qu’on avait été injuste envers lui, en lui retirant le commandement de l’avant-garde pour le donner à d’Alençon. Mais celui-ci ne voulut pas livrer bataille. Sa lâcheté se servit des préventions du roi contre le connétable, préventions que nourrissait la haine de la reine-mère, et le soir arriva qu’on était encore en pourparlers*. Le moment de l’attaque était passé. Il fallut se résoudre à camper sur le rivage, tandis que quelques cavaliers in • quiétérent seuls l’ennemi dans sa marche rétrograde. Charles, apprenant l’approche des Français , donna à toute son armée l’ordre de se reporter sur les Pays-Bas. Cette retraite, assez semblable à une fuite, quelques tués, 500 prisonniers et la reddition de fiouchain donnèrent l’apparence d’une victoire à cette campagne sans péril. Des succès obtenus ailleurs rendirent cet avantage important; l’amiral Bonnivet avait pénétré en Espagne, et pris Fontarabie, place que l’on cropit inexpugnable. C’en fut assez pour que l’empereur inclinât l’oreille aux propositions de paix qu’un envoyé britannique cherchait à lui faire goûter. François, de son côté , qui voyait les pluies d’automne accroître les difficultés d’un terrain marécageux , déclara la campagne terminée. Il congédia l’armée , à l’exception de deux mille Suisses qu’il mit en garnison à Abbeville. Leurs frères d’armes revinrent avec l’hiver dans leur patrie, emportant le témoignage d’avoir bien servi le roi. ‘
Cependant il se passait en Italie des événemens d’une
* Le octobre 1511. • “• ' • .
32 ’ HISTOOIE DB LA SDI8SE.
plus haute importance pour les Confédérés. La paix après laquelle ce beau pays avait soupiré si long-temps, y régnait depuis que les Français étaient devenus les maîtres de la Lombardie. Le roi n’était troublé dans la paisible possession de Milan, ni par le pape ni par les Vénitiens; c’était grâce à la prépondérance française, que le pape avait acquis Modéne, Reggio et le duché d’Urbain ; c’était avec le secours des armes de la France que Venise avait reculé ses frontières jusqu’aux Alpes et jusqu’à l’Oglio. Une étroite alliance continuait à unir le roi et la république. Charles— Quint, préoccupé de ses affaires d’Espagne et d’Allemagne, paraissait oublier son royaume de Naples. Gènes subissait l’influence française , et Florence celle d’un Médicis qui était parvenu à s’asseoir sur le siège romain. Luques, Sienne savaient que l’art de se faire oublier était pour elles celui de prolonger leur existence; et Gonzague, à Mantoue, cherchait son salut dans une politique semblable. Deux princes seuls cachaient en leurs cœurs un désir de vengeance et la soif de reconquérir des biens dont ils avaient été dépossédés. Alphonse d’Est, duc de Ferrare, avait du céder au pape Modène et Reggio. Personne plus que lui n’avait souffert de l’ambition de Jules II et de la politique astucieuse de Léon ; aussi attendait-il impatiemment qu’un ennemi du Saint-Siège se montrât , et lui permît de prendre les armes. Ainsi que lui, François Sforze, le fils de ce duc de Milan que les Français avaient détrôné, attendait un revers de la fortune. Vigilant, actif, il persévérait à repousser toute ofire d’abdication. De Trente où il résidait, et où des Gibelins exilés lui formaient une cour, il se faisait représenter par Moi'on à Rome, par Stampa auprès des