LIVRE Vil. PART. IV. CHAP. I
d’Hoheneins était prés d’épouser la sœur des Médicis; on convint qu’il viendrait au-devant d’elle à Coire, que de part et d’autre on y arriverait avec un cortège bien armé, force suffisante pour une première surprise, vu la proximité des frontières et la facilité d’obtenir un prompt secours. Mais tandis que les neiges accumulées sur le Spluguen en rendaient la traversée impossible, un bruit confus de trahison se répandit dans Coire**. L’abbé de Sle.-Lucie fut arrêté; on le mit à la torture; il mourut en déclarant qu’il avait été la victime de son amour de l’argent, et que la Rhétie ne serait libre qu’autant qu’on y saurait repousser les présens de l’étranger. 11 avait aliéné les biens de son couvent et vendu sa patrie dans plus d’une négociation; quant au crime qui le conduisit au supplice , il n’est . pas certain qu’on ne l’ait imaginé pour se défaire de lui. La jeune Italienne ne fut conduite à son époux que quelques mois plus tard ; accompagnée d’un cortège plus modeste, elle prit sa route à travers les cantons ' d’Uri et de Schwyz. Claris lui donna passage. Sous prétexte de lui rendre honneur, des députés des cinq Cantons l’escortèrent. Arrivés à Feldkirch, ils s’ouvrirent sur le but de leur voyage *®. Ils parurent en présence des comtes de Soulz et de Furstemberg, de Marc Sittich et des autres membres de la régence provinciale; ils firent ressortir les progrès que la Réforme faisait chez les Confédérés, et déclarèrent que les Suis-
“ L’or offert pour l’ouverture d’un sentier donna les premiers soupçons d’un complot. Myconiui. Comander ^ Vadian, 7 janvier, (Coll. Siml., XXIL ) Keuler. V aUntin Ttckoudi, Ballinger.
Négociation de l’ambassade des V Cantons, dans la Coll, de Tulioudi d Rheinau, t. Ill, et à l’an 1529 des supplémens aux Reeés taricoit. Fttstli,JV, 96. Salat n’en dit moL
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ses (le la vieille foi, voués au ridicule et rikluils à un petit nombre, tournaient les yeux vers les nobles princes aux mérites impérissables desquels la plus grande partie de l’Allemagne avait l’obligation de conserver la religion de ses pères. « Avez-vous des pleins-pouvoirs de vos gens? » leur demanda- t-on. Ils répondirent qu’ils étaient certains de l'agrément de leurs concitoyens. « Mais , repartit Sittich, comment avez-vous pu croire que sur votre seule parole nous nous fierions à vous, vieux 'ennemis de la maison d’Autriche, et tributaires de la France ? Allez, et rapportez des gages de votre sincérité. » Les députés, hors d’eux-mêmes, se retirèrent à leur hôtellerie. Le lendemain ils tentèrent un nouvel effort, et prirent le ton plus pressant et plus humble encore : « Que l’archiduc fwrle, il n’est aucune preuve de notre fidélité que nous ne soyons prêts à lui donner ; qu’il prenne des otages, qu’il écrive de sa main les articles du traité ; qu’il commande; il sait que nous sommes gens à lui prêter un bon secours contre les Turcs, et nous saurons tenir les Grisons en haleine en suscitant contre eux le châtelain de Musso. » — « C’est bien, leur répondit-on , nous mettrons l&s articles d’un traité par écrit, et nous vous invitons à en venir prendre connaissance à Waldsbout. )>
Zurich surveillait ces démarches qui ne furent pas plus tôt connues en Suisse qu’elles y excitèrent, même chez les catholiques , une inquiétude singulière et un mécontentement général. Ce recours à un prince
" En 1527 encore ils avaient accordé à la France la levée de plusieurs milliers de soldats. BuUinger. StetlUr, Mjreoniiu.
Elle était informée par ses envoyés à Lucerne ( Lettre à eux adressée du 21 février 1529 , CoU. Siml.) , et par Collin , qu’elle avait envoyé à Feldkircl). Voyez la Vie de Collin. Mise. Tig., 1722.
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puissant, cette rupture de la Confédération entre pairs, la crainte de l’approche d'une armée étrangère et celle d’une guerre civile qui paraissait imminente , tout se réunit pour faire naître de graves réflexions. « Voilà , dirent tes hommes sages , les maux qu’on eût évités en usant de modération, en respectant la foi d’autrui , en séparant la cause de la nation de celle d’agitateurs passionnés, et en imitant la conduite de ces habitans des frontières qui, bien qu’appartenant à des confessions diverses, n’en vivent pas moins en paix**. » A Zoug, où Zurich et la Réforme conservaient de nombreux amis**, ils s’enhardirent à exprimer ce que l'amour qu’ils portaient à la patrie suisse leur inspira; mais ils rencontrèrent une opposition si vive qu’on fut près d’en venir aux mains dans les Conseils , et que , frappés d’effroi , ils durent renfermer en eux-mémes
*• Les envoyés zuricois à Lucerne écrivirenl à leur gouvernement : • Le peuple à Lucerne hait Mourner et voudrait le voir hors du pays. Il a prié le Conseil de ne pas s’aller mettre en guerre pour matière de foi , de laisser chacun croire selon sa conscience, et de compter toutefois sur lui si l’on voulait le contraindre à renier sa religion. » Coll. Siml., XXII, du 22 février 1529. — Le 21 avril, Berne écrivit aux communes de l’Entlibuch ; • Les gens de l’Emmenthal ont tous les jours à se louer de vous ; ils nous ont appris que vous aviez même incarcéré un homme qui noos avait injuriés. Gr&ces vous soient rendues. Quant à ce qu’on vons assure, que nous voulons vous contraindre à vous soumettre è la nouvelle foi , nous sommes heureux de vous dire que nous n’en avons jamais eu la pensée, sachant bien que la foi vient de f»ieu. Nous nous bornons i être prêts i rendre raison de notre croyance, selon que les Écritures noos l’ordonnent. » Uit$iv. dont les Areh. berii.
Lettre du Conseil de Zoug à Zurich, du 5 nov. 1528 ( A. Z. DCXI, 1 j : • Nous ne croyons point à une rupture , bien que vos gens nous viennent dire qu’ils savent où il y a de l’argent et de belles vaches à enlever j car nos paysans n’en demeurent pas moins bons voisins et bons amis, etc. — Sladlin, IV, 357.
les seiitiraeDs généreux qui les animaient Les Can-> tons catholiques envoyèrent une ambassade à Waldshout. Un traité y fut conclu entr’eux et l’archiduc, portant conservation de l’antique et véritable foi, guerre à qui s’en montrerait ennemi , et ce jusqu’à satisfaction de tous les contractans. Il fut fait communication de ce traité en Diète, à Baden, mais en même temps on déclara que l’alliance était purement défensive et qu’elle demeurait ouverte à tout gouvernement chrétien qui voudrait y accéder
La crainte de l’intervention de l’Autriche dans les intérêts de la Suisse émut vivement les Confédérés. Ils résolurent de faire ce qui dépendrait d’eux pour l’empêcher. Leurs députés partirent avec l’ordre de sç présenter successivement devant les Conseils et les landsgemeinde des cinq Cantons A Zoug, ils n’obtinrent pas de s’adresser au peuple^*. A Schwyz la landsgemeinde les écouta tranquillement et leur répondit non sans cordialité : « Nous ne voulons pas la guerre; qu’on observe les traités , que dans ce qui touche aux bailliages tout se décide à la pluralité des voix , et nous nous abstiendrons d'appeler l’étranger dans le pays. Ce n’est pas nous, dont les pères ont fondé la Confédération, qui songeons à la détruire. >> Vint le tour des hommes d’Uri : « A long discours courte réplique , ré-
yy erner Steiner.
L’archiduc à la diète de Baden. Üoc, de Techoudi, IX.
I.eurs instructious , sous la date du avril 1529, dans \3C0ll. Simt., XXII. • Longue, belle pièce, si bien colorée que gens moins bien instruits que les cinq Gantons eussent tout pris pour bon. > .Salai.
“ Le triple Conseil du pays, composé d’environ 150 membres , so trouvant assemblé, les députés lurent devant lui leurs instructions, et furent souvent interrompus par les mots : Pas de sermon, pas de sermon. (Rapport des dépntês. Colt. .Sinil., XXIII.)
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pondirent-ils aux envoyés ; nous vous avons prêté serment selon la vieille et respectable foi ; quand la nouvelle doctrine est venue (et plût à Dieu qu’elle fût encore à naître) , nous avons tout fait pour vous en détourner; puis, sur ce qu’on nous a dit que c’était pour chacun chose entre Dieu et sa conscience, nous nous sommes tus. Faites donc chez vous ce qu’il vous plaira; mais dans ce qui concerne les bailliages que nous possédons en commun, qu’on suive la pluralité des voix; sinon,' plus de Confédération! A nous n’en devra pas être imputée la ruine. » Les hommes du Nidwalden déclarèrent qu’ils étaient prêts à sacrifier biens , honneur et vie pour l’amour des vrais chrétiens ■; mais que toute relation était rompue entr’eux et les amis de la secte nouvelle. Les Obwaldiens joignirent! l'insulte à une déclaration pareille , et , appelant les Waldstetten les seuls véritables Confédérés, ils repoussèrent ces nouveaux venus, qui osaient venir parler en maîtres Lucerne fut entendue la dernière : « Nous ne voulons, dit-elle, que ce que Dieu veut: la charité et la justice; mais c’est ce que des prêtres du démon renversent aujourd’hui. Qu’il nous soit permis de défendre nos enfans contre les embûches de ces apostats , et de rendre grâces à la Très-Ste. Trinité, à la Mère de Dieu , et à tous les Saints , d’avoir été préservés. Quant à notre’ conduite politique , elle est justi-
Avant l’assemblée, ils avaient prié les députés de Solenre et de Fribourg de ne point s’appliquer les paroles dures qu’ils auraient à faire entendre. Celui de Fribourg, qui leur promit secours, fut particulièrement bien accueilli. Les Obwaldiens n’omirent pas de faire sonner bien haut les noms des princes fidèles, leurs puissans alliés, savoir, l’Empcr-cur, le roi de France, le roi Ferdinand, les ducs de Savoie et de Lorraine, puis les t'alaisans cl le soigneur de Musso.
HISTOIRE DE Lii SUISSE.
fiée de reste par les menées de certains Gantons, par leurs intrigues dans les bailliages, par leurs négociations à l’étranger, par le mépris qu'ils ont fait de nos plaintes et par leurs préparatifs de guerre. Nous répondrons de concert avec les cinq Cantons à l’accusation de nous être alliés à l’Autriche. »
A l’ouïe des réponses faites aux envoyés de la Diète , Zurich poussa le cri de guerre. £Ue avait déjà plus d’une fois averti ses gens de se tenir prêts à tout événement*®. 11 y avait enthousiasme. Us se levèrent, persuadés que le Ciel les appelait à l’honneur de combattre pour la parole sainte. Berne partageait cet entrainement, mais à un degré beaucoup moindre. Outre que son zèle en matière religieuse était bien moins ardent , elle avait à craindre- une réaction de la part des grands*’ et se méfiait de son peuple; l’épuisement de son trésor *® se joignait à ces causes pour lui prêcher la modération ; peut-être éprouvait-elle une secrète jalousie envers la cité rivale, qui reconquérait par sa supériorité intellectuelle l’inQueuce que Berne avait acquise par les succès de ses armes.^ « Vos plaintes sont fondées , écrivit-elle aux Zuricois**, mais pour l’amour de Jésus, souffrez avec quelque patience. Ce n’est point à coups d’épées ou de hallebardes que vous avez réussi jusqu’à présent, et nous doutons fort que ces armes soient celles qui font prospérer la foi. » Mais
Le î mars el le 8 avril.
5’ Tremp à Zwingli. mars 15?{K {Colt. Siml.)
• Uoc unum tibi diiero secrelissime, uUra unum coronatum ad octiduum in noslro œrario non fuisse, et si rescirent id, qui sunt in agro, quid putas relinquere intentalum contra magistratum ? • Haller ü Zwin-gli, 21 janv. 1330. Thés. Huit., t. VllI.
U 30 mai 1329. .4. U. A. DCM, 0^