‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 34 sur 234 · LWRE VU. PART. I. CHAP. IV · texte numérisé non relu

LWRE VU. PART. I. CHAP. IV

sur leurs pas. L’artillerie seule inquiéta leur retraite. Parvenus au vallon où ils s’étaient formés; pour l’attaque , ils rallièrent leurs débris.

Cependant que faisait Thomas de Foix? Après un lohg détour, il était parvenu à l’entrée du parc , l’avait trouvée gardée avec négligence et, après avoir renversé les Milanais, il commençait à jeter l’épouvante chez les soldats et les généraux des Alliés. La bataille eût pu être gagnée, si l’attaque des Suisses eût eu lieu à ce moment ; mais c’était celui de leur retraite. Elle laissait toutes les forces des Alliés se retourner contre Foix , qui, aux cris de victoire de l’ennemi, reconnut la nécessité du retour pour sa petite troupe. Après quelque perte , il rejoignit son frère , et le trouva à la tète de son armée rangée en bataille.

Dans le camp des Alliés, Pescaire s’indignait de voir qu’on laissât les Suisses se reformer, et qu’on ne recueillit pas les fruits de la victoire. Il conjurait Frounsberg de se porter en avant ; mais les lansquenets mercenaires , peu sensibles à l'honneur , ne songeaient déjà plus qu'à demander d’une voix bruyante une triple solde à titre de récompense. Il fallut se contenter des secours de la cavalerie. Elle se jeta partout où elle trouva un côté faible ; mais partout aussi elle rencontra les escadrons de Pontd’orray et de Médicis , qui ne lui permirent de remporter aucun nouvel avantage. Lautrec voulut alors renouveler le combat, et il offrit à cet effet aux Suisses de faire descendre de cheval ses gens-d’armes, qui recommenceraient l’attaque à leur' tète. Mais les Suisses avaient perdu leurs capitaines et leur orgueil; montrant les cadavres accumulés de leurs compagnons d’armes, ils demandèrent ce qu’étaient devenus les Vénitiens , spectateurs inactifs

de la bataille , et qui déjà avaient pris la route de Brescia. Puis , traînant après eux leurs pièces d’artillerie , l’œil fixe , le cœur plein d’une sombre colère, ils marchèrent d’un pas ferme et lent jusqu’à Monza , laissant les cavaliers français protéger leur retraite.

11 ne s’est guère livré de combat où la perte ait été plus inégale. Les Alliés, qui jusqu’au dernier moment avaient conservé avec tant de soin tous les avantages de leur position, n’avaient que peu de morts, tandis que plus de trois mille Suisses couvraient le champ de bataille. De ce nombre étaient dix-sept de leurs ofBciers les plusdistingués. Nous avons vu tomber Winkelried. Stein aussi mourut en brave, et par sa mort il apaisa la juste colère des sages amis de la patrie. Sa femme, qui se retira à Zurich, chercha ses consolations dans les soins de la parure et dans les souvenirs d’un éclat qui avait peu duré. Personne ne la plaignit. Leur fils unique vécut de la vie inquiète de son père , fut moim fortuné que lui, et mourut au service du roi d’une fin prématurée. Â l’attaque de la Bicoque périrent encore plusieurs nobles Bernois : Jean Ougspourguer, conseiller de guerre, et son fils qui succomba sous le nombre et la douleur de ses blessures ; Rodolphe de Mulinen et Antoine de Diessbach , que leur jeunesse ne sauva pas de la mort. Guillaume de Bonstetten avait résisté à la voix de son vieux père , et avait quitté secrètement le manoir d’Uster et ses foyers ; gendre de l’avoyer de Watteville , bourgeois à la fois de Berne et de Zurich, ce fut pour son malheur qu'il choisit entre ses deux patries celle dont le service le conduisit au trépas. Les Glaronais ne sauvèrent que les restes de leur valeureux chef, Jean Tschoudi. Le bourgmestre Meltinger, de Bàle, pleura la perte d’un fils, et Pfyffer à Lucerne,

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malgré ses quatre>>vingts ans, fut condamné à survivre vingt années à l’un des siens. Dans la tombe de Zur- Gilguen furent ensevelies de belles espérances. Deux frères Zurlauben de Zoug, ne furent pas séparés à leur dernière heure. Le sort de ces Suisses fut partagé par la plupart des courageux Français qui avaient pris rang avec eux. Miolans, Graville, Launay, chambellan du roi, et Montfort, fils aîné du comte de Laval, étaient gisans au nombre des morts. Montmorency, jeté blessé par terre, n’avait été sauvé que par le dévouement de quelques amis. Trop tard les Confédérés reconnurent que leur folle témérité et leur indiscipline avaient été les causes du désastre La campagne était perdue. 11 ne restait à Lautrec qu’à repasser l’Âdda, et à congédier les Suisses qu’il ne pouvait payer. Leur ardeur guerrière fut alors éteinte pour long-temps. Ils se demandèrent comment, non moins braves à Marignan et à la Bicoque qu’ils ne s’étaient montrés partout ailleurs, ils avaient pu perdre ces deux batailles ; et ils furent réduits à reconnaître qu’il se formait un nouvel art de la guerre , qui contrariait leur vieille tactique , et auquel le caractère de la nation aurait peine à se plier. C’est ce que les plus intelligens comprirent; pour la foule, une foiè jetée hors des^ ornières de l’habitude , il lui faut bien du temps pour se façonner à un nouvel ordre de choses.

“ Nommé Jacqnes d« Lys dans la correspondance de Zwingli. ColU Simt.

Zurlauben , hist. militaire de la Suisse.

** Siettler. MUsive dans les jlfrch. Bernoises.

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