LIVRB VU. PART. I. CHAP. IV
fierté barbare, et c’est ainsi que nous allons le faire encore. Où sont, ajoutèrent-ils, ces nobles, ces gens à quadruple solde , habiles à crier et à donner des ordres derrière les bataillons, mais qui ne savent se montrer à l’heure du combat? » Les entendant tenir ce langage , Montmorency et nombre de gentilshommes se pressèrent au premier rang. Tous se précipitèrent alors sous le feudeFennemi. Arrivé le premier, le corps composé des hommes des cantons populaires reçut la première décharge; elle tua plus de mille soldats. Le reste fut ébranlé ; ils reculèrent. Mais le corps qui les suivait les rejeta en avant, et l’ennemi n’avait pas eu le temps de préparer une seconde décharge, que tous les Suisses étaient au pied des retranchemens. Là se trouvait un fossé profond à franchir ; puis un rempart d’une telle hauteur que les plus hardis , dans leurs efforts pour l’assaillir, réussirent à peine à en toucher le bord de leur lance. Ce fut le moment que choisit Pescaire pour faire jouer ses arquebusiers. Placés sur les remparts, embusqués dans les fossés, cachés dans les blés , ils firent pleuvoir tout-à-coup le feu de quatre mille mousquets. Les balles se pressèrent comme la grêle ; elles pénétrèrent dans des rangs serrés. Chefs , drapeaux, des compagnies entières tombèrent à la fois. Ceux d’entre les Suisses qui réussirent à se faire jour à travers les cadavres amoncelés, rencontrèrent les phalanges serrées et les armes des lansquenets , objets de leur rivalité et de leur haine. Arnold de Winkelried, voyant à leur tète Froundsberg, qui lui était bien connu, lui porta, en le maudissant, un coup de sa lance, et tomba lui-même à l’instant, percé de plu- ' sieurs coups; il mourut d'une mort que l’on ne saurait
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comparer à celle de son glorieux aîeul ®. La mêlée ne fut pas longue. Les Suisses, regardant en arrière, virent leurs derniers rangs qui se repliaient; ils revinrent
• Wînkelried el Stein lombërenl frappés par les balles et non par les tances. C’est ce qne maintient Nicolas Manuel dans une chanson , qui répondait k un chant ironique des lansquenets :
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Sic sind vom Gschüti «racbotsen ,
GoU w5ll* ir Seclen b«'n» «
A Dank ftabt Ir grosseo TArpell ,
\Vo man dai tagt im Land,
Dass ir die lodten KOrpel So tapfer gwundet h«od.
Ich weits vyl armer Wybern Sic dûrflenda aucb beiUn.
Mad sollt in d’Cfaronik schryben Und eucb xu Hittern sclilan.»
«I Hattend ir ij bym Leben tJ nd iren Kriflen gba’n Ir hattend tnen nit geben Der Slich dïe halbe Zabi.
Ich bah SJ ofl gexecben Die Helden unverxagt.
S'bklt eiaer euer s«ch«n MU nassen Lumpen gjagt. »
{ BmUinger.)
Il y avait cependant dans le chant des lansquenets des vérités auxquelles les Suisses eussent bien fait de prêter l’oreille , entr’autres la réflexion que renferme celte strophe :
•r Broder Ckul ia synem leben HeU euch den Rath oit gebeo.
Gfolgct bettend ir ibm eben ,
Ir vvirend oit eo wji Gexogen in frembden etryt. »
( Tiehoudit t. vm.)
• Le frère Nicolas vous eût donné un conseil que vous eassiex bien fait de suivre; c’est celui de ne point aller si loin vous faire battre. >