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LIVRE VII. PART. I. CHAP. V

des Suisses s’obscurcir ainsi tout-à-coup, j’aime mieux en trouver la cause dans le peu de soin que les gouvernemens apportèrent dès cette époque à l’enrôlement et à l’armement des mercenaires, que de croire que la réputation guerrière des Confédérés ait été s’enr sevelir en un jour sur le champ de bataille de Pavie. 11 est vrai de dire aussi que les Conseils tombèrent alors au dernier degré de faiblesse et de mésintelligence, mus qu’ils étaient par les menées artificieuses des étrangers, par l’ambitieux égoïsme de-plus d’un citoyen, et par la soif de butin répandue chez tout le peuple Dans la plupart des Cantons on' ne prenait, relativement à la guerre où la France était engagée, que des mesures vacillantes ou contradictoires. Deux villes seulement, Berne et Zurich, avaient un système arrêté, et persévéraient dans des voies opposées l’une à l’autre.

A Berne, le gouvernement tenait sous le frein un clergé riche , mais peu instruit et peu estimé ; et après l’avoir soustrait à l’influence dè l’évêque de Lausanne*, il cherchait à le soustraire aux doctrines nouvelles. Ces doctrines àvaient, au reste, un médiocreattraitpourle peuple Bernois, que le commerce liait peu à d’autres peuples, que l’activité intellectuelle ne caractérisait pas, et qui se mouvait lentement dans les habitudes de la vie agricole et pastorale. Ce peuple trouvait dans la possession d’une large indépendance, dans les jouissances sociales , et dans des expéditions guerrières sans ' cesse renouvelées, tout le mouvement que réclamait sa grossière sensualité. Accoutumé d’ailleurs par ses chefs à considérer toutes choses sous leur côté politique, il

* On enrôlait , contre la défense des gouvernemens , même pour le Danemark. Diète de Lucerne du 30 sept. 1523. A. Z.

’ Voyei part. U , chapitre I.

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n’était que faiblement porté à se mettre en peine de dogmes, qui demandent l’étude et se résolvent en préceptes d’une austère moralité. Berne continua donc à porter sur les affaires du dehors un regard plus ferme et moins préoccupé que ne le firent les autres états. Elle devint ainsi le point d’appui de l’ambassade française*, qui la choisit pour étaler ses promesses , pour faire ressouvenir les Suisses de la défaite de la Bicoque et les appeler à la vengeance. Peut-être aussi se trouvaitil à Berne des hommes capables de saisir les vues d’une politique plus haute, et de comprendre la nécessité d’appuyer la résistance de la France pour maintenir l’équilibre européen. Une noblesse avide, belliqueuse, inoccupée, s’y trouvait prête à servir les desseins du roi.

Zurich , d’une autre part, ne gardait pas avec moins de persévérance son système de neutralité. Plus Zwingli y acquérait de pouvoir, plus sa doctrine y faisait de progrès, mieux on y comprenait l’étroit rapport de la dégénération de l’Eglise avec le vagabondage des troupes mercenaires. Ces richesses promptement acquises , ce luxe, cette vénalité des capitaines, cette rapacité du commun des soldats, ces vices importés de l’étranger, la révélation des moyens que l’Église romaine mettait en œuvre pour corrompre les mœurs des nations , ■ c’était là plus qu’il n’en fallait pour altérer la simplicité de la foi. En même temps les doctrines ultramontaines, enseignant à racheter les pé-' chés par des actes extérieurs ou par des sacrifices pécuniaires, ouvraient la perte à tous les crimes aussi

* Les leltres de Stampa foDt foi des dispositions belliqueuses de Berne, de ses préventions ponr la France, de sa haine contre l’Autricbe. Ces lettres se trouvent dans la Colt. Ttehoudi T. VIII ,52. Voyei aussi StetUer.

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