LIVRE VU. PART. I. CHAP. V. 7i
bienqu’au charlatanisme des marchands d’indulgences. Il fallait donc attaquer le service mercenaire et la corruption de l’Église, comme deux plaies qui ne pouvaient guérir qu’à la fois^. Le gouvernement de Zurich, qui le sentait, se garda d’adoucir la rigueur des mesures prises contre les enrôlemens et les pensions. Il ajouta même à la sévérité de ces réglemens, et les bourgmestres dans la ville, les sous-préfets à la campagne, reçurent l’ordre de veiller à leur stricte exécution. Gœldli,qui deux fois avait pris du service malgré son serment, fut averti qu’il paierait de sa tête une troisième désobéissance. Huginer fut mis à mort pour avoir agi activement en faveur de la France et avoir reçu pension pour son fils. Dix-sept capitaines suisses, qui lors de la dernière campagne en Italie avaient fait des levées en désobéissance aux lois de Zurich, furent invités à venir se justifier. Vainement les Cantons intercédèrent-ils en leur faveur; comme ces hommes ne comparurent point, ordre fut donné de les arrêter où faire se pourrait, et de mettre leurs biens en saisie. On alla jusqu’à menacer l’ambassade française de représailles, si elle ne s’abstenait de tenter des enrôlemens parmi les ressortissans de Zurich.
Une politique aussi simple trouva des adhérons à Schwitz, et le peuple, après une orageuse assemblée, y prit la résolution de renoncer à l’alliance française ainsi qu’à toute solde étrangère, durant l’espace de vingt-cinq ans. Les nombreux amis que Zwingli conservait encore dans la contrée, les pertes éprouvées à la Bicoque, et les menaces faites et bientôt mises à exécu-
‘ • La Parole de Dieu seule a tué à Zurich le service mercenaire. Que Dieu le veuille , et on le reconnaîtra toujours mieux , à mesure que l’on croîtra en foi et en tout bien. • Zwingli ( U vrai ei te faux berger ).
mSTOIRE DE LA SOISSE.
tion par le duc de Milan, d’interdire l’exportation des bestiaux, ces mobiles réunis dictèrent au peuple de Schwitz le parti qu’il embrassa , et que prit aussi le peuple de Nidwalden. Les autres Cantons demeurèrent plus rapprochés du système des Bernois, bien qu’à difjerens degrés. Comme cependant leur zèle pour la France allait se refroidissant, le Bâtard de Savoie crut ne pouvoir tarder davantage à faire connaître à la cour cette disposition des esprits, et le besoin qu’il avait d’argent. Il se rendit donc en hâte à Lyon, auprès du roi , à qui un événement de la plus haute importance rendait le secours des Suisses plus nécessaire que jamais.
Ce grave événement avait pris naissance dans le cœur d’une femme. Louise, mère de François 1*% possédait sur l’esprit de son fils un singulier empire. Belle, instruite, réservée et entreprenante, elle avait porté ses favoris aux premières charges de l’État, et elle poursuivait d’une mortelle haine tout ce qui se refusait à reconnaître son pouvoir. Parmi ces objets de son inimitié, elle rangeait les deux frères de Foix, dont la sœur régnait sur le cœur du roi par l’adresse et par la beauté. Ne jugeant point que leur perte fût achetée trop cher au prix de l’honneur du royaume , elle avait secrètement arrêté les sommes destinées à la paie des soldats de Lautrec, et elle avait réussi à allumer la colère du roi contre ce général; puis, François ayant été détrompé, elle ne se fit pas scrupule de rejeter son crime sur le gérant des finances du royaume. Heureuse de n’avoir pas laissé déeouvrir les traces de sa jalouse inimitié, elle vit sans remords la corde finir les jours de l’honnête Scmhlançay. Mais il fallait à sa haineuse ambition un plus éclatant sacrifice. Long-temps la
- ■ '’•/ Coo^I'