‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 97 sur 234 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Influence de Luther. — Périls de la Reforme. — Dangereux amis. — On enfreint les jeûnes et le célibat. — On brise les images. — Berne. — Lucerne. — Bàle. — Schaffhouse. — ^ St-Gail. — Les autres cités. — Les petits Cantons. — Les Grisons et le Valais. — Réaction sur Zurich.

Deux scènes se sont présentées successivement à nos yeux : la première nous a oflert l’image de la corruption de l’Église ; et la seconde celle des progrès de l’instruction, progrès plus sensibles chez les laïques et les simples prêtres que parmi le haut-clergé. Nos regards n’ont pu s’arrêter sur ces faits sans que nous ayons vu un abîme se former entre deux existences. Cet abîme s’ouvrit bien plus largement quand une doctrine, reposant sur le fondement inattaquable de la parole de Dieu, fut préchée avec liberté. Ce fut alors à qui, de l’homme instruit et du bourgeois au simple bon sens, de l’adroit railleur et du pesant critique, s’armerait contre le pape. Une classe entière, la moins faite pour se plaire aux nouveautés , se vit menacée dans ses dignités et dans son aisance. Elle chercha des armes pour se défendre. Sur ces entrefaites, il se présenta une circonstance dont elle sut se prévaloir. Luther, en Allemagne, avait été plus loin que Zwingli. La justification du réformateur saxon ne parvint dans les valions reculés de la Suisse qu’après qu’il y eut été

bruit de l’indignation du pape et de l’empereur contre des projets d’une insolente audace. Celle circonslance suffit pour que les amis de la Réforme fussent baptisés du nom de sectateurs de l’hérétique étranger. Ce nom accrut leurs périls en déterminant le point d’attaque de leurs adversaires. Ceux-ci n’hésitèrent plus à répandre le bruit d’une vaste et effroyable conjuration contre l’Église et l'État. Ils racontèrent qu’à la tète du complot était le moine de Wittemberg; qu’il avait partout des émissaires; que Zwingli était son lieutenant en Suisse; que tous les rôles étaient distribués comme dans l’horrible farce jouée à Berne par les Dominicains; que les presses de Bâle se mouvaient à la voix du prêtre révolutionnaire, et que le pays se remplissait de magisters, d’écoliers, et même d’aventuriers et d’artisans qui venaient y semer, avec l’éloge de Luther, ses traités et ses doctrines*. Séduites par ces discours, un grand nombre de personnes trouvèrent bon que le légat du pape demandât à la diète l’extinction par le feu des écrits de l’hérétique et le bannissement de scs sectateurs Le légat n’obtint pas ce qu’il voulait ; mais en plus d’un lieu le magistrat n’en fit pas moins des recherches inquisitoriales Les chaires retentirent d’injures, surtout de la part des moines. Tout penseur, tout ami de la science, tout homme qui se hasarda à discourir avec quelque liberté sur les abus de l’Église devint suspect, et fut en butte à l’animadversion populaire*. La langue grecque elle-même fut déclarée com-

' Salat, ,

‘ A Baden, octobre 1520. Mjconius à Zwingli, le 2 nov. 1520. {ColU Simt.)

’ A Sl.-Urbain, p. ex. Voye» Vie de Collm.

* fVirz.W, 435. Zwingli, en repoussant ces attaques, ne nia point

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