LIVRE II. CHAF. VU, 2* P
consolider ^ négligea pendant neuf ans de faire constater ses titres au fief et d'en recevoir Tinvestiture dans les formes^; en même temps il inspira aux seigneurs ecclésiastiques ^ et laïques du pays de Neuchâtel, ain^ qu'aux bourgeois, de k haine et de l'inquiétude. Il voulut entreprendre de rentrer dans les biens domaniaux aliénés; son secrétaire l'y encourageait par des raisons spécieuses. Mais ces atteintes violentes à une longue possession, qui ruinent la noblesse et troublent le pays, impriment à un gouvernement le stigmate de l'arbitraire', et lui enlèvent le cœur du peuple. Les Neuchàtelois résolurent de suivre l'exemple du comte <]tuillaume d' Arberg , seigneur de Valangin ^, qui s'était affermi par des alliances de perpétuelle combourgeoisie avec Berne ^ et Sienne ^^. A la nouvelle que les
^ « Par défaut de dénombrement et de dédaratîon • arriva ce qn'on va voir.
^ On sait (pi*il y avait nn chapitre dans la ville de NenchàteL
^ Tion que Ton ne respecte aucune apparence de forme légale ; mais des que les dépositaires du pouvoir n'admettent ni prescription ni titre contraire à leur droit, supposé même que celui-ci fût bien fondé dansr origine , il n'y a plus de sûreté. Appliquer ce principe aux grands intérêts, ce serait annuler tous les traités de paix qui cimentsant la société européenne. Quelle est la possession dont la Intimité ait été constamment à Tabri de toute objection? Ne serait-il pas de dangereuse conséquence pour les princes eux-mêmes, de vouloir ramener les choses à leur forme primitive , antérieure à toute usurpation? A la tête de leurs légions , ils ne craignent pas les conséqaences ; mais qu'arriverait-il si les légions, un jour impatientes, apprenaient d'eux on pareil droit public?
' Fils du comte Jean, dont le père, Gérard, fnt tué près de Laupen; son grand-père Ulrich était fils du comte Ulrich, souche commune des <leux nkaisons de Neuchâtel et de Valangin, Dunod, HisU duC. de Bourg, t III; A, L, de fVattewyL
^ Tseimdi, 1401; s'il y renonce, il doit payer 200 florins.
^* Traité de eambourgeoisie , vers Pentecôte, 1403 j avec le maire.
Bernois étaient disposés à former une pareille alliance avec Neuchâtel, le comte Conrad, très-effrayé, se rendit en hâte à Berne pour demander la même combourgeoisie **. Ainsi, au même jour, sous Favoyer Louis de Seftigen , d'un côtéK^onrad de Fribourg , en qualité de comte et seigneur de Neuchâtel, de l'autre la députation de la commune, en qualité d'hommes libres ^^, conclurent avec Berne , à perpétuité , la même alliance défensive contre toute injustice* Le comte et la commune de Neuchâtel convinrent de soumettre leurs différends au jugement de l'avoyer et du conseil de Berne , et statuèrent que les troupes de cette république protégeraient, au besoin, la partie qui accepterait le jugement contre la partie récalcitrante. La ville de Neuchâtel s'engagea, sous caution, à payer à Berne mille marcs d'argent si, oubliant son serment et son intérêt, elle renonçait à cette combourgeoîsie*^. En vertu de ce traité, les Bernois ont dès-lors constamment jugé dans Neuchâtel les différends entre le seigneur et le peuple , et par là prévenu toutes les violences :
le conseil, les bourgeois et la commune. Il paie 50 florins, s'il veut s'en retirer.
*' Dans la crainte que si les bourgeois le prévenaient, leur traité n'eût la priorité et ne dimînuM ses avantages.
^* « Burgenses tam extraneî quam in oppido résidentes et ad ipsos spectantes. »
*^ Charteê, Berne 1^106 : « Scultetus, Gonsules et tota communitas villae Bemensis. » Walprechtschwyl est le lieu d'arbitrage; en cas de différend public entre les villes, on requiert des juges de Fribourg , de •Solenre et de Bienne; de même, s'il existe un différend entre le comte et Berne. La combourgeoisie du comte s'étend jusqu'au bois au-dessus de Vauxmarcus et jusqu'à l'Église de Verrières. Les anciens péages subsistent. Vcy. les deux chartes dans Leu. L'original de celle de Neuchâtel a péri dans l'inondation du 8 octobre 1579, mais elle a été vidimée par Berne, le SO janvier 1582. Haller, BibL V, 564.