VIII
514 HISTOIRE DE Là, SUISSE.
4|000 caTaliers, soit en tout 35,ooo hommes ^ Aînâ les forces numériques des deux années belligérantes étaient égala de part et d'autre; mais comme le camp du comte de Romont détaché au-delà de Morat , et tenu en échec par les gans du Séeland y ne put prendre aucune part à la bataille Ûyréeen deçà, la supériorité du nombre fut décidément du côté des Confédérés *.
Les dispositions prises par le duc de Bourgogne à la bataille de Morat, ne présentaient point une ligne continue *; son armée était au contraire partagée en trms diTisions de troupes ée toutes armes. Le duc avait assis son propre camp sur le haut du plateau près de G>urgeYaux ( Gurwolfjy k une demi-lieue de Morat sur la route de Fribourg. Il n ayait avec lui qu'une vingtaine de mille hommes rangés en bataille sur le plateau en ayant du camp, et disposés en colon* nés profondes régulièrement espacées^, de manière à pouToir faire tête à l'ennemi, soit qu'il se présentât en face par Vil* lars-les-Moines ( Mûnchenwyler^ soit qu'il débouchât sur sa droite du c6té de Cressier ( GHssach). La seconde division commandée par le grand Bâtard de Bourgogne, et composée des troupes Italiennes *, tenait la plaine de Greng et touchait presque aux murs de Morat. Le comte de Romont avec 8,000 hommes se trouvait à MontiUier, au-delà de Morat, où il fut isolé par les combinaisons habiles des Suisses *.
Au lieu d'arriver, comme on pouvait s'y attendre, par le
« Voir J. (U MalUr, V. I, n. S 49. » Dé TiUUr, II , SlMl.
> Ce fait a été remarqué par BL <<e Baronît, t Xi» 75.
> J. deMmller, Liv. V, 1, 529, dSO, 5Si-S69, 86i, Z62. De BâraUt, XI, 77; plan de la bataille de Morat
« EdUbath, cité par MalUr, V, I, n. S60.
* Les & mille Lombards des Sforza , les Condottieri licenciés par les Vénitiens, rédniu à 2,500 par la défdte da Saint-Bemaid , et les A,000 hommes envoyés "pvt BeniivogUo , (V, I, 277 ) en tout dix à onie inilk hommes.
bois de Morat et le village de Yillars-les-Moines^ les Confédérés débouchèrent par le bois de Galm * et le village de Gressier (Grissach), C'est après avoir dépassé ce village, à la place où s'éleva depuis la chapelle de St^ Urbain, que leurs troupes se rassemblèrent pour adresser leurs prières au souverain dispensateur des victoires, et que Jean de Halwyl harangua ses compatriotes avant de les conduire à l'en-' nemi. Une inscription placée sur le frontispice de cette chapelle rappelle ce double fait , et consacre ce lieu, témoin de la haute piété et de l'incomparable valeur des anciens Suisses '. Ceux-ci attaquèrent le duc de Bourgogne par sa droite, du c6té de Fribourg, ce qui explique comment l'intrépide Halwjl parvint à tourner la principale batterie bourguignonne et à s'en emparer^; manœuvre aussi hardie qu'heureusement exécutée, qui décida du sort de cette mémorable journée , à laquelle son nom resta impérissablement attaché. La victoire, opiniâtrement disputée sur le plateau de Courgevaux par le duc de Bourgogne , s'étant enfin déclarée en faveur des Confédérés , entraîna la défaite de la division du grand Bâtard, qui, acculée au lac et enveloppée de toutes ptrts, fut exterminée* sur la place où s'éleva Y ossuaire de Morat*. Fr. de Gingins.
« Gomme Tont cm J. dé MuUer et tU TUiiers
* Schilling, p. SS7, dit positivement der Btuhwald (et non pas der Bannwald)t ce qui so rapporte an bois de Gressier ou du Galm, {Kuenlin, Dict. de Fribonrg, H, 5. ) La chron. de Ncucbàtel, qui nomme Charmey (Gatmiis) , parle des gens qui de Guminen et cT Arberg marchèrent contre le comte de Bomont. Voir Boyve, Recb. Indigénat. (1795J p. i95.
* Voir Kuenlin, Dict du canton de Fribourg, I, p. 186. — «Âllhier
• haben sich die Herren Eidsgenossen versammelt und ibr Gebett ver-
• richtetals sieden Herzogen von Burgund vor Mnrten geschiagen
• was ist gescheben den 2 S Juni 1476. Benovatum, 1697 — 1776. »
* Voir Uv. V, I , n. 581 à 582.
» Liv. V, 1 , 40J à 407.
* Liv. V, I, n. 430. — L'ossuaire et Vobélisque qui Ta remplacé sur la route d'Avenches à Morat marquent Fendroit où la victoire fut complétée par le massacre des restes de Tarmée bourguignonne.
516 Hi8T01R£ DB Lk SUISSE.
B; UV. V, GHAP. l", PAG. 131-144, HOTB 605 A A78.
Bataille de Nancy (1477)9 P^ Frbd.. db Giugiiis-la»
Saaraz.
Après la yictoire de Morat, douze mille Suisses inoadèrent pour la seconde fois le Pays-de-Vaud, portant en tous lieux le feu et la dévastation. Ijausanne, qui s*était rachetée Tannée précédente, ne fut point épargnée. Le comte de Gruyères y entra le premier*, se fit donner cent écus, et frappa en outre la ville d'une contribution forcée en nature *• Le lendemain les Bernois et les Fribourgeois la pillérent sans épargner ni les couvens ni les églises '. Ces ravages ne furent arrêtés que par Tintervention officieuse des envoyés français; Louis XI, qui cherchait en Suisse des auxiliaires dociles à ses vues, et non des concurrens, n'était nullement disposé à favoriser les plans d'agrandissement des Bernois^. Le traité conclu à Fribourg (le i4 août 1476)) sous la médiation du roi *, rétablit entre Berne et la maison de Savoie une paix où les intérêts de cette maison furent complètement sacrifiés. Elle dut payer les frais d'une guerre qui de sa part avait été entièrement défensive, et où sa neutralité avait été outrageusement violée, sous les prétextes les plus mal fondés *. Au reste Louis XI ne s'était porté médiateur entre la Savoie et les Confédérés, que pour mieux engager ceux-ci à poursuivre contre le duc de Bourgogne la guerre d'extermination qu'ils avaient si bien commenctfe,
* Liv. V, l,a. 439.
^ Registres de Lausanne.
' Lettre de Berne aux Capitaines suisses du 29 juin 1476. GetthUhlforBeher, Vf , p. S 19. — Registres de Lausanne,
* Voir VI. n. 566 à 367.
' Voir V, I, n. 46G à A85.
" Voir rappcndicc du tome Vil.
et pour les déterminer à entreprendre une nouvelle campagne ', dont le théfttre se trouva transporté en Lorraine.
Quant au duc Charles, loin de songer à réparer le désastre de Morat , il n était occupé qu à pourvoir à la défense de la Lorraine. Il se tenait sur la défensive en Haute-Bourgogne, en attendant les renforts de troupes des Pays-Bas, auxquelles il avait donné rendez-vous en Lorraine *, où le duc René, aidé de gens de guerre recrutés à Bàle, dans l'Alsace et dans les provinces de France , avait déjà repris plusieurs places importantes *.
Dans Tentrefaite, Tévéque de Forly^ l^gat du St. -Siège, le comte Hugues de Montfort-Werdenberg, envoyé de l'Empereur, et le chevalier George de Stein travaillaient activement en Suisse à neutraliser les manœuvres de la France pour perpétuer la guerre. Une assemblée générale des deux ligues se réunit à Bftle pour entendre les propositions des hauts médiateurs * : mais le mauvais génie qui poussait les Confédérés à de nouvelles hostilités leur inspira la fatale idée de refuser tout accommodement qui ne serait pas fondé sur Tévacuation complète de la Lorraine par le duc de Bourgogne. C'était exiger de ce prince qu'il se mît à la merci de ses ennemis, en renonçant volontairement à la seule voie de communication qui lui restait entre ses États de Bourgogne et ses provinces des Pays-Bas. Charles fit tout ce qu'on pouvait raisonnablement attendre de lui en se montrant disposé à conclure une paix particulière avec les Suisses *. D'un autre côté les Suisses étaient si peu unanimes sur la conve* nance de se déclarer ouvertement pour le duc de Lorraine,
> Lettre an sire du Fay, dn IS jnill. 1476. ( Mim. de Fr. etdê Bourg., p. 569. ) De Barante, XT, 97 à 100.
* Le légat arriva à Bftle le 6 nov. 1476. Ochê , Hiti. de Bêle, IV, p. 8SS.
* yalér. Annlielm, Chron. !, 125. — J. de MuUer, V. I , n. 511.
518 HI&TOIRB DB Lk SUISSE.
qu* ik lui refusèrent deux fois leur concours officiel 'y et qu il n'obtint qu'ayec beaucoup de peine la permission de recruter dans les cantons les gens de guerre de bonne volonté qui voudraient le suivre moyennant une solde fixe dont le roi Louis prit les cinq sixièmes à sa charge *.
La campagne qui se termina par la bataille de Nancy ^ et qui forme la troisième période de la guerre de Bourgogne, ne fiit donc point une guerre nationale, pas plus que toutes celles où les troupes suisses capituiées ont figuré depuis. Les circonstances de cette dernière bataille^ qui coûta la vie à Charles- le-Hardi , sont bien connues, mais notre historien a commis plusieurs erreurs plus ou moins graves, qu'il est important de relever en peu de mots.
La bataille de Nancy fut livrée sur la rive gauche de la Meurthe *, et non pas sur la rive droite comme J. de Mûller paraît l'avoir supposé ; il en résulte que toutes lesdisposi* tions stratégiques de son récit sont renversées ( muUUis mutandU ) ^. L'aile gauche du duc Qiarles s'appuyait à la Meurthe, et sa droite au pied du coteau de la Malgrange; c'est par les bois qui revêtent ce coteau , que ta principale colonne suisse conduite par le chevalier Guillaume Herter de Hertneck attaqua le flanc droit des Bourguignons *, tandis que la cavalerie du comte de Thierstein enfonçait les troupes du brave GaUeoio placé à l'aile gauche vers la Meurthe *.
* A Frihourg (14 août), et d Lueernê ( h décembre id76 }. De TUlier, II , 308.
' Stettler, 265-264. Circulaire de Berne pour autoriser le recrolement en faveur du duc René, du i*' décembre 1476. — • Uêtter Kmckt zulaufen UuteiL • Geteliicliiforàcktr, VIII ,150.
' De Barante, t XI, 144. Voir U Plan.
^ V, I, n. 608 à 611. — U Maladrerie dont il parle (n. 60S ) est la MaUtdrerie-lez'Naney (ou Bon secoure)»
* V. I, note 64S.
^ Voir la relation offieielie (I>ièce6de Gomines, III. 493 ), qui dit que Galeotto fut attaqué par la bande allemande roarcbanl au pluf prés de U rivière de Meurlhe.
APFBNBICB. 51 9
lie duc de Lorraine tenait en échec la batterie bourguignonne sur la route de Jarville à Nancy *, où une habile manœuvre des Suisses la rendit inutile. Nicolas de Montéforié comte de Gampobasso * abandonna Tannée du duc de Bourgogne trois jours avant la bataille de Nancy : cette défection ne fut que le complément de ses nombreuses trahisons qui dataient de plusieurs mois, et qui furent la cause principale * de tous les retards et de tous les revers que Charles éprouva dans cette désash^use campagne.
Le terrain sur lequel la bataille de Nancy fut livrée se trouve aujourd'hui enclavé dans les faubourgs de cette capitale de la Lorraine. Sur le lieu même où les Suisses remportèrent cette dernière victoire contre un ennemi déjà à demi'Vaincu par les maladies et la défection qui lui avaient enlevé les deux tiers de sa faible armée, le duc René, voulant perpétuer le souvenir de leur triomphe, fit élever une chapelle funéraire àtAiéek Notre-Dtime-de'Bon'Seœurs ^ bxqA qu'une croix à la place où Charles- le-Hardi avait été tué \
La mort tragique du dernier duc de Bourgogne changea bientôt tous les rôles de ce drame mémorable. Ces valeureux Suisses qui, en combattant jusqu'à la mort contre Charlesle-Hardi, avaient plutôt favorisé l'ambition des puissances étrangères qu'ils n'avaient servi leurs intérêts nationaux, se firent les défenseurs officieux des droits méconnus de Marie
' Les noaveaiu éditeurs des Mémoires de PA. de Comineê, ( PetUat, t. XI, p. sas, DOle 2«) prétendent que Gampobasso était de la maison de Montfort'CAnuuwh en France; mais c'est mie enenr. Gomines dit plusieurs fois (lîv. IV, c i et c. it ), qu'il était natif du royaume de Naples d'où il avait été banni pour avoir pris le parti de la maison d'Aojou. Son vrai nom était Mante^ forte, dont on faisait en français Montfort, comme on fil de Darazto, Dura», Monteforte est situé entre Noia et Avelino, et Campobaseo près de Molise dans le royaume de Naples.
' BonSeeowa est aujonrdliui un faubourg de Nancy : la croix fut placée près de CÉfang de St, Jean, ( Henriquez, Descript. de Lorraine , t. II, p. 57-221.)
sa fille , devenue la femme de rarchiduc Maximilien , et trois centft ans de guerres acharnées entre la maison d'Autriche et la couronne de France ^Tengèrent le duc de Bourgogne du reproche d avoir provoqué la lutte dont il n'avait été que la victime.
Jusqu a la guerre de Bourgogne , les Confédérés n avaient pris les armes que pour le maintien de leur propre indépendance ; dèa*lors ils combattirent pour asservir, par la conquête, la liberté de leurs voisins *• Le partage des territoires conquis sema parmi eux de longues et funestes divisions. Les peuples de la Suisse abandonnèrent ea foule les mœurs agricoles et pastorales de leurs ancêtres, pour se faire gens de guerre', et les bourgeois des villes renoncèrent, pour suivre la carrière des armes, à l'industrie et au trafic qui les avaient enrichis '.
Mais en revanche les victoires de Grandson , de Morat et de Nancy, portèrent au plus haut degré la renommée guerrière des Suisses, et élevèrent la Confédération au rang des États indépendants de l'Europe ^, qui jusqu'alors n'avaient considéré les cantons Suisses que comme des membres plus ou moins émancipés de l'Empire germanique.
F. ns GiifGiNs.
Cj CHAP. II, PAG. 282, NOTE *.
« Durant les deux premiers siècles de la Confédération , la diète des anciens cantons intervenait en faveur des ressortissans (sujets), qui lui adressaient* leurs plaintes avec confiance. Cet état de choses fut troublé, sur la fin du xv* siècle,
^ Le Pays-de-Vaud, le Bas- Valais « les Bailliages iuliens. ' Mém, de Comineê, I, p. 259.
' Berthold, E»q. Fribourg, { Revue suisse . 1. 499.) * HelveL BibliotL (Zurich, 1735. ) I , p. 150.
AFPfiNBlGB. 521
par des dimions intestines , fr^it de lesprit de conquête et de rapine qne les expéditions militaires avaient engendré.
» La Suisse était sur le point de voir éclater dans son sein la guerre civile, lorsque les députés des cantons'se réunirent à Stanz, en décembre 14819 avec peu d*espoir de succès. Au moment où ils étaient prêts à se séparer, apparut inopiné • ment au milieu d'eux le vénérable ermite Nicolas de Flue, dont les exhortations parvinrent à calmer les passions de ces furieux et à opérer lin rapprochement. Le convenant de Stanz, du 15 décembre 1481 (Stanzer-Verkommnis), en fut le résultat immédiat; mais ce serait insulter à la mémoire de Nicolas de Flue que de supposer qu'il eût connivé aux vues perfides de ceux qui rédigèrent ce convenant , dans le but de remplacer la médiation arbitraire des huit anciens cantons , dans laquelle le peuple avait jusqu'alors trouvé protection, par rétablissement d*un nouveau droit public , dont les développemens devaient, sous le nom de souveraineté cantonnale, créer un gouverment absolu au profit des gouvernans, et faire disparaître les garanties qui jusqu'alors avaient protégé le peuple contre Tarbitraire*. C'est dans les clauses deuxième et troisième de ce convenant que furent introduits les germes de ce pouvoir absolu , dont les gouvernans de la Suisse demeurèrent en possession jusqu'à l'année 1 798.
» La deuxième de ces clauses interdit sévèrement toutes les réunions de citoyens en assemblées de communes qui n'auraient pas été permises par les magistrats suprêmes ', et attribue à ceux*ci le droit exclusif de punir sans opposition
' • Les villes remportèrent une victoire complète , • dit Gk>ati Bk>frheim. « Avaient-elles séduit par leur astuce le pieux ermite , au point d'en faire leur instrument? T.ies journées à jamais mémorables de Slaoi ont encore besoin d'être éclaircies.» {UUtoire de ta Confédération, t V, 2* part, lîv. !•» page 28, note **. )
* Dans les villes de Zurich , Berne et Luceme , cette permission devait être accordée par les bourgmestres et avoyers , et par les conseils ; dans les cantons démocratiques « par le landammann , les conseils et Ic^ landsgmeinde.
( ungehindert ) les transgresseurs, mesure équivalente à Tinterdiction formelle de ce droit sacre de pétition , contre lequel la Suisse a vu avec horreur, en i83o, le conseil secret de Berne s'armer de tous ses ténébveuz moyens de persécation et de vengeance \
» Par la troisième clause du convenant de Stanz, les cantons contractans s'engageaiMt à aider lesgouvemans'.Get engagement reçut dans la suite une extension dont aujourd'hui encore la Suisse subit les déplorables conséquences dans les affaires de Bile , de Schwyz et de Neuchâtel , forcée d'obéir à l'article 4 du pacte fédéral, dans lequel se retrouve Tesprit qui dicta jadis les clauses deux et trois du convenant de Stanz,
»En vertu de ce nouveau droit public, il fut décidé en principe :
» I ^ Que chaque canton jouissant de la plénitude de la souveraineté, nul n'avait droit d'intervenir dans les différends qui pouvaient s'élever entre les gouvemans et les gouvernés;
» a<> Qu'aux gouvemans iseuls appartenait le droit d'appeler (mahnen) à leurs secours les cantons voisins, tandis qu'une simple et humble pétition adressée par les gouvernés, soit à la diète, soit aux gouvememens cantonnaux, était crime de haute trahison ;
» 3® Que les cantons sommés (gemahnt) de fournir leurs secours devaient y obtempérer tout de suite, sans avoir le droit de s'assurer, au préalable, qui avait tort ou raison , en sorte que leur ancien noble rôle de médiateurs était remplacé par celui d'aveugles instrumens d'oppression, de janissaires du privilège.
* On se rappelle encore les proclamations menaçantes da che£de l'armée bernoise contre les pétitionnaires, les enrftlemois secrets des ronges, qn'on destinait à tenir en respect les milices, et la mise à prix de la tête des défenseurs de la liberté.
^ Voyez dans la Chronique de Berne de Valérius Anahelm, 1 1, page 246 et suivantes, le convenant de Stanz.
APPBlfDlCB. 523
» FâTorisëes par Tabsence de toute publicité et par Je se- • cret commandé ^ur les affaires publiques , ces doctrines sub* versives des droits du peuple continuèrent à se déyelopper d'une manière effrayante, et, pendant plus* de trois siècles , la Suisse fut couverte d'un voile funèbre que nul , sous peine d'exil , de captivité ou de mort, n'osait soulever.
» Il le fut pourtant au milieu du i8™* siècle, par deux étrangers célèbres , par le professeur Schlôtzer de Goettingae, et par l'avocat des Galas^ Loysau de Mauléon* A une époque plus rapprochée , l'illustre J. de MuUer hasarda de s'expliquer avec iranchise sur ces questions délicates, et son célèbre continuateur, Gloutz de Blozheim, patricien soleurois , dont la patrie pleure encore la mort prématurée, marcha courageusement sur ses traces. Voici le jugement porté par ce dernier sur le convenant de Stanz.
« Dans ce beau moment de la réconciliation , on oublia de » renforcer l'alliance par des colonnes plus fortes et par de » nouveaux liens, de manière qu'on pût agir d'accord dans
• les affaires communes, rapprocher les droits et les libertés » de tous les Confédérés, protéger les sujets contre les op- » pressions de l'arbitraire , empêcher les changemens arbi* » traires des constitutions et activer les communications ré- » ciproques. Les anciennes constitutions Ubres reçurent, au > contraire, par le convenant, la première atteinte violente.
• Les gouvernés furent abandonnés aux gouvemans; ces
• dei^iiers seulement devaient être secourus , sans examiner » seulement ce qui était juste ou injuste. >
( Histoire de la Confédération Suisse, de /. de Muller, continuée par Gloutz-Blozheim, seconde partie du tome V. Introduction page 17 et 18).
» On conçoit, d'après cela , qu'il importait à ceux qui s'étaient préparé le monopole de l'administration publique y . d'étouffer par tous les moyens les réclamations du peuple. Le convenant de Stanz avait préparé ces moyens, mais Tin-
tervenlion cantODale, qu'il abrogeait tacitement , ne pouvait être mise à exécution que graduellement. Elle fut inToqûée encore en 1489 par le gouvernement de Zurich, et par un grand nombre ae communes de ce canton , qui étaient en désaccord sur des prétentions réciproques.
« Le convenant de Stanz ayant dépouillé de la sorte les gouyemés du recours à la médiation des autres cantons, ces infortunés furent abandonnés à leurs gouvemans , qui , tout à la fois juges et parties, leur firent éprouver tout ce que se permet un pouvoir sans frein. Alors commencèrent les insurrections, dernière ressource des opprimés, dont les années iSaS, 1641, i653, 1667, 1705, 1713, 17Î9, 1755,1781, 1790 9 1795 offrent la déplorable histoire, et alors aussi les germes déposés en 1481 dans le convenant de Stanz reçu* rent leur entier développement, par la prestation instantanée et mutuelle des secours que réclamaient les oppresseurs^ et par les vengeances terribles exercées sur les sujets opprimés. »
Fréd. -César de la Harpe j Obsentations sur Fouprage intitulé Précis historique de la réi^olution du Canton de f^audy Lausanne, iBSa; p. 18-24.
Dj GHAP. III, PAG. 404, HOTE 583.
Rien n est plus embarrassant que de traduire les ûtresdes magistratures sans analogie exacte avec l'organisation sociale d'autres pays. A Zurich, le Petit Conseil souvent appelé simplement le Conseil, se composait des deux bourgmestres, de 24 conseillers ( consules dans les chartes ) et de 24 tribuns ( scabini dans les ch. ). Parmi les 24 tribuns, le Grand Conseil élisait trois grands tribuns ( Obristmeister en allemand ) qui, dans la suite, portèrent le nom de lieutenans ( Statthalter en allemand et proconsules dans les actes latins).
APPfi^^DlCE. 525
Ils ayaient la prérogative de convoquer le collège des tribuns sans les autres membres du Conseil, pour juger les différends des tribus et les affaires concernant les métiers. £n Tabsence du bourgmestre, le premier des grands tribuns en remplissait les fonctions. Les trois grands tribuns et les deux bourgmestres réunis formaient le Conseil secret. A des époques plus récentes, les membres de oeue autorité étaient les deux bourgmestres, les quatre lieutenans, les deux trésoriers, ÏObmann ou inspecteur en chef des biens de couvens sécularisés et trois autres membres du Petit Conseil.
L'étude de la Suisse aux divers âges et dans tous ses cantons et divisions de cantons, est une étude immense qui exige le concours de beaucoup d*hommes. Heureusement en Suisse la république des lettrés n*est pas un vain nom, le savoir de chacun est à la disposition de tous. Je dois les renseignemens qu'on vient de lire , ainsi que les deux notes suivantes à la complaisance amicale du savant conservateur des archives de TÉtat de Zurich , M. Gérold Meyer de Knonauy fils d'un historien distingué de la Suisse, et lui-même auteur d'ouvrages où le patriotisme a tiré du savoir une substance vitale. C. M.
E) CHAP. iii, PAG. 425, HOTE 671.
Les recherches de M. Gérold Meyer nous fournissent ici les renseignemens que MuUer n'a pas eus , parce que les protocoles, partiellement extraits pour lui par son ami Fùssli , sont fort laconiques, et qu'il n'avait pas à sa disposition toutes les chartes nécessaires pour y suppléer. En général, les sources de l'histoire de Waldmann ne sont pas abondantes, et peut-être la suite des temps la montrera- t'clle sous une face en partie nouvelle. Le premier rang parmi les chroniqueurs appartient sans contredit à Gérold EdXihachy beau-fils de Waldmann. Timide ou tout au moins fort circonspect, il
glisse rapidement sur la sédition dirigée contre le bourgmestre. BulUnger ne peut que raconter ce qu'on a^ait raconté avant lui. Les protocoles de l'administration et de la. justice y confondues dans la même autorité, étaient autrefois bien imparfaits ; ils le furent à Zurich jusqu'à Waldmann. Il y avait des lii^res du conseil et des jugemens {Raihs- und Richtbûcher)\ ils commencent avec Fan iS^S, et renferment les amendes, les condamnationa capitales, le personnel du gouvernement, quelques délibérations du conseil, çà et là des renseignemens fort brefs sur les missions aux diètes. Rien de plus sec quç ces notices. Quelquefois , au lieu d'inscrire les objets dans ces protocoles, on les notait sur des feuilles volantes, et les archives zuricoises possèdent quatre volumes de notes de ce genre, depuis l'an 1292 jusqu'à Waldmann. Dans les temps de troubles on n'écrivait rien du tout; le greffier quittait sans doute la plume pour la hallebarde. Far malheur les registres de l'année 1489 manquent totalement. Les protocoles même que Waldmann organisa mieux en 1484) sont extrêmement laconiques pour les premiers temps. Force est donc de recourir aux chartes, et voici les renseignemens qu'on 7 trouve sur le point que MuUer désirait voir éclairci.
Wemer Martin j fils de Jean Martin, de Neftenbach, et de Christine Steller, sœur de Henri Steller, commandeur de la maison de Kûssnacht, était en 1466 prieur et intendant des œuvres pies ( Seelgrœthmeister ) à Kûssnacht; en 1467, conventuel de Tordre de St.-Jean et préfet dans la commende deBubikon, il figure en 1478 pour la première fois comme commandeur de Kûssnacht. Il résigna sa dignité en 149C-
André Gubelmann, prêtre de l'ordre de St.-Jean, figure le jour de St.-Michel 1487 comme intendant des œuvres pies dans la maison du même ordre à Bubikon; en 1490, comme administrateur à Waedenschwyl. Le 12 décembre 1496, le commandeur Werner le fit nommer son successeur. BuUinger se trompe donc lorsqu'il attribue en 1489 àGubel-
mann la qualité de commandeur; celui-ci vivait alors à Bubikon et ne parut cette année-là qu'une fob à Kûssnacht, le lundi après la St. -Nicolas ( 7 décembre ) afin de servir de témoin au commandeur. G. M.
F} GHAP. m, PAG. 432, HOTE 688.
Les protocoles ou manuels da conseil , établis par Waldmann, mentionnent à la date du aa avril 1489 ^^^^'^ Widmer comme ancien bailli de Grûnîngen. Il est donc vraisemblable que le bailli qui mena les habitans de Grûnîngen contre la ville, fut IFerner StuckL G. H.