PÉRIODE COMPRISE ENTRE LA PAIX DE WALDSHUT ET LA GUERRE DE BOURGOGNE
L'archiduc Sigismond hypothèque son pays. — Frontières de l'Autriche. — Alliance générale de la Rhétic. — La guerre des seigneurs à Berne. — Caractère de Louis XI et de Charles de Bourgogne. — Commencement des querelles avec la Bourgogne.
— Dièle d'Empire à Ratisbonne. — Entrevue de l'Empereur et de Charles. — Charles en Alsace. — Administration de Hagenbach. — Ambassade bourguignonne. — Convention perpétuelle.
— Issue de Hagenbach. — État des relations étrangères. — Premières hostilités. — Alliance française.
La veille du jour où la paix fut signée, l'archiduc conclut à Villingen avec la société des chevaliers du bouclier de St.-Georgc un accord, d après lequel aucune des parties ne devait sans l'autre consentir à un traité de paix 1 . La noblesse eut d'autant moins d'égard à celui qui venait de terminer la guerre 2 . Il fut
1 La charte , dans Biirgermeister, est du vendredi; le traité de paix , dans Ttchudi , du samedi après la St.-Barth61cmi.
2 Schilling p. 69 : Bilgeri de llewdorf se comporta envers Schaffhousc de la même manière qu'avant la paix. Tout le traité de paix fut annulé par le pape , parce que la guerre avait été une rupture de la paix générale de la chrétienté , et avait empêché la croisade contre les Bohémiens. ( 4 468 , dans Guillimann. )
UVRK IV. ÇHAP. VU". 119
bientôt évident qu'on ne cherchait que l'occasion et les moyens d'en entreprendre une plus considérable. Les Suisses refusèrent donc de participer à des conférences destinées à faire illusion 3 .. Leur Confédération était pacifique; si un petit nombre d'hommes puissans troublaient le repos de la patrie en s attribuant des prétentions étrangères ou en favorisant l'admission d'hôtes inquiets, leur violence intéressée déplaisait 4 . Sans la noblesse de l'Autriche antérieure, Sigismond aussi, tranquille à Inspruck 5 , aurait songé aux moyens d'amasser la somme qu'il devait pour prix de la paix 6 . Au lieu de cela on l'engageait à solliciter par de belles paroles , dans des diètes , le secours de princes allemands 7 ; les cinq cents chevaliers qu'ils lui promirent 8 auraient irrité les ennemis, sans lui donner du poids. Le duc de Bavière-Landshut , qui avait le plus de crédit auprès des Suisses, et dont les sentimens ne satisfaisaient point la noblesse, désirait la paix 9 .
Les seigneurs se rappelèrent alors cette expédition des Armagnacs qui écrasa les Suisses sans les vaincre ; leur haine s'inquiétait peu de remettre une seconde fois la clef de la patrie dans les mains des Français 10 ; ils
1 Reccs de Lucerne, jeudi après le Massacre des Innocens , 1469 (1468). Tschudi , 698. Hœbtrtin , VI , 587.
4 Recès de Lucerne , 1468. Tschudi, 679.
> t II habitait ordinairement au pays de l'Adige. » Schilling, 70. Nos lisloriens donnent quelquefois ce nom au Tyrol en général.
6 11,800 florins. Les Bernois ayant attendu 24 ans pour leurs 11 ,000, bs autres auraient aussi consenti à accorder des termes. ,
7 A Francfort, à Nuremberg, surtout à Spire. Schilling; Tschudi; llœbcrlin.
8 Uœbcrlin, VI , 588 (on y 1H Nuremberg au lieu de Neucnbourg). •M.
M • Et pourtant la maison d'Autriche avait de tout temps joui de (a plus haute considération auprès des Allemands. • Schilling.
déterminèrent l'archiduc à se rendre auprès du roi , qui, en qualité de dauphin, avait conduit cette armée.
Louis XI le reçut avec la cordialité due à un prince son parent n , lui accorda volontiers un secours annuel de dix mille francs pour relever ses finances 12 , mais déclina sous divers prétextes 13 toute participation aux querelles avec la Suisse. Dans un autre temps son père s'était chargé de garantir la dot de l'épouse de Sigismond 1 *; Louis comprit mieux combien la Suisse pouvait avoir d'importance pour lui. Il écouta les conseils de l'expérience et ceux de Jost de Sillinen, prévôt de Béron* munster, qui, né d'une antique famille de Kùssnacht, sur le lac des Quatre-Can tons, unissait le bon sens des Suisses à la finesse romaine ,& . La guerre de Mulhouse avait renouvelé l'impression que firent sur Louis les cadavres des héros de St.-Jacques. Une de ses principales qualités était son discernement dans l'appréciation et l'emploi des hommes selon leur utilité. Dès ce jour il se prépara sans bruit à tirer parti des Confédérés , et il fit en sorte que Nicolas et Guillaume de Diessbach fussent députés en France comme ambassadeurs 16 ; la Suisse n'avait pas de magistrats plus capables de se conformer à ses intentions.
Dès que Sigismond comprit qu'un séjour prolonge
ne le rapprocherait pas de son but, il se rendk dans 1;
11 Sigismond avait été fiancé, jeune encore, à Radegondc, sœur ie Louis; il épousa la sœur de la première femme de ce prince. Vo> chap. VI, n. 217.
12 Hœberlin , 589. GuUUmann : « En souvenir de la parente. ■
11 Son frère Charles, instrument et jouet de l'opposition, vivaii enrore.
14 Ci-dessns chap. VI, n. 218.
45 Balthasar, Musœum Lucern. Lch.
16 Stcltlcr, nov. 14G8.