‹ Histoire de la Confédération SuisseChapitre 60 sur 178 · LIVRE IV. CHAP. VU · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAP. VU

ville d'Airas vers Charles de Bourgogne 17 , sans doute du consentement et par le conseil du roi , qui prévoyait les suites. Sigismond , ami des femmes et du plaisir, et Charles sérieux , méditatif, laborieux, ne pouvaient pas se plaire personnellement; néanmoins le prince bourguignon, après un festin comme on n'en donnait qu'à sa cour 18 , eut la satisfaction d accompagner l'archiduc dans un voyage à travers ses États, qui devait lui iaisser une haute idée de la grandeur et de la puissance bourguignonne. Le prêt de la somme due comme prix de la paix ayant été accordé immédiatement, vu que le duc l'estimait peu considérable ,9 , les conseillers de Sigismond osèrent proposer un autre emprunt, cinq fais plus fort que le premier, en offrant pour hypothèque tous les domaines autrichiens de l'Alsace et de la Forêt-Noire. « Que manque-t-il , dit l'un d'eux , à la » noblesse et au peuple du puissant Charles, qui flo- » rissent aux yeux des nations, craints ou vainement » enviés de leurs voisins ? Marchons sur leurs traces et » cessons d'être la risée des vachers. Dites-le à Schaff- » hottse , annoncez-le aux portes de Mulhouse. Comme » l'orgueilleux ours va se cacher ! Comme les paysans » des Alpes vont pâlir devant le tonnerre de l'artillerie » bourguignonne ! La noble œuvre de Charles accomplie, leur confédération dissoute, leur courage » dompté , quelle joie de voir l'archiduc Maximilien » épouser la fille du duc de Bourgogne. Ainsi vengés, » bien administrés , les domaines rentreront dans la

17 Le 21 mars 1469. Extrait d'une ancienne chronique dans le t. II du Commet de Lcnglct du Frcsnoy.

! * A sa cour à Hesdin . « en salle le jour de Pâques fleuries. » Jh. M la somme plus considérable. Tschudi .702.

» maison archiducale ; et, tandis que Charles rétablira » la paix, nous coulerons, à Inspruek, avec notre bon >> souverain, maint beau jour, grâce à l'argent obtenu » sur l'hypothèque. » Le duc de Bourgogne, trop grand déjà pour être en sûreté s'il ne grandissait encore , plus désireux de la continuité de ses États et de la force de ses frontières que de toute autre chose, vit dans cette cession volontaire des clefs de l'Allemagne , de la Suisse et de la Haute-Bourgogne la plus insigne faveur de la fortune 20 . Combien n'était-il pas facile d'expulser, de transplanter le jeune gars de Lorraine 21 ! Alors, des rives incertaines où l'Océan tour à tour accroît et ronge les terres des princes , à travers les villes riches, le jardin des Pays-Bas , par-delà la puissante forteresse de Luxembourg 22 , par-dessus la chaîne des Vosgesj usqu'au Jura, et pour le moment jusqu'au Rhône 23 , Charles-

*° Obligation hypothécaire , Sl-Oiner, 9 niai 1469, dans Guillitnann, « Indigentiae nostrœ non aliter subvcnire polnisse , propler insolenliam et rebellionera Svilierorum. » Charles reçut pour hypothèque le château et la seigneurie d'Ortenberg , la ville de Bergheim , la ville et le château d'Einsisheim , Isenheim et Landcsehre , château* et ville , le château et la seigneurie d'Altkirch , la ville, le château et le bailliage de Thann, la ville de Sennheim avec le village de Steinbach, la ville de Masmoûlier avec la vallée supérieure et l'inférieure, le manoir et la seigneurie de Rosenfels, la ville et le manoir de Rothcnberg, Blumberg, Béforl, Dettenried, Rheinfelden , Sckingen, Lauffenbourg , fValdshut , le château et le bourg de Uohenstein et le bailliage de la Foret - Noire. Guillimann ajoute que l'archiduc s'était réservé la collation des bénéfices ecclésiastiques et « obsequia militi* • (est-ce le droit de disposer de la milice ?>

M C'est ainsi qu'il appelait René , qui , successeur présomptif du duc Nicolas, était très-jeune et paraissait faible.

21 Alors aussi la place la mieux fortifiée. Il y avait son trésor.

* Il espérait obtenir plus tard la rrovence , par le testament du roi

René.

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