LIVRE IV. CHAP. VII
le-Téméraire serait l'unique maître, pour ne pas dire roi 24 ! , . «»
Conformément au traité de paix, la veille de la fête de St. -Jean-Baptiste (23 juin), des commissaires bourguignons 25 payèrent dans la ville de Berne dix mille florins aux Confédérés et dix-huit cents au bourgmestre Am Stad. Le reste de la somme fut remis à l'archiduc 26 . Peu de jours après (28 juin), le margrave Rodolphe de la maison de Bade , seigneur de Sausenberg et de Rôteln, comte de Neuchâtel, vint avec d'autres commissaires bourguignons 27 dans le landgraviat de la Haute-Alsace , et reçut à Einsisheim 28 , dans une assemblée solennelle, l'hommage des pays hypothéqués. On attacha peu d'importance à la réserve de la réemption , que la mauvaise économie de Sigismond rendait peu probable, et au maintien de la constitution actuelle, espèce d'adieu au peuple fidèle des domaines patrimoniaux de la vieille maison de Habsbourg. Charles avait su dompter l'esprit de liberté daus des communautés plus puissantes. Aussitôt la justice suprême fut organisée sur le même pied qu'en
** Personne n'ignore qu'il cherchait à le devenir.
u Guillaume de la Baume d'Irlains, conseiller cl chambellan du duc . et Guillaume de Roche! or t , son maître des requêtes. Gollut, historien solide, Mém. de la république êèquanoite, p. 839.
M Walàkirch {H Ut. de la Conféd. I, 226) porte la somme hypothéquée à 70,000 fl. ; Gollut à 40,000 fl. d'or, de 42 gros de Flandre chacun ; mais dans l'obligation, il est parié de 50,000. Voyei Appendice B.
17 Pierre de Hagenbach; Jean Carondelet , juge à Besançon; Thibaut Ponsot, bailli d'Amont Guillimann.
18 Nom défiguré par Gollut, qui écrit « Anguesscl au vicomte d'Ausel.» le premier est Engisheim (Schdp/lin , Als. ill. 1, 65) maintenant Ensisheim ; le second , le landgraviat de la Haute-Alsace ( vicomte d'Auxois ) Schôpflin , 9.
Bourgogne 29 ; le peu de châteaux non hypothéqués
supérieure fut attribuée à messire Pierre de Hagenbach , chevalier, conseiller du duc , son maître d'hôtel 30 , serviteur éprouvé de longue main 31 . Le duc lui accordait une confiance si entière 32 , qu'il ne voulut visiter ses» nouveaux Étals que lorsque Hagenbach les eut organisés à sa guise 33 . Les Suisses virent ce changement sans crainte, mais non sans inquiétude 34 . Le pays, dans l'attente, jouit de quelques jours de repos. „ , • . • •
Notre tâche nous appelle à considérer comment furent réglées les autres frontières autrichiennes du côté de la Suisse, quels hommes étaient les magistrats de la ville de Berne , qui exercèrent le plus d'influence sur la Confédération entière , comment pensait le roi Louis et comment Charles de Bourgogne.
Du côté de l'Adige , au sein des plus hautes Alpes du Tyroi , les domaines et les droits des princes du Tyrol et des évéques de Coire se croisaient. Le comte Jost Nicolas de Zollern, seigneur de Razùns, requis comme arbitre, rendit, à Méran, une sentence pour déterminer équitablement les limites des deux autorités 35 , et as-
M Une chambre d'appel de 14 personnes. Gollut. Le même pour le fait suivant.
î0 État des officiers et domestiques dans les Mèm, pour servir à l'histoir* de France et de Bourgogne. Paris , 1789.
11 11 l'avertit en 1462 de se tenir en garde contre les sortilèges. Jœgei , Cbarles-le-Téinéraire, p. 99, d'après Heuter.
« . Grand bailly de Ferrelte et de la vicomté d.Ausaay . (n.28) ; Compte du trésorier Trotin dans les Mèm. n. 50.
31 11 ne s'y rendit qu'en 1473 , lui toujours si actif.
54 Iiccês de Zurich. Si. -Georges 1469, dans Tschudi, 70 3.
i3 L'évéque se plaignit du contraire. Ch. de l'évéquc Ortlieb, 16 mars 1471 dans Lùnig , Spicitcg. ecclcs. contin. 111 . p. 1039.
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signer les héritages 30 , les droits sur les montagnes 37 , autrefois moins estimés, et les enfans illégitimes 38 : une commission impériale confirma cette sentence à Gluruns 39 . Du reste, Tévêché v de Coire était uni à Zurich par une alliance de combourgeoisie 40 , et payait, à ce dire , une contribution annuelle de vingt-six florins. D'anciennes relations de même nature liaient la ligne Grise à Glaris 41 .
Dans le labyrinthe rhétien des vallées alpestres où vingt-six seigneurs et communes exerçaient d'une manière indépendante la haute juridiction , et sur plus de cent cinquante châteaux une autorité également puissante pour la justice et pour l'injustice 42 , de tout temps ceux qui avaient quelque chose à perdre s'allièrent naturellement entre eux et avec les Suisses. Tout domine ta ligue de la Maison-Dieu et la ligue Grise , et ensuite celle des dix (ou onze) juridictions se formèrent , ainsi
*• Le duc déplorait que les domaines communaux de Mels sortissent <!e la seigneurie , attendu que l'évéque ne les donnait qu'à des sujets de révCché.
37 P. e. à Plavol.
" Leur nombre est toujours plus considérable que les gouvernemens ne le savent. Quel n'était pas celui des heimathlose dans l'ancien canton de Berne si bien gouverné ! = On donne en Suisse le nom d'HcimatUlote (gens sans patrie) à une classe d'infortunés privés de tout droit de cité cantonale et de bourgeoisie. L'incurie, la mauvaise législation et l'égoïsme de quelques cantons ont fait échouer tous les efforts tentés pour mettre un terme à un fléau qui déshonore la Suisse et outrage l'humanité. Une partie de ces misérables, chassés de partout, sont à la fois réduits par les gouvernemens à être vagabonds et punis pour leur vagabondage. C. M.
n Présidée par Jean de Werdenberg , évôque cPAugsbourg. Voy. LSnig, 1. c.
40 Rénovation , 1470 , pour 2<ï ans.
M Rénovation .1470.
45 Zsc/wkke , tres-exactemcnl d'après Gampcl et Guler.
que nous l avons vu , chacune pour son compte, puis J les deux premières s'unirent ensemble, de même pendant Thiver où les affaires du Tyrol furent arrangées par une convention, la ligue des juridictions s'unit avec les deux autres en une seule république de trois ligues.
A peine la saison eut-elle rendu praticable pour les j habitans du haut pays le sentier étroit qui conduit du Domlescbg dans la vallée de Belfort entre des rochers et des forêts, le long des sombres abîmes où 1" Albula roule ses flots bruyans 43 , que tous les députés 44 , portant la plupart eux-mêmes des vivres pour quelques jours , se réunirent dans la métairie de Vazerol 45 , marche de Brienzôl. « L'évêque de Coire, les communes de la » Maison-Dieu, l'abbé de Disentis, les comtes de Sax et » de Zollern-Razûns , la haute ligue Grise, le Prae- » tigau et toutes les juridictions de la contrée se jurent » amitié, paix et justice ; chaque seigneur, chaque con- » trée , chaque juridiction , chaque noble ou roturier, » reste ce qu'il est, conserve ce qu'il a 46 ; toutes les » routes sont ouvertes et garanties au commerce et aux » communications 47 . Dans leurs différends les ligues » choisissent pour arbitres qui bon leur semble 48 ; les » différends entre deux ligues sont jugés impartiale-
48 Lehmann et Zschokke ont très-bien décrit ces lieux.
& * Porta paraît supposer que l'évéquc Ortlieb, l'abbé Jean de Schônck , le comte Jean Zollcrn et Jean-Pierre de Sax se trouvèrent là en personne.
45 Guler : ■ Batserols, » en romansch « scolare. »
4 * Toutes nos alliances constituent mais ne révolutionnent pas.
47 L'importance de cet article n'est comprise que de ceux qui savent qu'autrefois les choses se passaient dans ces défilés comme elles se passent aujourd'hui dans l'Empire turc.
* 8 Ils firent sagement de se réserver en cela plus de liberté que les Suisses.