LE PEUPLE S0C\'ERA
dans son sein des pays sujets, réduits à envier le sort des peuples régis par des rois. Mais ces temps ont pris fin. La révolution française a appelé les peuples à l'égalité. Elle a ensuite égaré le nôtre en lui faisant faire l'essai d'un régime unitaire; en exagérant la force du courant progressif, elle a rendu un nouveau recul inévitable. Voici cependant qu'en l'an 1830 reparait chez les Confédérés, avec un nouvel élan de la démocratie, le besoin de resserrer le lien qui fait leur force.
Les régiments suisses au service de France venaient de rentrer dans leur patrie. Après avoir de nouveau pris part à la défense du palais des Tuileries, ils avaient été congédiés. Leur retour fut un sujet de deuil pour les uns, de joie pour le plus grand nombre. Tous s'attendaient à voir une coalition se former contre la France ; mais les premiers y voyaient un motif d'insister sur le maintien de la paix intérieure, afin d'être prêts à écarter tout péril, les seconds, de travailler à fortifier la Confédération en la faisant reposer sur un droit meilleur. Ces derniers avaient à leur tête des hommes d'âges divers, les frères Edouard et Casimir Pfyffer, à Lucerne, le vieil Usteri, à Zurich, Laharpe et Monnard à Lausanne. La plupart voulaient une «volution pacifique, et ce fut ce qui eut lieu dans plusieurs cantons; dans d'autres, il y eut révolution.
Thurgovie eut, le premier, ses assemblées populaires, sa constituante et des institutions révisées. (Octobre 1830 à avril 1831.) Zurich, à la suite d'une grande assemblée, tenue à Uster, le 22 novembre 1830, reconnut à son tour la loi de la souveraineté populaire.
350 LA SUSSE sous LE PACTE DE 1815
(Mars 1831.) De ses deux bourgmestres, l'un, Reinhard, résigna sa charge, portée en des temps difficiles, et l'autre, David de VVyss, entouré de l'estime générale, demeura, avec Usteri, à la tête de la république rajeunie. Bientôt deux partis se trouvèrent en présence, les modérés et les radicaux. Quelque temps les modérés l'emportèrent; mais, ayant essayé de soumettre à une loi la puissante Société de tir qui embrassait la Confédération entière, ils furent battus en Grand Conseil, et se retirèrent du gouvernement. Les rênes de l'état passèrent alors aux radicaux, qui les tinrent d'une main forte. Sous l'impulsion du jurisconsulte Louis Keller, des bourgmestres Melchior Hirzel et J.-J. Hess, du professeur Gaspard d'Orelli, de Georges Ncegueli, rénovateur de la musique populaire, et de Thomas Scherr, ils renouvelèrent l'instruction publique; ils créèrent des écoles secondaires, un séminaire d'instituteurs, une école cantonale et une université, dans laquelle prirent place les théologiens Hirzel, Hitzig et Schweitzer auprès des jurisconsultes Keller et Bluntschli, les naturalistes Schœnlein et Oken auprès du philologue d'Orelli. Quarante mille suffrages sanctionnèrent la nouvelle constitution.
Saint-Gall, après bien des assemblées tumultueuses, suivit l'exemple de Zurich, et Baumgartner y prit, à la tête du gouvernement, la place de MuUer de Friedberg. En Argovie, un soulèvement contraignit les Conseils à voter une constituante. A Lausanne, elle fut pareillement votée à la suite d'une manifestation populaire. A Lucerne, à Fribourg, à Soleure, à Schaffhouse, même révision de la loi de l'état. Les constitutions nouvelles