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LE PEUPLE SOUVERAIN

se ressemblaient toutes. Dans toutes, le peuple se déclarait souverain. Il confiait l'autorité aux pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Seuls étaient exclus du droit de suffrage les citoyens tombés en faillite, ou condamnés par leur indigence à recevoir l'assistance publique. Les élections étaient directes. Les magistrats devaient être renouvelés à des intervalles rapprochés. Une initiative était réservée au Grand Conseil dans la proposition des lois. Le public était admis à ses séances. La presse était libre, le droit de pétition reconnu. Dans quelques cantons, les capitales obtenaient une représentation plus forte que celle à laquelle elles eussent eu droit par le chiffre de leur population. Les peuples saluèrent comme un beau jour celui qui les plaça, affranchis et confiants, sous la protection de lois qu'ils avaient eux-mêmes faites et acceptées.

Cependant Berne n'était pas entré dans le cours de ces événements. La diète, qui siégeait dans ses murs, présidée par l'avoyer Fischer, n'avait eu qu'une voix pour ordonner les mesures que commandait à la Suisse la situation de l'Europe. Mais dans leur canton, les patriciens bernois, méconnaissant l'esprit des temps, croyaient pouvoir tenir tête à l'orage. L'Oberland, le Seeland, Porentruy s'agitaient; pour les ramener à l'obéissance, il se fit quelques enrôlements. La tête de Stockmar, chef du mouvement jurassien, fut mise à prix. Alors le peuple se leva. Il s'assembla à Munsiguen, le 10 janvier 4831. Deux frères, Jean et Charles Schnell, le maîtrisaient par la puissance de leur parole; Jean lui recommanda le calme, Charles l'action. L'assemblée se prononça pour la convocation d'une

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constituante, et donna huit jours au gouvernement pour aviser, il tléchit. La constituante se réunit, et la présidence en fut confiée à un patricien aimé du peuple, Frédéric Tscharner, qui sut par sa modération ménager le passage de l'ancien au nouvel ordre de choses.

Quelques cantons encore demeuraient en dehors du mouvement. Genève était attachée à ses magistrats. Yallais, Grisons, les Waldstetten contemplaient avec étonnement et défiance ce qui se passait à leurs pieds. « Laissez, disait le landamman Lauener à ses gens d'Uri, laissez les fils de la révolution planter leurs arbres desséchés; chez nous, tout arbre est un arbre de liberté. » Schwitz renfermait deux populations, dont l'une, naguère sujette, était devenue libre de droit, sans l'être réellement. Elle réclama la complète égalité que lui reconnaissait le Pacte, et ne l'ayant pas obtenue, elle se sépara de l'ancien Schwitz. Vainement la diète intervint. Elle finit par se prononcer, de fait, pour l'ancien canton, en refusant de recevoir dans son sein la députation de Schwitz extérieur.

La situation de Bàle n'était pas sans analogie avec celle de Schwitz. Le canton comprenait la ville de Bâle, peuplée de 16000 âmes, et la campagne, qui en avait 40000. Les campagnards, réunis à Liestal, ayant demandé une constituante et réclamé l'égalité des suffrages, les bourgeois firent une sortie, les réduisirent à l'obéissance et les amenèrent à accepter une convention, qui donnait, en Grand Conseil, 75 sièges à la ville et 79 à la campagne. Une amnistie générale, prononcée à la suite de cette victoire, eût probablement

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