DOMINATION ARABE
Dieu à la même mission. Une fois les esprits dans cette voie, il ne fut pas difficile d'amener les Maures à embrasser la religion de leur vainqueur, qui ne leur prêchait que la satisfaction de leurs passons dominantes, et la grande barrière qui les avait séparés jusque-là des conquérants tomba sans retour. Une nou* velle nationalité formée des Maures et des Arabes, dont le sang fut mêlé par des alliances, se cimenta dans les mosquées. Elle devait recevoir une consécration nouvelle sur des champs de bataille qui allaient s'ouvrir en Europe.
En 427 le comte Boniface avait ouvert l'Afrique aux Vandales qui venaient d'Espagne; en 710, le comte Julien ouvrit l'Espagne aux Arabes, et ceux-ci y conduisirent les Maures, qui trouvèrent dans ces belles provinces de quoi satisfaire, bien mieux qu'en Afiîque, leur goût pour la guerre et pour le pillage. La conquête de l'Espagne opérée sur les Goths en une seule bataille, dans la quatre-vingt-douzième année de l'hégire, par les Arabes unis aux Maures, servit donc à assurer et à consolider la conquête de la Mauritanie en occupant et en enrichissant les populations remuantes et avides de cette contrée, et en amenant une portion de cette population à changer de patrie.
L'empire goth était tombé dans cette bataille, qui dura, il est vrai, huit jours. L'empire arabe, auquel cette bataille de Xérès, livrée au mois de juillet de l'année 711, prépara des assises, ne dura pas moins de huit siècles, car ce ne fut qu'en 1492, après le mariage de Ferdinand, roi d'Aragon, avec Isabelle, reine de Castille, que Grenade tomba sous les efTorts des vaillants descendants des Goths, qui, réunis après la bataille de Xérès autour de Pelage, s'étaient réfugiés derrière les cimes inabordables de la Cantabrie, comme dans un nid d'aigle d'oà la nationalité espagnole devait descendre pour conquérir pied à pied le sol jusqu'à cette glorieuse journée où Boabdil, dernier roi de Grenade, vaincu sans retour, se reconnut sujet des rois catholiques, en emportant pour toute consolation de sa défaite et de ses larmes cette parole sévère de sa mère : oc Pleure comme une femme le royaume que tu n'as pas su défendre en homme. »
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n ALGÉRIE : ORIGINES HISTORIQUES.
. On coioprend que, pendant cette longue période de la domn nation arabe sur l'Espagne et la Mauritanie, Thistoire de Tune est profondément mêlée à Thistoire de l'autre. Les Maures, fondus avec les Arabes, Berbères ou Rabais/ Kabyles ou Kbaîles, peuple de la famille atlantique qui, liabitant surtout les hautes Tallées de T Atlas, avait mieux préservé son individualité nationale et ^.sauvage indépendance, éprouvèrent continuellemeni le contre-coup des événements qui se passaient en Espagne, et exercèrent à leur tour une influence marquée sur les luttes dont cette contrée fut le théâtre. U y eut comme un llux et un reflux d'hommes, de prétentions, d'ambitions, d'entreprises d'Afrique en Espagne, d'Espagne en Afrique. Tantôt l'influence prépondérante échoit aux émirs d'Afrique, ^intôt elle passe aux émirs d'Espagne, tant qu enfin, en 954, l'Afrique musulmane se trouve partagée entre deux grandes dominations, celle des califes de Cordoue, dont la puissance, traversant la mer, possède ce qu'on, appelait alors le ilfograt-e/-Açci, c'est-à-dire le couchant élo^é dans lequd se trouvaient Fez, Tahar, Tlemsen ; et les califes de Gairouan, qui continuent à posséder le territoire de Test, la Feriqtiia^ comme on disait alorsj c'est-à-dire Tunis et tout le pays environnant, qui finit par s'étendre de TÉgypte jusqu'à Bougie.
Ce partage, qui n'empêche point plusieurs petits États particuliers de subsister dans leur indépendance, se prolonge, au milieu des guerres fréquentes qu'il suscite entre les deux califets» jusqu'en l'an 1070. A cette époque, un fait grave se produit dans le Mograb. Parmi les tribus indigènes qui habitaient au delà de la chaîne atlantique, dans les déserts de l'ancienne Gétulie, et qui, tout en acceptant le raahométisme, avaient le mieux conservé leur physionomie nationale et leur indépendance, un homme se lève et se pose en législateur et en prophète : c'est Abd-Allah-ben-Hasim, marabout de Suz, célèbre pai\sa science et sa sainteté. Après avoir excité l'esprit religieux de ces tribus, il les pousse contre les tribus voisines qui avaient conservé les rites de leur idolâtrie primitive, et les convertit par le glaive.
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DOHIIfATION ARAffî: 13
Puis il donne à son peuple, électrisé par le double enthousiasme delà Toi et de la victoire, le nom d'hommes deDieu, Al'Morabefh*\ dont nous avons fait, par corruption, Almoravides, et leur promet la domination du Mograb, occupé par des musulmans dégénérés. Ce Iknatisme récent devait, en effet, triompher d'un fanatisme vieilli, et Abd-AIIah les aidait à accomplir sa prophétie par la confiance même qu'elle leur donnait. Deui Berbères, qui héritèrenf de son génie comme de son rôle, Abou-Beker et loussef, mais le dernier surtout, la réalisèrent complètement. Les Arabes, vaincus, furent obligés, dans tout le pays du Mograb, de se soumettre à sa domination, qui s'étendit depuis T Atlas et le déseft jusqu'à la Méditerranée et l'Océan. Le puissant Berbère reçut alors une ambassade des émirs de l'Espagne, morcelée en un grand nombre de petits États indépendants qui, par leurs dis* cordes incessantes, offraient une proie fecile aux chrétiens, surtout dans un temps où la Castille. la Galice et le Léon obéissaient au même roi, Alphonse VI, dit le Brave.
Entré comme auxiliaire en Espagne, loussef s'y conduisit bientôt en maître; il vainquit les chrétiens et déposséda ses alliés. L'Espagne et l'Afrique musulmane le reconnurent également pour dominateur.
La domination des Almoravides dura peu. Ce que le fanatisme avait élevé, le fanatisme le re^jversa. Un nouveau prophète, un nouvel ambitieux s'éleva parmi les tribus berbères, et, les hérésies du mahométisme venant en aide à ses prédications, il parvint à soulever un grand nombre des tribus, au nom de la doctrine des Schiytes, contre les Almoravides, qui professaient celle des Sunnites. La victoire lui resta en Afrique, après une longue lutte pendant laquelle les Arabes d'Espagne, coalisés contre le gouvernement des Berbères, réussirent à le renverser. La domination des Almoravides avait duré un peu plus d'un demi-siècle, depuis l'an 1086, époque du passage d'Ioussef en Espagne, Jusqu'à l'an H47, époque du triomphe définitif de leurs adversaires. Elle
' Al-Morabetk signifie le fort, le constant, le confirmé (en Dieu).
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lut remplacée d'abord en Afirique, bientôt en Espagne, par celle des Almohades, qui tiraient leur dénomination de leur devise : « AUab est notre Dieu, Mohamed est notre prophète, El-Modhi est notre iman; » c'était le nom de celui qui les avait soulevés contre la domination des Almoravides.Les Arabes d'Espagne, qui s'étaient unis pour renverser leurs maîtres africains, étaient revenus à leurs anciennes discordes aussitôt après le succès de leur entreprise. L'esprit de localité combattait chez eux l'esprit de nationalité, et leurs divisions irrémédiables les contraignaient d'appeler du dehors une force qui leur donnât l'unité, ne pouvant la faire eux-mêmes au dedans.
On aperçoit ici à découvert la loi qui domine, à cette époque, l'histoire du Mograb et celle de l'Espagne, si étroitement liées. Il y a, dans les tribus sauvages des Berbères, un fonds de &natisme et d'ardeur belliqueuse aiguisée par la soif du pillage, qui permet aux ambitieux et aux sectaires capables de manier à la fois la parole et Fépée de fonder en Afrique, à l'aide du concours de ces populations, de puissantes dominations sur les ruines de celles qui, antérieurement fondées, ont vu peu à peu s'alanguir l'esprit d'enthousiasme et l'ardeur guerrière, mobiles de leur domination. Quand l'unité est fondée en Afrique, l'Espagne mahométane vient la lui demander comme un remède contre l'anarchie qui la dévore ; et les Almohades prévalent ainsi, en Espagne, précisément par la même raison qui avait fait prévaloir les Almoravides. Mais, dans cette situation d'un empire à cheval sur les deux rives de la Méditerranée et mal affermi sur l'un et l'autre littoral, il y avait d'incessantes causes de ruine qui devaient produire leur effet. A chaque changement de règne, il éclatait des soulèvements en Afrique et en Espagne, surtout dans celui des deux pays où ne se trouvait point le chef des Almohades. Les petites principautés tributaires du Mograb aspiraient à ressaisir leur indépendance; les Arabes, anciens conquérants du pays, essayaient de rétablir leur domination; les tribus berbères, avec leur mobilité et leur ardeur habituelles, se ralliaient derrière quelque chef fanatique; pendant
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