‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 9 sur 192 · DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

DOMINATION ROMAINE

temps, notre prisonnier pendant plusieurs années, enfin notre hôte aujourd'hui, notre obligé et notre ami, car la civilisation chrétienne, moins implacable que la civilisation romaine, se contente de vaincre ses adversaires, au lieu de les exterminer.

Rome tenait plus fortement que Carthage la terre qu'elle occupait, elle y imprimait plus profondément sa trace. Elle colonise, elle cultive, elle civilise l'Afrique; mais elle essaye en vain de substituer ses municipes aux tribus. Elle élreint vigoureusement cette terre, plutôt contenue que soumise, par trois lignes de points fortifiés, semblables à des bras puissants qui l'enlacent. La première est celle des places maritimes ; la seconde, reliée à la première par des routes, se compose de villes, et traverse le Tell à une vingtaine de lieues de la côte; la troisième, située sur les confins du Tell et du Sahara, n'est qu'une suite de forts dont on retrouve encore ça et là les ruines, et qui avaient pour objet de contenir les tribus du Sahara. Au commencement du règne de Vespasien, on comptait dans la seule Mauritanie césarienne treize colonies romaines, trois mtinicipes libres, deux colonies en possession du droit latin, une jouissant du droit italique. Peu de temps avant la chute de la domination romaine dans ce pays, elle régnait sur toute l'étendue de côtes comprise entre l'ancienne Oyi'énaïque et l'Océan. Les grandes divisions étaient la Tripolitaîne, la Byzacène, l'Afrique proprement dite ou la Proconsulaire, la Numidie, la Mauritanie sitifienne, la Mauritanie césarienne, la Mauritanie tingitane. L'Afrique romaine était devenue le grenier de Rome. Le christianisme, quand il panit, y ouvrit de brillantes écoles ; dans cette contrée où l'ardeur du climat semble se communiquer aux esprits, il compta des apôtres illustres, saint Cyprien, Tertullien, Lactance, saint Augustin; des martyrs héroïques, mais aussi de grands hérétiques, Donat et Arius.

Au milieu de ces progrès de la civilisation, de ces luttes de ^.Toyances, de ce développement de l'agriculture, le fond des populations indigènes change peu. Les Romains retrouvent les obstacles qui ont lassé les Carthaginois. Sous Tibère, ils ont une lutte de huit ans à soutenir contre Tacfarinas, qui a excité un

Googk

a ALGÉRIE : ORIGINES HISTORIQUES.

soulèvement chez les populations des montagnes. En 297 , les tribus comprises sous le nom général de Quinquegentiani, et qui paraissent avojir occupé la partie centrale et montagneuse de l'Algérie actuelle, donnent le signal d*une insurrection générale. Au moment même où la domination romaine va tomber, en 371 , sous Théodose^ Primus, iils d'un prince maure, excite une redoutable insurrection, et, son frère Gildon reprenant après lui les armes, Stilicon, chanté par Glaudien, ne parvient à dompter cette rébellion que par des mesures exterminatrices.

Rome garda ses possessions africaines jusqu'au cinquième siècle après Jésus-Christ. En 427, sous le règne de Valentinien III, le comte Boniface, qui avait longtemps gouverné l'Afrique romaine avec autant de courage que de fermeté, étant tombé dans la disgrâce de Placidie, mère du jeune empereur, et ayant perdu tous ses emplois, appelle pour se venger les Vandales, à l'étroit dans l'Espagne, qu'ils disputaient aux Suèves et aux Romains. Il était plus facile de leur ouvrir la porte de l'Afrique que de la leur fermer désormais. Dès que ces barbares y sont, ils y sont les maîtres. L'esprit de secte venant réchauffer de ses flammes le génie dévastateur de ce peuple arien, qui a légué son nom à l'amour de la destruction, il commet d'eflroyables ravages. Un long cri s'élève le long de la cote d'Afrique, où Gaiseric fonde un empire vandale par le meurtre, l'incendie, le pillage. Ce chef de barbares croyait, comme Attila, avoir reçu de Dieu une mission d'extermination ; c'est lui qui répondit un jour à ses pilotes, qui lui demandaient de quel coté il fallait tourner la proue de ses navires : « Du côté vers lequel souffle la colère de Dieu. »

Les dévastations des Vandales ne furent point circonscrites sur le littoral de l'Afrique ; elles s'étendirent au littoral de l'Italie et jusqu'à Rome même, qui, prise par les barbares, fut pillée pendant quatorze jours. Par un de ces flux et reflux des choses humaines, Carthage vit rapporter dans ses murs par les mains des barbares les dépouilles de son ancienne rivale ei<^e sa maîtresse.

La domination vandale» venant s'intercaler èonune un entr'acte dans l'histoire de la domination romaine en Afrique, ne

Googk

DOMIDÏATION AQIIÂlIfE. »

dura guère qu'un siècle. Ea 536, ellefut détruite d'unaeul coup par BéUsaire, qui extennine les Vandales et leur roi Gelimer dans la journée de Tricaremoo, en Byzaeène (aotuellement Êiat de Tunis). Les Romains reconisoeacent alors à exercer sttr TAfrique une domination contestée et troublée $m& c^se par les révoltes de la population indigène, qui habitait, au nord-ouest, entre la Kumidie-, l'Atlantique, la Méditerranée, cette Maurita-^ nie dont les frontières yarièrent souvent, car, en Tan 108 avant. Jésus-Christ, elle s arrêtait à IrMalucha, rivière qui, descendue des plateaux de L'Atlas, coule au nord vers la Méditerranée; etc plus tard on appliqua cette .dénomination à tout le pays quis étend jusqu'à rOued^l-Kebir, rivière de la Numidie, qui pas^^ sait à Girta, aujourd'hui Gonstaptine, et se jetait dans la Méditerranée au sud-ouest du promontoire Tritium (cap Bugarone). Les. Maures, indifTérents i^ux luttes des conquérants, n'ont' qu'un souci, c'est de combattre leur maître, qud qu'il soit. Tour à tour ennemis des Carthaginois, des flomains, des Vandales, puis qncone une fois des Romains après le retour de leur domination, sauvent vaincus, jamais soumis, ces peuples eonservent leurs mœurs et leur caractère sous ce& gouvernements exotiques, acceptés à demi. A mesure qu'on s'enfonce dans le pays, la résistance des tribus sauvages qui l'habitent devient plus indomptable.

. On arrive ainsi jusqu'à la domination arabe, qui devait laisser des traces plus profondes dans ces contrées. L'Afrique fut une des premières à subir la terrible visite de ces armées fanatiques que Mahomet lança sur le monde, et qui, tenant d'une main le Coran, de l'autre l'épée, entreprirent de convertir la terre en la conquérant. Dans la vingt-deuxième année de l'hégire, correspondant à l'an 640 après Jésus-Christ, l'Egypte était conquise. Abdakh, parti d'Egypte en 647, pousse jusqu'en Numidie, et son armée, traversant facilement les sables sur ses. chameaux, sommet les pays aujourd'hui compris dans l'état deTripoli. En 686, Okbah entre de nouveau en Afrique, pénètre dans, ses solitudes de sable inaccessibles aux autres nations; toujours*

Googk

10 ALGÉRIE : ORIGINES UISTORTQUES.

vainqueur i il arrive jusqu'au grand Océan, qui baigne les côtes de Maroc, et là, faisant entrer son cheval dans les flots : « Grand Dieu, s'écria-t-il, tu le vois, la mer seule m'arrête. » Mot plein de fanatisme à la fois et de grandeur, car ce soldat de Tlslam prenait ainsi Dieu lui-même à témoin que, dans son zèle pour répandre une loi qu'il regardait comme la sienne, il ne s'arrêtait que devant une de ces barrières invincibles de la nature, qui sont aussi une loi de Dieu.

Attaqué à son retour par les Maures, qui accueillaient facilement de nouveaux conquérants et s'en faisaient des auxiliaires contre leurs anciens maîtres, sauf à les combattre aussitôt qu'ils cherchaient à s'établir, Okbah vit son armée détruite et perdit lui-même la vie. Zohéir renouvelle sa tentative avec le même succès au début, mais il éprouve ensuite des revdft et va périr à Barca, sous les coups des grecs de Constantinople. Avant de creuser son lit, le torrent perdait plus d'une fois ses eaux, mais il revenait toujours. Ce ne fut qu'en 698, un peu moins d'un demi-siècle après la première excursion des Arabes, que leur domination commença à s'établir sur cette côte de l'Afrique, après la défaite et la mort de Kahina, reine et prêtresse des Maures, vaincue et livrée au supplice par Hassan, d'abord vaincu par elle. Encore fallut-il, dans les années qui suivirent, déporter plus de trois cent mille indigènes pour mettre un terme à des prises d'armes sans cesse renaissantes. La déportation vint s'ajouter ainsi au glaive pour soumettre la Mauritanie en la dépeuplant.

Après s'être servis de ces moyens d'extermination, les Arabes en employèrent de plus doux et tout à la fois de plus efficaces.

11 y avait entre eux et les Maures des affinités de mœurs, comme il y avait entre l'Arabie et la Mauritanie, aux déserts de sables, aux tribus nomades, des ressemblances de climat, de configuration, d'aspect. Avec une politique qui n'avait rien de barbare, le peuple conquérant s'efforça de persuader au peuple conquis qu'il y avait entre eux une parenté d'origine, et qu'ils sortaient de la même tige, comme deux peuples frères, prédestinés par

Googk

Page 1