ALGER APRÈS LA BATAILLE
aucun vestige de construction. C'est à Staouéli qu'on entre vraiment en Afrique, comme le disait un des rapports envoyés au ministre de la guerre. Là d'immenses palmiers dont le fût s'élance d'un faisceau de palmes de quinze à vingt pieds, des massifs d'orangers, des groupes de figuiers et ça et là des toulfes de lauriers roses interrompaient la monotonie du camp, dans lequel les tentes arabes étaient dispersées sans ordre. Les otliciers érudits se mirent à la recherche du bois d'orangers indiqué sur la carte du chef de bataillon Boutin, et le trouvèrent sur la ligne extrême de nos avantrpostes. Ce bois, situé dans un ravin profond, donnait une ombre rendue plus délicieuse encore par l'extrême chaleur des journées; un ruisseau limpide le travci*se et y entretient la fraîcheur, et des rosiers et d'autres fleurs odorantes, croissant dans ces beaux lieux, dont ils parfument l'atmosphère, contribuent à en faire une des plus charmantes oasis dont on puisse garder le souvenir. Malheureusement cette espèce d'Éden, qui attirait nos soldats, fut fatal à plusieurs d'entre eux; il y eut en cet endroit plus d'une surprise, plus d'une tcte coupée.
Les divisions Berthezène et Loverdo campèrent sur ce plateau, au point intermédiaire entre Sidi-Ferruch et Alger, attendant avec impatience Tordre de se porter en avant; le général en chef retourna à Sidi-Ferruch, afin de presser le débarquement du matériel du siège et d'entretenir des rapports plus faciles et plus prompts avec la flotte.
Tandis que la joie et la confiance étaient dans le camp français, les fuyards de Staouéli allaient porter leur épouvante à Alger'. Depuis le matin on attendait avec anxiét-é des nouvelles, car le bruit du canon et de la fusillade, qui retentissait depuis la pointe du jour, annonçait assez que la lutte avait commence. A dix heures, un courrier arriva annonçant que l'armée algérienne, sortie de ses lignes, avait vivement attaqué l'armée française : des deux côtés on se battait avec acharnement; mais
* Nous nous servons ici de la relation de Pfciffer.
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le soleil ne se coucherait pas avant que les Français eussent été exterminés. Le dey fit au courrier, porteur de ces bonnes nouvelles, des présents magnifiques. Le message se répandit rapidement dans la ville. Lés Algériens célébraient d'avance leur victoire. A onze heures, le bruit lointain de Tartillerie cessa tout à coup et lut remplacé par un silence de mort. Les habitants d'Alger crurent que notre armée était battue et que le massacre commençait; le jeune captif auquel nous devons ces détails entendit plusieurs Algériens exprimer le vœu qu'on ne tuât pas tous nos soldats, mais qu'on en conservât quelques-uns pour les amener à Alger, leur couper les oreilles et les renvoyer ainsi mutilés au roi de France. Cette confiance dura jusqu'à deux heui*es environ de l'après-midi. Mais alors les fuyards commencèrent à arriver et apportèrent la nouvelle de la bataille perdue. Ils expliquaient la défaite des Turcs à leur manière. Au plus vif de la bataille, disaient-ils, quand la victoire allait se décider en faveur des musulmans, les Kabyles, irrités d'une injnre qu'ils prétendaient leur avoir été faite par les janissaires le jour précédent, avaient tout à coup lâché pied, comme à un signal convenu, et s'étaient retirés sur leurs montagnes en renversant tout sur leur passage. « Mous sommes vaincus I criaient-ik en courant; sauve qui peut I » Cette fîiite, ces cris, avaient jeté le désordre dans l'armée algérienne; les Français avaient saisi l'à-propos de cet instant critique, leurs tambours avaient battu la charge, ils avaient rapidement gravi la hauteur de Slaouéli aux cris de Vive le roi! et rien n'avait pu, dès lors, résistera leurs baïonnettes. Tout avait fui. Les batteries turques, conquises par les Français, avaient été tournées contre les vaincus, dont elles avaient augmenté le désordre et précipité la fuite. L'armée algérienne, peu d'heures auparavant nombreuse et redoutable, n'offrait plus que des bandes errantes répandues dans la campagne. Les Arabes et les Kabyles avaient gagné les montagnes, et les Turcs et les Maures consternés rentraient dans Alger.
Telle est la version algérienne de la bataille de Staouéli, acceptée sans contrôle par le jeune captif. Comme il arrive sou-
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