COMBAT DE SIDI-KALEF
nemi de front, les capitaines Arrighi (Antoine) et Delacroix, qui flanquaient le premier bataillon, ont habilement profité de tous les accidents de terrain, et, en débordant lennemi par la gauche, ont puissamment secondé le mouvement de leur régiment. Maître de cette position, j'ai fait occuper par les voltigeurs du capitaine Delacroix une maison carrée qui en est la clef. Vers deux heures de Tapràs-midi, l'ennemi, sentant l'importance de ce poste, reprit rotfensive et voulut s'en emparer. Je fis soutenir la compagnie des voltigeurs par les grenadiers du capitaine Arrighi, qui repoussa Tennemi et le rejeta dans le ravin. M. Amédée de Bourmont, officier d'une grande espérance, a été grièvement blessé en abordant à la baïonnette avec sa section un parti nombreux qui tournait la gauche de cette position. L'ennemi ayant été forcé de repasser le ravin, j'ai couronné les hauteurs et pris position à l'extrôme droite de la première division. »
Il fallut de grands efforts aux deux pièces d'artillerie qui marchaient avec cette brigade pour la suivre au milieu des difficultés sans cesse renaissantes du terrain. I^e courage, l'intelligence et l'ardeur des artilleurs triomphèrent de tout. Le colonel d'artillerie d'Esdaibes et le capitaine Bonnet, de la même arme, se fi* rent remarquer dans cette affaire. I^es troupes françaises poursuivirent l'ennemi dans les quatre directions par lesquelles il se retira. Elles arrivèrent ainsi au delà de l'Oued-el-Call. Leur artillerie, après avoir surmonté tous les obstacles, avait dispersé les groupes armés qui se présentaient encore. Elles allaient continuer leur mouvement offensif lorsqu'une explosion soudaine ébranla le sol sous leurs pieds. C'était une maison fortifiée, située sur la pente des hauteurs dont l'ennemi occupait la crête, en face de laquelle se trouvait la brigade Achard, et où lesTurcs avaient établi un magasin de poudre, qui sautait avec fracas. «La déto- Dation fut violente, écrivait le général en chef. Des nuées d'une fumée épaisse, qui s'élevaient à plus de 100 mètres et qui réfléchissaient lesrayons d'un soleil d'Afrique, présentèrent à l'armée im magnifique spectacle ; Gudin se trouvait là, il saisit ses crayons^»
^ ia^pert du oommandaiit en chef au ministre de la guerre, daté du 25 juin.
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La journée avait été vive; on était dans la plus grande chaleur du jour; les troupes, harassées de cette ardente poursuite, avaient besoin de repos, et on pouvait craindre, à mesure qu'on se rap* prochait d'Alger, de voir les obstacles se multiplier et peut-être des mines ensevelir des compagnies tout entières ; la poudrière avait, en effet, presque éclaté sous les pieds de nos voltigeurs. Le général en chef ordonna aux troupes de fieiire halte, et de prendre position en face de rennemi , qu'une dernière journée de combats devait refouler dans la place, car il occupait les hauteurs sur lesquelles elle s'élève. Nous nous logeâmes sur le plateau qui do* mine rOued-el-C!all. La gaudie de notre armée, formée des brigades Achard et Clouet, était à l'Oued-el-Larens, le centre au bois du marabout Sidi-Bonaza, sur la route d'Alger; c'était là que se trouvaient la brigade Poret de Morvan et le général Berthezène; la brigade Danrémont, formant la droite, était en avant de Sidi-Ibrahim. Le commandant en chef, après avoir présidé à ces dispositions (elles ne purent être prises sans des engagements de tirailleurs qui prolongèrent le feu jusqu'à la nuit), porta son quartier général de Sidi-Ferruch à Staouéli, qu'il occupa avec les brigades Munk d'Uzer et Colomb d'Arcines. On appela cette affaire la journée de Sidi-Kalef,du nom d'un hameau situé sur le plateau où s'était arrêtée notre armée.
Le lieutenant général duc des Cars représentait que, chargée jusque-là de fortifier la presqu'île, de tracer la route militaire, d'élever, sous la direction de l'artillerie, les redoutes qui la défendaient, sa divisiQ|i avait eu sa part de fatigues sans avoir sa part de combats et de gloire, et il réclamait l'honneur de se porter en première ligne; le général en chef, faisant droit à sa demande, lui donna l'ordre de quitter Sidi-Ferruch avec sa division, pour venir occuper la ligne de nos avant-postes, qui avait besoin d'être renforcée. Le 48* de ligne, de la brigade Munk d'Uzer, dut se détacher sous le commandement de son colonel, M. de Léridan, pour aller former la garnison de ce point important, avec des compagnies tirées des équipages de la flotte. Il fallut d'assez longs pourparlers e^ de vives instances pour
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POSITION DE rÂRMtE. 375
décider le commandant de la flotte k consentir, du moins i moitié, à cet arrangement devenu nécessaire par l'extension croissante des opérations de l'armée : en effet, Tarmée occupait à la fois Sidi*Ferruch, Staouéli et la position avancée, conquise dans le combat du 24 juin, et elle devait, en outre, assurer toute sa ligne de communication avec la mer^ Le comte de Bourmont avait cependant, dès l'origine, compté sur cette combinaison » qui lui assurait la disponibilité de toutes ses forces. En effet, il disait dans son rapport du 1 7 juin : « Loi*squc les i*etranchementfl seront terminés, M. Tamiral Duperré les fera garder par 2 ou 5,000 marins. Toutes les troupes expéditionnaires deviendront ainsi dispon&les pour les opérations ultérieures. L'union des armées de terre et de mer, Tamour du roi et de la patrie dont ceux qui en font partie son également dominés, doivent aplanir beaucoup de diiBcultéset contribuer puissamment à la rapidité
' La ooirespondaoce du commandant en chef de rexpédition avec lo vioe-* amiral commandant la flotte porte la timce de Tinsutance qu'il fallut mettre pour obtenir de celui-ci ce concours nécessaire. La première idée du commandant en chef avait été de confier aux équipages de la marine la défense de cette place de dépôt.
Le vice-amiral Duperré répondit par un refus pcremptoire. L'inspecteur de la télégraphie Jinglu transmettait en ces termes le refus du commandant de la flotte au commandant en chef: i Monseigneur, on me charge d'avoir rhonnour de vous rendre compte que Tamiral Duperré refuse la resiwnsabilité de k défense du camp. Il demande deux bataillons et antres troupes pour e»- <'oiier les convois. » Une lettre de M. Dubreuil, lieutenant de vaisseau, comjnandant la goélette la Dapknéf contient le passage suivant relatif au même sujet : « L'amiral a fait débarquer aujourd'hui un bataillon, et, demain, il en fera débarquer un autre. Les deux forment de treize h quatorze cents hommes. C'est le maximum de tout ce qu'il peut débarquer, en continuant le débai^ «qu(Muent, surtout dans l'état de désastre où le dernier coup de vent a jelé nos vaisseaux, pour leurs ancres, câbles et embarcations. Il ne faudrait jias que semblable temps nous reprit. L'amiral compte vous en écrire demain. On Ta un peu eflfirayé sur la quantité d'hommes indispensable pour garder la place, et on l'a fait monter k dnq mille. En sorte qu'il ne se soucie pas de se -charger de cette responsabilité. J'ai eu beau lui dire que les Turcs ne quitteraient pas Alger pour venir faire celte diversion; que l'on n'aurait, par cQpsé- -qucnl, affaire qu'à la cavalerie arabe, qui viendrait échouer devant les tranchées: il m'a répondu que, certes, mes avis ne valaient p«is ceux des officiers généraux
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de nos succès ^ » Les hésitations et les objections de H. le viceamiral Duperré avaient reparu, avec la crainte d'engager sa responsabilité. Le commandant de Tannée de terre et le commandant de l'armée navale envisageaient naturellement la question au point de vue, Tun des opérations militaires, Tautre de la sûreté de la flotte. Le comte de Bourmont, qui, peu de jours après, (ut sur le point d'appeler à lui la division de réserve restée à Toulon, considérait son armée aflaiblie par retendue de ses positions et le nombre d'hommes mis hors de combat, depuis l'ouverture de la campagne, par le feu de l'ennemi ou les maladies. L'amiral Duperré s'exagérait peut-être les dangers d'un retour oflensif des Arabes contre le camp de Sidi-Femicb; il y avait cependant des partis arabes derrière le gros de nos troupes, et dans la nuit du 26 au 27 juin on crut à une alerte au camp retranché, dont les fortifications n'étaient pas encore complètement terminées; mais on n'avait guère à appréhender, de ce côté, que des partis de cavalerie. 11 y avait une objection plus sérieuse, tirée de la faiblesse des équipages. On avait armé la plus grande partie des vaisseaux en flûte, afin de pouvoir porter le
qui Tavaient dit. » Le vice-amiral lui-même écrivait au général en chef, à la date du 28 juin 1830, une lettre dont nous avons Toriginal sous les yeux et qui était ainsi conçue : f Monseigneui*, je reçois la lettre de votre chef d'étatmajor, qui m'annonce que vous rappelez du camp retranché le général d'Uzer avec trois bataillons de sa brigade. En conséquence, le bataillon restant et le peu de marins que je puis fournir restent chargés de la défense du camp i-e— tranché, pour laquelle les généraux de Tartillerie et du génie demandaient cinq mille hommes. Dans un pareil état de choses, la marine, ne pouvant rc> pondre de cette défense, tout à fait étrangère, d'ailleurs, à son service, ne peut en accepter la responsabilité. Je dois la récuser en son nom. Elle fera ce qu'elle pourra. Je n ai mis à ten*e, hier, qu'un bataillon qui n'est même pas complété à sept cents hommes. Je tâcherai d'en mettre un autre aujourd'hui; mais vous sentirez qu'il faut au moins y laisser en outre un régiment de ligne. La mai'inc a fait jusqu'ici son devoir et rempli ses obligations; vous demander plus que son devoir, et des obligations hors de son senice, et qu'elle ne peut que niai remplir. Je me borne h déclarer qu'elle est disposée h faire ce quVIle pourra, mais les conséquences ne peuvent jamais lui être imputées. » ^ Rapport du général en chef. Sidi-Fcmich, 17 juin 1850.
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