RAISON DE ^IMMOBILITÉ DE L'ARMÉE
pour aucune récompense. Cependant son brick ' est un des bâtiments qui nous ont le plus utilement servi le jour du débarquement et dans les opérations ultérieures, en appuyant noire gauche de son tëu *. »
Il suffira d'ajouter que le général en chef ne s'était point trompé dans sa prévoyante sollicitude. En effet, il recevait, à peu de temps de là, du ministre de la marine, une réponse datée du 8 juillet 1830, qui contenait ce qui suit : a Les notes que vous me donnez sur quelques officiers de la marine fixeront mon opinion. L'amiral a affecté de ne faire aucune mention des capitaines de frégate Dupetit-Thouars et Gay de Taradel; je ne les proposerai pas moins au roi pour le grade de capitaines de vaisseau. Je mettrai votre lettre sous les yeux de Sa Majesté, afin de lui faire connaître tout ce qu'il y a eu de patience et d'abnégation dans vos procédés avec M. Duperré *. »
Ces détails intimes, et jusqu'ici inconnus, éclairent une page d'histoire. Ils serviront à expliquer plus tard la conduite du gouvernement de Charles X envers le commandant en chef de l'expédition et le commandant de l'armée navale, et l'inégalité des récompenses, motivée par l'inégalité des services. C*est là un motif décisif pour les publier. L'amiral Duperré, avec une loyauté réelle, des talents remarquables, mais cependant au-dessous d'un si grand commandement, commit, dans cette circonstance, une faute d'appréciation, parce qu'il jugea théoriquement une question d'exécution, sans réunir les éléments pratiques nécessaires pour former son jugement, et il aggrava cette faute par le tort d'un caractère naturellement rude et fâcheux. Il faut prendre son parti de l'imperfection humaine. Il n'y a que les héros de roman qui soient sans défauts;
* Le Griffon; il avait puissamment contribué au succès de Taile gauche dans la bataille de Staouéli.
* Documents communiqués par la famille du maréchal de fiourmont.
* Nous transcmons littéralement ce passage sur la lettre originale du baron d''Haussez, que nous ayons sous les yeux. (Documents et correspondances communiqués par la famille du maréchal de Bourmont.)
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les héros de Thistoire sont un mélange d'ombre et de lumière; on doit les montrer à la postérité tels qu'ils lurent.
Obligé de suspendre le cours de ses succès, le général en chef n'omit rien de ce qui pouvait les consolider. Le chemin improvisé sous la direction intelligente du général Yalazé, entre Sidi- Ferruch, qui demeura la place de dépôt, et le camp d'opération établi à Staouéli, fut perfectionné dans les cinq jours qui suivirent la bataille. Cette route militaire offrait, du rivage à Staouéli, un développement de 8,000 mètres, sur une largeur de 10 mètres. Les retranchements, destinés à fermer la presqu'île, furent achevés et armés de 24 pièces de -canon. Deux redoutes s'élevèrent en outre pour protéger le parcours de la ligne qui reliait Sidi-Ferruch à Staouéli. La première occupa une extrémité du rideau qui dominait la plaine en avant du camp retranché; au moyen de petites avancées, réunies en forme de chemin couvert dans la direction de Sidi-Kalef, on obtint un boii flanquement pour la défense de cette route. La seconde redoute, en avant de Sidi-Kalef, tracée dès le 19 juin au soir, fut terminée peu de jours après, et armée par l'artillerie. Cette redoute fut construite par le lieutenant du génie Lamoricière, nom qui devait grandir sur cette terre . Les trappistes ont bâti depuis, sur cet emplacement même, leur couvent. On se voyait d'une redoute à l'autre; mais, conmie cependant elles étaient séparées par une distance de 4,000 mètres, on établit, pour les relier, sur l'emplacement d une batterie ennemie, enlevée dans la journée du lU juin, un blockhaus qui assura le parcours des convois du camp de dépôt au camp actif \ Cette voie, sans cesse parcourue par des soldats de la troisième division, des matelots qui allaient visiter le camp pris sur les Arabes, des artistes empressés de parcourir la côte d'Afrique à la suite de notre armée, des cantinières avec leurs mulets chargés de provisions, produisait TeiTet d'une de ces grandes voies de communication qui conduisent à Paris. Ces travaux et la continuation du débarquement des provisions et des
* Rapport du génëral Valazé au général en chef.
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GOBIBAT DE SIDI-KÂLEF. 574
munitions remplirent les cinq jours qui s'écoulèrent du 19 au ^ juin.
L'immobilité de Tarméa à Staouéli produisit sur les Africains le même effet qu'avait déjà produit sur eux soif immobilité à Sidi-Ferruch; elle releva leurs espérances. Après s'être bornés, les premiers jours, à de légères escarmouches, ils s'avancèrent en force le 24 juin, présentant, commedans le combat du 19 juin, un front très-étendu, mais en marchant avec moins d'ordre encore. Toutes les dispositions avaient été prises parle général en chef pour un mouvement offensif, qui, succédant à l'attaque de l'ennemi aussitôt qu'il serait repoussé, devait lui faire perdre deux lieues de terrain, et M. de Bourmont s'était porté lui-même aux avant-postes pour diriger ce mouvement.
L'attaque tentée contre nos avant-postes fut repoussée en un instant. Le général Berthezène, qui avait reçu l'ordre de se mettre en chasse, suivit vivement l'ennemi avec la première division. La brigade fianrémont, de la deuxième division, prit part à ce mouvement. Une batterie de campagne marchait avec nos troupes, et un escadron de chasseurs, dont les chevaux venaient d'être débarqués, suivait Tinfanterie pour charger au besoin. L'ennemi traversa en courant la plaine qui se trouve en avant de Staouéli, et ne s'arrêta qu'à une lieue de là, sur les hauteurs qui se lient au mont Boudjaréa et aux collines d'Alger. Au bout de cette plaine, d'une étendue d'à peu près 5,000 mètres, le Sahel s'arrête, et le Fhas commence. Le général en chef, remarquant que le pays changeait d'aspect, que les mouvements de terrain prenaient un caractère plus prononcé, résolut de profiter de l'entrain de ses troupes pour traverser rapidement ce pays de chicane, coupé de ravins et boisé, qui aurait pu être facilement défendu par un ennemi moins découragé. Il lança donc vivement la division de Berthezène et la brigade Danrémont au milieu des haies, des vignes, des habitations qui font de cette contrée comme le jardin d'Alger, car là commence le massif des montagnes sur lesquelles sont situés cette ville et ses maisons de campagne.
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La première division ne rencontra point de résistance sérieuse et atteignit rapidement la ligne extrême des vergers sur laquelle elle devait s'arrêter, parce que là on arrive à un terrain découvert qui nSii avec les premiers coteaux du massif du Boudjaréa. La brigade Danrémont eut à surmonter de plus grandes difficultés de terrain, et une résistance plus obstinée. 11 lui fallut traverser un ravin profond, des positions boisées, tantôt en tiraillant, tantôt en attaquant la milice turque à la baïonnette. C'est là que devait tomber un jeune officier de grande espérance. Un des cpiatre fils du général en chef, Amédée de Bourmont, lieutenant de grenadiers au 49* de ligne, venait de foire observer à son colonel ^ que les voltigeurs avaient continudlement donné depuis l'ouverture de la campagne, et de réclamer un tour de feveur au feu pour ses grenadiers. Le moment vint de satisfaire cette généreuse impatience. On était à la fin de la journée; le général Danrémont, commandant la brigade détachée de la seconde division, et opérant sur la droite de la brigade Poret de Morvan, avait successivement enlevé, avec le 49* de ligne, les positions assez fortes que Tennemi occupait sur sa gauche, en laissant le 6' en réserve sur sa droite, menacée par un nombreux parti de Bédouins. On était arrivé en face de Dely-Ibrahim. « Pour éviter un tiraillement qui nous feit perdre du monde, beaucoup de munitions, et fait contracter de mauvaises habitudes aux troupes, dit ce général ', auquel nous laissons la parole, j'ai donné l'ordre au 49" de se former en colonnes par bataillons, et d'enlever, l'arme au bras, la dernière de ces positions couronnées par un nombre considérable de Turcs et d'Arabes qui paraissaient vouloir la défendre avec opiniâtreté. Ce régiment a parfaitement exécuté ce mouvement, et j'ai beaucoup à me louer des bonnes dispositions prises par le colonel Magnan, de son sang-froid et de sa résolution. Pendant que le 49' abordait l'en-
' M. Magnan, aujourdliui maréchal de France et commandant de rannée de Paris.
* Rapport du général de brigade Danrémont au lieutenant général de Loverdo, commandant de la deuxième division. (Documents communiqués par la £imille du maréchal de Bourmont.)
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