‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 128 sur 192 · ENTREE DE L^ARMËS FRANÇAISE DANS ALGER · texte numérisé non relu

ENTREE DE L^ARMËS FRANÇAISE DANS ALGER

était une espèce de retraite, indiquée par une longue banquette couverte en drap écarlate, où le dey se tenait quelquefois. C'est dans cette cour que les négociants étaient obligés de venir dé* poser la cargaison de leurs navires, pour que le dey choisit luimême le 5, le 6, ou le 10 pour 100 qui lui convenait. Cette manière sauvage de lever Timpôt sur le commerce avait donné naissance à des amoncellements d'objets de toute espèce, entassés pêle-mêle, qui donnaient à ces lieux l'aspect du magasin d'un receleur.

C'était encore sous cette galerie, et deplain-pied, que se trouvaient les salles renfermant le trésor.

Le premier se composait de quatre galeries. Dans l'une de ces galeries était placé une espèce de palanquin, sous lequel le dey venait entendre la musique. Ce meuble bizarre était adossé à de petites chambres, où se trouvaient encore, après le départ du dey, quelques harnachements de chevaux. L'une des galeries du premier étage communiquait à une longue galerie qui commandait la ville, et aussi par une espèce d'échelle de moulin à une galerie supérieure, où venaient aboutir les quatre longues chambres, sans glaces ni tentures, mais blanchies à la chaux, dont se composait l'appartement du dey; cette galerie supérieure conduisait, par une porte incroyablement basse, au quartier des femmes, composé de six petites pièces et clos par de hautes murailles. Ces appartements n'obtenaient de jour que par une cour intérieure dont le sol était à la hauteur du premier étage.

D'un côté, cette triste demeure, qui réveillait dans l'esprit ridée de l'aire d'un vautour, était appuyée par les canons qui commandaient la montagne dans la direction du château de TEmpereur, et de l'autre, c'est-à-dire du côté de la cour principale, par une épaisse muraille. Dans quelques-unes des chambres on avait pratiqué, sans doute pour satisfaire la timide curiosité des femmes, des espèces de meurtrières longues et étroites, projetées diagonalement, et à travers lesquelles leur œil pouvait interroger un espace restreint de la galerie supérieure, où le dey, seul objet de leurs regards, comme \\ devait être le seul objet de leurs

pensées, venait quelquefois se délasser. Dans le voisinage de Tapparlement des femmes, morne doitre imaginé par Taustère jalousie de rOrient, et que ne vivifiait point Uamour de Dieu, se trouvait un espace décoré du nom de jardin, et dans lequel ou ne parvenait, après avoir traversé une sorte de chemin contourné en labyrinthe, qu'en descendant soixante à quatre-vingts degrés. Ce jardin, comme enterré entre de hautes murailles d'une blancheur éblouissante, et présentant pour tout ombrage un long berceau de jasmin, était le seul lieu dont l'accès fût permis aux femmes.

Lorsque, peu de temps après rarrivée> du premier détachement, le général en chef, à la tête de Tavant-garde, se présenta devant la Casaubah, Tordre se rétablit aussitôt. L'intérieur de la Casaubah fut occupé par un bataillon ; un autre forma les faisceaux en dehors de la porte d'entrée ; le général Tolozé, souschef de Tétat-major général, nommé commandant de la place, organisa le service.

Au milieu du désordre qui avait précédé l'arrivée du conunandant en chef de l'armée, un homme était resté impassible dans la cour principale, assis sous la galme, tenant en main les cleb du trésor, imposant, par sa présence, à ceux des juife et des Maures qui piUaient les menus effets, et les empêchant d'oser davantage : c'était le khaznadji, ministre des finances ^ On ne saurait s'étonner de la froide intrépidité de cet homme au milieu de la panique universelle : c'était le même qui avait vaillamment défendu le fort de l'Empereur *. Il se mit immédiatement eu communication, par l'intermédiaire des interprètes, avec la commission nonunée d'avance, qui se composait du baron Denniée, intendant en chef de l'armée, de M. Firino, payeur général, et du maréchal de camp Tolozé, gouverneur de la place. La ccmnmission des finances lui adressa quelques questions qui donnc-

^ Nous empruntons tous les détails sur Li i*emise ] du ti'ésor au Précis- his* torique et administratif au. baron Denniée. * C'est à PfeilTer que nous devons ce détail.

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REMISE DU TRËSOR 0E LA GASAUBAH. 443

rent lieu aux réponses consignées dans le procès-verbal d'inventaire du trésor.

Ces déclarations, au nombre de cinq, furent ainsi formulées dans le procès-verbal :

« Le khaznadji déclare *

a V Que le trésor de la Régence est resté intact;

a 2*" Qu'il n*a jamais existé de registres constatant ni les recettes ni les dépenses faites par le trésor ;

« 3^ Que les versements de fonds s'opéraient sans qu'aucun acte en constatât l'objet ou l'importance ;

« 4!" Que les monnaies d'or étaient entassées pêle-mêle, sans acception de valeur, de titre, ni d'origine;

« 5'' Que les sorties de fonds ne s'opéraient jamais que sur une décision du divan, et que le dey lui-même ne pouvait pénétrer dans le trésor qu'accompagné du khaznadji. »

La comptabilité algérienne, on le voit, était sommaire et barbare comme le reste du gouvernement.

Ces renseignements obtenus, le khaznadji conduisit la commission à l'extrémité de la galerie, où il ouvrit la porte d'une salle basse située diagonalement à l'opposé de l'entrée principale.

« Cette salle était coupée vers le milieu par une cloison de trois pieds de haut» divisée en deux compartiments, conte* nant des doubles boudjouks ou douros (monnaie algérienne de 3 fr. 60 c.) K

« Cette porte ayant été refermée, et les scellés y ayant été ap-> posés, le khaznadji ouvrit une seconde porte, formant équerre avec la première, et située également sous la galerie.

« Après avoir traversé trois salles de plain-pied, il ouvrit une troisième porte donnant entrée dans une salle transversale éclairée par une fenêtre à barreaux en fer ouvrant sur la galerie.

c( Cette salle transversale, de la longueur de vmgt à vingt-

^ Ces détails et ceux qui suivent sont tirés de VExtrait de Vinvenlaire du Trésor f eité par le Ixiron Denniée dans son Précis historique et adminiS" tratif.

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quatre pieds sur huit de largeur, renfermait trois cofires formant banquettes. Ces coffres contenaient des boudjouks, de la monnaie de billon, et Tun d'eux des lingots d'argent.

« Trois portes, également espacées, s*ouvrant au moyen d'une môme clef, fermaient trois pièces obscures, coupées, comme la première salle, par des compartiments en bois.

« La pièce du milieu renfermait les monnaies d'or jetées pèlemêle, depuis le roboasoltani^ 3 fr. 80 c, jusqu'au quadruple du Mexique, 168 fr. en or.

« Les deux caveaux latéraux, l'un, des mokos ou piastres du Portugal, le second, des piastres fortes.

« La commission, après s'être assurée qu'il n'y avait pas d'autre issue que la porte principale, referma toutes les portes soigneusement, y apposa de triples scellés, et fit placer dans la galerie un poste permanent de gendarmerie, commandé par un officier. »

Jamais prise de possession, on le voit, ne fut entourée de précautions plus minutieuses; jamais les formalités protectrices des intérêts publics ne lurent plus strictement observées. Aussi l'intendant en chef de l'armée, qui avait assisté, dans les guerres de l'Empire, à l'entrée de nos troupes dans un grand nombre de villes, et qui avait, comme il le dit lui-même, «c cent fois transcrit et souvent exécuté les instructions que l'Empereur dictait pour régulariser la prise de possession de tant de villes, » ajoute-t-il, après avoir donné ces détails précis qui réfutent des rumeurs malveillantes : « Je le dirai, parce que ma voix a l'autorité d'une longue expérience, jamais, dans aucune de nos campagnes, une ville n'a été occupée avec autant de ménagement. Pas un seul officier, pas un soldat n'a franchi le seuil d'un Maure, d'un Turc ou d'un juif, et la ville d'Alger n'a pas même subi la charge d'un logement militaire. Enfin un ordre du jour du chef d'état-major général ayant invité chacun à remettre au trésor les objets d'or ou d'argent qui auraient pu se trouver dans les quartiers occupés, quelques versements eurent lieu, et plusieurs personnes apportèrent des vases et des ustensiles précieux

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