‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 132 sur 192 · NOUVELLE DE LA VICTOIRE A PARIS · texte numérisé non relu

NOUVELLE DE LA VICTOIRE A PARIS

près immobile \ et, deux jours après, quand le te Deum fut chanté à Notre-Dame, T impression produite par cet événement avait disparu. Plutôt encore, le jour même où le canon des Invalides annonça la nouvelle, la candidature de Tamiral Duperré échoua dans Paris, et celle du baron d'Haussez, qui, comme ministre de la marine, avait préparé le succès, fut repoussée dans neuf départements.

Le roi avait écrit aux évêques la lettre suivante, à Toccasion du Te Deum qui devait être chanté dans toutes les églises du royaume, pour remercier Dieu de la conquête d* Alger : « Monseigneur Tévêque, notre ferme espérance dans la protection divine n'a pas été trompée ; le ciel a béni nos armes ; la justice, la religion, Fhumanité, triomphent: Alger est tombé! Grâces immortelles en soient rendues au Tout-Puissant, qui a couronné, par cette éclatante victoire, notre glorieuse expédition d'Afrique!»

Le dimanche, 11 juillet 1850, le roi se rendit, à quatre heures de Taprès-midi, à Notre-Dame. Le cortège se composait de douze carrosses à huit chevaux, a L' effet produit par notre conquête était déjà amorti, dit tristement le baron d'Haussez dans ses notes. Tout était morne et silencieux autour du cortège. Quelques cris, évidemment achetés, partis de groupes isolés, au milieu d'une population impassible, firent seuls les frais de la joie pubUque. Dans une telle occasion le silence du peuple était significatif. Le roi le comprit et en fut affecté. Ses yeux cherchèrent vainement des figures sur lesquelles on pût surprendre quelque apparence de l'enthousiasme que devait exciter un tel événement. A son retour, il était triste ; on voyait qu'il aurait volontiers donné les palmes que son armée venait de cueiUir pour les acclamations si franches, si unanimes, que son retour excitait en 1814. »

*■ Plusieurs historiens ont dit qu'il y eut une baisse à la Bourse le jour où la jiouYelle de la prise d'Alger fiit affichée. C'est une erreur. Nous avons vérifié les cotes du vendredi 0 juillcl 1850, jour où la nouvelle fut afitchéc à la Bourse. Le 5 pour iOO, ouvert à 105 40, fei*ma h 105 45. Le 3 jwur 100, ouvert à 78 00, fernoa h 79. Le premier de ces fonds éUit, la veille 8 juillet, à 105, «t le second h 78 65.

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Le roi accorda le bâton de maréchal de France au commandant en chef de Texpédilion, et la dignité de pair de France au commandant en chefde Tarniée navale \ Il décida en outrequ'on élèverait, dans la rade de Toulon, un phare auquel on donnerait la forme d'une colonne rostrale, et que les rostres, les ornements et les plaques destinés à recevoir les noms des officiers, des généraux cl des corps de terre et de mer, seraient exécutés avec le bronze des canons pris dans la place ; le vaisseau la Provence dut désormais, d'après la même ordonnance, s'appeler TA/j/er.

Après la prise d'Alger, reparaissait la question diplomatique. Après comme avant la conquête, nous ne devions avoir de difficultés sur ce point qu*avec le cabinet anglais ; les autres cabinels se bornaient à nous envoyer des lëlicitations. Que ferait-on d'Alger? telle était la grave question qui venait se poser devant le gouvernement royal.

Il ne se hâta pas de la résoudre. Fidèle à la politique qu'il avait suivie jusque-là, le ministère se borna, dans les premiers moments, à maintenir la complète indépendance de la France. Nous trouvons dans le journal secret des délibérations du conseil, tenu par deux ministres, MM. d*Haussez et de Guernon de Banville, la note suivante : a Le conseil ayant à examiner la ques-

' Le baron d'Haussez, aloi*s ministre de la maiine, énumère ainsi, dans ses notes politiques, les fautes commises par Tamiral Duperré dans le cours de Tex* pédition et qui motivaient, selon lui, la diflcrence qu'il y eut entre les récompenses accordées à des services inégaux : « L'amiral Duperré aurait pu faire manquer rexpédilion par son hésitation à aborder la côte à sa sortie de Palroa. Il Ta compromise par son obstination à tenir éloignée de la division qui portait les troupes de débarquement celle qui naviguait avec Tailillene et les chevaux. et par les mauvaises dispositions qu il a faites pour le débai'qucmeiil, lequel ne s'est opéré que grâce à rinlelligence et au zèle des commandants des raisseaux, qui furent obligés d'agir d'après leurs propres inspirations. Averti au moment où l'armée attaquait la place, il a borné la diversion qu'il devait opérer h une inutile canonnade, qui n'a pas fait tomber un seul boulet dans les fortifications. » (Papiei-s politiques du baron d'Haussez, communiqués par madame la duchesse d'Almazan.)

Cette canonnade, qui était tout ce que la marine pouvait faire, ne fut pa> inutile, on ce qu'elle retint une partie des canooniei^ turcs aux batteries qui regardaient la mer.

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