DÉPART DU MÂBÉGDAL DE BOURMONT
de ses fils avait sous le bras un petit cofiret : je lui olFris de m'en charger, il refusa mon offre, ce qui me lit soupçonner qu'il contenait quelque objet de grand prix. Voyant cependant que, quelques joui*s après, ce coffret n'était pas renfermé, j'en fis l'observation au maréchal, qui me répondit en me montrant le contenu : « Ce que renferme ce coffret, quoique bien précieux pour moi, ne tentera la cupidité de personne. Voilà le seul trésor que j'em* porte d'Alger, c'est le cœur du fils que j'ai perdu ^ »
Du moins ce noble cœur évita l'outrage infligé au corps qu'il avait animé : les agents du fisc de Marseille ouvrirent, on voudrait l'oublier, le cercueil d'Amédée de Bourmont, rapporté en France pour être déposé dans le caveau funéraire de sa famille, et fouillèrent ses entrailles afin d'y chercher l'or qu'ils supposaient y avoir été caché *.
I^ bâtiment qui emportait le maréchal de Bourmont rasa quelque temps le rivage. Ceux qui l'auraient vu se glisser ainsi en serrant la côte l'auraient volontiers pris pour un de ces bâlinients corsaires qui, au temps du blocus, cherchaient à tromj)cr la vigilance de la croisière. Une batterie de la marine, rom- ))ant seul le silence universel, le salua de quelques coups de canon. Après quoi, le petit brick se leva au vent et disparut lentement à l'horizon. C'est dans ce triste appareil que le généim! qui, deux mois et demi auparavant, traversait la mer à la fôlc d'une armée puissante, et sur une des plus belles flottes qu'ait équipées la France, s'éloignait de cette terre d'Afrique théâtre de sa gloire et aussi d'une inconsolable douleur. An lazaret de Palma, où il fit sa quarantaine avant de se rendre en Angleterre, il rencontra les Turcs qu'il venait de faire expulser f l'Alger. Par un des plus frappants exemples des vicissitudes hu-
^ Celte lettre fut însérde à la fiii de 1830 dans la GazelU du Midi, publiée il Marseille.
* Le journal V Avenir écrivait à ce sujet, dans son numéro du 8 mars 1831 : « L'indignation publique a fait justice de cette violation du sanctuaire de la luorl, et les pixifanateurs ne peuvent pas même compter sur le silence de Diibloire. »
Googk
maines que la Providence ait donnés en spectacle dans rhistoire, les vaincus et les vainqueurs se rencontraient confondus dans une commune infortune : le maréchal de Bourmont se retrouvait à Palma avec les débris de la milice d'Alger; le baron d'Hausscz, qui avait préparé cette grande expédition, se dérobait sous uu déguisement à la mort qui le menaçait, et passait la mer sur une barque; enfin presque le même jour où le dey vaincu, abordant à Napics, déclarait à l'ambassadeur qu'il se mettait sous la protection du roi Charles X son vainqueur, ce prince embarqué à Cherbourg, et lui-même errant et fugitif, faisait voile vers l'Angleterre.
L'armée victorieuse à son tour se trouva sous le coup d'une injuste défaveur. « Le lendemain de l'arrivée du général Clausel, dit le capitaine Pélissier, parut un ordre du jour où une courte phrase laudative servait d'introduction à l'annonce de la formation d'une commission d'enquête, chargée de constater la vérité au sujet des soustractions coupables que la rumeur publique reprochait à l'armée d'Afrique. Cet ordre du jour, dont la rédaction était plus hostile que bienveillante, produisit en général une impression pénible. Certes, les bruits fâcheux, répandus par les journaux au sujet des dilapidations commises à Alger, avaient pris assez de consistance pour qu'il fût du devoir du général Clausel d'examiner s'ils étaient fondés ; mais il aurait été à désirer qu*il ménageât un peu plus l'armée qu'il venait commander et qu'il ne mit pas en quelque sorte trente mille hommes en état de suspicion, pour des délits de nature à n'avoir pu être commis que par un petit nombre d'entre eux *. »
La commission était naturellement formée d'hommes qui apportaient les préventions que la presse avait répandues en
* Pélissier, Annales algériennes, tome Tî, page 114. (Deuxième édît Paris, 1854.)
I>indignation fut vive dans Tannée, et un de ses plus honorables che&. le maréchal de camp d'Ardnes, qui s'était distingué dans celte campagne, protesta, au nom de ses compagnons d'armes, dans une lettre pleine de dignité et d'énergie.
Googk