TABLEAU
l«tO-X«4«
DIFFICULTÉS DE LTNTREPRISE.
Au moment où la Restauration tomba en laissant Alger à la France, il devait presque inévitablement y avoir une ère d'incertitudes et de laborieux tâtonnements. C'était la conséquence à la fois de la situation de notre pays, de l'état général des affaires européennes, de l'origine même de la conquête, des idées qui s'y rattachaient dans im grand nombre d'esprits, de la chute du gouvernement qui l'avait faite, de l'avènement d'un gouvernement nouveau placé dans d'autres conditions, engagé dans un autre mouvement d'idées, d'intérêts et d'alliances, et enfin de l'ignorance profonde où Ton était sur l'Algérie.
La Restauration , en paix avec toute l'Europe, laissait à la France un état militaire réglé sur le pied d'une sage économie,
Googk
250,000 hommes environ, dont 50,000 étaient à Alger. Ce cliilTre de Tarmée d'expédition d'Afrique n',avait rien d'excessif, et pouvait même être facilement augmente sous la Restauration, qui, assurée de la paix continentale, n'avait à prévoir que la possibilité d'une guerre maritime contre l'Angleterre. La Révolution de 1850 agitant l'Europe jusque dans ses fondements, et créant des éventualités, quelque chose de plus dans les premiers moments, des probabilités de guerre européenne, te gouvernement nouveau ne pouvait pas, même avec une augmentation d'effectir militaire, consacrer une part d'attention et de force aussi grande au développement de notre conquête. Le 25 juillet 1830, c'était r affaire principale; après le 29 juillet de la même année, ce fut l'aiïaire accessoire. Les grandes questions européennes absorbaient l'attention.
Pour l'ancien gouvernement, Alger avait été une force; il devenait un embarras pour le gouvernement nouveau. Chez un assez grand nombre d'esprits, l'idée de la conquête d* Alger et celle d'un coup d'État avaient été solidaires ; l'impopularité du coup d'État rejaillit sur la conquête. Il se forma de bonne heure, dans les Chambres, un parti antialgérien qui, regardant Fexpédition de 1830 comme une entreprise sans motif, refusait d'admettre qu'elle pût être féconde en résultats utiles. Ce qui, dans l'opinion de ce parti, avait été un effet sans cause, devait demeurer, selon lui, une cause sans effet. Le mieux, pensaient-ils, eût été d'abandonner l'Algérie. Si l'évacuation ne pouvait être effectuée à cause des considérations tirées de l'honneur national, il fallait au moins restreindre l'occupation aui limites les plus étroites, et consacrer à l'Algérie le moins d'hommes, de temps et d'argent possible. Cette opinion, publiquement soutenue avec beaucoup de force et de persistance par des hommes convaincus, qui ne manquaient d'ailleurs ni de patriotisme ni de talent \ devait avoir deux conséquences inévitables :
■ M. Desjobcrt, membre de la Chambre des députés, fut un des membres les plus actifs du parti anti-algérien.
Googk