DIFFICULTÉS DE L^ENTREPRISE
encourager les résistances algériennes , décourager les eflbrts tentés pour conquérir et coloniser l'Algérie.
En outre, le gouyemement nouveau était gêné par son alliance étroite avec T Angleterre. Parmi toutes les puissances, TAngleterre seule avait élevé des objections contre l'expédition de 1830, et avait paru sur le point de s'y opposer par la force des armes. On comprend dès lors que son alliance fût moins favorable au développement de notre domination en Afrique que celle de la Russie, dont le souverain écrivait, dès 1821, au duc de Richelieu pour proposer les États barbaresques à la France dans le cas où les Turcs viendraient à être chassés de l'Europe par un eRbrt commun. La conquête d'Alger n'était donc pas dans le mouvement naturel de la politique du nouveau gouvernement, à cause du système de ses alliances ; ce n'était pas une affaire de choix, c'était une fatalité logique de situation.
On avait donc, au début, moins de forces disponibles pour l'Algérie; moins de liberté de mouvement dans cette sphère particulière à cause de la crise générale de l'Europe et de nos agitations intérieures; de la part de l'opinion dominante, et par conséquent des Chambres où elle se reflétait, moins de faveur pour ce que l'on tenterait de ce côté ; enfin, des alliances moins sympathiques au développement de notre domination en Afrique. Ce n'était pas une œuvre personnelle, conçue et commencée par lui, que le gouvernement nouveau continuait, c'était une œuvre conçue et tentée par un autre gouvernement, une pensée écrite au testament de la Restauration récemment tombée.
Puis, et c'était là le principal obstacle, tout le monde eu France était dans une ignorance profonde sur l'Algérie. On savait seulement qu'il y avait à Alger des Turcs dominateurs et pirates, et des Arabes et des Maures gouvernés. Hors de là, on ne savait rien. Quelle était la situation intérieure du pays? Quels étaient les procédés du gouvernement des Turcs, les mœurs, la constitution sociale, le caractère des populations gouvernées, les éléments dont elles se composaient? Par quel goii-
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vernement remplacerait-on le gouvememenl renversé? Quelles relations pouvait-on lier avec les diverses provinces dont se composait la Régence? Quel système d'administration devait-on adopter? Quels étaient les influences, les intérêts, les idées du pays? Tout cela constituait un immense inconnu.
Le gouvernement nouveau se trouvait donc en- présence de l'Algérie avec ces dernières et graves difficultés qu'eût rencontrées le gouvernement antérieur, mais en y ajoutant des obstacles d'une nature différente, nés de la situation nouvelle de l'Europe, de la situation nouvelle de la France, de l'état des idées et des intérêts, et de sa propre position.
Ce surcroît de difficultés donne un nouveau lustre à la gloire des hommes qui, après des tâtonnements inévitables, apporté* rent, à des degrés divers, le concours de leurs efforts à l'cBUTre commune, et qui, soldats, administrateurs, prêtres ou colons, eurent l'honneur de réaliser en Algérie cette chose rare dans les annales humaines, une conquête faite au profit du pays conquis auquel elle donne une administration protectrice et probe, au lieu d'être oppressive et pillarde; une justice équitable et morale, au lieu d'être vénale et corrompue; un gouvernement humain et civilisateur, au lieu d'être cruel et barbare. Tel est le point d'arrivée à la fin de 1847, et, rapproché du point de départ, il devient plus brillant encore. 11 y a sur le chemin, conune dans toutes les œuvres humaines, des fautes commises, les excès de plusieurs hommes, des torts et des abus qui sont l'exception à la règle de désintéressement et de haute probité suivie par notre armée, les maux de la guerre, conséquences inévitables de la conquête ; mais l'éternel honneur de notre armée sera d'avoir, dans ses types les plus glorieux, joint aux qualités spécialement militaires ces grandes qualités morales qui assoient* sur de solides fondements, les conquêtes échafajidées par le< armes, et qui seules pouvaient faire réussir la France dans la mission qu'elle avait à remplir en Afrique.
Pour arriver à remplir cette mission, il y avait un problème préalable à résoudre, dont les premiers cléments, nous l'avons
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dit, manquaient alors à tout le monde et ne devaient être que lentement et laborieusement recueillis. Qu'était-ce que TAIgérie? Qu'y avait-il à y faire? Quelle était la nature des intérêts avec lesquels on aurait à traiter, à compter ou à combattre? Pour que le lecteur voie dans l'histoire plus clair que les hommes de ces premières luttes ne pouvaient voir tout d'abord dans les faits, il impolie de se servir des renseignements successivement réunis par eux, des lumières acquises ou plutôt conquises au prix de longs efforts, de pénibles labeurs, et payés de leurs sueurs et de leur sang.
11 est indispensable d'entrer dans quelques détails géographiques sommaires sur les divisions principales de l'Algérie, afin de laire connaître le théâtre où la France allait agir.
La Régence se composait de quatre provinces, Alger, Titery, Oran, Constantine, formant, sur la côte septentrionale de l'Afrique, un territoire long de 250 lieues, avec une profondeur variable, qui va de 80 à 160 lieues, entre les 30° 45' et les 37^7' de latitude nord, les 4** 30' de longitude ouest, et 6"* 50' de longitude est.
La province d'Alger s'étend de Test à l'ouest, depuis le territoire des Kabyles indépendants jusqu'à la petite ville de Tenez ^ La ville d'Alger est située à peu près sur le point central du littoral de la province à laquelle elle donne son nom, et qui comptait cinq villes, Alger, Blidah, Coléah, Dellis et Cherchell, et onze districts ou outhans, ceux de Beni-Khelil, Beni-Mouca, Isser, Sebaou, Beni-Djaad, Beni-KhaUfa, Hamza, El-Sebt, Arib, Beni-Menasser, El-Fhas ou banlieue d'Alger. Ce territoire, qui forme la portion centrale de la Régence, s'adosse, au sud, à la province de Titery, et est borné à l'ouest par la province d'Oran, à l'est par celle de Constantine. On y comptait, en 1830, à peu près 250,000 habitants appartenant aux diverses races répandues dans le pays. Mais il faut ajouter que les
* Nous empruntons en grande partie ces détails aux Annales algériennes Je M. Pélissier.
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populations arabes de la province d'Alger avaient, pour la plupart, des habitations fixes et faisaient peu usage de la tente. Comme dans la plus grande partie de la Régence, le terrain de cette province présentait deux variétés, le Sahel ou rivage, le Tell ou les plateaux, dominés eux-mêmes par la chaîne du petit Atlas, au pied du versant septentrional de laquelle s'élève Blidah^ C'est dans la province d'Alger qu'est située la belle et fertile plaine de la Mitidja. Parmi les tribus qui peuplent cette portion de la Régence, la plus belliqueuse était celle des Hadjoutes, habitants de la plaine de Touthan d'EI-Sebt. Elle est arrosée par plusieurs cours d'eau, dont les plus importants sont l'Oued-el- Harrach*, qui, descendu des montagnes de la province deîitery par une coupure pratiquée entre deux rochers perpendiculaires, sur l'un desquels est placé le village de Mellouan, coule au nord et se jette, tout près d'Alger et sur sa droite, dans la Méditerranée, après un cours d'environ douze lieues; le Mazafran. qui, formé par la réunion de trois rivières, la ChifTa, le Bou-Rouroi et rOued-Djer, se jette également dans la Méditerranée, à environ sept lieues et à la gauche d'Alger; enfin Tisser, qui descend du plateau de Hamza, et se jette dans la Méditerranée près du cap Tédélès.
La province de Titery est située entre les provinces de Constantine et d'Oran; elle est prise, pour ainsi dire, sur la profondeur de celle d'Alger, qui forme sa frontière au nord, et elle s'étend au midi jusqu'au Sahara. Sa partie septentrionale, qui est très-montagneuse, n'a rien qui rappelle l'Afrique ; pendant
^ C'est à Blidah que les anciens araient placé le jardin des ilespérides avcr si*s pommes d'or. La ville romaine Bida-Colonia, construite en cet «idroit, fut érigée en siège épiscopal vers les premiers temps de rintroductioo du du isiianisme en Afrique. Les Toies romaines venaient se ax>iser dans cellt' portion de In Mitidja» pour mettre en communication les capitales des Maaritanies, les nombreux poiis de TEst et les villes de Tintéricur. Les Arabes m firent une ville de délices : ils rappelaient la Rose de la Mitidja, Mitidja la tch luptueuse, par contraste avec Goléah la sainte.
* Malte-Brun Tappelle rflaratcl!C,d\intres géographes le nomment rAratch.
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l'hiver, le froid y est aussi vif que dans le midi de la France. L été, son aspect rappelle celui de la Bourgogne et de la Franche- Comté, avec leurs vignes, leurs luzernes et leurs chemins bordés d'ormeaux et d'aubépine. La province de Titery se composait de vingt et un districts ou outhans. Médéah, sa capitale, située dans la partie septentrionale, était entourée de sept de ces outhans déployés en éventail du centre à la circonférence. Ce sont, en commençant par le sud et en suivant la circonférence par Test, Beni-Hassan, Hassan-ben-AIi, Beni-bou-Yakoub, Ouzra, Ouamri, Righa et Ilaoura^ Au sud-est de ces tribus, et sur un territoire à peu près de même nature, sont les Rebaïa, les Oulad-Elân, les Adaôra, les Oulad-si-Ahmed-ben-Youssef, et enfin Touthan du Djebel-Dira, limitrophe à la province de Constantine. Les Turcs y avaient établi une garnison dans un fort bâti sur les ruines de l'antique cité d'Auzia, près de laquelle périt Tacfarinas, vaincu, Tan 17 de notre ère, par Dolabella. Le Dira, pays élevé, fertile, et froid en hiver, est le district le plus considérable de la province de Titery. Au sud des outhans qui entourent Médéah, et à une journée de cette ville, étaient placées les colonies militaires du bey de Titery, les Maghzen, qui présentaient une force de 1 ,200 cavaliers; plus au sud encore, plusieurs tribus, entre autres les Titery, petite tribu, probablement puissante jadis, puisqu'elle a donné son nom au pays, et la plus grande tribu de cette contrée, les Oulad-Moktar, dont le chcl' était, après le bey, le personnage le plus important de la province.
' Il y a quelques dénominations avec lesquelles il faut se familiariser pour ne pas être arrèlé à chaque pas dans le récit des faits. On appelle le centre dfs populations des fermes ou haouchs, les villages de la plaine des djemas, ceux de la montagne dechera. La montagne djebel, le rocher Kef, la rivière oued, le gué mokta, le défilé Uniat, la source aîn, ki réunion des tentes douar. Les mots béni et oulad, qui entrent dans hi composition du nom de presque toutes les tribus, signifient le premier fiU^ le second enfant. (Annales aUfériemies, 1. 1", p. 90.)
Nous ajouterons que, tandis que le mot de béni entraîne Tidée de la communauté d'origine par la filiation, le mot à'oulad indique plutôt la cohabitalion dans la même localité, comme on dit en Bretagne les gas d' Auray, etc.
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En s'enfonçant toujours dans le sud, on découvre le grand plateaudeZarès ou du Sersou, site parcouru par les tribus nomades des Oulad-Chaïb et des Bou-Âïch, qui s'y rencontrent souTenl avec les Oulad-Hoktar. La partie la plus méridionale de ce plateau est occupée par deux de ces vastes amas d'eau salée, fonnés par les torrents qui n'ont pu trouver d'issue parmi les chaînes, et connus dans le pays sous le nom de Sebkahs; ce sont des lacs dans la saison des pluies; aux autres époques de Tannée, l'eau, en s' évaporant, ne laisse sur le sol qu'une nappe de sel cristallisé. Derrière, à l'extrême sud, s'étend le Sahara, avec ses sables entrecoupés d'oasis.
Dans la province de Titery, le Tell est arrosé par le Chélif. qui, prenant sa source au sud du mont Ouenseris^, pour aller se jeter, à l'ouest de Tenez, dans la Méditerranée, après un cours tortueux d'environ cent quinze lieues, sépare, sur plusieurs points, la province de Titery de celle d'Oran. Il est arrosé en outre par plusieurs affluents du Ghélif, parl'Oued-Djenan. qui se perd dans lasebkah de Msilah, par divers affluents de Tisser, et enfin par l'Harrach et la Ghiffa, dont la source est située dans cette partie de la Régence.
. La province d'Oran avait une portion de son territoire sur la droite du Cbélif. La presqu'île que forme celui-ci entre son embouchure et Tenez, constituait un petit royaume indépendant habité presque exclusivement par des tribus de race kabyle. On rappelait le Dara ou le Magnuah ; la population s'élère à 25,000 habitants. Sur le versant sud des montagnes du Dam
* On appelle le lieu où le Ghélif prend sa source Sbain-Aîoun, à cause (b soixante-dix fontaines qui y versent leurs eaux. Le Ghélif n*est en ligne drutt*. à Tol d^oiscau, qu'h 140 kilomètres de son embouchure, mais il fait de granè détours. II court d'abord vers Test l'espace d'une centaine de kilomètres, f^ se dirige vers le nord jusqu'h la hauteur dcMédéah, qu'il laisse à sa droite: ^f Bi il court h l'ouest jusque son embouchure, en suivant une ligne parallèle ap littoral, dont il n'est jamais plus éloigné que de 40 kilomètres. Dans cette dernière partie de son cours, l'espèce de presqu'île qu'il forme ainsi avec la nirr est montagneuse et d'un accès difficile, mais du reste très-fertile. C'efl là qu'on trouve la petite ville de Tenez. (Annales algériennes, t. !•% p. 2**)
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est ia petite ville deMazouna, a une dizaine de kilomètres de lembouchure du Chélif. A Test de Tenez, on trouve diverses tribus, entre autres celle des Zatima, formant une population de plus de 50,000 âmes. En descendant le Chélif, de sa source jusqu'au coude qu'il fait avant de se diriger vers l'Occident, on rencontre plusieurs tribus; la dernière est celle des Hachem du Chélif, au nord de laquelle est située la ville de Milianah, l'ancienne Malliana des Romains, sur le versant méridional du Djebel-Zaccar.
Non loin de cette ville et sur le territoire des Hachem, on traverse le Chélif sur un beau pont en pierre, construit en 1816 avec le reste d'un ancien pont romain. Au-dessous de ce pont on rencontre phisieurs tribus dont les dernières sont les Sbiah, connus par leur esprit remuant, et les Oulad-Sidi-Aribi, réunion de petites tribus soumises héréditairement à la grande et noble famille El-Aribi. Viennent ensuite les Hachem-Daro, auprès desquels est située la ville de Mostaganem, bâtie à 12 kilomètres de Tembouchure du Chélif, à 2 kilomètres de la mer, à 80 kilomètres d'Alger. La petite ville de Mazagran n'est située qu'à 4 kilomètres de Mostaganem.
La vallée du Chélif, dont la population est d'au moins 80,000 âmes, est une des régions les plus fertiles de l'Algérie. Elle est traversée par de nombreux affluents de ce fleuve; les principaux sont la Mina, TOued-Djédiouia, l'Oued-Riou, l'Oued- Fodda, rOued-Rouina et TOued-Derder, qui tous se jettent dans le Chélif par la gauche.
Oran, la capitale de la province, est bâtie à 7 lieues de Mostaganem, à 65 lieues ouest-sud-ouest d'Alger, au bord de la mer, sur deux collines séparées par un ravin dans lequel coule un ruisseau qui arrose de beaux jardins. Les redoutables fortifications de cette ville ont été construites, on l'a dit, par les Espagnols. C'est à 6 kilomètres nord-ouest d'Oran que l'on trouve son véritable port, le port de Mers-el-Kébir, avec le fort qui le domine.
A 115 lieues ouest-sud-ouest d'Alger, à 102 kilomètres sudouest d'Oran et à 50 kilomètres est des frontières du Maroc,
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est la ville de Tlemscn. Entre cette ville et le Maroc habitent des tribus kabyles, entre autres les Trara et les Souahlia. Au nord de ces derniers, est la ville de Nédrouma, et, au sud, la position maritime de Djemma-Ghazaouat.
Au sud de la première chaîne atlantique, à peu près sous le méridien de Mostaganem, à 77 lieues ouest-sud-ouest d'Alger, on rencontre Mascara, que la tradition locale place sur les ruines de Castra-Nova. Tant que les Espagnols furent maîtres d'Oran, Mascara iîit le clieF-lieu du beylik ; c* était là que résidait le bey. Mascara est bâtie à l'entrée de la plaine d'Eghrès, qui fait partie du territoire des Hachem, appelés pour cela Hachem-Eghrès. Cette puissante tribu ne compte pas moins de 20,000 âmes; elle se subdivise en deux fractions, les Hachem-Garraba et les Hachem-Cheraga.
Au sud des Hachem sont les Djafira et le pays de Yagoubia; à Touest des Djafra, les Beni-Amer et puis les Angad jusqu'au Maroc. Au sud de la Yagoubia, des Djafra et des Angad, s'étendent, de Test à l'ouest, deux longues Sebkahs ; la première s'appelle Chot-elCherguî, la seconde Chot-el-Gharbi. Au sud de ces Chots errent les deux grandes tribus des Hamian el des Harar. Au sud de ces tribus, la chaîne atlantique méridionale, puis le Sahara.
On évaluait à 500,000 âmes la population de la province d'dran.
Comme toute l'Algérie, la province de Constantine se partage en trois zones, celle des montagnes du littoral, celle des plateaux et la zone saharienne. Elle est bornée au nord par In Méditerranée, à Test par la- régence de Tunis, au sud par le Sahara, à l'ouest par les provinces de Titery et d'Alger. Sa longueur est de quatre-vingt-quinze lieues et sa largeur de quarante.
La chaîne atlantique septentrionale présente, au nord et à peu 4ie distance de Constantine, une sorte de nœud formé par le Djebel-el-Ouahch. Ce nœud pousse trois contre-forts principaux. Le premier court vers le nord perpendiculairement à la
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DESCRIPTION TOPOGRAPIHQUE. 521
mer et se termine au cap Boujarone; le second, qui se dirige vers Test, se bifurque sous le méridien du cap de Fer, de sorte qu'une de ses biAircations se prolonge en suivant le littoral jusqu'à Bône et que l'autre s'en éloigne, et se termine au lit de la Seybouse, à dix lieues de l'embouchure de cette rivière. Le troisième contre-fort, plus étendu que les deux autres, enveloppe le second par le sud, et, se prolongeant vers l'est, va se rattacher aux montagnes du nord de la régence de Tunis. Ce massif est séparé de celui des montagnes de Djijelli et de Bougie par rOued-el-Kebir (la grande rivière) qui se jette dans, la mer à peu de distance, et à Test de la première de ces deux villes.
C'est, on s'en souvient, sur le littoral vers lequel ces contreforts descendent, que les possessions françaises étaient situées. Notre droit exclusif de pèche s'étendait de Bougie à Bône, bâtie entre le cap Rose et le cap de Garde, et c'est à l'est de Bône, entre cette ville et celle de Tabarka, que s'élevait jadis le bastioii dé France qui dominait le petit port de la Calle, centre du commerce français et du territoire sur lequel nous exercions un droit de souveraineté.
Dans cette région, entre le cap Boujarone, qui se dresse à l'est de l'embouchure de l'Oued-el-Kebir, et le cap de Fer, s'enfonce le golfe de Stora, l'ancien sinus Numidicus des Romains. Au delà du petit port de la Calle, commencent les frontières de la régence de Tunis.
La partie de la province de Gonstantine dont il vient d*ctre parlé est arrosée par plusieurs cours d'eau. Les principaux sont, de l'ouest à l'est, l'Oued-el-Kebir, l'Oued-el-Guebli, TOued- Safsaf l'Oued-el-Kerka, la Seybouse et la Mafrag.
L'Oued-el-Kcbir,/ormé par plusieurs affluents dont un coule sous les murs de Constantine, où il porte le nom d*Oued-el- Rummel (rivière de sable), se jette dans la mer assez près du cap Boujarone, dont il est séparé par l'embouchure de la Zhoure, dont le cours est parallèle au sien. La Seybouse prend sa source à peu de distance et sous la parallèle de Constantine, coule longtemps sous le nom d'Oued-Zenati, entre le deuxième et le troisième
contrefort du Djebel-el-Ouahch, se redresse Ters le Bord, si»u> le méridien de Bône, traverse la vaste et belle plaine qui est an sud de cette rille, et se jette dans la mer auprès de Bône.
Cette contrée est habitée par de nombreuses tribus. Celles de la plaine sont arabes, celles des montagnes sont génèniement d'origine kabyle.
« Elle est limitée au sud par la zone des plateaux du oentrt' de TAlgérie. La partie de ces plateaux comprise dans h province de Constantine se divise naturellement en deux régions séparées, sous le méridien de Constantine, par un bourrelet montueux dont les points les plus saillants sont le Niff^n-^iesser (bec de Taigle) et le Guérioun. I^es plateaux situés à louestd'' ce bourrelet sont séparés de la province de Titery par un chainon transversal, qui joint le Djebel-Djurjura, la plus életée «If toutes les montagnes de la chaîne atlantique algàrienne, au Djebel-Ouennougah, situé plus au sud. C'est a travers ce chainon qu'est le célèbre défilé des Biban (les portes de fier), gorg* étroite et profonde entre deux rochers, dont l'aspect est encore plus sauvage que celui de la gorge d'Ollioule dans le Var. Ge^ plateaux, si ce n'est aux approches des Biban, sont dénudés. Les pentes des montagnes qui les bordent au sud et au nonl se prolongent considérablement en allant à la rencontre les uns des autres. La ligne d'intersection de leurs plans qui forment la superficie des plateaux, est indiquée à Test par le lit de rOued-Rummel, qui, dans cette pflrtie supérieure de son cours, change souvent de nom, et à l'ouest par le cours sinueux de rOued-Bousselam. Cette zone mitoyenne est d'une grande fe^ tilité, mais les parties les plus rapprochées des montagnes sont assez généralement pierreuses et stériles ^ »
C'est le groupe atlantique désigné sous le nom de monts du Djurjura que nous avons appelé la Grande-Kabylie. A Touest des Biban est la contrée de Medjanah, habitée par les Hadiein> et quelques autres tribus. Le kaîd ou chef de la Medjanah était toujours choisi dans la noble famille des Oulad-Mokran. L'in-
* Annales algéritnneg.
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