‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 145 sur 192 · KABYLES · texte numérisé non relu

KABYLES

bout par une haute piété et de grandes vertus, comme ou cesse, en tait, de Tctre personnellement par une mauvaise conduite, sans cependant pour cela déshériter sa race. Les marabouts dignes de ce nom exercent une influence qui s'étend à toutes les populations musulmanes, sans distinction de nationalité. Pour un Kabyle comme pour un Arabe, un marabout est un marabout.

Les Kabyles, qui diflerent profondément des Arabes par leur physionomie extérieure comme par leurs lois et par leurs mœurs\ résident sur les parties montagneuses du Tell, depuis le Maroc jusqu'à Tunis : c'est là qu'à l'époque de la conquête arabe se sont réfugiés les premiers habitants du sol. Dans toutes les iiivabions, les montagnes sont le lieu d'asile du peuple vaincu. Ils ont des domiciles fixes, des habitations groupées et permanentes; les plus riches les construisent à plusieurs étages et en pierres, et les couvrent d'ardoises. Ces habitations forment des villages, qu'ils appellent dachour y et même de petites villes. Peuple laborieux et industrieux, leur existence offre de grandes analogies avec celle des populations des montagnes de l'Europe. Les irrigations, les murs de support, les aqueducs rustiques, construits en troncs d'arbres creusés et jetés sur des ravins, étaient en usage, au moment de la conquête française, chez ces laboureurs soigneux et habiles, qui fécondent par un travail intelligent un sol morcelé et partagé par héritages. Ils se livrent à l'industrie manufacturière comme à l'agriculture; travaillent les métaux, fabriquent des armes, entre autres des sabres trèsl'enommés (flissas), des canons, des tapis, de la poterie, des étotTes. C'est de leurs mains que sort la poudre fabriquée dans le pays. Un assez grand noral)re d'entre eux vont, dans leur jeunesse, travailler dans les villes du littoral, ou s'enrôlent en qua-

* Les Arabes ont les yeux et les cheveux uoirs; les Kabyles ont souvent les yeux bleus, et leur teint est généralement plus blanc que celui des Arabes. Les Arabes ont le yisagc allongé et le col long; les Kabyles ont le visage carré t'i la tête rapprochée des épaules. {La Guerre et le gouveitiemeni de V Algérie, par M. Louis de Bamlicoiirt.)

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lité de soldats; mais, comme les habitants des montagnes de b Savoie, ils retournent, dès qu'ils ont amassé un pécule, dans leur patrie, à laquelle ils sont profondément attachés. On retrouve dans leurs lois comme un reflet lointain du droit romaÎD; leur constitution est toute démocratique, le principe de Fégalilé y domine : c*est le peuple assemblé qui décide de tout, et qui nomme la djemma ou conseil. L'influence respectée des marabouts, qui surpasse celle de Yamin, ou chef du pouYoir exécutif nommé par la djemma, balance avec avantage les inconvénient^ inhérents à la démocratie. Rarement les tribus ont des grands cheiks permanents ; ordinairement elles ne les nomment que pour une circonstance transitoire , comme les Romains nommaient leurs dictateurs.

Les Kabyles professent le mahométisme ; mais ils y méienl beaucoup de superstitions sur les démons. Cependant on retrouve dans leurs mœurs, leurs institutions, qu'ils appellent des canom. et dans leurs usages, beaucoup de traits qui dénotent une ancienne influence du christianisme. La femme kabyle, au lieu d'être ré duite à l'abjection de la femme arabe, a quelque chose de la dignité de la femme chrétienne, et tient ^a place au foyer domestique. Les pauvres sont l'objet de la préoccupation la plu> touchante de leur djemma; ils sont nourris à frais communs Chez les Kabyles du Sahara, à la saison drs dattes, chaque famille est tenue de désigner un palmier de son jardin, dont le< fruits, remis à la mosquée, sont distribués aux indigents. Ce;: palmiers ont un beau nom : on les appelle lespalmiers deVamour delHeuK

Il est vraisemblable qu'à l'époque de la conquête les populations anciennes, ne trouvant pas toutes un asile sur les montagnes, refluèrent jusque dans le Sahara, dont elles peuplèrent les oasis : c'est la seule manière d'expliquer les ressemblances de physionomie, de couleur, d'usages, d'institutions, d'idiomes. qui existent entre les Kabyles des montagnes et les tribus saha>

* Louis de Baii(iieoui*t, p. 252.

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