‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 144 sur 192 · ARABES. 5S · texte numérisé non relu

ARABES. 5S

mclée, souvent suspecte aux dominateurs du pays, qui ne la laissaient pas arriver aux premiers emplois, mais dont elle était cependant Tauxiliaire ; les Hadars, auxquels les européens donnaient le nom générique de Maures : c'était cette population dans les veines de laquelle coulait plus d'un sang, et dont le nombre s'était grossi par le retour des populations musulmanes et citadines chassées de l'Espagne; les Arabes, dont le séjour dans le pays remontait à l'ère de la prédication armée du Coran ; les Kabyles, une des races autochthones du pays; et enGn, sur l'une des frontières, celle du Maroc, les Mograbins (que les Grecs et les Romains appelèrent les Maures), peuple également indigène et dont le pays, le Mograb, signifie le couchant en arabe. Les Arabes donnaient le nom commun de Berbères à toutes les populations autochthones qui, en dehors de leurs propres tribus, habitaient avec elles sur le sol. Il y avait en outre un assez grand nombre de juifs dans les villes, et un certain nombre d^ nègres répandus sur tous les points, mais surtout dans les contrées voisines du Sahara, à travers lequel ils viennent du Soudan.

Les Arabes n'ont point changé de physionomie, de mœurs, de caractère, de vie sociale, depuis les temps les plus reculés. Tels la Bible les a peints, tels on les retrouvait dans les plaines de l'Algérie : pasteurs nomades et cavaliers , abrités sous la tente, divisés, comme tous les peuples sortis de la race sémitique, en tribus de formes patriarcale, féodale et aristocratique, au lieu d'être divisés, comme les peuples de notre race, en communes attachées au sol. Chaque tribu (arche) se partage, lorsqu'elle est nombreuse, en subdivisions qui portent le nom de farea. Les farca ont chacune à leur tcte un cheik principal qui prend quelquefois le titre de cheik des chetks. Ces chefs de tribus et de farcasont la plupart du temps héréditaires, toujours choisis, quand il y a élection, en raison de la noblesse de leur race et de leur valeur personnelle. L'organisation arabe est toute féodale. La farca, cette subdivision de la tribu, se subdivise ellemême en douars. Le douar est la réunion de plusieurs familles

vivant sous des tentes. C*est la dernière fraction de Vunité élémentaire delà société arabe, la tribu, commune errante deœ pays, mais commune plus complète que la nôtre, car elle aies caractères attribués chez nous à TEtat. Le douar, dans certaines parties de rAlgérie, a des terres en commun, et le chef du douar fait, chaque année, la répartition des terres à cultiver. Les tentes des douars, en laine noire ou brune, sont disposées en cercle, de manière à laisser dans le centre un vaste espace vide où l'on enferme, la nuit, les troupeaux, quand on craint les voleui-s oo les bêtes de proie. Les chevaux sont entravés à des cordes tendues auprès de chaque tente ; les armes et les selles sont prèles et a portée de la main, de sorte que le douar peut, en cinq minutes, être à cheval en cas d'alerte. Pendant que les guerriers prennent les armes, les femmes, les enfants, les vieillards, plient les tentes et les bagages et les chargent sur les chameaux et sur les mules. Le douar se trouve donc à l'instant prêt pour le combat ou pour la fuite. Les Arabes de rAlgérie, comme leurs ancêtres du Yémen, combattent surtout à cheval.

Il y a parmi eux deux aristocraties : l'aristocratie militaire et r aristocratie religieuse. La première se compose des familles qui comptent, parmi leurs ancêtres, le plus grand nombre de guerriers illustres; la seconde, des familles qui ont eu, dans les générations précédentes, une longue suite de pieux marabouts. Les marabouts proprement dits sont des hommes qui se sont distingués par une dévotion singulière, leur science religieuse et leurs vertus ; ce sont à la fois les saints et les lettrés de Tislamisme. In de leurs privilèges, c'est de transmettre, avec leur sang, la noblesse religieuse, comme les guerriers illustres transmettent la noblesse militaire. On est marabout de naissance; mais, pour jouir de Timmense influence religieuse attachée à ce titre, il M avoir les qualités et les vertus qu'il suppose, et sans lesquelles il n'est plus qu'une dénomination honorifique. 11 ne suffit donc pas de naître marabout, il faut l'être réellement*. On devient mai*a-

* Documenls inétlits.

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